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Les 3 gourmands

par Pierre Pinalie
 

(2005)


 


 


 

1/ «Rive gauche» (Boulevard Allègre)

Quelle appellation riche d’allusions pour un établissement festif situé au cœur d’un
quartier qui ne demande qu’à renaître à une vie nocturne joyeuse, calme et bon enfant ! Sur un concept nouveau où la mode le dispute à la gastronomie, et la musique aux réunions amicales, le restaurant occupe un premier étage jaune et bleu où l’on se sent presque familialement à l’aise. Les bois du sol au plafond et d’harmonieux cloisonnements dessinent un espace habité par un mobilier discret qui convient fort bien à l’accueil charmant d’une direction attentive. Et la fête commence, fête de tous les sens dans la dégustation de ce qu’un habile chef a su créer devant ses fourneaux. Sous les vieilles poutres foyalaises, on peut aussi, à travers de larges baies, jeter un coup d’œil ému sur un canal au parapet restauré qui fait penser à son lointain cousin parisien, Hôtel du Nord en moins et proximité de la mer en plus. Dîner romantique, anniversaire entre amis ou célébration en groupe, il y a là un lieu propice à ces réunions, sans compter les soirées de karaoké indéniablement propices au resserrement des liens entre les participants.

2/ « Le Kwi vert » (Atrium)

Comme une auberge médiévale au pied d’un château fort, le « Kwi vert » se niche dans l’ombre de l’Atrium. Avec son nom d’oxymore semblable à l’obscure clarté cornélienne, ce joli restaurant offre la chaleur de son intimité à l’amateur de restauration bienfaitrice. Et c’est vrai qu’on mange bien dans ce cadre familial, après y avoir été reçu avec grâce, et le sourire des habitués n’est qu’une réponse à celui des hôtes du lieu. Au rez-de-chaussée, près du bar, règne le même charme que dans la salle du haut où les commensaux dégustent les spécialités comme dans le carré des officiers d’un bâtiment de croisière. On peut tout aussi bien découvrir un poisson de Guyane que savourer un porc braisé particulièrement goûteux, et dans ce douillet habitacle ne pas voir passer le temps en sacrifiant au plaisir de la bouche et du cœur. Ainsi, à l’abri des bruissements de la ville, le « Kwi vert » est un refuge pour les gastronomes curieux en quête de surprises, et les dîneurs désireux de jouir de la paix d’une oasis en pleine ville. Il suffit de franchir le seuil pour être saisi par la cordialité de l’élément humain et le charme du décor.


 

3/ « La cabane » (Village créole – Trois-Ilets)

Au sein d’un joli ensemble de maisons de dentelle architecturale, « La cabane » se dresse comme un kiosque attirant dans ce village commercial aux allures de foire-exposition. Le concept original des tables placées tout autour de la maison, à l’image de la galerie qui enserre les demeures créoles, donne au restaurant la forme d’un bijou dans lequel le noyau central est enchâssé dans une couronne de pierreries. La cuisine intérieure, bien tenue par un chef inventif, diffuse alentour gratins savoureux et viandes promptement et aimablement servis dans une atmosphère festive. Le havre qu’est la Pointe du Bout assure ainsi l’accueil des visiteurs venus d’ailleurs en leur donnant à connaître le meilleur de ce qu’on fait ici dans un cadre habilement adapté aux habitudes et aux goûts de tous. Le nom du restaurant correspond aux attraits d’un lieu totalement ouvert à tous les hôtes de passage, et qui offre son confort sans qu’il soit nécessaire de franchir des barrières ou de pousser des portes. « La cabane » est ouverte et se donne au passager du vent qu’est le voyageur comme une bonne hôtesse désireuse de faire plaisir.

4/ « L’ Amerloque » (Anses d’Arlet)

Depuis le « California » des années quatre-vingt, le lieu continue de faire un clin d’œil à nos voisins du Nord. Quant au cadre, il a considérablement gagné en charme au point de devenir un écrin de goût et de beauté. En effet, dans une ancienne maison rurale du bourg au pied de la mairie, le restaurant est spacieux et intime, et la musique de fond ne gêne en rien la conversation. Que l’on dîne dans la première salle ou dans le jardin couvert du fond, on se sent tout de suite chez soi comme invité à une table familiale. Et dès la présentation de la grande ardoise qui porte le menu, la gourmandise vous saisit tant le nom des plats révèle le savoir-faire du chef. Il est même possible de saliver davantage en voyant passer les plats gentiment portés par la maîtresse des lieux. Poêlée de lambi bien battu et savoureux, cailles rôties à souhait ou tartines de foie gras, c’est un éventail de délices qui vous donnent envie de revenir dans ce bourg du sud caraïbe. Alors, quel que soit le sens des mots, « L’Amerloque » est un ami qui sait recevoir, et qui sait cuisiner, cuire, braiser et laisser mijoter les produits au contraire de la restauration rapide si décriée.


 

5/ « Câlin créole » (Sainte-Luce)

Sur la petite Riviera martiniquaise, dans une maison traditionnelle du bourg de Sainte-Luce, «Câlin créole» semble attendre le visiteur avec toute la grâce de son cadre coloré et lumineux, et par sa terrasse donnant sur la rue et le front de mer, c’est une atmosphère tropézienne qui semble recréée là. L’odeur de vacances qui se dégage des murs jaunes et du plafond de bois est comme affermie par le léger mobilier de jardin et le chatoiement printanier des nappes de couleur. Quant au vivier de langoustes qui attire l’œil dès l’entrée, c’est une assurance en ce qui concerne la fraîcheur des crustacés. Et c’est là qu’on découvre la saveur inimitable de ces animaux juste poêlés, et qu’un dîner se transforme en régal, y compris pour ceux qui ont jeté leur dévolu sur des écrevisses en cassolette. C’est ainsi qu’après une mise en bouche à partir de marinades et de boudins variés, il est doux de passer une soirée entre l’art de la table et l’émotion de la gourmandise que ne manque pas de provoquer le doigté d’un chef expert. Quelle que soit son origine, le nom du restaurant est donc bien une invitation au plaisir, et l’adjectif n’est pas usurpé car les mets servis ont le fumet, le parfum et le goût de ce qui se mange dans le pays.


 

6/ « Le Calypso » (Diamant)

Le cadre est resté celui de l’ancien complexe hôtelier, avec la piscine bleutée et le vaste hall couvert apte à accueillir les nombreux participants des fêtes dansantes. Aujourd’hui restaurant, le lieu a conservé le charme attirant des pistes où l’on aime à laisser le corps s’exprimer, et on y vient sacrifier au rite de la gourmandise intelligente. Arriver jusqu’ici, c’est trouver dans son assiette la récompense attendue qu’avec bonheur le chef a su élaborer dans son laboratoire d’alchimiste du goût. Comment, alors, ne pas succomber à la séduction d’une chair de dorade, dans une sauce mixte à la crevette et au curry, agrémentée de petits médaillons de Saint-Jacques, ou au goût puissant et raffiné d’un magret de canard bien saisi par la cuisson ? Tout, dans l’environnement transporte le dîneur dans un monde de voluptueuse oisiveté. Il faut monter jusqu’à ce nid protégé, hors des hordes, pour jouir sans freins de la liberté de cet espace et de ce qui s’y cache comme délicieuses nourritures terrestres. Les dômes pointus des grandes tentes qui abritent la surface étendue où sont disposées les tables, confèrent à cet endroit une allure de camp retranché dédié au plaisir de vivre, hommage à la nymphe Calypso qui accueillit Ulysse, et sut le retenir très longtemps.
 

7/ « Le Paradisio » (Anse Michel- Cap Chevalier)

Comme un mirage au bout de la longue piste qui serpente dans la campagne de Cap Chevalier, le « Paradisio » éclate de couleur et de beauté aux yeux du voyageur qui s’est engagé dans ce bel itinéraire. Dès l’entrée dans l’élégante et harmonieuse construction de bois qui abrite le restaurant, c’est un éblouissement de jaune lumineux et de formes légères ainsi qu’une clarté joyeuse qui saisissent l’arrivant. En outre, le bel environnement boisé et la vue sur les vagues écumantes de l’océan à deux pas, viennent renforcer ce cadre idyllique, voire paradisiaque. Peut alors commencer le repas à l’une des tables bordées par une fascinante haie de crotons, quand arrive le moment de la découverte, dans l’élégante vaisselle, des délices et des secrets d’une cuisine inventive. Flans, fricassées ou pavés, accompagnés de gratins variés, c’est une farandole de bonheur pour le palais, en allant à la rencontre des oursins, des crevettes, des poissons, du foie gras ou des fromages, et en terminant la ronde par des tartes où règne en maître le chocolat. Tant la direction que le personnel, tout le monde ici participe à la fête qu’est un repas, par l’amabilité, le sourire et la perfection du service. Tout là-bas, au bout du chemin, le « Paradisio » est donc bien une récompense, et ce nom déjà célèbre à plus d’un titre, a gagné une étoile supplémentaire.


 

8/ Le yacht (Trois-Ilets – Marina)

Le restaurant est largement ouvert, bordé par une barrière qui évoque un bastingage, et l’on s’y sent presque sur le pont d’un bâtiment de plaisance. La salle est vaste à l’image des espaces de détente des grands paquebots, et le sobre mobilier de bois s’aligne harmonieusement dans l’attente des visiteurs de passage. A deux pas des gréements des embarcations à quai, le repas commence dans l’imagination et s’achève comme l’arrivée d’une croisière autour du rêve. Prestement servis, les plats se succèdent dans un panorama gastronomique entre le tangage de la gourmandise et le roulis de la dégustation. Vivaneau, loup, oursin, lambi, rien n’interrompt la ronde des produits de la mer qu’un chef aux mains d’or a judicieusement assaisonnés, et les vagues de saveur déferlent dans une marée de plaisir. La fin du voyage est ponctuée de fromages et de desserts goûteux comme pour célébrer l’accostage, une fois la traversée effectuée, et le retour sur terre n’est fait que de bons souvenirs. A bord, l’équipage est empressé et attentionné, et c’est bien pour trouver cela que les voyageurs s’embarquent. «Le yacht », beau navire immobile, est donc prêt à appareiller avec ses passagers vers de toujours appréciables destinations, Cythère du goût ou Eldorado de la dégustation.


 

9/ « Case coco » (Sainte-Luce)

La maison a 200 ans, et le patron a voulu en conserver le cachet, au cours des travaux d’aménagement. La case est restée superbement créole, et la douce impression de protection qui s’en dégage vous enveloppe dès l’entrée. L’atmosphère est intime et familiale dans les deux salles qui enserrent la cuisine, cœur de ces lieux destinés à diffuser de la joie aux convives réunis. Rien n’a a été oublié depuis les nappes de madras jusqu’aux cadres des murs et au bar fait de fûts de rhum, afin de célébrer la mémoire du pays Martinique. Et c’est ainsi que les marinades, le boudin et le crabe farci sont au rendez-vous dans des assiettes de tradition. Mais le magret de canard et les bons crus de Bordeaux ont su quitter leur terroir pour rejoindre leurs concurrents tropicaux dans une belle alliance gourmande. Quant aux langoustes, il leur suffit de sortir du vivier présent dans chacun des deux salons pour atterrir sur les tables, juste saisies et encore iodées, accompagnées d’un succulent gratin. Une fidèle clientèle afflue dans cette auberge, certaine d’y retrouver bon accueil et bonne chère, sensible à la sympathique faconde du maître de maison, et à la volonté de ne servir que des mets affectivement préparés. Il n’est donc pas étonnant qu’on se presse à Sainte-Luce, dans l’espoir d’y fréquenter de bonnes tables dans le scrupuleux respect du patrimoine gastronomique.


 

10/ « Le Zanzibar » (Marin)

Galeries, terrasses et balcons font de cette belle construction de style hispanique un élégant dédale riche en recoins et en salons accueillants. Voir à la fois la longue promenade sur le front de mer étendu et joliment dégagé ainsi que quelques ruines anciennes, c’est plonger dans le passé du pays à partir d’un lieu de jeunesse et de beauté. Oui, « Le Zanzibar » porte, et dans son nom et dans son âme, les marques du triangle des trois continents ; mais de maudit, le triangle est devenu poétique et gonflé d’espoir. Accueilli et servi avec le sourire ouvert de la jeunesse, le promeneur qui entre ici ne peut que se sentir pénétré et bercé par la musique d’un D.J. sensible, la décoration orientale et mystérieuse, puis par les offres d’une restauration de tour du monde. Que l’on se contente de prendre un verre, ou que l’on décide d’entreprendre le voyage gourmand, dans les deux cas on s’envole vers les sphères du rêve, car c’est ainsi que la jeune direction a voulu recevoir les passagers de cette nef du plaisir intelligent. Les mets proposés semblent venus des comptoirs du bout de la Terre, le tout avec ce qu’il faut d’ironie dans des mots puisés au cœur du vieux monde colonial. La ville du Marin ne peut que se réjouir de disposer d’un tel établissement où flotte l’esprit de Paris, de New York et de tout l’arc du Tropique. Sultanat, ville d’histoire, jeu de dés, bistro, chanson, Zanzibar a été tout cela, et le mot continue d’en porter la trace.

11/ « Le bigouden’ blues » (Petit-Bourg)

Sur la route de Petit-Bourg, non loin de l’endroit où est né Joseph Zobel, l’auteur de « La rue Cases-Nègres », le « Bigouden’ Blues » offre la jolie masse du bâtiment qui l’abrite, et son enseigne d’équation celtico-musicale. Une enfilade de spacieuses salles se terminant sur une terrasse et donnant sur la campagne prête à l’endroit un caractère festif qui saisit l’arrivant. Les bandes et les hermines du drapeau breton éclatent ici ou là, et viennent renforcer l’authenticité de la crêperie que l’on retrouve dans une carte foisonnante de galettes et de crêpes. Les moules-frites, la pièce de bœuf et la tarte Tatin y sont également présentes, et la variété des mets peut être enrichie par l’accompagnement musical d’un patron-chanteur dont les refrains épicent l’atmosphère. Il s’agit bien d’une ambassade de Bretagne et le personnel est diplomatiquement aimable et efficace, à tel point que, sur les visages des clients, il n’est pas impossible de lire les signes du calme plaisir et de la détente satisfaite. Il faut répéter que c’est un bel endroit où flotte la musique, et qui se consacre, certains soirs, soit à des concerts soit à des prestations susceptibles d’attirer la population des alentours comme les amateurs venus de la ville. Alors, sous les élégants plafonds de bois, au milieu des plantes ornementales et dans l’harmonie des refrains, des tubes et des airs attachants, on peut se féliciter d’avoir rejoint cette auberge isolée.

12/ Le « Copacabana » ( Trois-Îlets)

À l’orée de la Pointe du Bout, tel un caravansérail ouvert aux voyageurs qui viennent de parcourir quelque sept lieues de route, « Le Copacabana » offre la vastitude de sa terrasse et sa palette de viandes brésiliennes et argentines. Alors, sous le pavillon du Brésil qui orne l’une des parois peut débuter la dégustation de plats aussi bien assaisonnés qu’aimablement servis, et dans lesquels la patte du chef a su faire honneur à la qualité des produits. Le nom de la plus célèbre plage du monde doit avoir eu un effet magique sur les lieux de la même manière que les hôtes savent communiquer aux dîneurs leur décontraction souriante et leur charmante bonhomie. Même l’animateur musical semble venu d’ailleurs, ce qui a pour effet de transformer les moments passés à déguster de délicieuses préparations en un véritable voyage. Rien de tel qu’un restaurant situé à la croisée des chemins pour s’évader joyeusement vers d’autres cieux sur l’éventail des goûts et l’échelle des saveurs. Il faudra retenir que le Brésil est à portée de main, et qu’il suffit de gagner les Trois-Îlets pour découvrir d’autres gastronomies et voguer ainsi sur les ondes culturelles d’un pays ami et proche.


13/ « Le Lafayette » (Fort-de-France)

En pleine ville, sur la Savane, il est plaisant de disposer d’un lieu élégant comme le salon d’un appartement où dîner entre amis est un beau moment de calme après l’agitation de la journée. L’ameublement d’un style raffiné sur un joli plancher entretenu au milieu d’une discrète décoration constitue un cadre idéal où le temps semble arrêter sa fuite. Derrière les petits carreaux des baies vitrées, le monde extérieur est comme filtré et adouci, et les conversations peuvent se poursuivre sans être troublées, comme c’est le cas trop souvent et un peu partout, par une musique trop forte et qu’on n’a pas choisie. Tendre émincé de bison, accras, escalope à la crème ou blaff d’oursins bien iodé, les plats, savoureux et copieux, se succèdent aimablement servis sous le doux éclairage et le crépi des murs. Traditionnel et discret, «Le Lafayette» reste attaché au ton familial et confortable des endroits où l’on va pour se retrouver, et non pour découvrir, dans une atmosphère qui a quelque peu tendance à disparaître.

14/ Le « Rancho Grill » (Patio de Cluny)

Bien abrité dans le petit dédale du Patio de Cluny, le « Rancho Grill » a tout du chalet de bois, du refuge de montagne accueillant pour les amateurs de calme et de chaleur humaine. D’intimes salles disposées autour d’une cuisine et d’un bar centraux protègent les commensaux des assauts de l’extérieur dans le douillet confort d’un aimable mobilier. Au pied d’une mezzanine joliment boisée, la charmante maîtresse des lieux sait ajouter au cadre la poésie des mots et les élans du cœur. Quant au service, il est aussi rapide que plaisant, et le restaurant mérite bien son nom si l’on en juge par la grande qualité des grillades proposées. Biche, bison, kangourou, c’est un exotique éventail de viandes qui se déploie sur la carte, toutes tendres, moelleuses et goûteuses avec, en bonne place, le succulent bœuf dont le pavé au poivre peut devenir une merveille. Depuis les escargots jusqu’à la tarte Tatin, un dîner dans ce havre de paix est plus une récompense qu’un simple moment où l’on se restaure, tant la direction s’attache à recevoir les dîneurs comme des invités à une table familiale. Plaisir du bien-être, douceur de l’atmosphère et saveur des mets, l’équation est tentante : il serait dommage de n’en point profiter.

15/ « La tavola italiana » (Didier)

Ce n’est pas banal, à Didier, de descendre les quelques marches d’un petit jardin pour rencontrer l’Italie. C’est pourtant ce qui se produit à « La tavola italiana » quand on pénètre dans la salle à manger d’une villa qu’on pourrait croire située dans les environs de Rome. Et quand le patron vous accueille avec son sourire et sa gestuelle transalpines, c’est toute une culture qui vous envahit tant elle est présente, prenante et prégnante. Sans fioritures, sans comédie, sans mascarades, c’est l’intérieur d’une demeure familiale qui va servir de décor à un dîner de qualité, dans le coeur duquel les pâtes vont régner en maîtresses, souveraines, sur une table qui n’en méritera que mieux son nom de « tavola italiana ». Traditionnelle et discrète, la décoration participe du calme ambiant, juste égayé par un fond musical où tient une bonne place la canzonetta italienne. Tagliatelle, ravioli, spaghetti, tous les produits du blé dur apparaissent en farandole sur la carte, dans d’étonnants mariages avec le saumon, le poulet ou les fruits de mer. L’huile d’olive, le pain et les fromages président cette cérémonie gastronomique où le fondant au chocolat du dessert finit par laisser place à l’expresso bien serré. Bon appétit, ciao !

 

16/ « Le z’habitant » (Macouba)

Là-haut, dans le Nord, sur la route de Grand-Rivière, dans la verte beauté des flancs feuillus des mornes, une vieille cheminée retient, comme un aimant, le regard du voyageur. Et dans le bâtiment qui jouxte cette trace de l’économie sucrière du passé, le restaurant « Le z’habitant » offre, outre sa cuisine créole, une vaste salle d’ancienne distillerie, où la vue sur la mer est un éblouissement pour la rétine. Là, l’île de la Dominique est vraiment la voisine d’en face, comme si l’on mangeait sous ses yeux, comme si les merles qui picorent sur les tables, en arrivaient directement. La carte, toute chargée de poésie, qui circule entre les mains d’aimables serveuses, propose les écrevisses qui ont donné son nom à l’établissement, en concurrence avec les produits des flots proches comme le lambi ou le chatrou. Il faut donc savoir s’enfoncer dans cette profonde Martinique, et jouir de ce balcon sur l’archipel caraïbe, point de rencontre entre l’histoire et la géographie. S’il est vrai que la gastronomie peut satisfaire à la fois les sens et l’esprit, « Le z’habitant » sait fort bien vous entraîner dans cette ronde des plaisirs.

 

17/ « Les tamariniers » (Sainte-Anne)

Dans la très méridionale et très vacancière commune de Sainte-Anne, le restaurant « Les tamariniers » a élu domicile au pied de l’église. Comme, en outre, la mairie est à deux pas, on peut s’y sentir comme dans une auberge située au centre du village, là où le voyageur se rend naturellement. Dans le bleu reposant des peintures murales et la douce chaleur des canisses ornementales, l’atmosphère est intime et le dîner devient vite familial. Et les plats servis apportent la touche latine que le cadre, déjà, pouvait laisser prévoir. Entre un gazpacho très andalou et des palourdes assaisonnées avec un doigt d’impertinence épicée, on entreprend un voyage gastronomique. Après l’exotisme que représente la viande d’autruche, la coquille de crabe et le blanc-manger vous ramènent au bercail et, d’où qu’ils viennent, les dîneurs paraissent heureux de leur visite gourmande. Il n’est que de lire le livre d’or de la maison pour se faire une idée des souvenirs de tous ceux qui firent halte dans ce carrefour des plaisirs de bouche. L’accueil des patrons est pour beaucoup dans le sentiment de bien-être qui ne peut pas ne pas vous envahir en cours de dégustation, aussi est-ce pourquoi on pourrait dire que « Les tamariniers » sont à la croisée de la bouche et du cœur.

18/ « La chaudière » (Morne-Rouge)

Quel beau lieu, quel chatoyant jardin botanique sur les bords de la rivière Capote, laquelle rogne peu à peu la terre et l’herbe qui la recouvre ! Au loin se dressent les pentes sauvagement boisées des Pitons du Carbet, et l’on peut admirer au pied de la terrasse du restaurant, un étourdissant éventail coloré où plantes, fleurs et arbres fruitiers semblent constituer une cour autour du roi cacaoyer aux superbes cabosses orangées. Qu’il s’agisse de la structure d’accueil près des rives du cours d’eau, ou de la salle à manger de cette ancienne sucrerie, c’est une fête pour tous autour des tables où défilent, sur d’excellentes recettes, poissons poulets, coqs en sauce et fromages avec coulis d’épices. Et les averses du Morne Rouge ne font que renforcer la chaleur de l’endroit, à tel point que « La chaudière » n’a pas, sur le plan affectif, usurpé son nom. Les successifs rideaux de végétation, lointains ou proches, transforment ce temple du bien manger en théâtre du bon goût à tous les sens du terme. Quant à l’accueil de la direction, c’est l’équation réussie de l’amabilité, de l’expérience et du sens des rapports humains. Alors, monter là-haut par la route de la Trace ne sera pas qu’une excursion, mais plutôt une succession de plaisirs et d’émotions.

19/ « Le non-lieu » (Fort-de-France)

Face à l’élégant Palais de Justice , le «Non-lieu» est non seulement le contraire de son nom car c’est un endroit sympathique, mais c’est aussi et surtout une charmante cellule d’où l’on n’a pas la moindre envie de s’évader. Le cadre est net, propre et frais, et l’accueil y est tout à fait contraire à celui d’une porte de prison. Alors, tant les employés des entreprises proches que les avocats entre deux plaidoiries, l’actif public des environs se retrouve là pour la pause du midi et la détente digestive. Et la cuisine familiale proposée vient agrémenter ce trait d’union oisif entre les instants de fébrilité laborieuse de la journée foyalaise. Tomates à la mozzarella ou tranche de fromage de chèvre fondant, on n’a pas, en cuisine, oublié la gourmandise comme, par exemple, avec la fricassée de crevettes capable de réveiller n’importe quel appétit. Ainsi donc, sur ce vieux boulevard qu’est la Levée, près du grand temple de la dure loi, il y a un abri où le péché n’est pas répréhensible et où la récidive est recommandée.

 

20/ « Le touloulou » (Sainte-Anne)

Le vieux « touloulou » est toujours sur la plage de Sainte-Anne, mais il a changé de carapace et ses couleurs, aujourd’hui, éclatent de joie et de bon goût. Ainsi, face à un incroyable panorama, le restaurant agrandi est devenu un petit musée où le succulent le dispute au confortable, dans la chaleur de l’accueil d’une adorable direction. Avec un environnement de guirlandes lumineuses descendant le long des parois comme les stalactites d’une grotte merveilleuse, l’atmosphère adoucie est presque celle d’un ciel étoilé inséré dans l’architecture, à tel point que le repas devient un moment magique. Après une mise en bouche réalisée par un carpaccio de lambi pimenté, la dégustation commence comme le rite d’une cérémonie. Et quand la langouste, qui vous a été présentée, se retrouve dans l’assiette, enrobée dans le suave piquant d’une sauce de légumes et accompagnée d’un délectable gratin de courgettes, c’est sa fraîcheur qui devient émouvante. Que dire, aussi, de l’assiette « touloulou », véritable plateau des richesses de l’océan, où s’affrontent les gambas, les moules et les palourdes dans le bain de l’inventif assaisonnement du chef ? Oui, là-bas, tout au bout de l’île, une surprenante table attend le visiteur, et son joli nom de crabe reste accroché par les pinces à la mémoire et aux papilles.

 

21/ «La cave à vins» (Fort-de-France)

Si l’on veut bien considérer la gastronomie comme une forme non négligeable de la culture, « La cave à vins » reste un petit musée de la table, depuis une décennie déjà. Dans un cadre rendu doux et clair par le ton pastel des murs, on se sent dans le salon particulier d’un établissement de renom. Sans doute l’élégance de la verrerie et la tenue du chef y sont-elles pour quelque chose, et alors peut commencer la cérémonie de dégustation, voyage dans le goût ou croisière dans le plaisir. Après l’ébouriffante découverte d’une glace au foie gras comme mise en bouche, on navigue avec émotion entre les savoureux noms des plats proposés, qui se muent prestement en délices dans l’assiette. De cassolettes surprenantes en sauces inattendues, de coulant au chocolat en échafaudage de tuiles aux framboises, rien, jusqu’au dessert, ne déroge à la noblesse de la haute cuisine des grands chefs. Viandes ou confitures, vins ou cafés, truffe, caviar ou crème d’oursin, c’est une palette de raffinements qu’annonce joliment l’épicerie qu’on traverse en entrant, véritable galerie apéritive, antre lumineux et sanctuaire de l’excellence gourmande. Comment ne pas dire qu’il existe, à Fort-de-France, un lieu digne de figurer dans les guides nationaux les plus prestigieux ?

 

 

Les 3 gourmands – 2006


 


 

1/ Diamant-les-bains (Diamant)


Il est toujours émouvant de pénétrer dans un établissement à l’architecture traditionnelle, surtout quand, derrière, s’étend un jardin qui descend en pente douce vers les eaux mouvementées du canal de Sainte-Lucie. Et au « Diamant-les-bains », on est dans un puzzle créole de vastes salles dont nombre de murs sont enjolivés par les tableaux de l’un des deux frères qui, avec leurs parents, gèrent le restaurant créé par le grand-père. C’est donc dans une atmosphère authentique et familiale qu’on peut venir passer des moments de calme, d’intensité culturelle et de plaisir gourmand. En outre, des plantes vertes égayent le lieu, rappelant qu’on est entre la campagne et la mer, deux éléments qui vont se retrouver sur la table. Ainsi, commencer un dîner par un gratin de christophine à la sauce crabe, c’est se préparer à déguster un éventail de délicieux poissons parmi lesquels le loup et le vivaneau reçoivent d’autres goûts et d’autres parfums tels l’amande et l’anis étoilé. Il y a là l’occasion d’apprécier la patte d’un chef, frère du peintre, qui sait lui aussi, jeter sur ses savoureuses recettes un magique influx artistique, jusque dans les desserts où la crème brûlée et le nougat glacé se disputent la palme de la saveur. À la manière d’une fresque marine, un vivier de langoustes et un aquarium de poissons rares couvrent un large pan de cloison comme si l’on naviguait dans une embarcation à fond de verre. Tout est réuni là pour rendre festive la dégustation des riches créations gastronomiques, et séduire touristes de passage et résidents en visite.


 

2/Le maracudja (Tartane)


 

Comme un chalet accroché à flanc de morne, « Le maracudja » vous accueille sur une terrasse cernée d’ombrages sous une élégante charpente de bois. Et dans la beauté d’un jardin suspendu, les douces heures d’un succulent dîner vont s’écouler à la manière d’un sablier de plaisir. C’est effectivement une récompense que de se retrouver, après avoir gravi les escaliers, dans un lieu vaste et convivial, où les dîneurs gardent leur intimité à chaque table éloignée des autres, sans parler de la discrétion de la musique de fond, chose rare aujourd’hui. La spécialité de la maison, la « pierrade » est la meilleure façon de cuire, sur une pierre volcanique chauffante, la délicieuse chair de poissons fraîchement pêchés à proximité. Et la viande aussi peut venir frémir sur ce système de cuisson à la japonaise, le disputant au thon, au thazar ou à la daurade au miel et au gingembre. Et que dire de la poêlée de crustacés où langoustines et moules baignant dans une sauce crémeuse exaltent le dégustateur gourmand jusqu’à la triste fin du plat ? Quant aux desserts, entre la glace, la crème brûlée et le fondant au chocolat, c’est une valse-hésitation pour la satisfaction des papilles. Alors, dans les couleurs chaudes des nappes et des murs, au milieu des cocotiers et des arbres du voyageur, après l’accueil rassurant d’un service familial, c’est dans un havre de paix émouvant comme une oasis qu’on peut venir passer de délicieux moments au « maracudja ».