Récupération d’eau de pluie : arnaque généralisée ?

— Par Yvon Joseph-Henri, président de A3C —

L’argument d’un vendeur d’aluminium qui se lance dans la récupération d’eau de pluie est que la pluie est généreusement fournie sous nos latitudes ! En réalité, la vraie raison pour laquelle tout le monde – y compris les vendeurs d’aluminium – se jette dans la récupération d’eau de pluie est que c’est le dernier endroit où l’on gagne de l’argent, où l’on peut arnaquer le client !

L’accroche pour la récupération d’eau de pluie, c’est la prise en charge de 50 à 90% du coût par la CTM. L’idée de faire payer la collectivité a quelque chose de délicieux qui fait perdre la tête aux consommateurs qui oublient que des travaux mal faits sont source de dépenses sans fin pour corriger les erreurs et l’on plonge assez rapidement dans un gouffre !

Enfin, comme la CTM ne vérifie aucun chantier, et encore moins la qualité des travaux et le respect des normes, la CTM jette l’argent du contribuable par la fenêtre.

  1. QUELQUES CONSEILS BASIQUES 

…..pour ne pas se faire arnaquer douloureusement  en silence.

  1. Vérifier le capital de l’entreprise avant de passer un marché avec elle. Si elle n’a pas un solide capital, c’est qu’elle n’a pas les moyens de faire face à un imprévu important.

  2. En passant la commande, imposer une date de fin de travaux assortie d’une pénalité par jour de retard suffisamment dissuasive1.

  3. Vérifier que l’entreprise a – pour ce chantier, le vôtre ! – une garantie bancaire de fin de chantier2. C’est pour vous la garantie que les travaux s’ils n’étaient pas terminés dans les règles de l’art, seraient pris en charge par la banque qui se retournerait ensuite contre l’entreprise défaillante (si c’est encore possible !).

  4. Surveillez attentivement votre chantier : il vaut mieux anticiper sur les dégâts. Une fois le chantier livré, ce sera bien tard et bien difficile d’obtenir réparation !

  5. L’entreprise s’occupe de tout ? Dossier pour la CTM, dossier avec un organisme de crédit gratuit (l’entreprise prenant en charge les intérêts), date d’intervention. Vérifiez qu’elle vous donne un double du ou des documents signés sinon vous n’avez aucun recours avant la fin de l’opération.

 

  • II LE PRINCIPE DE L’OPERATION

 

En soi, le principe d’une récupération d’eau de pluie (en principe et donc en théorie !) est simple. On dérive une descente de gouttière dans une cuve. Celle-ci bénéficie d’un filtre pour récupérer les feuilles et autres saletés qui pourraient tomber dans la cuve et s’y décomposer. On récupère le trop-plein pour l’évacuer sur la descente de gouttière (ou sur le conduit central d’évacuation d’eau de pluie s’il y en a un). Parallèlement, on récupère l’eau de la cuve en partie basse pour la conduire à un surpresseur qui alimentera soit un robinet d’arrosage du jardin, ou de nettoyage de terrasse et de voiture, mais aussi les WC de la maison (10l d’eau par chasse, ce n’est pas rien dans une famille de 4 personnes !).

Le plus proposé consiste à utiliser cette eau pour le lave-linge grâce à un traitement à l’aide un filtre UV.

On récapitule :

  • Une cuve

  • Un surpresseur et donc un branchement sur le secteur au tableau d’alimentation avec un disjoncteur de protection – veillez à ce que le surpresseur ait un ballon d’au moins 50 litres sinon il fonctionnera trop fréquemment et se détériorera rapidement -.

  • Un filtre UV et (éventuellement mais recommandé) un filtre éliminant les poussières de l’eau.

  • Une captation de l’eau de pluie dans une descente, un filtre sur le tuyau de captation ou mieux sur le goulot de la cuve car bien plus large et accessible. La filtration de l’eau de gouttière est essentielle. Il faut pouvoir vider aisément le filtre des feuilles qui l’encombrent et qui en limitent le débit et donc entravent le bon remplissage de la cuv.

  • une sortie du trop-plein sur l’évacuation de l’eau de pluie de la gouttière

 

  1. LES OBLIGATIONS EN MATIERE DE RECUPERATION D’EAU DE PLUIE

L’installation d’un réseau d’eau pluviale de récupération répond à des normes drastiques. Il est strictement interdit que le réseau d’eau pluviale puisse entrer en contact avec le réseau d’eau potable distribuée par la ville ou le département. Autrement, c’est toute l’eau potable qu’on risque de contaminer dangereusement pour la population. De là la nécessité d’installer deux réseaux différents y comprend pour l’alimentation des WC ou de la machine à laver le linge.

Des filtres sont mis en place, une cartouche de traitement de l’eau par UV est installée. Mais quid de son entretien, voire même simplement d’un mode d’emploi d’entretien ? On s’aperçoit que le service après-vente n’existe qu’en parole, avant la signature du contrat ! A notre connaissance il n’existe aucun service après-vente. Ni non plus aucune recommandation écrite fournie par l’entreprise pour le maintien en bon état de l’installation. Or il est impératif de nettoyer régulièrement la cuve.

De même, il est interdit bien sûr de boire cette eau, mais aussi de l’utiliser pour se laver.

Enfin, il est aussi obligatoire d’installer des étiquettes sur le réseau de récupération, portant la mention « eau non potable ». Malgré cela, certaines entreprises se dispensent de cette obligation preuve qu’elles ne méritent pas l’agrément que la CTM leur fournit !

  1. LES DEFAILLANCES OBSERVEES

Les défaillances que nous avons observées concernent d’abord le retard par rapport au calendrier. L’entreprise test n’a pas respecté son calendrier à cause d’une panne disait-elle de sa pelle. Vrai ou faux, toujours est-il qu’elle a repoussé et repoussé pour finalement intervenir en période pluvieuse.

  • Avant d’enterrer la cuve, il paraît nécessaire de vérifier la nature du sol : argileux, sableux, sec et facile et perméable. En l’occurrence le terrain où a été installée notre cuve était inondable. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé une fois la cuve posée. Il fallait d’abord le poser sur un lit de sable, ce qui n’a évidemment pas été fait. Il fallait envisager la pose d’un double drain, ce qui n’a pas non plus été fait, tout comme l’utilisation d’un géotextile pour entourer la cuve. En cas de risque d’inondation du terrain, il faudrait réaliser au sol une radier de béton calculé par un bureau d’étude afin d’y fixer des sangles souples et imputrescibles pour empêcher toute remontée intempestive qui anéantirait toute l’installation. Rien de tout cela en effet n’a été fait ! La cuve a été posé au fond d’un trou réalisé à la pelleteuse, remplie d’eau et le trou rebouché de sable mélangé à du ciment selon en principe un dosage qui n’avait rien de rigoureux en matière d’homogénéité (on préconise 200 kg/m3). On termine l’enterrement de la cuve par une couche de sable recouverte de terre végétale. Autant dire que le protocole a été réduit au plus simple !

  • Pour notre part, nous préférons un réduit de béton enterré comme le sont les cuves de pétrole pour les chaudières de pavillon en France. On y place la cuve sanglée et rattachée à la dalle dont le poids est calculé par rapport à la poussée qu’exercerait la cuve si elle était vide et le réduit, lui, rempli d’eau. Bien entendu il faudrait mettre des drains en place pour évacuer toute eau de ruissellement dans le réduit. L’avantage ultime de cette solution serait de permettre de recouvrir d’une dalle de béton le réduit sans risquer d’abîmer la cuve, avec une trappe d’accès. Bien sûr c’est un surcoût comme l’étude du sol (encore que celle-ci n’ait rien de compliqué) mais un confort ensuite d’utilisation selon l’emplacement de la cuve qui autorise le passage d’engins. Par ailleurs, l’entreprise a fini en profilant à contre pente le sol, renvoyant l’eau de pluie sur l’entrée de la cuve qui du coup reçoit toute la boue lors des très fortes pluies que nous avons connues depuis septembre 2017.

  • Aucune étude n’a été réalisée pour déterminer le débit que pouvait autoriser la surface de la toiture en cas de pluie moyenne, et déterminer le nombre de captations sur les gouttières pour permettre un remplissage de la cuve au mieux en période pluviale. En effet, un tuyau de 63 cm de diamètre autorise un débit, somme toute limité. Dans un contexte où les périodes de sécheresse suivent les périodes de pluie, ne vaut-il pas mieux capter le plus d’eau possible pour ne pas être sous-alimenté ? Une cuve vide désamorce le surpresseur et risque de l’abîmer par la surchauffe. En parallèle aucune étude n’a été faite pour déterminer les besoins hebdomadaires ou mensuels en eau pour les WC et la machine à laver s’agissant d’une famille de 4 personnes.

 

  • LES « PLUS » SI UTILES QUI ONT FAIT DEFAUT

 

Enterrer une cuve de récupération d’eau de pluie devrait en principe libérer l’esprit des utilisateurs. Or, en cas de manque d’eau, le surpresseur risque de fonctionner trop longtemps à vide et de brûler. Si ce n’est pas le cas, il se désamorce pour le moins. Il serait donc nécessaire d’automatiser le système tout entier.

  • D’une part il faut prévoir un ballon suffisant nous l’avons déjà dit pour permettre sans à-coups de distribuer l’eau et éviter de détériorer le surpresseur.

  • Il serait utile aussi de disposer un guide gradué fixé au goulot d’entrée de la cuve permettant d’un coup d’œil de connaître le niveau d’eau. Mieux, il conviendrait d’installer un relais de protection du surpresseur en cas de manque d’eau, un régulateur de niveau et un robinet relié à un flotteur pour remplir automatiquement sur un niveau minimum avec le réseau d’eau potable une cuve dont le niveau serait trop bas.
  • Enfin reste le problème d’entretien. Il faut exiger de l’entreprise qui pose votre cuve, qu’elle assure l’entretien de toute l’installation. On ne dépense pas de telles sommes – sans compter celle des contribuables via la participation de la CTM ! – pour un ou deux ans !

Enfin, la pose d’un couvercle simplement posé et non fixé à l’ouverture de la cuve se révèle un non-sens pour plusieurs raisons. D’abord, on évitera qu’en cas d’inondation du terrain, la boue ne pénètre dans la cuve posant de gros problèmes. Mais un couvercle posé simplement pose un problème de danger évident car étant donnée la profondeur de la cuve remplie d’eau entièrement, un enfant peut s’y noyer sans que personne ne l’entende. Une fois encore, nos entreprises ne mesurent pas leurs responsabilités.

Yvon JOSEPH-HENRI

Président de l’association des Consommateurs et des Citoyens de la Caraïbe (A3C)

0696 80 96 02

consommateurs.caraibe.a3c@gmail.com http://cccaraibe.unblog.fr/

1 Las ! Aucune entreprise n’acceptera sans aucun doute, parce que le consommateur antillais oublie que c’est lui qui paie. Les entreprises ne peuvent dicter leur loi ce qu’elles ont trop souvent tendance à faire parce que nous leur laissons la bride sur le cou !

2 Là encore, c’est au consommateur à exiger des travaux respectant la loi qui le protège !

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