« Place du marché 76 » de Jan Lauwers : foutraque et jubilatoire!

 place_du_marche

—Par Roland Sabra—

Plus qu’une troupe de théâtre Needcompany est une troupe de performance qui, depuis sa création, s’est positionnée explicitement comme une compagnie internationale, multilingue et multidisciplinaire. La présentation en France de sa dernière création a eu lieu au Festival d’Avignon 2013. Jan Lauwers, le fondateur de la compagnie nous invite comme maitre de cérémonie à suivre la chronique de l’été à l’hiver d’ un petit village au pied d’une montagne. Reculé. Dominé par la pauvreté. » et dans lequel «  Les gens ont le cœur lourd. » Cela commence lors de la première commémoration, un an plus tard d’une catastrophe qui durement touché le village : une bouteille de gaz a explosé sur la place du marché faisant vingt-quatre morts, dont sept enfants en excursion scolaire. D’abord, on a pensé à un attentat à la bombe. Mais plus tard , on s’apercevra que c’est une fuite sur bouteille de gaz qui est à l’origine de la catastrophe.. Cause plus prosaïque moins héroïque mais les douleurs, les os brisés et les vies dévastées sont les mêmes. Ils sont là sur la place du village, la responsable, mais aussi victime clouée dans sa chaise roulante la femme du boucher/Anneke Bonnema ; son mari  toujours désirant/Benoît Gob ; la boulangère/Grace Ellen Barkey, mère qui pleure et vomit sur le cadavre de son gamin ; sa fille Pauline/Romy Louise Lauwers ; le plombier pervers Alfred Signoret/Julien Faure ; sa femme « l’étrangère » au village, Kim Ho/Sung-Im Her et leur grande fille Michèle/Yumiko Funaya, qui sera victime de pédophilie si ce n’est d’inceste…

La catastrophe n’est que l’annonce d’un enchainement de malédictions et d’évènements surnaturels qui vont s’abattre sur la communauté. Un gamin se jette par la fenêtre après s’être masturbé sur le visage de sa sœur. Une gamine est séquestrée et livrée à la pédophilie du plombier qui finira pendu. La mère de celle-ci se suicide peu avant sa libération. Le boucher étouffe sous un oreiller sa femme handicapée. Un bateau de sauvetage et des poissons-baudruche tombent du ciel. De ce naufrage surnagent le balayeur, son collègue d’infortune, le bigleux qui vont devenir le pôle autour duquel va se constituer une alternative aux drames et aux déchirements du village. Plus que l’histoire un peu foutraque c’est les performances plastiques, musicales et chorégraphiques des comédiens qui subjuguent et le questionnement de ce qu’est le théâtre par le jeu d’une distanciation très brechtienne dans son déploiement. Les comédiens s’adressent aux spectateurs, le jeu oscille entre l’outrance et le hors-jeu, Jan Lauwers, dans le rôle du narrateur commente, fait les liaisons entre les actes et mêmes les scènes. Le décor n’illustre rien ne signifie rien il rappelle simplement que l’on est au théâtre. On pourrait s’agacer des tonnes et des tonnes de bons sentiments que le créateur déverse, les exhortations à aimer sont prochain, un discours catho-bien pensant un peu gluant mais on préfèrera s’émerveiller de la créativité, de l’invention, de l’énergie mises en œuvre.