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Révélations sur l'oreille coupée de Van Gogh 
 

Éric Biétry-Rivierre


 

 

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Autoportrait de Van Gogh. ((1887/88) (AFP/Van Gogh Museum) Crédits photo : AFP

Deux universitaires allemands reviennent sur la plus fameuse dispute de l'histoire de l'art. Ce serait Gauguin qui aurait coupé l'oreille du Hollandais.

Au matin du 24 décembre 1888, la police d'Arles récupère un homme au visage sanguinolent et le conduit à l'hôpital. Au cours d'une crise, Van Gogh s'est coupé l'oreille gauche (à droite dans ses autoportraits au miroir ultérieurs) au moyen d'une lame de rasoir. Cette automutilation serait le symptôme d'une santé mentale déjà défaillante et le signe avant-coureur du suicide perpétré sept mois plus tard. C'est du moins la thèse dominante.

Dans les années 1930, Georges Bataille et Antonin Artaud voient dans le geste une portée sacrificielle et valorisent la folie comme fon­damentale pour l'art moderne. Puis le cinéma contribue à établir cette sombre veille d'un jour de Noël en moment culte, en épisode charnière de l'histoire de l'art. Dans son film de 1956, Lust for Life, Vincente Minnelli ne montre pas l'acte mais c'est bien Kirk Douglas (Vincent) qui le ­commet.

Reste qu'il n'y a jamais vraiment eu d'unanimité parmi ceux qui se sont plongés dans les maigres sources du fait divers. Et un livre qui vient de sortir en Allemagne devrait accroître le doute. Selon ses auteurs, Hans Kaufmann et Rita Wildegans, deux universitaires de Hambourg, c'est Gauguin qui aurait porté un coup de sabre (excellent escrimeur, il était maître d'armes civiles) lors de la fameuse dispute. Van Gogh n'aurait rien dit pour protéger son ami. Cela expliquerait le retour à Paris précipité de Gauguin après une brève audition par la police où il s'était montré cohérent contrairement à un Van Gogh prostré. Et peut-être ses envies de lointains…

L'essai charge cet « hypocrite », ce « vaniteux ». Il aurait fui après son geste malheureux, simplement censé faire reculer Van Gogh. Il aurait jeté sa rapière dans le Rhône. On ne l'a jamais retrouvée. « Le rasoir non plus », note Hans Kaufmann. « Une chose est sûre, la version admise repose surtout sur les souvenirs de Gauguin, Avant et Après, parus en 1903 », poursuit-il. Selon eux, le conflit portait sur des questions artistiques. Dès son arrivée à l'invitation de Van Gogh dans la maison jaune de la place Lamartine (démolie durant la Seconde Guerre mondiale) et les premiers projets menés de conserve, l'ambiance s'était tendue. Van Gogh considérait par exemple sa version de l'allée des Alyscamps, peinte sur un support de jute préconisé par Gauguin mais auquel lui n'était pas habitué, comme ratée.

 

Le remords de Caïn dans la tombe ?

Sur quoi une première colère aurait éclaté. Puis une seconde dans l'atelier commun, cette soirée du 23, parce que l'un soutenait que l'on peut créer selon sa fantaisie et l'autre uniquement d'après la nature. Gauguin avait menacé de partir, Van Gogh a vu d'un coup ruinés ses espoirs de recréer sous le soleil du Sud un nouveau Pont-Aven. Il aurait saisi un couteau. Gauguin aurait filé et passé la nuit à l'hôtel. Une fois seul, Van Gogh aurait donc procédé à la vivisection, enveloppé son lobe dans du papier journal et, vers 23 h 30, l'aurait confié à une prostituée de sa connaissance avant de revenir se coucher chez lui.

Insensé ou improbable ? Quoi qu'il en soit, c'est dans sa couche ensanglantée, à demi inanimé, que la police, informée des faits par le voisinage ou la maison de tolérance, le trouva le lendemain. Hans Kaufmann et Rita Wildegans reprennent le rapport de police, les quelques notes de la presse locale et passent au peigne fin les témoignages malheureusement très postérieurs aux faits. Et suggèrent une cause plus triviale. Il est question d'une bagarre « à propos d'une certaine Rachel » qui se serait poursuivie jusque devant un bordel situé trois cents mètres plus loin. Ils estiment que si la provocation vient de l'un c'est sûrement l'autre qui blesse.

Gauguin en aurait longtemps eu mauvaise conscience. Peu de temps après la mort de son ex-ami qu'il n'a jamais revu, il se rend à Tahiti. En 1901, il y peint des tournesols sur un fauteuil. Un hommage caché ? En son centre la fleur semble un œil fixant le spectateur. Le remords de Caïn dans la tombe ?

Au Van Gogh Museum d'Amsterdam, Louis van Tilborgh, en charge de la recherche scientifique sur le peintre, maintient la thèse de l'automutilation. À Bâle où vient de s'ouvrir une grande exposition sur les paysages du Hollandais, et où Hans Kaufmann et Rita Wildegans viendront défendre leur scénario le 17 juin prochain, la commissaire Nina Zimmer tempère : « Ils ont peut-être raison, mais toutes les hypothèses se valent vu le manque d'éléments. »

» Hans Kaufmann : «Gauguin a inventé la théorie de l'automutilation»

» Une splendide exposition

«Van Goghs Ohr, Paul Gauguin und der Pakt des Schweigens» («L'Oreille de Van Gogh, Paul Gauguin et le pacte du silence »), essai en allemand de Hans Kaufmann et Rita Wildegans, Osburg Verlag, 392 p., 23 €.

 

04/05/2009 | Le figaro

L'affaire de l'oreille coupée

Van Gogh: la polémique bidon

Par Bernard Géniès

 

 

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©Afp "Autoportrait avec oreille coupée" (1889), de Vincent Van Gogh (1853-1890). Courtauld Institute, Londres.

Quand on parle de Van Gogh ou de Leonard de Vinci, on peut écrire n'importe quoi, ça marche à tous les coups! Dernier business en date, celui de ceux universitaires allemands, Hans Kaufmann et Rita Wildegans, les auteurs de «Van Gogh Ohr, Paul Gauguin und der Pakt des Schweigens» («l'Oreille de Van Gogh, Paul Gauguin et le pacte du silence», Osburg Verlag). Dans ce livre, ils affirment que ce n'est pas Van Gogh qui, en décembre 1888, lors d'un épisode devenu célèbre, se serait lui-même coupé l'oreille. Le forfait aurait été commis par l'affreux Paul Gauguin. D'un coup de sabre, il aurait tranché le lobe droit de l'oreille de son ami. Pourquoi? Explications.

En février 1888, Vincent Van Gogh quitte Paris pour s'installer en Arles. Son rêve? Dans une lettre à son frère Théo, Vincent écrit qu'en arrivant dans le Midi, «il a guetté si cela était du Japon». Depuis plusieurs mois les deux frères se passionnent pour le Japon. Dans le quartier de la Bourse à Paris, Théo achète des estampes japonaises. Avec Vincent, en février 1887, il organise même une exposition de leur collection au café du Tambarin. Pour Vincent, l'art japonais est un must: «On ne saurait l'étudier, dit-il, sans devenir beaucoup plus gai et heureux.»

 

Heureux, Vincent entend le rester en mettant le cap sur Arles. C'est la raison pour laquelle il propose à son copain Gauguin de venir l'y rejoindre pour travailler avec lui. La cohabitation va cependant rapidement tourner au vinaigre. Dans une lettre du 23 décembre 1888, Gauguin raconte que Van Gogh s'est précipité vers lui «un rasoir à la main». Et d'ajouter: «Mon regard dut à ce moment là être bien puissant car il s'arrêta et (...) reprit en courant le chemin de la maison». Le lendemain, Van Gogh se tranchait le lobe de l'oreille, lobe qu'il serait allé remettre à une prostituée de la ville prénommée Rachel.

 

Pourquoi une prostituée? Van Gogh connaissait la civilisation japonaise. Il avait donc certainement entendu parler de cette tradition qui voulait que les geishas offrent à leurs amants et protecteurs des mèches de cheveux, des morceaux d'ongles et mêmes des phalanges. Certaines allaient jusqu'à faire prélever sur des cadavres plusieurs phalanges afin de pouvoir témoigner de leur «attachement», si l'on peut dire, à plusieurs protecteurs. En faisant cadeau de sa chair à une prostituée, Van Gogh aurait à sa manière respecté un rite.

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Rendre Gauguin responsable de cette mutilation est tout simplement fantaisiste. Pour les besoins de leur cause, les deux universitaires allemands vont jusqu'à prétendre que Gauguin - qui n'avait pris que quelques leçons d'escrime quand il était jeune homme - était un excellent maître d'armes. Il devait être vraiment très doué pour parvenir à couper un centimètre ou deux de chair sans atteindre ni la joue, ni le cou! Plus curieux encore: on se demande pourquoi Vincent Van Gogh aurait gardé le silence alors que son frère Théo était venu le rejoindre en Arles. Pas de preuves? Pas de témoignages? Ce n'est pas grave. Les deux auteurs du livre bidon ont gagné la partie: on parle d'eux!

 

 

B.G.

 

http://bibliobs.nouvelobs.com/20090505/12346/van-gogh-la-polemique-bidon

le 12-05-09