Kazuo Shiraga
Pour cet artiste japonais,
membre du mouvement Gutaï,
la peinture était un
corps-à-corps avec la
couleur

L'artiste japonais Kazuo Shiraga,
l'un des fondateurs du groupe
Gutaï, est mort le 8 avril au
Japon.
Né en 1924 à Amagasaki,
préfecture de Hyogo, Kazuo
Shiraga appartient à ces
générations de jeunes Japonais
dont la jeunesse se confond avec
l'expérience de la guerre et de
la destruction. Ses premières
études, après 1945, sont de
peinture japonaise à l'Ecole
professionnelle de peinture de
Kyoto, jusqu'en 1948. L'année
suivante, il les poursuit à
Osaka. Il entre dans l'histoire
de l'art du XXe siècle en 1952 :
cette année-là, alors qu'il
pratique encore la peinture à
l'huile et au couteau, il est
l'un des quatre fondateurs du
premier groupe d'avant-garde
japonaise de l'après-guerre, le
Zero-Kai.
Avec ses amis et
contemporains Akira Kanayama,
Saburo Murakami et Atsuko
Tanaka, il énonce la devise
fondatrice qui explique le nom
qu'ils se donnent : " L'art
doit partir du point zéro absolu
et se développer selon sa propre
créativité. " Rejetant tout
principe de composition
picturale, tout idéal
d'harmonie, toute
représentation, il en vient
bientôt à concevoir la peinture
comme un corps à corps avec la
couleur. Pour l'exposition du
groupe en 1954, il présente pour
la première fois une toile
peinte avec ses pieds nus.
L'année suivante, le Zero-Kai
disparaît pour donner naissance
au mouvement Gutaï - le mot
signifie " concret ". Lors d'une
première exposition en plein air
à Ashiya, " Défi au soleil de
plein été " (1955), il attaque à
la hache des troncs d'arbre
peints de rouge, geste qui fait
de lui l'un des inventeurs de
l'art de la performance, qu'il
conçoit comme un exercice
violent, une lutte avec les
éléments que l'artiste doit
affronter dans un état de nudité
presque complet. Ainsi en
vient-il à présenter à Tokyo
cette même année son action "
Défi à la boue ", où son corps
entier se débat contre la
pesanteur de la terre,
accentuant la charge symbolique
de ses apparitions. En mai 1957,
Gutaï organise à Osaka
l'exposition " Art Using the
Stage ". Shiraga s'y montre vêtu
d'un costume écarlate démesuré.
Cette couleur est celle qu'il
piétine et étale dans ses toiles
de la fin des années 1950 et du
début de la décennie suivante.
De grand format, elles sont aux
dimensions du corps.
A ce moment, sa notoriété a
déjà largement dépassé le Japon,
où ses apparitions créent
stupeur et scandale. En 1957, le
critique français Michel Tapié
s'intéresse à lui et contribue à
le faire connaître à Paris, où
Shiraga, le premier du groupe
Gutaï, expose à la galerie
Stadler en 1962 et entre en
rapport avec l'avant-garde - en
particulier avec Jean-Jacques
Lebel, dont les happenings ne
sont guère moins virulents. A
New York, ses performances
retiennent l'attention d'Allan
Kaprow, fondateur de la
performance aux Etats-Unis qui
reconnaît à Gutaï son rôle
fondateur : à Shiraga pour ses
combats avec les éléments et à
Murakami qui déchire en
bondissant des feuilles de
papier tendues sur des châssis.
Les photographies de ces gestes,
largement reproduites, ont fait
des deux artistes les héros d'un
nouveau mode d'expression, qui
n'a plus besoin du support de la
toile, à la différence de
l'action painting de Jackson
Pollock. Gutaï s'inscrit ainsi
dans l'histoire de l'art
contemporain comme l'une des
avant-gardes les plus radicales
du siècle.
A partir de 1968, Shiraga
enseigne la peinture à Osaka -
autant occidentale que
japonaise. En 1971, il entre
dans un monastère bouddhiste sur
le mont Hiei. De nombreuses
expositions personnelles et
collectives ont depuis lors
régulièrement rappelé quel avait
été son rôle.
1924
Naissance à Amagasaki (Japon)
1955
Est un des fondateurs du
mouvement Gutaï
8 avril 2008
Mort au Japon