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Bruxelles célèbre Magritte
en lui consacrant un musée

par Valérie Duponchelle
 

Le 2 juin prochain, le public découvrira à Bruxelles un musée entièrement dédié au peintre surréaliste. Un écrin technologique qui veut lui rendre gloire et lisibilité.

Même si, sur la photo géante, René Magritte vous accueille en fermant les yeux, comme le faisait à ses séances de Photomaton la petite bande farceuse des surréalistes parisiens, l'heure n'est pas au sommeil. Sur la place Royale de Bruxelles, ce serait plutôt le réveil, la prise de conscience, la relecture d'une histoire de l'art, le temps de la réflexion. Il y a un an encore, la collection de Magritte des Musées royaux des beaux-arts de Belgique dormait, en naufragée d'une autre époque, cérébrale et subversive, dans le dédale tristounet des salles souterraines au plafond bas des années 1970.

Regrouper en famille dans un musée monographique les tableaux privés avec les tableaux publics, les tableaux flamands avec les wallons, les classer, les expliquer et les mettre en espace, c'est créer l'album d'un artiste plus complexe qu'un homme au chapeau melon (1898-1967). Voici donc un Belge à Paris, un surréaliste à Bruxelles, un amoureux fidèle d'une beauté aux yeux si clairs, un monsieur en veston devant son chevalet, un esprit fort et facétieux qui se moque des mots et fait des poèmes à l'aide de formes, un drôle d'artiste tour à tour peintre, graveur, sculpteur, photographe et cinéaste. Bref, un personnage qui remplit à lui seul l'hôtel Altenloh, pourtant néoclassique et imposant. Comme Van Gogh en son musée à Amsterdam, ou Paul Klee en son Zentrum à Berne.

Ce jeune musée brasse avec science ce riche matériel qui le fait détenteur de la plus grande collection d'œuvres de Magritte au monde. Dans le sillage de Virginie Devillez, chef de projet, il raconte une vie d'avant-garde en 200 huiles, une cinquantaine de photos d'époque, une quinzaine d'objets inclassables comme les bouteilles peintes avec énigmes plastiques et person­nages, une centaine de documents d'archives - tracts, correspondance, manifestes, partitions - et près de 40 films dont huit sont diffusés, à raison de deux par palier, sous d'énormes abat-jour noirs. Parti pris didactique et vivant que de réunir allègrement toutes les facettes d'un héros national de l'art.

 

Des maximes, insolentes et si vraies

Première impression ? Elle est sombre, comme les cimaises au bleu ardoise, bleu nuit, agencées avec goût par Winston Spriet, le scénographe du musée, talent bien connu de la foire de Maastricht. Elle surprend par sa théâtralisation de la pénombre, où l'on ne voit plus que les œuvres et les mots de Magritte, gravés comme des maximes, insolentes et si vraies, sur les panneaux ignifugés rouge foncé. «L'idée était d'absorber le visiteur et le faire entrer dans un rêve, comme dans une salle de cinéma», explique Michel Draguet, directeur de ce «Musée Magritte Museum» au titre bilingue et politiquement correct. «C'est l'anti-“White Box”, si chère à l'art contemporain aujourd'hui, cet espace conceptuel où l'œuvre n'existe que dans un raisonnement linguistique.» Ici, pas question du classique «Circulez, il n'y a rien à voir». La peinture règne partout, en étrange Mélusine.

«Dans la mesure où mes tableaux sont valables, ils ne se prêtent pas à l'analyse», disait Magritte. La leçon du peintre se fait autrement, par diffusion via tous les pores, par immersion complète dans un singulier mental. Elle commence au dernier étage comme au nouveau MoMA de New York, du début sous influence à la fin pleine d'enseignement, des affiches alimentaires des Années folles au Domaine enchanté où vibrent L'Empire des lumières, les oiseaux bleus, les hommes sans visage et avec pomme verte. Elle suit les étapes de l'art comme un tour de Belgique : «La conquête du surréalisme» de 1898 à 1929 (La Lectrice soumise, 1928, ou La Réponse imprévue, 1933), puis «L'échappée belle» de 1930 à 1950 (Le Retour, 1940), et enfin «Le mystère à l'ouvrage», de 1951 à sa mort (Le Domaine d'Arnheim, 1962). Le visiteur plonge en apnée pendant deux heures.

» Rencontre avec un mécénat du troisième type

» Au royaume des collectionneurs

Musée Magritte Museum, place Royale, Bruxelles Tél. : + 32 (0) 2 508 32 11.

À lire : «Guide du musée Magritte », Hazan, 15 € ; «Magritte, son œuvre, son musée», de Michel Draguet, Hazan, 49 € ; pour les enfants «Le Petit Atelier de Magritte», de Raffaella Russo Ricci, Hazan, 12 €. À voir : Arte diffusera le 4 juin à 22 h 30 «Magritte, le jour et la nuit», un portrait inédit signé Henri de Gerlache.

Le figaro 22/05/2009 |