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Bashung, bien entendu

Par Alexis CAMPION
 

Ces Victoires de la musique sont d'abord les siennes. Alain Bashung a remporté trois récompenses samedi soir lors de la cérémonie retransmise en direct du Zénith de Paris. Le rockeur-crooneur qui lutte contre un cancer du poumon, a remercié le public pour son soutien. "Vous m'avez tellement donné d'amour", a-t-il déclaré, très ému. Camille, Arthur H, Julien Doré, les BB Brunes ou Sefyu sont aussi récompensés.

On ne pourra pas parler de surprise mais assurément d'élégance et d'émotion. Parti grand favori, Alain Bashung est bien le grand gagnant des Victoires de la musique 2009, retransmises hier soir sur France 2, en direct du Zénith de Paris. Encensé par la critique dès sa sortie, son album Bleu Pétrole, s'impose comme un chef-d'oeuvre aussi exigeant qu'accessible. Un retour au sommet d'autant plus troublant maintenant, comme en résonance avec son état de santé. Comment ne pas avoir la chair de poule lorsqu'il chante, malgré la chimiothérapie qui a creusé son visage, Résidents de la République: "Un jour je parlerai moins/Jusqu'au jour où je ne parlerai plus."

Pour ce seigneur, toujours ultra-élégant, le public s'est mis débout à plusieurs reprises. Ses déclarations, passé de brefs remerciements, ont été sobres et positives. "Oh la la", "Vous m'avez donné tellement d'amour", "Souhaitons-nous une année resplendissante...", "Que dire, que dire?"

Déjà fort de huit Victoires par le passé, Alain Bashung éclipse notamment Francis Cabrel, Manu Chao, Christophe Maé, Julien Clerc. Et aussi Bénabar, Vincent Delerm et Camille pour la catégorie album chanson de l'année. Cette dernière - que Bashung adore et qu'il a consacrée le premier quand il a présidé le prix Constantin - se rattrape en beauté avec la Victoire de l'interprète féminine de l'année.

Où sont les femmes?

Camille tourne actuellement dans le monde entier avec les chansons déjantées de Music Hole, célébration de la voix humaine dans tous ses états. Pas de prix, donc, pour Anaïs, Yael Naim, et surtout Catherine Ringer, qui a marqué l'année 2008 par sa détermination à poursuivre l'aventure des Rita Mitsouko sur disque et sur scène malgré la disparation de Fred Chichin. Les femmes ne se bousculent au palmarès cette année.

Avec Camille, seule Rokia Traoré aura sauvé l'honneur de la gent féminine à ce tableau d'honneur. La Franco-Malienne emporte la Victoire musiques du monde pour son quatrième album, Tchamantché, merveille de douceur qui la propulse, elle aussi, à l'international. Pour l'album pop-rock, Arthur H est gagnant avec son facétieux L'Homme du monde, dont il a chanté hier l'entraînant Dancing With Madonna... version Obama! Victoire, encore, à une oeuvre audacieuse, forte de son originalité plus que de ses ventes.

La grogne des rappeurs

La seule faute de ce palmarès se trouve sans doute dans la catégorie des musiques urbaines, boycottée hier par trois nominés: Grand Corps malade, Tunisiano et Kery James, auteur du remarquable album A l'ombre du show-business... A l'ombre? Ce dernier nous expliquait, samedi, qu'il se savait vaincu d'avance, n'étant pas convié à chanter dans l'émission. Dans cette catégorie, c'est Abd Al Malik qui a eu le prix pour son album Dante. Sympathique, mais il l'a déjà remporté l'an dernier. En fin de compte, c'est le public qui a remis les pendules à l'heure en sacrant l'inénarrable Sefyu, rappeur d'Aulnay-sous-Bois, qui a la particularité de toujours cacher son regard. Il fait fureur avec son troisième album, Suis-je le gardien de mon frère? qui a épaté tout le monde en juin dernier en accédant à la première place des ventes devant... Madonna!

Ni les gamins de BB Brunes ni le caractère bien trempé de Julien Doré, pourtant, eux aussi, flanqués de Victoires de la révélation (mais votées par la profession et non par le public), ne peuvent en dire autant. Mais les tableaux d'honneur sont-ils jamais justes et impeccables ? L'énergique duo de The Do et l'ensorceleur combo de Moriarty, sont partis bredouilles. Cela ne les a pas empêchés, hier soir, de soulever des cris enthousiastes au Zénith. Et comme l'a dit Bashung, de "réchauffer les coeurs".

Le Journal du Dimanche 01/030/09