Télécharger gratuitement de la
musique sur le Web en toute
légalité est désormais possible
en France depuis le 20 août.
Grâce à un accord avec Universal
Music, le fournisseur d'accès à
Internet Neuf Telecom propose
désormais à ses clients un
service leur permettant de
télécharger de manière illimitée
des morceaux issus du catalogue
de la maison de disques. Ce
service est réservé aux clients
ayant souscrit l'abonnement à
29,90 euros qui donne accès à
Internet, à la télévision par
ADSL et au téléphone fixe
illimité.
C'est une grande première.
Les fournisseurs d'accès à
Internet (FAI) et les éditeurs
de musique se sont ignorés
pendant des années, les seconds
reprochant aux premiers de
faciliter le téléchargement
illégal en offrant aux
internautes des connexions au
débit sans cesse plus élevé.
Cependant, l'accord entre Neuf
Telecom et Universal Music
devrait être imité rapidement
par la plupart des FAI.
Orange indique " préparer
quelque chose dans ce domaine
car une offre de téléchargement
gratuit et illimité correspond à
une vraie demande ".
L'opérateur, qui " est en
discussion avec tous les majors
de l'industrie musicale ",
devrait ouvrir son service "
dans le courant du premier
trimestre 2008 ". Il
souhaite que son offre soit
accessible via Internet mais
aussi sur les téléphones
mobiles.
Chez Alice, on devrait être
prêt " d'ici à la fin de
l'année ", mais des annonces
pourraient être faites " fin
septembre ". Le sujet est
" complexe ", fait-on
néanmoins remarquer.
Free a réagi dans l'urgence à
l'initiative du concurrent. Dans
la foulée de Neuf Telecom, le
fournisseur d'accès à Internet a
indiqué, le 23 août, " avoir
lancé son service de musique à
la demande illimitée et gratuite
avec Deezer. com ". En fait,
il s'agit simplement d'un lien
vers un site permettant
seulement l'écoute sur le Web de
morceaux et non pas le
téléchargement de fichiers. Rien
de révolutionnaire, d'autant que
ce service est accessible par
n'importe qui, abonné ou non à
Free. " Il s'agit d'un début
", plaide-t-on chez
Deezer.com qui revendique 300
000 utilisateurs depuis
l'ouverture de son site à la
mi-août.
Si Neuf Telecom ne communique
aucun chiffre, son offre
pourrait se révéler pour lui à
l'usage beaucoup plus attractive
qu'il n'y paraît. D'abord,
l'abonné doit choisir une fois
pour toutes entre neuf genres
musicaux dans lequel il souhaite
effectuer ses téléchargements.
S'il veut avoir accès aux 150
000 titres du catalogue d'Universal,
il doit s'acquitter d'un
abonnement mensuel (certes très
peu élevé) de 4,99 euros.
Ensuite, le téléchargement
n'est pas définitif : les
morceaux téléchargés ne peuvent
être lus que pendant la durée de
l'abonnement. Les fichiers
musicaux sont effet doté d'un "
DRM " (en anglais Digital Rights
Management), système de gestion
numérique des droits qui a pour
objectif de contrôler
l'utilisation qui est faite des
oeuvres. Pis, Neuf Telecom a
choisi le système Windows Media
10 pour la gestion des DRM. Or
" seulement 5 % des lecteurs
MP3 peuvent aujourd'hui lire les
fichiers dotés de ce DRM ",
observe-t-on chez Alice. La part
des appareils compatibles
devrait grimper à 30 %, dans un
avenir proche. Toutefois, il
n'est pas prévu que l'iPod
d'Apple, qui représente quelque
40 % du marché, lise un jour les
morceaux dotés de DRM Windows.
C'est la quadrature du cercle
que vont devoir résoudre les
fournisseurs d'accès à Internet
s'ils veulent se lancer dans le
téléchargement gratuit de
morceaux de musique. " Nous
constatons que les mesures de
protection (DRM) constituent un
frein réel au développement de
la musique numérique. Ces
protections, souvent
incompatibles entre les lecteurs
disponibles sur le marché, ne
répondent pas aux besoins du
consommateur, qui se détournent
au final du téléchargement légal
", jugeait au début de
l'année Frank Leprou, directeur
de Fnac.com. Ce site propose
notamment l'accès en écoute
illimitée à 500 000 titres pour
9,99 euros. " Notre offre est
une première réponse au
téléchargement illégal ",
plaide-t-on chez Neuf Telecom.
Mais si révolutionnaire soit
cette offre, elle ne devrait pas
suffire à faire disparaître le
téléchargement illégal.
Le gouvernement a confié,
mercredi 5 septembre, à Denis
Olivennes, PDG de la Fnac, une
mission sur la lutte contre le
téléchargement illicite et pour
le développement de l'offre
culturelle légale sur Internet.
Il devrait rendre ses
conclusions d'ici à la fin
novembre. Le temps presse. En
2006, un milliard de fichiers de
films et de musique ont été
piratés en France. Le marché du
disque s'est effondré de 40 % en
cinq ans et a encore baissé de
20 % au premier semestre.
Joël Morio