«Ah bon ! Il
était fermé ?» s'exclame-t-on
souvent à la nouvelle de la
réouverture, aujourd'hui, du
Musée de la musique, situé au
cœur de la Cité de la musique, à
la Villette. Il est vrai que
celui-ci n'a jamais totalement
fermé. Seules les salles dédiées
aux collections permanentes ont
vu leur accès interdit, au fur
et à mesure de l'avancement des
travaux, qui ont duré deux ans.
Comment et
pourquoi mettre dans un musée
des instruments de musique ? La
question a été posée en prélude
au réaménagement des salles.
«Leur présence est nécessaire»,
affirme sans ambages le
directeur du musée, Éric de
Visscher, arguant même d'un
travail de mémoire. «Il s'agit
de montrer, à travers les
instruments, les grandes
évolutions sociologiques et
artistiques de notre société, de
mettre en avant les interactions
entre les cultures, de mettre en
lien les instruments avec les
compositions et avec les
mouvements de population»,
explique-t-il. Avant d'ajouter :
«Les instruments ont cette
dimension polymorphe, à la fois
œuvres d'art et objets
fonctionnels.» Depuis
l'inauguration de
l'établissement en 1997, les
premières collections, venues du
Conservatoire, ont été
enrichies d'acquisitions
propres.
Sur quatre
étages, dans un décor de béton,
de verre et de bois, les
instruments européens sont
représentés par chronologie, du
XVIIe au XXe siècle, tandis que
les musiques du monde se
découvrent par zones
géographiques. Chaque étage a
son siècle, avec son œuvre phare
à l'entrée, qui permet de
comprendre le rôle social,
politique et artistique des
instruments présentés. Le
principe de la visite est
toujours le même : une vidéo
kaléidoscopique décortiquant
l'œuvre concernée, une maquette
du théâtre de la première
représentation, puis les
instruments types de l'époque.
Trésor national
Ainsi, à
l'entrée du XVIIIe siècle,
l'Alceste de Lully se découvre
en vidéo, avec des extraits de
l'œuvre, une minibio du
compositeur, des analyses de
philosophe, chef d'orchestre,
musicologue, ou encore une
lettre de Mme de Sévigné
évoquant le chef-d'œuvre. Puis
le visiteur déambule entre
vitrines et estrades. Celles du
XVIIIe siècle, encore, exposent
une magnifique collection de
clavecins, dont un Ruckers de
1780, classé trésor national et
récemment acquis par le musée.
Dans une vitrine façon cabinet
de curiosités, l'on découvre des
instruments de torture pour
doigts, du XIXe siècle, destinés
à assouplir les phalanges des
pianistes. Et la partie la plus
étonnante est sans doute au
dernier étage, au XXe siècle,
dans un espace réduit où sont
présentées surtout des tables de
mixage (siècle de l'électricité
oblige) évoquant un vieux film
de science-fiction façon Star
Trek, et quelques instruments
dignes du Concours Lépine dont
se servit Boulez.
Enfin, la
dimension sonore est essentielle
au témoignage. L'audioguide est
l'instrument clef du visiteur,
dont il se coiffe à l'arrivée.
Les instruments à l'écoute sont
ornés d'un petit carton, et un
parcours sonore spécifique est
prévu pour les enfants. «La
seule vraie raison de l'enlever,
c'est de rencontrer un
musicien», affirme Éric de Visscher,
qui indique l'emplacement des
récitals, joués sur des pièces
de la collection (cordes,
clavecins, pianoforte), ou des
fac-similés (bois, certains
cuivres, qui souffrent mal qu'on
en joue). Et de conclure : «Si
le visiteur veut tout écouter,
il a près de cinq heures de
musique au total.»
Renseignements au 01 44 84 45 00
et
www.cite-musique.fr