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Midem 2007 : année noire pour le disque

 

 

 

La chanteuse française Diam's au Palais des festivals de Cannes, lors des NRJ Music Awards, le 20 janvier 2007. En 2006, l'album de la rappeuse ("Dans ma bulle") arrive en tête des ventes en France.

AFP/VALERY HACHE

 

 

Le marché du disque en France a continué à régresser en 2006 pour la quatrième année consécutive. Avec une baisse de 10,7 % en valeur (chiffre d'affaires, prix de gros éditeur) et de 26,6 % en volume (nombre d'unités vendues) par rapport à l'exercice 2005, l'heure est à la mobilisation générale. En 2005, on sonnait le tocsin, en 2006 on tente la riposte, sans apercevoir le bout du tunnel. Ces chiffres négatifs ont été présentés, lundi 22 janvier, au Palais des festivals, à Cannes, durant la conférence de presse du Syndicat national de l'édition phonographique (SNEP) lors du 41e Marché international du disque et de l'édition musicale (Midem), organisé jusqu'au 25 janvier.

Le chiffre d'affaires du disque prix de gros s'est élevé en 2006 à 862,7 millions d'euros, dont 819,2 millions d'euros pour les supports physiques (CD albums et singles, DVD musicaux), soit une baisse de 12,4 % par rapport à 2005. Ce chiffre s'entend hors TVA (toujours à 19,6 % alors que les professionnels demandent depuis des années un passage au taux de 5,5 %, comme le livre) et hors retours des exemplaires non vendus par les magasins et net de remises. Les ventes au détail (TTC, en magasin), que le SNEP publie depuis quelques années, atteignent 1,31 milliard d'euros, en baisse de 11,2 % par rapport à 2005. Les supports physiques qui constituent 98 % de ces ventes représentent 1,287 milliard d'euros (- 11,8 %). 

Il faudra encore attendre avant d'en arriver au basculement du CD vers l'immatériel. Si l'on compte les ventes de musique pour les sonneries de téléphone portable, la vente numérique légale en gros représente un chiffre d'affaires hors taxe de 43,5 millions d'euros, en hausse de 42 % par rapport à 2005. Hors téléphonie, la vente en ligne représente 2 % des ventes au détail, soit 23 millions d'euros TTC, mais avec un bond de 44,6 % par rapport à 2005. Seul élément positif du tableau, cette croissance du numérique est toutefois loin de compenser une perte cumulée depuis 2002 de 440 millions d'euros pour le secteur.

 

INTÉGRALES À PETIT PRIX

 

Tout aussi édifiant, le détail des unités (CD, single, DVD, téléchargement) vendues par les éditeurs phonographiques aux détaillants : il est pour 2006 de 96,6 millions d'unités, contre 131,6 millions pour 2005. Un passage en dessous de la barre des 100 millions qui, mieux que tous les discours, reflète la mauvaise santé du secteur.

Dans les documents du SNEP remis à la presse, il est précisé que le nombre d'albums CD vendus est de 73,3 millions (- 20,9 % par rapport à 2005), celui des singles de 17,5 millions (- 27,9 %) et celui de la vidéo musicale de 5,5 millions (- 60,6 %), domaine qui jusqu'à maintenant résistait mieux.

En ce qui concerne la ventilation du chiffre d'affaires par répertoire, il est stable par rapport à 2005 pour la variété nationale, qui représente 61 % des parts de marché, en perte de 1,9 point pour la variété internationale (30,6 %) et en hausse de 1,9 point pour le classique (8,4 %). Le jazz, comptabilisé à la fois dans la variété nationale et la variété internationale, est en légère hausse symbolique, passant de 2,4 % à 2,5 %. Le SNEP précise que la société Abeille Musique, qui distribue les intégrales Mozart et Bach à petit prix, a été intégrée pour la première fois à l'échantillon statistique. Le succès public de ces deux coffrets a donc "boosté" les chiffres du classique.

Ces chiffres, qui chaque année permettent de dresser un panorama de l'évolution du marché du disque, ne sont toutefois pas totalement représentatifs de l'ensemble du secteur. Le SNEP compte parmi ses adhérents les quatre majors du disque, Universal Music, EMI, Sony-BMG Music et Warner Music avec leurs labels et ceux qu'elles distribuent, qui fournissent l'essentiel de la production, ainsi qu'un petit nombre de labels dits indépendants. Mais la majeure partie de ces derniers adhèrent à l'Union des producteurs français indépendants (UPFI), qui déclare représenter environ 20 % du marché en distribution. Cependant la tendance est la même partout.

En 2006, les dix meilleures ventes sont dues à des artistes classés dans la variété nationale (Dans ma bulle, de Diam's, est en tête, suivi des albums de Laurent Voulzy, Les Enfoirés, Bénabar, Olivia Ruiz, Raphael, Renaud, Patrick Bruel, Yannick Noah et Grand Corps malade). Le chanteur américain James Blunt est, à la onzième place, le premier représentant de la variété internationale. Le SNEP ne précise pas le nombre d'exemplaires vendus dans ce classement.

Pour les singles, c'est Pas le temps, de Faf Larage, qui décroche la palme ; la meilleure vente des compilations est celle des NRJ Music Awards 2006 - la cérémonie de remise de ces prix 2007 était prévue à Cannes le 20 janvier. Côté classique, c'est donc l'intégrale Mozart qui se trouve en haut du podium et côté jazz From This Moment On, de l'Américaine Diana Krall. Madonna pourra se réjouir de voir sa chanson Hung Up devenue le titre le plus téléchargé légalement en 2006. La Septième Vague, de Laurent Voulzy, connaît le même sort pour un album entier.

Enfin, le titre le plus diffusé en radio a été Hips Don't Lie, de Shakira (19 611 diffusions et 1,2 milliard de contacts), suivi de Crazy, de Gnarls Barkley, et de Temperature, de Sean Paul. Les radios n'auront donc pas suivi la pente francophone des acheteurs de musique.

Véronique Mortaigne et Sylvain Siclier

Article paru dans l'édition du 23.01.07. Le Monde