Le marché du disque en France a
continué à régresser en 2006
pour la quatrième année
consécutive. Avec une baisse de
10,7 % en valeur (chiffre
d'affaires, prix de gros
éditeur) et de 26,6 % en volume
(nombre d'unités vendues) par
rapport à l'exercice 2005,
l'heure est à la mobilisation
générale. En 2005, on sonnait le
tocsin, en 2006 on tente la
riposte, sans apercevoir le bout
du tunnel. Ces chiffres négatifs
ont été présentés, lundi 22
janvier, au Palais des
festivals, à Cannes, durant la
conférence de presse du Syndicat
national de l'édition
phonographique (SNEP) lors du 41e
Marché international du disque
et de l'édition musicale
(Midem), organisé jusqu'au 25
janvier.
Le chiffre d'affaires du disque
prix de gros s'est élevé en 2006
à 862,7 millions d'euros, dont
819,2 millions d'euros pour les
supports physiques (CD albums et
singles, DVD musicaux), soit une
baisse de 12,4 % par rapport à
2005. Ce chiffre s'entend hors
TVA (toujours à 19,6 % alors que
les professionnels demandent
depuis des années un passage au
taux de 5,5 %, comme le livre)
et hors retours des exemplaires
non vendus par les magasins et
net de remises. Les ventes au
détail (TTC, en magasin), que le
SNEP publie depuis quelques
années, atteignent 1,31 milliard
d'euros, en baisse de 11,2 % par
rapport à 2005. Les supports
physiques qui constituent 98 %
de ces ventes représentent 1,287
milliard d'euros (- 11,8 %).
Il faudra encore attendre
avant d'en arriver au
basculement du CD vers
l'immatériel. Si l'on compte les
ventes de musique pour les
sonneries de téléphone portable,
la vente numérique légale en
gros représente un chiffre
d'affaires hors taxe de 43,5
millions d'euros, en hausse de
42 % par rapport à 2005. Hors
téléphonie, la vente en ligne
représente 2 % des ventes au
détail, soit 23 millions d'euros
TTC, mais avec un bond de 44,6 %
par rapport à 2005. Seul élément
positif du tableau, cette
croissance du numérique est
toutefois loin de compenser une
perte cumulée depuis 2002 de 440
millions d'euros pour le
secteur.
INTÉGRALES À PETIT PRIX
Tout aussi édifiant, le
détail des unités (CD, single,
DVD, téléchargement) vendues par
les éditeurs phonographiques aux
détaillants : il est pour 2006
de 96,6 millions d'unités,
contre 131,6 millions pour 2005.
Un passage en dessous de la
barre des 100 millions qui,
mieux que tous les discours,
reflète la mauvaise santé du
secteur.
Dans les documents du SNEP
remis à la presse, il est
précisé que le nombre d'albums
CD vendus est de 73,3 millions
(- 20,9 % par rapport à 2005),
celui des singles de 17,5
millions (- 27,9 %) et celui de
la vidéo musicale de 5,5
millions (- 60,6 %), domaine qui
jusqu'à maintenant résistait
mieux.
En ce qui concerne la
ventilation du chiffre
d'affaires par répertoire, il
est stable par rapport à 2005
pour la variété nationale, qui
représente 61 % des parts de
marché, en perte de 1,9 point
pour la variété internationale
(30,6 %) et en hausse de 1,9
point pour le classique (8,4 %).
Le jazz, comptabilisé à la fois
dans la variété nationale et la
variété internationale, est en
légère hausse symbolique,
passant de 2,4 % à 2,5 %. Le
SNEP précise que la société
Abeille Musique, qui distribue
les intégrales Mozart et Bach à
petit prix, a été intégrée pour
la première fois à l'échantillon
statistique. Le succès public de
ces deux coffrets a donc
"boosté" les chiffres du
classique.
Ces chiffres, qui chaque
année permettent de dresser un
panorama de l'évolution du
marché du disque, ne sont
toutefois pas totalement
représentatifs de l'ensemble du
secteur. Le SNEP compte parmi
ses adhérents les quatre majors
du disque, Universal Music, EMI,
Sony-BMG Music et Warner Music
avec leurs labels et ceux
qu'elles distribuent, qui
fournissent l'essentiel de la
production, ainsi qu'un petit
nombre de labels dits
indépendants. Mais la majeure
partie de ces derniers adhèrent
à l'Union des producteurs
français indépendants (UPFI),
qui déclare représenter environ
20 % du marché en distribution.
Cependant la tendance est la
même partout.
En 2006, les dix meilleures
ventes sont dues à des artistes
classés dans la variété
nationale (Dans ma bulle,
de Diam's, est en tête, suivi
des albums de Laurent Voulzy,
Les Enfoirés, Bénabar, Olivia
Ruiz, Raphael, Renaud, Patrick
Bruel, Yannick Noah et Grand
Corps malade). Le chanteur
américain James Blunt est, à la
onzième place, le premier
représentant de la variété
internationale. Le SNEP ne
précise pas le nombre
d'exemplaires vendus dans ce
classement.
Pour les singles, c'est
Pas le temps, de Faf Larage,
qui décroche la palme ; la
meilleure vente des compilations
est celle des NRJ Music
Awards 2006 - la cérémonie
de remise de ces prix 2007 était
prévue à Cannes le 20 janvier.
Côté classique, c'est donc
l'intégrale Mozart qui se trouve
en haut du podium et côté jazz
From This Moment On, de
l'Américaine Diana Krall.
Madonna pourra se réjouir de
voir sa chanson Hung Up
devenue le titre le plus
téléchargé légalement en 2006.
La Septième Vague, de
Laurent Voulzy, connaît le même
sort pour un album entier.
Enfin, le titre le plus
diffusé en radio a été Hips
Don't Lie, de Shakira (19
611 diffusions et 1,2 milliard
de contacts), suivi de Crazy,
de Gnarls Barkley, et de
Temperature, de Sean Paul.
Les radios n'auront donc pas
suivi la pente francophone des
acheteurs de musique.