Agée de 24 ans, la Capverdienne Mayra Andrade sort
Storia, storia...,
son deuxième album, qui confirme les promesses de Navega,
paru en 2006. Ce petit bout de femme à la moue enfantine, simple et
naturelle, exigeante parfois jusqu'au caprice, est une chanteuse
époustouflante. Sa voix miroite entre braise et ombre, elle possède
cet art de la nuance qui font les grandes interprètes, occupe les
scènes d'une présence rayonnante. Avec Sara Tavares (dont le
prochain album devrait être publié en septembre), née à Lisbonne en
1978, Mayra Andrade est l'une des belles promesses d'avenir de la
musique du Cap-Vert, conçue et créée par les auteurs-compositeurs de
sa diaspora, sous influences assumées.
Dimanche 21 juin, Mayra Andrade a participé à la version
new-yorkaise de la Fête de la musique. Elle présente son nouvel
album au cours d'une tournée européenne, qui passera par
Oloron-Sainte-Marie (le 30 juin) et Poitiers (le 31 juillet), avant
un concert prévu à La Cigale, à Paris, le 2 octobre. En septembre,
elle sera en tournée au Cap-Vert. "J'y vais régulièrement, ce
sont mes racines. Je m'y ferai sans doute construire une maison et
je préférerais être enterrée là plutôt qu'au Père Lachaise."
Mayra Andrade s'est installée à Paris il y a huit ans. Elle se
dit nomade depuis la petite enfance, changeant d'endroit au gré des
affectations de son beau-père diplomate (Sénégal, Angola,
Allemagne...). Son attachement au Cap-Vert se lit constamment dans
Storia, storia... affirme la chanteuse.
"C'est l'essence
de ses rythmes, son esprit, son sentiment, qui courent à travers ma
musique. Même si je reste réceptive à mes influences extérieures."
Le Brésil en premier. Réalisé par le producteur brésilien Alê
Siqueira (Tribalistas, Caetano Veloso...), l'album de Mayra Andrade
a été enregistré entre Paris, Sao Paulo, Rio, Bahia et La Havane.
Arrangé par Jaques Morelenbaum (cordes) et Lincoln Olivetti (vents),
deux célébrités talentueuses de la musique populaire brésilienne (MPB),
il fait intervenir un joueur de kora (le Guinéen Djeli Moussa
Diawara), un pianiste cubain (Roberto Fonseca), un bassiste
camerounais (Etienne M'Bappé). "J'ai débuté par la musique
brésilienne, en fait. Caetano Veloso, Milton Nascimento, Elis
Regina, Maria Bethania, Chico Buarque... C'est seulement après avoir
acquis tout cela que, en retournant au Cap-Vert, à 15 ans, j'ai
voulu faire quelque chose dans la musique capverdienne."
Elle y a été encouragée par Orlando Pantera, jeune auteur
compositeur novateur, mort en 2001 à l'âge de 33 ans, à qui elle
rendait hommage dans son premier album. "Un personnage
incroyable, des compositions très singulières. Un ami. Un trauma
pour moi quand il est parti." Elle retourne régulièrement à
Praia, capitale du Cap-Vert, sur l'île de Sao Tiago, la plus
africaine de l'archipel.
"Tout s'y développe depuis ces dernières années. Les services,
les infrastructures, les routes... Mais il y a aussi, hélas,
quelques aspects plus négatifs qui prennent de l'ampleur."
Drogue, délinquance provoquent des dégâts. "C'est très violent, à
Praia. Beaucoup de ces gens sont en fait d'anciens délinquants
capverdiens vivant aux Etats-Unis et expulsés par les autorités
américaines. Ils ne sont pas nombreux, mais le pays est tellement
petit que ça paraît énorme."
Mayra Andrade en concert : le 30 juin, Espace Jeliote,
Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques), pour le festival Des
rives et des notes ; le 31 juillet, parc de Blossac, Poitiers ; le 7
août à la Réunion, pour le festival Sakifo ; le 2 octobre à La
Cigale, Paris ; le 8 octobre au Hangar 23, Rouen.
Storia,
storia... de Mayra Andrade, 1 CD, RCA Victor-Sony Music.