Los Angeles
Bob Dylan et Prince, avec
lesquels elle a travaillé en
studio, comptent parmi ses
admirateurs. Mavis Staples
possède une des voix les plus
sensuelles et chaleureuses du
gospel et de la musique soul.
Membre dès sa dixième année, au
côté de ses soeurs, des Staple
Singers, groupe familial fondé
par son père, le guitariste
Roebuck " Pop " Staple, elle a
mené ensuite sous son nom une
carrière erratique. Rare ces
dernières années, elle vient de
revenir au premier plan avec
l'album We'll Never Turn Back,
consacré au répertoire des "
freedom songs ", ces chants de
la liberté adoptés par le
mouvement pour les droits
civiques de Martin Luther King.
Des traditionnels comme Eyes
on The Prize, 99 and ½
ou Jesus is on The Main
Line qu'elle devrait
interpréter le 14 juillet au
festival belge de Peer et trois
jours plus tard sur une scène
londonienne.
A Los Angeles, dans les
locaux de sa nouvelle maison de
disques Epitaph, Mavis Staples
raconte l'origine de ce projet :
sa collaboration avec Ry Cooder,
producteur (Buena Vista Social
Club, Ali Farka Touré) et
guitariste (Paris, Texas). "
Nous nous sommes rencontrés une
première fois à la soirée des
Grammy Awards - l'équivalent
américain des Victoires de la
musique - qui récompensait
l'album Father Father - 1994
- de mon père, pour lequel Ry
avait produit deux chansons. Ry
est venu déjeuner à l'été 2006,
j'avais invité les Freedom
Singers - ensemble vocal du
mouvement pour les droits
civiques, issu d'une
organisation étudiante et non
violente - et nous avons
choisi les chansons. En
commençant par Down in
Mississippi, du bluesman J.
B. Lenoir, et son terrible
refrain : "Et tu peux les
compter un par un." Cette
chanson évoque la disparition de
quatre militants du mouvement,
deux Noirs et deux Blancs, dont
on n'a jamais retrouvé les
corps. On en a repêché d'autres
dans le Mississippi, qui avaient
été oubliés. "
FIDÈLE À L'HÉRITAGE DE "
MLK "
Cooder, avec lequel elle a
co-écrit une chanson originale,
My Own Eyes, a réalisé du
beau travail avec une production
simple, peu orchestrée (le
vétéran Jim Keltner est à la
batterie) pour mieux valoriser
les timbres de Mavis Staples,
des Freedom Singers et de la
Sud-Africaine Ladysmith Black
Mambazo, invitée de prestige.
" Nous avons voulu
retrouver le son des Staple
Singers dans les années 1950,
affirme-t-elle, quand nous
n'étions accompagnés que par la
guitare de Pop. Les sessions
n'ont pris que neuf jours dans
un studio de Venice, à Los
Angeles. Trois chansons ont pu
être enregistrées en une seule
journée. Nous n'avons pas
répété. Le gospel n'en a pas
besoin. "
Née à Chicago le 10 juillet
1939, Mavis Staples passait
l'été dans l'Etat du
Mississippi, d'où son père était
originaire et où elle fit
l'expérience du racisme le plus
brutal. La famille fréquentait
assidûment l'église de Luther
Ling à Montgomery, dans
l'Alabama voisin. " Pop a dit
: s'il peut le prêcher, nous
pouvons le chanter. Il a
commencé à écrire des freedom
songs pour les marches des
activistes, Freedom Highway,
pour celle de Selma à
Montgomery, puis Why (Am I
Treated so Bad) pour celle de
Washington DC. Cette dernière
évoquait l'affaire des bus
scolaires de Little Rock,
Arkansas. Officiellement, les
gamins noirs étaient scolarisés,
mais ils n'avaient pas le droit
de monter à bord... Cette
chanson est devenue une des
favorites du Dr King. "
Près de quarante ans après la
mort du leader pacifiste, Mavis
Staples reste fidèle à
l'héritage de " MLK " : "
Nous, les Noirs, ne pouvons
oublier le dimanche sanglant de
Selma, de 1965. Et le Dr King ne
peut être mort pour rien. Nous
devons continuer le combat. Son
message est toujours
d'actualité, ce qu'a montré la
catastrophe de La
Nouvelle-Orléans. Pourquoi y
a-t-il eu un stade rempli de
personnes noires, sans eau ni
nourriture ? Pourquoi des Noirs
ont-ils été refoulés des
épiceries avec des armes à feu
et pas les Blancs ? On a
qualifié ces gens de "réfugiés",
alors qu'ils vivaient ici. "
Mavis Staples ne désespère
pas que la génération hip-hop
entendra le " message positif
" des freedom songs. Ou
celle qui écoute le R'n'B
moderne où, dit-elle, " il y
a du beat, mais pas de message ".
Le message ? " On le trouve
encore dans le gospel, à la
radio entre 3 et 5 heures du
matin. Lui n'a pas changé. "
Bruno Lesprit
Concert :
le 14 juillet au Festival de
rhythm'n'blues de Peer
(Belgique), le 17 juillet à
l'Indigo de Londres (avec les
Blind Boys of Alabama).
We'll Never Turn Back, 1 CD
Anti-P.I.A.S.