A l'affiche
Cinéma
Expositions
Musique

Théâtre

 

 

 


powered by

FreeFind

Lien1
Lien2 Lien3

Mavis Staple, la voix noire et libre de la soul

 

Au Cambridge Folk Festival, en 2005. MARK WINPENNY/LIVEPIX/DALLE

Envoyé spécial
L'Américaine publie un disque superbe et sera le 14 juillet au festival belge de Peer

 

Los Angeles

Bob Dylan et Prince, avec lesquels elle a travaillé en studio, comptent parmi ses admirateurs. Mavis Staples possède une des voix les plus sensuelles et chaleureuses du gospel et de la musique soul. Membre dès sa dixième année, au côté de ses soeurs, des Staple Singers, groupe familial fondé par son père, le guitariste Roebuck " Pop " Staple, elle a mené ensuite sous son nom une carrière erratique. Rare ces dernières années, elle vient de revenir au premier plan avec l'album We'll Never Turn Back, consacré au répertoire des " freedom songs ", ces chants de la liberté adoptés par le mouvement pour les droits civiques de Martin Luther King. Des traditionnels comme Eyes on The Prize, 99 and ½ ou Jesus is on The Main Line qu'elle devrait interpréter le 14 juillet au festival belge de Peer et trois jours plus tard sur une scène londonienne.

A Los Angeles, dans les locaux de sa nouvelle maison de disques Epitaph, Mavis Staples raconte l'origine de ce projet : sa collaboration avec Ry Cooder, producteur (Buena Vista Social Club, Ali Farka Touré) et guitariste (Paris, Texas). " Nous nous sommes rencontrés une première fois à la soirée des Grammy Awards - l'équivalent américain des Victoires de la musique - qui récompensait l'album Father Father - 1994 - de mon père, pour lequel Ry avait produit deux chansons. Ry est venu déjeuner à l'été 2006, j'avais invité les Freedom Singers - ensemble vocal du mouvement pour les droits civiques, issu d'une organisation étudiante et non violente - et nous avons choisi les chansons. En commençant par Down in Mississippi, du bluesman J. B. Lenoir, et son terrible refrain : "Et tu peux les compter un par un." Cette chanson évoque la disparition de quatre militants du mouvement, deux Noirs et deux Blancs, dont on n'a jamais retrouvé les corps. On en a repêché d'autres dans le Mississippi, qui avaient été oubliés. "

 

FIDÈLE À L'HÉRITAGE DE " MLK "

Cooder, avec lequel elle a co-écrit une chanson originale, My Own Eyes, a réalisé du beau travail avec une production simple, peu orchestrée (le vétéran Jim Keltner est à la batterie) pour mieux valoriser les timbres de Mavis Staples, des Freedom Singers et de la Sud-Africaine Ladysmith Black Mambazo, invitée de prestige.

 

" Nous avons voulu retrouver le son des Staple Singers dans les années 1950, affirme-t-elle, quand nous n'étions accompagnés que par la guitare de Pop. Les sessions n'ont pris que neuf jours dans un studio de Venice, à Los Angeles. Trois chansons ont pu être enregistrées en une seule journée. Nous n'avons pas répété. Le gospel n'en a pas besoin. "

Née à Chicago le 10 juillet 1939, Mavis Staples passait l'été dans l'Etat du Mississippi, d'où son père était originaire et où elle fit l'expérience du racisme le plus brutal. La famille fréquentait assidûment l'église de Luther Ling à Montgomery, dans l'Alabama voisin. " Pop a dit : s'il peut le prêcher, nous pouvons le chanter. Il a commencé à écrire des freedom songs pour les marches des activistes, Freedom Highway, pour celle de Selma à Montgomery, puis Why (Am I Treated so Bad) pour celle de Washington DC. Cette dernière évoquait l'affaire des bus scolaires de Little Rock, Arkansas. Officiellement, les gamins noirs étaient scolarisés, mais ils n'avaient pas le droit de monter à bord... Cette chanson est devenue une des favorites du Dr King. "

Près de quarante ans après la mort du leader pacifiste, Mavis Staples reste fidèle à l'héritage de " MLK " : " Nous, les Noirs, ne pouvons oublier le dimanche sanglant de Selma, de 1965. Et le Dr King ne peut être mort pour rien. Nous devons continuer le combat. Son message est toujours d'actualité, ce qu'a montré la catastrophe de La Nouvelle-Orléans. Pourquoi y a-t-il eu un stade rempli de personnes noires, sans eau ni nourriture ? Pourquoi des Noirs ont-ils été refoulés des épiceries avec des armes à feu et pas les Blancs ? On a qualifié ces gens de "réfugiés", alors qu'ils vivaient ici. "

Mavis Staples ne désespère pas que la génération hip-hop entendra le " message positif " des freedom songs. Ou celle qui écoute le R'n'B moderne où, dit-elle, " il y a du beat, mais pas de message ". Le message ? " On le trouve encore dans le gospel, à la radio entre 3 et 5 heures du matin. Lui n'a pas changé. "

Bruno Lesprit

 

Concert :

le 14 juillet au Festival de rhythm'n'blues de Peer (Belgique), le 17 juillet à l'Indigo de Londres (avec les Blind Boys of Alabama).

We'll Never Turn Back, 1 CD Anti-P.I.A.S.

 

 

© Le Monde 13/07/07