Sixième
année de crise pour les ventes
de disques, avec moins 15 % en
2008. C'est dans un climat de
déprime prolongée que s'ouvre le
43e Marché international du
disque et de l'édition musicale
(Midem) : la musique enregistrée
prend ses quartiers à Cannes, du
17 au 22 janvier.
Les maisons de disques n'ont
pas encore traversé le gué : en
France, leur chiffre d'affaires
a été coupé de moitié depuis
2002 - passant de 1,3 milliard
d'euros à environ 600 millions
d'euros en 2008, selon les
premiers résultats communiqués,
mercredi 14 janvier, par le
Syndicat national de l'édition
phonographique.
Les revenus générés par les
supports physiques (CD, DVD) ont
même diminué des deux tiers.
Cette chute abyssale est
partiellement compensée par le
léger basculement des
consommateurs vers le numérique
payant, qui, dans la même
période, a augmenté de 13 %
environ en France.
DE LA TÉLÉVISION À LA CLÉ
USB
La déprime est telle que le
secteur est sur le point de
connaître un changement majeur :
les profits générés par la vente
de CD et de DVD musicaux
pourraient être dépassés par les
droits de diffusion ou
d'utilisation des oeuvres -
télévision, salons de coiffure,
clés USB, parkings
souterrains... Une liste qui
témoigne d'un paradoxe : le
marché du disque est en chute
libre alors que la musique est
partout...
Les artistes s'allient aux
marques de vêtements ou de
lessives (Le Monde du 24
décembre 2008), composent pour
les jeux vidéo, le cinéma,
Internet, multiplient les
concerts... Au centre de ce
tourbillon se trouvent les
éditeurs musicaux, les
publishers, codétenteurs de
la propriété artistique des
oeuvres avec les
auteurs-compositeurs et
percevant à ce titre des droits.
Le Midem 2009 leur propose pour
la première fois une section
dédiée, l'International
Publishing Summit, parce que,
explique la directrice du Midem,
Dominique Leguern, " les
éditeurs jouent un rôle-clé dans
l'accélération nécessaire du
commerce de la musique. Ils
savent réagir vite, accompagner
les mutations numériques,
autoriser l'usage d'une oeuvre
sans tarder et recomposer les
chaînes de valeurs ".
En
contrepartie de leur
investissement (studios,
direction artistique,
commercialisation...), les
producteurs phonographiques
touchent aussi leur part. En
France, la Société civile des
producteurs phonographiques (SCPP),
qui regroupe les quatre majors
du disque, soit 80 % du marché,
a ainsi perçu en 2008 58,340
millions d'euros de droits sur
la diffusion des oeuvres (- 4,8
% par rapport à 2007) ; la
Société civile des producteurs
de phonogrammes en France (SPPF,
les indépendants), 14,56
millions d'euros (+ 15 %, dus
aux très bonnes ventes
d'artistes comme Aaron).
Ces sommes proviennent de la
redevance pour copie privée
(obligatoire sur les CD vierges,
les clés USB, les baladeurs, le
multimédia), des droits de
diffusion dans les lieux publics
et de la licence légale
appliquée à la radio ou à la
télévision - un pourcentage du
chiffre d'affaires du média va
aux producteurs ; une moyenne de
6 % pour les radios, environ 15
% pour une télévision musicale.
" Il est urgent d'en
réviser les règles d'attribution
", dit Pascal Nègre, PDG d'Universal
Music et président de la SCPP.
En effet, les producteurs
phonographiques craignent que la
crise économique n'accentue la
baisse de la publicité sur les
radios et télévisions privées.
Ils désirent donc compenser le
probable manque à gagner dans ce
secteur par une augmentation de
la redevance sur la copie privée
qu'ils jugent injuste et "
datée ".
Ainsi, les CD vierges, qui
sont en passe d'être totalement
supplantés par les outils du
numérique, restent les mieux
rémunérés pour les producteurs -
30 centimes d'euros par CD -,
alors que les baladeurs sont,
pour la profession, sous-évalués
- 8 euros pour un lecteur
mp3/mp4 d'une capacité de 15
gigaoctets, soit dans les 300
albums. Ni les fabricants de
matériel ni l'UFC-Que choisir,
pour les consommateurs,
n'envisagent de revaloriser ces
sommes.
Les producteurs
phonographiques français ont en
tête les 20 millions de livres
annuelles reversées par la seule
BBC à leurs équivalents
britanniques. Ils regardent
aussi avec envie des ventes dont
la valeur n'a baissé que de 3,2
% pour les supports physiques en
2008 et augmenté de 65 % sur le
front du numérique, selon le
British Phonographic Industry, (BPI).
Ils se consolent avec les
mauvais chiffres aux Etats-Unis
où les ventes de CD (360,7
millions d'unités) ont reculé de
près de 20 %, selon l'agence
Nielsen Soundscan, non compensés
par les ventes en ligne (+ 32
%).
Véronique Mortaigne et
Sylvain Siclier