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LA CHANTEUSE CAPVERDIENNE SORT SON DEUXIÈME ALBUM

LURA RAJEUNIT LA SAUDADE

 

TEXTE ET PHOTO FLORENT MAZZOLENI

 


Elle est née et a grandi à Lisbonne. Mais l'appel du Cap-Vert, dont elle est originaire, a été le plus fort. A 31 ans, Lura est sans doute possible l'héritière de la grande Cesaria -Evora.

1 est presque 5 heures du matin. Lura s'apprête à monter sur la vaste scène du Festival da Praia de Santa Maria, sur l'île de Sal, au Cap-Vert. Derrière la scène, sous la tente qui sert de loge dressée à même la plage, l'ancienne nageuse s'étire énergiquement. Un large sourire masque à peine sa concentration. La fin de nuit est d'une douceur paradisiaque. Programmée après les toujours véloces Gipsy Kings, et avant Kassav' qui finira cette longue soirée en redoutable machine à danser zouk, Lura apparaît. Elégante, vêtue d'une fine robe couleur sable, elle fait face à un public qui l'acclame. Des grands-parents aux adolescents, toutes les générations ont veillé, pieds dans le sable, grogs et bain de minuit, face à la scène. Malgré la fatigue, durant une heure et demie, Lura fait vibrer de sa voix ample la foule ravie de ce festival du bout du monde. En guise de rappel, elle danse un funana endiablé et gentiment grivois avec ses musiciens. M'bem difora (le suis venue de loin), annonce le titre de son nouvel album, dont elle vient d'offrir la primeur à son public.

TRANSCENDER SES RACINES

Artiste lusophone, Lura est à cheval sur les cultures portugaise et capverdienne. Née à Lisbonne en 1975, l'année de l'indépendance de son pays, elle reste très attachée à la terre de sa famille et à la culture de son pays. Elle revendique ses racines pour mieux les transcender, comme elle le raconte quelques heures plus tard sur une plage proche du festival dans un français charmant et imagé, appris lors de ses apparitions hexagonales: «Je chante la musique du pays de mes parents. je m'identifie surtout à Santiago et à Santo Antao, les îles de mon père et de ma mère. Chanter cette musique, c'est comme vivre ce que j'ai perdu. Ici je puise mon énergie. Le Cap-Vert, c'est un bout du monde encore préservé. »

Les neuf îles de l'archipel oscillent entre un passé sublimé et un avenir tout entier tourné vers le tourisme. L'île de Sal est

bordée d'oasis de verdure, de vagues parfaites qui déroulent sur du sable d'une finesse inouïe. 12éloignement du continent et l'âpreté de ces paysages illustrent la fameuse saudade capverdienne, ce sentiment confus de mélancolie et de tristesse, nostalgie d'un passé lointain et mal du pays, chanté depuis toujours par les poètes, les marins et leurs femmes. Au fil de M'bem di fora, on entend parfois dans la voix de Lura les regrets de son exil lisboète, une saudade diffuse, toujours douce, jamais amère. «Je comprends, dit-elle, ce sentiment de saudade. J'ai connu par mes parents ce rapport à la terre, à la mer, à la famille, ces difficultés pour aller au Cap-Vert depuis le continent et ces retours au pays les bras pleins de cadeaux »

Ayant grandi à Lisbonne, dans le quartier créole de Lem Ferreira, Lura a été bercée aussi par la pop portugaise, les rythmes africains ou la soul américaine. «La communauté capverdienne, se souvient-elle, se rassemblait autour de la musique, de la nourriture et des fêtes. A 17 ans, j'ai concrétisé mon rêve: devenir danseuse. Peu de temps après, on m'a proposé d'être choriste de Juka, un chanteur de zouk de Sao Tomé.je n'y avais jamais pensé. Ce fut une révélation 1 Après, j'ai pris des cours de chant et de théâtre. »

En 1996, elle enregistre un premier album urbain de r'n'b et de zouk afro lusophone. Délaissant ses entraînements de natation, elle entame une carrière musicale. Par qui a-t-elle été influencée? «J'admire Amalia Rodrigues, Stevie Wonder, Alicia Keys, ainsi que Norah Jones ou Diana Krall. Mais j'aime aussi un groupe de rock comme Queen, son exubérance, son sens du show. Caetano Veloso possède également beaucoup de classe. Comme la chanteuse brésilienne, Marisa Monte. On retrouve dans certains de ses morceaux des influences capverdiennes proches de la coladeira.» Un duo remarqué avec le légendaire chanteur angolais Bonga, des collaborations avec ses compatriotes Tito Paris ou Paulinho Vieira séduisent José Da Silva, patron de Lusafrica et producteur de Cesaria Evora.

Depuis le succès de son premier véritable album, Di korpu ku alma, en 2004, beaucoup voient en Lura l'héritière de Cesarla Evora, avec laquelle elle a tourné et chanté dans ses chœurs. La comparaison ne l'embarrasse guère: «Etant femmes, chanteuses et capverdiennes toutes les deux, nous avons forcément des liens! Cesaria demeure une référence absolue. je l'aime beaucoup, elle est très maternelle. Le moindre de ses mots est important. » Elevée par sa mère, Lura connaît bien la condition des femmes et l'entraide qui le lie, à la base de la société capverdienne. «Les femmes travaillent beaucoup ici. Elles sont jolies. Elles s'occupent des enfants, de la maison et font tourner le pays! »

Son deuxième album, sur lequel elle signe quatre compositions, est une étape importante dans la redécouverte d'un patrimoine musical capverdien à laquelle elle s'emploi désormais. Pour que les jeunes génération dansent, s'aiment et pleurent sur se rythmes comme leurs parents avant eux.,


POUR LE MONDE 2 25/11/06