Une cinquantaine de pochettes de
disques (dont la fermeture Eclair de
l'album Sticky Fingers des
Rolling Stones), créations d'Andy
Warhol (1928-1987), sont placées
sous Plexiglas au milieu de
l'exposition " Warhol Live ", au
Musée des beaux-arts de Montréal
jusqu'au 18 janvier 2009. Elles
témoignent de " l'ensemble du
parcours artistique de Warhol,
presque pas à pas, ce qui est plutôt
unique ", dit le collectionneur
Paul Maréchal.
Sur certaines, Warhol illustre la
musique par un instrument, sur
d'autres, il la personnalise par un
portrait ou offre un concept, comme
la banane autocollante de l'album du
Velvet Underground, son groupe
fétiche. C'est en voyant cette
collection, fin 2006, que le
commissaire Stéphane Aquin a eu
l'idée de " Warhol Live ".
L'exposition a été montée avec Emma
Lavigne, ex-conservatrice à la Cité
de la musique à Paris, aujourd'hui
au Centre Pompidou, et Matt Wrbican,
archiviste du Andy Warhol Museum de
Pittsburgh - où l'on pourra voir "
Warhol Live " en juin 2009, après un
passage au Fine Arts Museum de San
Francisco, de février à mai.
" Eclairer toute l'oeuvre de
Warhol à partir de la musique "
est le défi relevé avec brio par M.
Aquin pour cette exposition
multidisciplinaire. Elle est un
fidèle reflet du parcours éclectique
de Warhol, évoqué par plus de 640
oeuvres ou objets et une centaine
d'extraits sonores et musicaux.
" Warhol Live " propose une
lecture nouvelle du travail de
l'artiste. " Elle permet,
souligne M. Aquin, de découvrir
les ressorts fondamentaux de l'oeuvre
et d'abord sa base émotionnelle ",
portée par la musique. Elle aide
aussi à " mieux comprendre
l'esthétique du maître du pop art,
influencée par l'avant-garde
musicale de la fin des années 1950 ".
D'un triptyque d'Elvis Presley à la
présentation d'extraits de ses films
expérimentaux Sleep (1963) ou
Empire (1964), nombreux sont
les indices de choix artistiques
dérivant de sa rencontre,
déterminante, avec le musicien et
théoricien musical John Cage. Le
mode de composition sérielle, ou
musique répétitive, que celui-ci
donne à écouter, notamment en
dirigeant en 1963 un concert
historique des Vexations
d'Erik Satie, va profondément
inspirer Warhol, tout comme le
mouvement Fluxus, qui veut faire
exploser les pratiques artistiques.
" Warhol Live " met en lumière
"
un artiste conceptuel, plus fluxus
que pop ", qui cherche à
fusionner art et vie, croit M.
Aquin.

" CULTURE WAGNÉRIENNE "
Les archives exposées révèlent un
mélomane et un fin connaisseur de la
musique de son temps, à travers ses
collections de disques de Judy
Garland et d'Elvis Presley, des
billets d'opéra et de concerts des
Rolling Stones, des livres de John
Cage. Sa culture musicale embrasse
tout : art lyrique, comédie
musicale, musique de films
hollywoodiens, tubes rock...
L'exposition en rend compte
chronologiquement, en plongeant
d'abord dans Hollywood et les
comédies musicales. Pour Stéphane
Aquin, le portrait de Marilyn Monroe
sur fond or est " l'essence de
l'iconolâtrie de Warhol "
rappelant les icônes de l'église
byzantine où il entendit pour la
première fois de la musique.
Disques et portraits illustrent
sa passion pour l'art lyrique, avec
Wagner et Maria Callas pour idoles.
Plus tard, on verra presque Warhol à
l'oeuvre " d'art total ", dans une
scénographie psychédélique rappelant
son happening multimédia de 1966, Exploding Plastic Inevitable,
réalisé avec le Velvet Underground,
le groupe rock qu'il produit. "
Il se sert du Velvet, dit M.
Aquin, pour faire son propre
spectacle, une oeuvre d'art total,
héritage de sa culture wagnérienne.
"
Une autre salle évoque son
atelier new-yorkais des années 1960,
la Silver Factory, aux murs en
papier alu, avec ses Brillo boxes au
centre ; ailleurs, on voit le Studio
54, lieu de naissance du disco et
repaire de vie nocturne pour le
Warhol des années 1970. Au rang des
liens indéfectibles, celui qui
unissait Warhol à Mick Jagger, bel
exemple d'une vie et d'une oeuvre, à
lire comme un récit d'amitiés.
Anne Pélouas
" Warhol Live ",
Musée des beaux-arts de Montréal,
pavillon Jean-Noël Desmarais, 1 380,
rue Sherbrooke Ouest. Jusqu'au 18
janvier 2009. Tél. :
+001-514-285-2000. Jusqu'à 15
dollars canadiens (8,80 ¤).
Warhol Live,
catalogue de l'exposition, 288
p., 450 illustrations, environ 38,15
¤.
Andy Warhol, les pochettes de
disques,
catalogue, éd. Musée des
beaux-arts de Montréal, 242 p.,
environ 35,25 ¤.