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" Liberté " signe le retour réussi du roi du raï, Khaled

L'album permet au chanteur de renouer avec les racines des musiques oranaises et marocaines

 

 

Khaled n'est pas mort. L'ambassadeur du raï sur la planète depuis l'immense succès de Didi en 1992, le crooner universel d'Aïcha, écrit par Jean-Jacques Goldman pour l'album Sahra (1996), revient avec un nouveau disque, Liberté, une heureuse surprise.

Son album précédent, Ya-Rayi (2004), décevant, avait laissé penser que le roi ne méritait plus sa couronne. Lui, par qui le raï, chant lascif et rythme échevelé, était sorti du cercle de la région oranaise et de la communauté maghrébine, semblait alors éteint, noyé au milieu d'une pléiade d'invités, la voix en perdition.

Ave Liberté, Khaled renoue avec un genre né dans la campagne oranaise, dans l'Ouest algérien, au début du XXe siècle. Il se souvient du raï qu'il chantait dans les mariages, reprend l'habitude des mawwal-s, les longs préludes vocaux. " Des performances vocales qui rendaient les gens fous ", se souvient Martin Meissonnier, réalisateur artistique de l'album.

Enregistré à Paris, en cinq jours, dans des conditions live, sans rajout de clinquantes astuces technologiques, il révèle un Khaled en pleine forme. Chanteur exceptionnel, il s'accompagne à l'accordéon, entouré de son groupe habituel, rejoint par des cuivres et des cordes scintillantes (enregistrées au Caire). La voix, magistrale, retrouve sa vérité. Pas de doute, " C'est lui le boss ", s'enflamme Martin Meissonnier.

Fan de Khaled depuis les années 1980, Meissonnier est l'un de ceux qui se sont retroussé les manches pour faire connaître en France les sons modernes de l'Afrique (Fela, King Sunny Adé, Ray Lema, Papa Wemba et, plus récemment, Seun Kuti) et ont permis au raï de toucher un public dépassant la communauté maghrébine.

Acteur important du Festival de raï de Bobigny, en 1986, premier du genre hors d'Algérie, Martin Meissonnier a coréalisé avec le compositeur algérien de jazz Safy Boutella Kutché, un album qui révèle Khaled en France, alors qu'il s'y installe, en 1987.

PERCUSSIONS GUELLAL

Il n'avait pas retravaillé avec Khaled depuis Big Men, en 2001, un album réunissant une succession de duos rapprochant reggae et raï, sur lequel Khaled chantait un titre avec Anthony Ray, un jeune Jamaïcain de 23 ans. " A travers Liberté, nous avons voulu retourner aux racines oranaises et marocaines ", explique Martin Meissonnier.

Avec un habillage musical portant les échos de la terre d'origine (oud, ney, percussions guellal, guembri, le luth des gnawas marocains), Liberté ramène Khaled, 49 ans, né dans une famille modeste d'Oran, vers son passé.

L'album revalorise des titres anciens, tels qu'Hada Raïkoum (" C'est votre loi "), écrit par Cheikha Rimitti, la mère du raï moderne (1923-2006), avec la voix de Rita Marley, " récupérée " sur une session ancienne enregistrée par Khaled en Jamaïque. Le chanteur reprend Blaoui Houari, compositeur oranais des années 1950, très influent. Il rend hommage au groupe marocain Nass El-Ghiwan et aux gnawas.

" Au début de son adolescence, Khaled baigne, comme la quasi-majorité de la jeunesse de l'Ouest algérien, dans l'ambiance de la musique marocaine ", expliquent Bouziane Daoudi et Hadj Miliani dans L'Aventure du raï (Ed. du Seuil). Seul bémol à cette belle réaffirmation d'un talent intact, un titre bonus avec Magic System (Même pas fatigués), rajouté en fin d'album, une coquetterie de marketing qui casse la cohérence de l'histoire.

Patrick Labesse

 

Liberté.

1 CD Liberté-AZ-Universal.

Khaled en concert à l'Olympia, à Paris, le 15 mai, le 30 à Angoulême (Musiques métisses), puis festivals d'été.

 

 

© Le Monde

 

 

 

 

 

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Le pouvoir et le président de la République en particulier sont la cible des protestations sur l'île. Crédits photo : AFP