L'écrivain congolais Emmanuel Dongal
vit depuis dix ans maintenant aux
Etats-Unis après avoir fui son pays.
Auteur de plusieurs romans, il est
aussi nouvelliste comme l'atteste
son recueil « Jazz et vin de palme »
(1982) dont est tirée « A love
supreme » , adaptée et mise en scène
par Luc Clémentin et que l'on a pu
voir les 22-23 et 24
Novembre à Fort-de-France.
Un barman de boîte de jazz,
interprété par Adama
Adepoju, évoque au milieu des
clients, des spectateurs
attablés sur la scène, le souvenir
de John Coltrane.
Il y a là un trio composé de
Sébastien Jarrousse
au saxophone ténor, de
Jean-Daniel Botta à
la contrebasse et d'Olivier Robin à
la batterie. Le décor ne lésine pas
sur les moyens sans pour autant être
ostentatoire. Le mur de boissons
derrière le bar est irréaliste, en
ce sens que les bouteilles qui les
contiennent supposerait l'usage
d'une échelle pour les attraper!
Mais peu importe, miracle du
théâtre, le bar sur scène est plus
vrai qu'un véritable bar.
De belles photos de
musiciens, de musiciennes mais aussi
du Mahatma Gandhi et de ce célèbre
inconnu qui sur la place Tien-Amen,
un sac de provisions dans chaque
main fait face, solitaire, à une
colonne de chars communistes. La
résistance à l'oppression peut-être
multiforme.
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Adama
Adepoju |
On l'a déjà écrit, il
y a une tendance lourde sur les
scènes françaises, ces temps-ci à
célébrer une nouvelle alliance,
celle du music hall, si ce terme
n'est pas trop offensant pour le
jazz, et du théâtre. La
version qui est proposée ici est
originale puisque que Adama Adepoju,
avec son délicieux accent venu
d'Afrique, tient un peu le rôle du
griot, du contè de chez nous auquel
ne manquaient que les yè cric,
yé crac indispensables au
genre. Que nous dit-il? Que les
luttes politiques et sociales,
celles de la revendication des
droits civiques dans les années
soixante, s'accompagnent de
mouvements artistiques qui ne s'y
réduisent pas. Que John Coltrane en
essayant de réduire la distance
entre lui et sa musique, en essayant
d'être au plus près de ce qu'il
ressentait, tendu dans un effort
insoutenable pour beaucoup, mais
vital pour lui-même, pour être au
plus près de sa vérité musicale,
pour traduire avec des notes, les
révoltes intérieures, les
débordements émotionnels, les justes
colères devant l'injustice, et bien,
que John Coltrane faisait œuvre
certes artistique mais aussi
politique, sociale en un mot
culturelle pour le présent de son
époque mais aussi pour les temps à
venir. Voilà pourquoi les
déchirements, du saxo de John
Coltrane qui crie de tout son être
contre la ségrégation, qui nous
arrache des larmes cristallines,
lourdes et rondes à l'enterrement
d'une gamine de dix ans assassinée
par un attentat dans une église,
nous parlent toujours. Parce que la
lutte contre l'injustice est de
toujours, de tous les instants et
que la quête de spiritualité est son
indéfectible compagne, sans laquelle
le sens se fait désert.
Le trio relance, souligne, heurte,
bouscule, magnifie le propos du
griot. Dommage que la balance ait
été si mal réglée que le son du
contre-bassiste dont le jeu avec les
cordes est tout d'agilité, en a
semblé par moment inaudible. La
batteur jouait bien mais un peu
fort, comme pour masquer la perte
de la rythmique qui, par moment,
laissait le saxo se débrouiller tout
seul. A la remarque qui lui était
faite après le spectacle de se
mettre en rivalité avec le sax,
d'étouffer la contrebasse, en un mot
de tirer un peu trop la couverture à
lui, il répondait : « Je me cale
sur le saxo, qu'il [le
contrebassiste] se démerde!
Depuis le temps que je lui dis de
jouer plus fort! C'est plus mon
affaire, c'est fini ce temps là,
maintenant je joue ! » C'était
la seule fausse note de la soirée!
Roland Sabra le 25 XI 07 à
Fort-de-France