Les pionniers du rap
français à l'âge adulte

MC Solaar. CLAUDE
GASSIAN
Actuellement en tournée,
IAM et MC Solaar ont
créé un répertoire et
fédéré un public en
navigant entre les
clichés
Décembre 2007, rendez-vous
des rappeurs de papa. IAM,
MC Solaar se croisent en
concert, Suprême NTM se
reforme sur le papier, le
temps d'un best of, et le
bataillon éclaté de
l'ancêtre Ministère A.M.E.R.
publie des albums ou squatte
les écrans en solo.
En vingt ans d'existence
commerciale en France, le
rap ne s'est pas départi de
son étiquette
quartiers-banlieues,
Brigitte femme de flic
(du Ministère A.M.E.R.) ou
J'appuie sur la gâchette
(un classique de NTM, le duo
formé par Kool Shen et Joey
Starr). Bad News du
Ministère A.M.E.R. : en
août, Doc Gynéco est
vilipendé par le public
suisse qui lui reproche son
soutien à Nicolas Sarkozy ;
en septembre, Stomy BugZy,
qui a repris le Z de ses
débuts, publie un album
hardcore, Rimes
passionnelles, où les
poncifs du rap gangster sont
étalés comme avant, mais le
second degré ne passe plus ;
en octobre, Passi intègre le
jury de la " Star Academy ".
Aïe !
Alors, pour les autres,
reste à naviguer dans
l'étroit chenal entre deux
clichés rap : le bling-bling,
tape-à-l'oeil et macho, et
la rue embrasée. Le
collectif marseillais IAM
est en tournée, avec passage
à l'Olympia à Paris. Né en
1989, IAM donne en scène sa
version du rap bling-bling,
dans Le Rap de droite
: " Les diamants dehors,
les biftons, les salaires
exhibés/Les nibards en
silicone et les filles
désinhibées/Les Audi, les BM,
les Humer et les Merco, le
cuir.../C'est du rap de
droite. " Le
titre, paru sur leur dernier
album, Saison 5, fait
lever les salles.
MC Solaar, apparu sur la
scène française en 1990, est
également en tournée, avec
passage au Bataclan à Paris.
Il y parodie la tendance
étalage du nouveau hip-hop
français, au côté d'Issara,
jolie plante provoc : "
Ben oui, j'aime la fausse
fourrure/le 24 carats et
l'or pur/Ben oui... " La
salle s'amuse.
MC Solaar n'a rien perdu
de sa belle écriture, il n'a
pas non plus gagné en
mordant. En formation
rock'n'roll, guitares,
batterie, basse, Solaar
récite plus qu'il n'attaque.
Il laisse la dynamique de
scène à ses comparses, dont
Bambi Cruz. Son propos n'est
pas immédiatement politique,
il est très personnalisé, à
l'instar de Da Vinci
Claude, titre phare du
dernier album de l'intello
du rap, Chapitre 7,
auquel ce Solaar Tour fait
suite. Mais, au milieu des
espagnolades, des rythmiques
de bossa-nova, il est bien
question des maux présents :
manque d'eau, enfants
soldats, usage exagéré des
flingues...
Le plus agréable dans un
concert de Solaar, c'est de
se laisser bercer dans les
couleurs acidulées. Parce
que Claude, de
Villeneuve-Saint-Georges, a
fait souffler un vent léger
sur le hip-hop hexagonal,
que Caroline a
préfiguré les chansons
amoureuses, ironiques,
drôles qui ont bâti
l'histoire du rap français.
Avec près de vingt ans de
tournées et de disques dans
les bottes, les Marseillais
IAM et le Parisien Solaar
ont créé un répertoire, avec
ses tubes, et un public
attaché aux chansons de
jeunesse, comme les rockers
aux Portes du pénitencier.
Je danse le mia (IAM,
1993, l'une des meilleures
ventes de rap) et Bouge
de là (MC Solaar, 1990)
continuent d'être repris en
coeur, nostalgie dans les
yeux, par un public
d'ex-minots - pas encore
quadras, mais déjà mûrs -
rejoints par les petits
frères et les petites soeurs.
Cette tendresse se double
d'une adhésion politique
fusionnelle, surtout quand
le flow des rappeurs
s'écarte du strict terrain
des conflits flics-cités
pour dénoncer le monde
environnant. Très
impressionnant, le clip
réalisé à partir d'images de
télévision proposé par IAM
sur La Fin de leur monde,
texte fleuve écrit par
Shurik'N. Les guerres (Irak,
Rwanda, Afghanistan, World
Trade Center), les famines,
les impostures, le duel
Chirac-Le Pen : le clip
avait été interdit d'antenne
en 2006.
La présidentielle et
l'anti-sarkozysme ont
mobilisé les énergies des
rappeurs en 2007, Joey Starr
en tête. D'autres sujets
français, mais à résonance
géopolitique, reviennent
régulièrement sur le tapis,
comme les incendies de
logements insalubres
parisiens. Thème de chanson
pour Stomy BugZy tout comme
pour Mokobé, du collectif du
113 - une génération
artistique plus jeune. Le
rap reste un drôle de
cocktail.
Véronique Mortaigne
MC Solaar,
le 12 à Paris (Bataclan),
le 14 à
Conflans-Sainte-Honorine
(Théâtre Simone-Signoret),
le 16 à Lille (Aéronef), le
19 à Montreux (Auditorium
Stravinsky).
IAM,
le 13 à Lyon (Halle
Tony-Garnier), le 14 à Nancy
(Zénith), le 18
à Toulouse (Zénith), le
21 à Montpellier (Zénith),
le 22 à Marseille (le Dôme).