Une ouverture de festival mal
entamée mais sauvée par
l'éblouissante Tania MARIA
par Roland Sabra
Après que Manuel
Césaire ait présenté les intentions
de ce festival de Jazz de
Martinique,
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Tania MARIA
Quartet |
jeudi 22 novembre sur la
grand scène de l'Atrium, les limites
du genre sont vite apparues. L'idée
est généreuse, unificatrice,
consensuelle puisqu'il s'agit de
réunir dans un même festival des
artistes de stature internationale,
d'autres de notoriété caribéenne et
d'autres encore qui en dehors de la
Martinique sont, allez soyons
magnanimes, peu connus. Dans cette
démarche se retrouvent toues les
contradictions de la politique
culturelle en Martinique. Il y a
ceux pour qui seul compte le talent,
d'où qu'il vienne, et les autres
pour qui le « localisme », le
« régionalisme » de l'artiste est
primordial. Ceux qui pensent que peu
importe la couleur du chat pourvu
qu'il attrape des souris et ceux qui
croient qu'il est plus important que
le chat soit rouge. Ce sont ces
derniers qui sous la houlette de Mao
ont exterminé cent millions de
chinois et c'est finalement la
victoire des premiers qui a permis
le décollage économique que l'on
sait de la Chine. Nous n'en sommes
pas là, mais on voit bien les
contradictions dans lesquelles est
plongé Manuel Césaire quand il
s'agit d'obtenir des financements du
Conseil Général, du Conseil
Régional, de l'État français et de
quelques békés! Je laisserai au
lecteur le soin de répartir ces
pourvoyeurs de monnaie dans les deux
camps évoqués! De même le souci,
louable en soi, de déplacer les
concerts dans les communes dans une
île dont la longueur ne dépasse pas
80 kilomètres relève peut-être plus
d'une méfiance à l'égard de la
ville-capitale que d'un souci de
décentralisation. « Encercler les
villes par les campagnes »
disait encore l'inénarrable Mao.
Jeudi soir donc, le
Martiniquais Guy-Marc Vadeleux
inaugurait le festival et a failli
l'endormir. Une musique un peu
lourde, faite avec les pieds, dont
la composition Melting Pot
illustre le manque d'homogénéité, le
manque de cohérence, le peu
d'originalité et le caractère
hétéroclite de la prestation. Une
balance mal réglée ( pour les
spectateurs placés dans la fosse?)
entre les instruments ajoutait au
désordre. L'organisation de sa
prestation avait pour unique
préoccupation de souligner le statut
de puissante invitante de Guy-Marc
Vadeleux. Il est d'abord entré seul,
a esquissé une morceau, puis les
musiciens sont arrivés sur scène les
uns après les autres. Le flûtiste
Max Telephe arrivé le dernier aura
bien du mal à se faire entendre, non
pas que son jeu soit en défaut mais
tout simplement parce que l'espace
sonore qui lui était imparti était
bien étroit et c'est bien dommage.
Un de mes voisins, très impliqué
dans les
faits de culture en Martinique dira
lapidaire: « Vadeleux a passé la
soirée, penché sur son piano à se
contempler les burnes en oubliant le
clavier. » Dont acte.
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Tania Maria |
Et puis est venue le
Tania MARIA Quartet et la soirée
s'est illuminée. Il y a dans le jeu
de l'artiste brésilienne un tel
bonheur de vivre, un tel plaisir à
inventer ce qu'elle fait à partir
d'un métier époustouflant de
rigueur, de méthode, de précision à
la fois dans l'exécution de la
partition mais aussi dans le
dialogue avec le bassiste, Max Bertaux, le batteur Tony Rabeson, le
percussionniste Mestre Carneiro que
la salle entière a été transportée
sur une autre planète, celle d'un
swing pulsé par les rythmiques et
les harmoniques du jazz brésilien.
C'est dans un cadre
extraordinairement précis et
contraignant, dans lequel rien ne semble laissé au hasard, où tout
semble avoir été répété, répété et
encore répété, qu'elle se crée un
chemin de liberté, d'invention et de
créativité qui aboutira tout
simplement ce soir là à ce qu'elle
nous dise à la fin de son dernier
morceau avant le rappel: « Voilà, je
viens de créer un nouveau morceau ».
Tout simplement. En direct!
Le jeu du quartet est
un échange infini, un ensemble de
relance, d'interrogation, d'appel,
de mise en suspens d'un élan
consolidé pour mieux éclabousser de
mille et un éclats le public
fasciné. Tania Maria a cette voix
qui fait l'amour au piano, tantôt
tendre et mutine, tantôt forte et
sûre d'elle, tantôt grave et légère.
Il y a des instants où les mots, les
onomatopées, les cris et les
murmures chuchotés, les sifflements
et les notes se mêlent de façon
tellement inextricable que cordes
vocales et cordes de l'instrument ne
semblent faire qu'un.
Tania MARIA illustre
à la perfection l'adage du métier qui veut que
la création soit le résultat de 95 %
de travail et 5% de génie.
Fort-de-France le
23 XI 07, Roland Sabra