A l'occasion
de son troisième album enrichi
de cordes et de cuivres, le
franc-tireur de la chanson
remplit trois Olympia.

Quand on lui demande le registre musical auquel il
croit pouvoir se référer,
Tété, qui a parfois tendance
à abuser des
circonlocutions, ne
réfléchit pas longtemps :
«Le format "chanson'' me
convient ; si on ajoute
"atypique'' derrière, c'est
encore mieux. Mais je puise
aussi dans l'énergie blues
et soul de la musique
d'Amérique du nord.» Mentionner
également la ferveur du
folk, la sensualité du
reggae et le galvanisme du
rock n'aurait pas été non
plus hors sujet. Trois
albums en attestent. Une
kyrielle de concerts aussi,
où l'artiste empreint
d'ardeur entretient avec le
public assez jeune et
féminin une relation
manifestement connivente,
bien que dénuée de
flagornerie.
«Emulsion». Tété est né
vedette avec le siècle. On l'a
d'autant moins vu venir que lui
même n'avait pas prévu de
voyager un jour en première
classe. Père sénégalais et mère
antillaise tôt séparés, il
s'installe avec cette dernière
dans l'est de la France.
Saint-Dizier jusqu'à la fin de
l'adolescence, puis Nancy et la
tournée des bars, une guitare
sous le bras, pour échapper à
des études indéterminées
«pas envie d'en dire plus, je
fais ma coquette» , mais
qui ne suffisent pas à combler
ses aspirations. «Arrivé à
Paris en 1998, à 23 ans, je me
suis donné une année pour
essayer de vivre de la musique.
Mais, au fond de moi, je pensais
m'y être mis trop tard et avoir
loupé le coche. Au mieux,
j'espérais devenir intermittent
du spectacle.»
On le
remarque si vite que son premier
album, l'Air de rien, en
2001, est pourtant un succès ;
de même que le deuxième, A
la faveur de l'automne, qui
en fait quasiment une valeur
stable dès 2003, mais pas
forcément évidente à situer.
Garçon urbain et réservé, Tété
dit volontiers s'accommoder de
cette position de franc-tireur
dont il n'a guère bougé depuis
le début : «Faire partie
d'une famille artistique peut
apporter soutien et émulation,
mais aussi devenir une limite,
source éventuelle
d'incompréhension. Il y a
beaucoup de gens que je croise
régulièrement et je me nourris
du travail de mes contemporains.
Mais je crois qu'en définitive
il y a toujours un moment, a
fortiori dans un contexte
créatif, où l'on doit se
retrouver seul, que ce soit avec
une feuille de papier, une
guitare ou un écran
d'ordinateur.»
Palette. Pour son
troisième album, le Sacre
des lemmings, qu'il a
également réalisé,
l'auteur-compositeur a élargi sa
palette, intégrant force cordes
et cuivres. «J'ai écouté
beaucoup de classique, notamment
de la musique de chambre, dont
j'apprécie le côté figuratif.
J'ai cherché à aller dans cette
direction en collaborant pour
les arrangements et
l'orchestration avec David
Hadjadj, qui travaille sur des
musiques de films et sait, par
conséquent, jouer sur l'émotion
et raconter des histoires.»
Une des
meilleures chansons du disque,
mélodieux et raffiné, s'intitule
la Relance. Lestement
ajustée, elle dit : «Jusque
chez les petites gens/La rumeur
se diffuse/"le Marché nous abuse
!/ Mais que fait le Gouvernement
?"/ Palinodies de-ci, de-là/En
attendant la relance/En
attendant la relance...» Ce
qui, de facto, condamne
le mesuré Tété à la question
politique de circonstance.
«J'ai longtemps refusé de me
servir du fait qu'on accorde un
peu de crédit à mon travail pour
mettre en avant mes idées, et ce
texte, écrit il y a deux ans,
s'adresse aux élus, toutes
obédiences confondues. Il faut
toutefois admettre que je me
suis toujours plus reconnu dans
les idées de la gauche. En tant
que "transfuge'', les notions de
partage, d'accueil et d'échange
me touchent directement. Or, la
droite n'a jamais eu une
vocation sociale, et Sarkozy
m'inspire même une profonde
inquiétude. Il risque de faire
beaucoup de mal à ce pays et aux
gens qui l'aiment.»
QUOTIDIEN
Libération : samedi 28 avril 2007
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