A la
Goutte-d'Or, la joyeuse folie de
Dobet Gnahoré

Eblouissante de beauté et d'énergie,
Dobet Gnahoré se produisait le 13
mars au Centre musical
Fleury-Goutte-d'Or-Barbara, à Paris,
avant de s'envoler trois jours plus
tard pour le Japon et le Vietnam. La
chanteuse ivoirienne, née à Abidjan
en 1982, trouve en scène un terrain
à sa mesure. Si l'intensité de la
voix captive, c'est aussi parce
qu'elle sait pousser le micro,
danser, gazelle ahurissante, qui
bondit, trépigne, parle aux ancêtres
et renvoie au public sa folie
joyeuse.
Dobet Gnahoré a un look : elle porte
une jupe à pans jaunes sur pantalon
noir, un bustier indigo, des
bracelets et des tresses semées de
rubans relevées sur la tête. Son
nouvel album, le troisième, Djekpa
La You, est dédié aux enfants.
Accompagnée par un trio efficace
(Colin Laroche, de Féline, à la
guitare, Clive Govinden à la basse
et Boris Tchango à la batterie),
Dobet Gnahoré chante les orphelins
rencontrés en Namibie, une femme
élevant seule sa progéniture dans
une cahute qui prend l'eau, et rend
hommage aux arbres "témoins de
l'humanité".
Les paroles sont en bété, en
bambara, en swahili, en dida, en
mina, dioula ou maronga, toutes ces
langues africaines qu'elle ne parle
pas forcément, mais qui la
fascinent, dit-elle. Ses textes,
écrits en français, sont traduits
par des proches. La jeune chanteuse
et actrice malienne Fatoumata
Diawara, installée en France, comme
elle, depuis plusieurs années, lui
en a ainsi transcrit plusieurs en
bambara.
Comme Fatoumata Diawara, qui se
produisait à l'Unesco le 8 mars pour
un concert célébrant la Journée de
la femme, ou la Guinéenne de
Marseille, Sayon Bamba, dont le
prochain album, Dougna, dénonce avec
force l'excision, Dobet Gnahoré a la
niaque et du caractère.
"PORTER LE FLAMBEAU"
Elle participait l'an dernier, au
Cirque d'hiver, à l'hommage rendu
par la Franco-Béninoise Angélique
Kidjo à Miriam Makeba (décédée en
2008), une autre battante. Pour la
jeune génération de chanteuses
africaines, Angélique Kidjo et
Miriam Makeba, l'une des figures
symboliques de la lutte
anti-apartheid, sont des références.
"Nous avons le devoir de porter le
flambeau que Mama Afrika [Miriam
Makeba] a brandi. Nous devons faire
figure de modèles pour nos soeurs au
pays", déclare Dobet Gnahoré. Quand
son nom est apparu fin janvier au
palmarès des Grammy Awards, aux
Etats-Unis, à côté de celui de
l'Américaine India Arie, distinguée
pour sa reprise de Palea, l'une de
ses compositions, Dobet Gnahoré a
pensé à l'espoir que pouvait
représenter ce prix pour toutes les
chanteuses en Afrique "qui
continuent à croire en notre musique
et en notre culture ".
Djekpa La You, 1 CD Contre Jour -
Socadisc. Prochains concerts de
Dobet Gnahoré : le 27 mars à
Sainte-Suzanne (Mayenne), le 8 avril
à La Motte-Servolex (Savoie), le 9 à
Nyons (Rhône-Alpes), le 18 mai à
Bouchain (Nord), le 28 juin au
festival Nuits Métis de Miramas
(Bouches-du-Rhône).
Patrick Labesse
Article paru dans l'édition du
18.03.10 Le Monde