C'est il y a
tout juste quarante ans que John
Lennon, Paul McCartney, George
Harrison et Ringo Starr ont
enregistré pour la dernière fois
de la musique ensemble. Enfermés
au studio londonien d'Abbey
Road, ils gravèrent alors les
deux faces de l'album qui allait
porter le titre du lieu où ils
avaient consigné pendant sept
années la majorité de leurs
compositions. La séparation de
l'orchestre le plus populaire
des années 1960, annoncée peu de
temps après, allait plonger des
milliers de fans dans un chagrin
immense.
Décennie de
toutes les utopies
On dit
souvent que la décennie de
toutes les utopies s'est achevée
en août 1969, avec le meurtre
orchestré par Charles Manson de
Sharon Tate et d'autres amis de
Roman Polanski dans la villa
américaine du réalisateur. Nul
doute que la fin de l'aventure
musicale la plus excitante de
son époque renforça ce sentiment
de perte.
Aujourd'hui,
la nouvelle opération
d'envergure d'Apple et EMI
consiste en la remastérisation
de l'ensemble des disques
originaux. Édités en CD à la
hâte, en 1987, à l'occasion des
20 ans de Sgt.Pepper's Lonely
Hearts Club Band, les albums des
Beatles n'ont jamais bénéficié
des avancées spectaculaires
réalisées ces dernières années
en matière de gravure numérique.
Ainsi, une équipe d'ingénieurs
du son des studios d'Abbey Road
a passé de longs mois à nettoyer
les bandes originales, afin de
proposer un son d'une précision
et d'une netteté jamais obtenues
auparavant.
Sensibiliser un
nouveau public et concerver les
vieux fans
Réunis en
deux coffrets (l'un en mono,
l'autre en stéréo) ou à l'unité,
ces versions dotées également de
nouvelles notes de pochette
seront disponibles
commercialement le 9 septembre.
Le jeu vidéo The Beatles : Rock
Band sera distribué à la même
date. L'enjeu de cette dernière
opération est de sensibiliser un
nouveau public, grand
consommateur de jeux vidéo, à un
répertoire parmi les plus
influents du siècle dernier,
tandis que la remastérisation
incitera les vieux fans à se
procurer des références qu'ils
ont déjà en leur possession sous
différents formats (vinyles, CD
première génération).
À la tête
d'un catalogue qui est tout à la
fois un des plus prestigieux et
des plus vendeurs de la musique
populaire, la compagnie Apple
veille scrupuleusement depuis
1970 sur l'exploitation post
mortem de ce corpus. Voilà une
trentaine d'années que
fleurissent des références
nouvelles portant le logo d'une
formation qui a profondément
modifié le cours de l'histoire.
Après avoir édité divers
concerts (la prestation donnée
au Hollywood Bowl, diffusée en
1977, les séances du groupe pour
la BBC, publiées en 1994), des
versions alternatives de
chansons connues (les trois
volumes d'Anthology, parus
en 1995 et 1996), la source a
fini par se tarir au fil des
années.
En 2000, la
compilation One, qui réunissait
tous les numéros 1 des Beatles
sur un seul CD, battit à nouveau
les records de vente. Mais
l'opération Love, qui offrait en
2006 des mélanges audacieux
entre les morceaux n'a pas
offert les résultats escomptés.
Après des
années d'âpres négociations,
aucun accord n'a, en revanche,
été trouvé afin de permettre la
mise à disposition de ce
catalogue sur les plateformes de
téléchargement numérique. Alors
que le format physique subit une
désaffection massive des
acheteurs, cette réédition
relancera-t-elle la vente de CD
ou vient-elle trop tard pour
enrayer son déclin ?