Chanteuses et femmes d'influence

Angélique Kidjo
Les femmes invitées, du 13 au 16 octobre, au
Women's Forum doivent leur présence à
Deauville à leur part de pouvoir dans le
circuit des affaires, à leur ténacité
exemplaire ou à leurs capacités
d'influencer. La manifestation a été créée
en 2005 par Aude Zieseniss de Thuin. Tout,
absolument tout, se dit en anglais, et on ne
lésine pas sur la démonstration.
Vendredi 15 octobre, l'actrice américaine
Aimee Mullins (femme guépard dans Cremaster
3, du plasticien Matthew Barney, reportrice
dans World Trade Center, d'Oliver Stone)
donnait les recettes pour survivre dans un
monde de brutes. Ancienne employée du
Pentagone, athlète de haut niveau, c'est le
styliste britannique Alexander McQueen qui
l'a définitivement convaincue que le
handicap est un atout. En 1999, pour un
défilé Givenchy, il lui crée une paire de
jambes en hêtre sculpté. Les spectateurs y
voient des bottes de bois portées par un
mannequin gracieux, ignorant que l'élégante
qui les porte a des prothèses à la place des
pieds, perdus à l'âge de 1 an.
Une image béton
Ces femmes sont ici parce qu'elles ont "un
impact dans leur discours". Aimee Mullins
dit que "la beauté est l'expression de la
curiosité", que tout le monde a son
handicap. Elle a douze paires de prothèses,
accessoires de beauté qui lui permettent de
varier de taille.
Angélique Kidjo a eu neuf frères et soeurs.
La chanteuse franco-béninoise, née à
Cotonou, vit aux Etats-Unis, où elle s'est
forgé une image béton. Ambassadrice de
l'Unicef, elle a créé une fondation, Batonga,
pour l'éducation des jeunes filles
africaines. Aude Zieseniss de Thuin l'a
rencontrée à Washington, en mars, lors d'une
soirée avec Hillary Clinton.
"Incontestablement, Angélique Kidjo est une
femme d'influence, dit la directrice du
Women's Forum. La chanson est une de ses
expressions, pas la seule." Et parce que le
discours d'un artiste peut autant marquer
les esprits que les performances
financières, "Andjelique" était de la partie
deauvilloise - cinq chansons au cocktail
dînatoire, des nouvelles amitiés nouées et
des débats.
Début octobre, Angélique Kidjo a chanté à
Paris avec Bono, le leader de U2, lors du
vernissage de l'exposition "Africa Rising",
organisée par Louis Vuitton et Edun, la
marque de vêtements d'Ali Hewson, épouse de
Bono. Ni Bono ni Angélique Kidjo ne figurent
dans le classement des "100 femmes les plus
puissantes du monde" publié par la revue
Forbes en octobre ; le premier est un homme,
la seconde n'a pas atteint le niveau de
fortune de Lady Gaga (7e) ou de Beyoncé
Knowles (9e) et n'a gagné qu'un seul Grammy
Award, contre six pour l'ancienne chanteuse
des Destiny's Child. En ce cas, l'africanité
peut être un handicap.
Mais si Lady Gaga vient s'immiscer dans le
peloton des dix gagnantes de la liste Forbes
- Michelle Obama (1re), Angela Merkel (4e),
Hillary Clinton (5e), Indra Nooyi, PDG de
PepsiCo (6e)... -, c'est, déclare un
organisateur du Women's Forum, "parce
qu'elle a libéré les femmes des conventions
et défendu la cause des gays". Qu'elle est,
donc, une femme d'influence.
Véronique Mortaigne
Article paru dans l'édition du 19.10.10 Le
Monde