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Cesaria Evora au Grand Rex, à Paris, vendredi 29 avril.

Cesaria Evora, plus forte que la mort

 

 


Quelques mois après un grave accident cardiaque, l'artiste cap-verdienne chante à Paris





MUSIQUE

La dernière fois que Cesaria Evora s'est produite au Grand Rex, à Paris, c'était en novembre 2009. Elle y fêtait la sortie de son nouvel album, Nha Sentimento, joyeux voyage en terres créoles. Quelques mois plus tard, en mai 2010, elle frôlait la mort, opérée en urgence d'un grave problème cardiaque. La " diva aux pieds nus " était mise au repos, chez elle, à Mindelo, sur l'île de São Vicente, au Cap-Vert.

Mais comme elle a une forte constitution, qu'elle se remet de tout rapidement (d'un accident vasculaire cérébral en 2008, par exemple, qui avait interrompu une tournée australienne), Cesaria n'est pas restée au régime sec longtemps. En octobre 2010, elle testait ses appétits scéniques aux Pays-Bas, à Bucarest, à Macao et à Shanghaï.

La cigale s'est reposée tout l'hiver, et, le printemps revenant, la voici sur pied et bien en voix, au Grand Rex, les vendredi 29 et samedi 30 avril (complet les deux soirs). Pour cette quatrième apparition sur les Grands Boulevards - la première, c'était en 2004, ce dont témoigne le DVD Live d'amor au Grand Rex (Lusafrica/BMG) -, elle est entourée d'un orchestre de huit musiciens et deux choristes, tous excellents, qu'elle vient d'emmener dans " une petite tournée " de six dates en Pologne, où elle est adulée.

Les tournées seront plus aérées, promet José da Silva, son producteur, qui a renoncé à combattre cette forme têtue d'exister, de dire non à la fatalité tout en y croyant profondément. Ils causent, elle dispose. Ce n'est pas une aorte bouchée qui va la changer. Le rituel scénique de Cesaria Evora est immuable : elle arrive l'air las, repart farceuse. Elle peut tourner le dos à la salle, parler en douce à ses musiciens, huit garçons formidables, inspirés, plutôt rieurs. Elle a le geste perplexe, toussote, elle est sur un fil.

Mais qu'a-t-elle a de si universel ? Il y a cet incontournable Sôdade, une chanson politique campée à l'époque de la colonisation portugaise. Au Rex, elle la chante avec Bonga, l'Angolais athlétique à la voix si éraillée. Au répertoire, il y a la dansante Angola. Le chanteur haïtien Michel Martelly en fit une adaptation à succès, Pa Manyenà, dans un autre créole. Il est depuis le 21 avril président de la République d'Haïti. Autre inscrit chez Africa Nostra, le beau catalogue éditorial de Lusafrica, Mario Lucio, musicien et écrivain, est le nouveau ministre de la culture du gouvernement de José Maria Neves (Parti africain de l'indépendance du Cap-Vert, PAICV).

Les Cap-Verdiens sont une famille : éparpillés par l'émigration, rassemblés par l'attachement à ce Petit Pays - un titre de Nando da Cruz, l'un des compositeurs contemporains que privilégie Cesaria au Rex (avec, en finale, salle debout, le dansant Regresso de Tito Paris, ou le sentimental Ligereza, en ouverture, de Teofilo Chantre).

La jeune Lura, qui assure aussi sa première partie, lui a composé une chanson, Moda Bo, qu'elles chantent ensuite ensemble : elle y raconte une vie d'artiste, l'envie de chanter dans les bars, d'essayer les microphones, d'ôter ses chaussures. " Ta vie est une leçon ", conclut la chanson.

Osso-buco en solitaire

Après le concert, dans les loges, c'est l'ex-Nouvelle Star Camelia Jordana, 18 ans, qui s'incline devant la Cap-Verdienne en lui disant : " Je suis complètement amoureuse de vous. " Merci, dit Cesaria, qui, silencieuse, mange un osso-buco en solitaire. Les artistes aiment Cesaria Evora. Pour que nul ne l'oublie quand le coeur avait flanché, Lusafrica en avait publié la preuve avec Cesaria &..., une compilation de duos enregistrés par le passé avec Marisa Monte, Salif Keita, Adriano Celentano, Bonga, Cali, Bernard Lavilliers, Ismaël Lô, Compay Segundo, Goran Bregovic... Tous des admirateurs.

Le public est fervent. Cesaria Evora existe partout. Elle a vendu plusieurs millions de disques. Elle n'est pas américaine. En l'écoutant, certains ont eu envie de découvrir l'aride beauté du Cap-Vert. D'autres ont préféré s'en tenir à la saudade, la nostalgie lusitanienne.

Dans la reconquête de son estime de soi, commencée au début des années 1990, la chanteuse a fini par abandonner ses conhaque, trop forts pour ne pas altérer la bonne marche de son art. Fini le rhum, mais ni les hommes ni le tabac. Paulino trime au cavaquinho (petite guitare), Julian, un Cubain, au violon, Nando au piano, etc., et " Cize " s'assied pour fumer une cigarette - aucune loi ne l'a fait plier.

Véronique Mortaigne

Nha Sentimento,

de Cesaria Evora,

1 CD Lusafrica/Sony.

Cesaria &...,

1CD Lusafrica/BMG.