1. Sa voix
traverse les âges
C'est un poids plume, une
brindille de 1,57 mètre, mais sa
voix est puissante à défoncer
les cieux. Amy Winehouse hante
des chansons dérangées d'idées
noires qu'elle interprète les
mains pleines de coupures et de
démons. Ses mots portent la
marque des cœurs brisés -
dépressions sentimentales, comas
mélancoliques, romantisme
noir... Elle termine toujours
les dernières mesures de son
tube Rehab - ou comment
la fin d'une histoire d'amour
l'a précipitée à 20 ans dans
l'alcool - les larmes aux yeux.
Car l'amour qu'elle chante est
une croix. Sa voix de black
mama voltige dans les
graves et remonte le temps: on
retrouve avec elle la suprême
élégance des divas de la soul.
La même émotion authentique.
Elle dit que ses personnages de
fiction préférés sont Lady
Macbeth (Shakespeare) qui devint
folle et Charlie, le héros de
Mean Streets (Martin
Scorsese) habité par la figure
de saint François d'Assise. Deux
luttes avec l'ange.
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Son dernier album,
Back to Black
est toujours en tête
des ventes depuis
mars 2007, date de
sa sortie en France.©
DR
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2. Elle
ressuscite l'âme du rhythm and
blues
Sa ville
Londres: «Pour son odeur de
béton mouillé.»
Sur ses deux albums, Frank
(2003) et Back to Black (2007),
Amy remercie Count Basie, les
Beastie Boys, Ray Charles, Nat
King Cole, Michael Jackson,
Sarah Vaughan, Dinah Washington,
The Specials... Toutes ses
idoles écoutées petite sur la
chaîne stéréo de sa famille
(juive d'origine russe) lui ont
inspiré un cocktail de jazz et
de hip-hop, une modernité rétro
qui colle à l'époque. Amy
Winehouse a grandi à Southgate,
au nord de Londres. Son père est
chauffeur de taxi, sa mère
pharmacienne. Sa grand-mère
Cynthia - dont elle porte le
prénom tatoué sur le bras - a eu
une liaison avec le saxophoniste
Ronnie Scott. Ses oncles sont
musiciens. Elle-même a suivi
l'école de théâtre Sylvia Young,
adolescente, avant d'enchaîner
les petits boulots et les piges
dans une agence de presse
musicale. Le week-end, elle
chante alors avec le National
Youth Jazz Orchestra. Et écrit
des chansons lyriques et
déglinguées sur des filles
d'aujourd'hui. Amy entretient la
flamme de la Motown, des Shangri-Las
ou des Ronettes, ces groupes de
girls (teenagers) des
sixties que l'on joue toujours
sur les juke-box des salles de
billard qu'elle fréquente, à
Camden.
3. C'est une
vraie rebelle
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© Phil
McCarten/Reuters
Avec son
mari, Blake
Fielder-Civil,
assistant
réalisateur
de clips. |
Amy Winehouse, c'est The
Lady Is a Tramp du grand
Frank, c'est le label «Sinatrash».
Elle est tout entière rebelle au
système comme les bad girls
de Hollywood - Britney Spears et
Lindsay Lohan. Ses dérives, ses
passions, ses addictions
(anorexie, boulimie, drogue,
alcoolisme, automutilation) font
la Une des tabloïds
anglo-saxons. La vie d'Amy
alterne des blancs très blancs
et des soleils si noirs. Là où
elle passe, c'est avis de
turbulence assuré. Le refrain de
Rehab, qui l'a fait entrer
directement n° 7 des charts
américains - un score historique
pour une chanteuse britannique -
scandait: «Ils ont essayé de
m'envoyer en cure de
désintoxication mais j'ai dit
non non non.» Non surtout à son
manager de l'époque, Simon
Fuller, qui découvrit les Spice
Girls. Depuis, la «soûle sister»
a perdu quatre tailles de
vêtement et elle entretient un
vigoureux suspense info/désintox
avec ses fans: sera-t-elle sur
scène au festival Rock en Seine,
près de Paris, fin août 2007? -
date supprimée officiellement
pour épuisement (en fait, les
conséquences d'une overdose).
Chantera-t-elle droite sur ses
ballerines roses à Birmingham
pour le premier show de sa
tournée anglaise mi-novembre?
Oui, mais elle titubait, le
public l'a huée... Depuis, tous
ses concerts ont été annulés...
Amy la punk ne fait aucun effort
pour séduire. Oublie les
paroles. Se cogne dans tous les
coins. Chante cru. Parle cash.
L'an passé, elle a interrompu
Bono (U2) qui pontifiait lors
d'un monologue humanitaire.
Qualifié Madonna de «vieille
dame». Amy s'en fiche: «Je ne
regrette rien, je ne m'excuse
jamais.» «C'est le retour du
rock'n'roll dans la musique
populaire», a déclaré son
producteur, Mark Ronson, au
magazine Rolling Stone.
Elle est destroyet
pourtant enfantine, secrète,
douce et intimidée, drôle et
sincère, dépassée par sa passion
pour son mari, Blake Fielder-Civil.
4. Son look
emprunte aux sixties
Ses idoles
Les Ronettes, un groupe des
années 1960 produit par Phil
Spector.
Un destin que certains voient
tracé à la Janis Joplin... Des
reparties dignes de Bette Midler:
«Quand je chante, je me sens
comme un vieux rabbin.» Et un
look d'Esmeralda punk tombée
dans la Motown, les yeux étirés
vers la tempe façon Cléopâtre.
Amy Winehouse est taillée comme
Olive mais sa douzaine de
tatouages tient de Popeye: Betty
Boop, un fer à cheval, le nom de
ses ex, de Blake, son chevalier
noir. Sa (fausse) choucroute
haute de 6 centimètres calquée
sur celles des Ronettes abrite
ses doutes. «Quand je manque de
confiance en moi, je gonfle mes
cheveux. Ma choucroute est mon
arme secrète. Je ne suis rien
sans elle.» Jean-Paul Gaultier a
dit qu'elle lui rappelait le
mannequin vedette de ses débuts:
Farida.
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© Luke Mac
Gregor/Reuters |
5. Elle
s'inscrit déjà dans la légende
du rock
Elle inspire, séduit, épate les
artistes français (Etienne Daho,
Vanessa Paradis), les stars
anglo-saxonnes. Prince a craqué
pour Love Is a Losing Game,
les Arctic Monkeys ont joué leur
propre version de You Know
I'm no Good. Au festival de
l'île de Wight, l'été dernier,
elle a rejoint les Rolling
Stones sur scène pour reprendre
avec eux Ain't too Proud to
Beg, des Temptations. A la
fin du morceau, Keith Richards
s'est écrié: «C'était qui?
Aretha Franklin?»
CD: Frank
(2003). Et Back to
Black (2007).
Island/Universal.
DVD: I Told You I
Was in Trouble.
Universal.