«Les espoirs que l'orchestre a
mis en moi sont grands» explique
Alan Gilbert, ici lors d'un
concert à Hanoi, le 17 octobre
2009, à la tête du New York
Phillharmonic. (DR)
«Les espoirs que l'orchestre a
mis en moi sont grands» explique
Alan Gilbert, ici lors d'un
concert à Hanoi, le 17 octobre
2009, à la tête du New York
Phillharmonic. (DR)
Alan Gilbert, 42 ans, tout
nouveau directeur musical de la
grande formation américaine,
fait escale à Paris.
Après Zubin Mehta, Kurt Masur et
Lorin Maazel, le New York
Philharmonic Orchestra a joué la
carte de la jeunesse en nommant
à sa tête un chef de 42 ans,
Alan Gilbert, encore peu connu
du grand public. Décision
symbolique à plus d'un titre. Si
Gilbert n'est pas le premier
Américain à occuper cette
fonction (Leonard Bernstein fut
le plus célèbre précédent), il
est bien le premier New-Yorkais
à être le patron de cette
formation. Ensuite, c'est un
véritable enfant de la balle :
ses parents étaient membres du
pupitre des violons du New York
Philharmonic.
Mieux : si son père, Michael
Gilbert, a pris sa retraite, sa
mère, Yoko Takebe, y joue
toujours. Voici donc cet
Américano-Japonais dans la
position délicate de diriger sa
mère ! « Elle surveille si mon
habit n'est pas taché,
plaisante-t-il. Cela deviendrait
un problème s'il fallait lui
faire une remarque, mais
heureusement elle joue toujours
très bien ! » Dans cette famille
très musicale, n'oublions pas
Jennifer. La sœur d'Alan Gilbert
est premier violon solo de
l'Orchestre national de Lyon. Ce
qui explique qu'Alan Gilbert
s'intéresse à notre pays et
parle français à peu près comme
vous et moi.
Tout en poursuivant ses études
de violon et de direction à
Harvard, à la Juilliard School
de New York et au Curtis
Institute de Philadelphie, il
grandit donc en assistant aux
répétitions du New York
Philharmonic et en en côtoyant
les musiciens à la maison :
autant dire qu'il est de la
famille. Ce qui n'est pas
forcément un avantage en termes
d'autorité mais il ne raisonne
pas ainsi. «Les espoirs que
l'orchestre a mis en moi sont
grands. Ils veulent que je
réussisse : cela me porte au
lieu de m'inhiber. En dirigeant,
je cherche l'équilibre entre
conduire et suivre : si je veux
que les musiciens me suivent, je
dois aussi être à l'écoute de ce
qu'ils m'offrent musicalement.»
En peu de temps, Alan Gilbert a
déjà commencé à changer l'image,
les méthodes de travail et le
rapport avec le public du « New
York Phil ». Avec succès,
apparemment. Son concert
inaugural, en septembre, lui a
valu une ovation debout. Il est
vrai qu'avec Lorin Maazel,
l'orchestre avait à sa tête un
chef de l'ancienne école, un
despote sacrifiant au culte de
la personnalité du maestro tout
puissant, dans des programmes
extrêmement traditionnels. Alan
Gilbert est un chef moderne. Il
se passionne pour la musique de
son temps et sait que le chef ne
peut plus se permettre de rester
dans sa tour d'ivoire.
Dur avec les chefs
Avant chaque concert, il adresse
quelques mots au public pour
expliquer sans pédanterie les
œuvres qu'il va diriger et les
raisons de leur choix : les
auditeurs sont ravis. Il passe
des heures à construire ses
programmes, souvent audacieux,
autour d'une cohérence
thématique : fini, le triptyque
ouverture-concerto-symphonie
n'ayant aucun rapport entre eux.
Les deux concerts parisiens en
témoignent, établissant des
ponts entre Schubert et Alban
Berg ou faisant entendre des
contemporains américains, comme
John Adams. Il a d'ailleurs
institué la présence annuelle
d'un compositeur en résidence
(cette saison, le Finlandais
Magnus Lindberg) et d'un artiste
en résidence (cette année, le
baryton Thomas Hampson), qu'il
associe à la programmation. Il a
aussi encouragé la création par
les membres de l'orchestre d'un
ensemble de musique
contemporaine, Contact, qui aura
sa propre saison.
Selon Eric Latzky, directeur des
relations publiques de
l'orchestre, l'évolution est
déjà perceptible. « Aller au
concert du New York Phil,
dit-il, est devenu un geste
naturel pour beaucoup de gens
qui n'en avaient pas le réflexe
ou avaient l'impression que ce
n'était pas pour eux. » Alan
Gilbert est clairement amoureux
de son orchestre et soucieux
d'en finir avec ce qu'il appelle
des mythes.
Le New York Phil a la réputation
d'être dur avec les chefs ? «
C'était peut-être vrai il y a
trente ans, estime-t-il. Mon
père m'a raconté de telles
histoires ! Aujourd'hui, rien de
plus éloigné de la vérité : je
ne connais pas d'orchestre plus
agréable et ouvert. » Sa
sonorité clinquante et
surpuissante, à l'américaine ? «
Je ne sais ce que signifie un
son américain ou un son
européen. Je connais peu
d'orchestres aussi flexibles que
le New York Philharmonic pour
changer de sonorité en fonction
du répertoire. » On est déjà
impatient d'entendre les effets
de cet état de grâce, que l'on
espère durable.
Salle Pleyel, les 1 er et 2
février à 20 heures. Tél. : 01
42 56 13 13
«Les espoirs que l'orchestre a
mis en moi sont grands» explique
Alan Gilbert, ici lors d'un
concert à Hanoi, le 17 octobre
2009, à la tête du New York
Phillharmonic.