Il
y a eu le reggae, Cuba,
l'Afrique de l'Ouest...
Aujourd'hui, c'est l'Ethiopie
qui fait tourner la tête aux
jeunes musiciens occidentaux.
Parmi les temps forts de la 19e
édition du festival
Africolor, trois soirées dédiées
à la musique éthiopienne mettent
en lumière les affinités de
musiciens européens avec le son
moderne de l'Ethiopie.
Axée autour
des musiques de l'Afrique de
l'Ouest lors de sa création en
1989, à Saint-Denis, la
manifestation, dorénavant
éclatée sur tout le département
de la Seine-Saint-Denis, s'est
élargie à d'autres territoires
musicaux.
"Le terme
même "Africolor" a pour nous un
sens très ouvert", explique
Philippe Conrath, directeur
artistique du festival, dont le
succès s'est confirmé en 2006
par une fréquentation
croissante, malgré les
"difficultés, qui vont de
l'obtention des visas des
artistes cette année, la
danseuse du groupe de la
chanteuse malienne Ramata
Diakité s'est vu refuser le sien
à un engagement financier de
nos partenaires qui se rétrécit.
Africolor, c'est l'Afrique noire
et l'Afrique blanche, montrer ce
qui se passe là-bas, mais aussi
ici".
Et,
cette année, montrer comment de
jeunes musiciens français se
sont emparés de sons venus
d'Ethiopie pour en faire une
relecture personnelle. C'est le
cas de Badume's Band, invité
pour la seconde fois à Africolor.
Cette
formation bretonne dont l'album
Addis Kan vient de sortir
(chez Innacor, distribué par
L'Autre Distribution) réunit
huit jeunes musiciens habitués
des festoù-noz qui se sont
passionnés pour la musique
éthiopienne des années
1960-1970. Son âge d'or, avant
la chute d'Hailé Sélassié,
dernier empereur d'Ethiopie, et
la dictature du Derg, régime
militaire qui, à partir de 1974,
va museler le pays pendant
dix-huit ans.
"Notre
passion pour cette musique
remonte à cinq ou six ans,
raconte le chanteur Eric
Menneteau, lorsque Antonin,
le batteur, nous a fait écouter
de vieilles cassettes rapportées
d'Ethiopie par Francis Falceto
(directeur artistique du label
Ethiopiques). Ce mélange
réussi de voix "traditionnelles"
et d'arrangements "modernes"
nous a plu. J'ai transcrit
l'amharique (la langue des
Amharas, longtemps l'ethnie
dominante en Ethiopie) comme
je l'entendais, avant de le
faire corriger par des
amharophones. Il s'agissait pour
moi de reproduire un schéma que
j'avais déjà pu tester
auparavant quand, il y a une
quinzaine d'années, fan des
soeurs Goadec et autres Erik
Marchand, je m'étais mis en tête
de chanter en kan ha diskan
chant à danser du centre de la
Bretagne. Non-bretonnant,
j'avais relevé les paroles sans
rien y comprendre."
Début 2007,
le Badume's Band a participé au
festival d'Addis Abeba, créé en
2001 par l'Alliance française d'Addis
Abeba et Francis Falceto. A
Africolor, le groupe se produira
avec le chanteur Mahmoud Ahmed,
une star de la musique
éthiopienne, alors que Getatchew
Mekuria, "le" saxophoniste
d'Ethiopie, jouera avec le
groupe néerlandais The Ex.
Le Tigre des
platanes, quartet de jazz
toulousain, a eu la même
démarche. Après son passage au
festival d'Addis Abeba en 2006,
il s'est associé, l'année
suivante, à Eténèsh Wassié, une
renversante chanteuse azmari.
Vocalistes chansonniers,
humoristes persifleurs, les
azmari animent les
tedjibets - bars à tedj,
l'hydromel national - de la
capitale éthiopienne.
La rencontre
de ces deux identités, entre
free jazz et funk allumé, est
passionnante. Un album, Zaraf,
doit paraître en février 2008,
dans la nouvelle collection "EthioSonic",
dirigée par Francis Falceto.
"Ces
expériences, comme beaucoup
d'autres - Susheela Raman
reprenant un titre de Mahmoud
Ahmed -, montrent que la musique
éthiopienne gagne du terrain
dans l'hémisphère Nord",
commente le producteur
discographique, dont la
collection "Ethiopiques" (près
de 25 volumes, distribués par
Buda Musique) est une précieuse
malle aux trésors.
Badume's
Band. En concert les 6 et 7
décembre aux Transmusicales de
Rennes, le 14 au Mans (Les
Saulnières), le 15 à
Guéméné-sur-Scorff, le 22 à
Brest (La Carene).
Le Tigre des platanes. En
concert les 6 et 7 décembre à
Toulouse (Espace Croix-Baragnon).