Sorti en
juillet, Gibraltar,
deuxième album d'Abd al
Malik, s'est d'abord écoulé au
rythme de 800 exemplaires par
semaine. Un bon accueil critique
pouvait laisser espérer à sa
maison de disques, le label
Atmosphériques, un score
supérieur à celui de son
précédent opus, Le Face à
face des coeurs (2004) : 6
500 exemplaires.
Plusieurs
mois après, ce rappeur
strasbourgeois d'origine
congolaise, récent lauréat du
prix Constantin, vend près de 5
000 disques par semaine et
approche les 60 000 albums
distribués. Ses concerts
parisiens, à la Maroquinerie,
sont complets ; il est programmé
le 27 mars 2007 à la Cigale et
un peu plus tard à l'Olympia.
Plus que la presse ou les radios
- France Inter a longtemps été
une des seules grandes stations
à le diffuser -, ce sont les
apparitions à la télévision de
ce garçon de 31 ans qui ont
déclenché ce début de phénomène.
Car Abd al
Malik est un "bon client". Quand
les journaux télévisés ne
montrent souvent de la jeunesse
des banlieues que la "racaille"
et les tentations islamistes,
les interventions de ce garçon
charismatique offrent un autre
possible au destin de fils
d'immigrés et à la place de
l'islam. Son histoire est
étonnante. Il en a d'ailleurs
fait un livre, Qu'Allah
bénisse la France (Albin
Michel, 2004).
Né à Paris en
1975, reparti à Brazzaville à
l'âge de 2 ans suivre un père
diplomate, avant un retour
précipité en France pour grandir
dans les barres HLM d'une
banlieue chaude de Strasbourg,
le Neuhof, élevé seul par sa
mère, Malik a d'abord mal
tourné. Trafic de drogue, vol à
la tire, admiration pour les
braqueurs du quartier, mais
aussi un enthousiasme plus
singulier pour la littérature -
"Je pouvais vendre du shit
avec, sous le bras, un bouquin
d'Alain ou d'Epicure".
L'héroïne, la
violence fauchent plusieurs de
ses amis. Un choc qui marque la
fin de sa dérive. Mais le jeune
homme écorché se convertit alors
à un islam fondamentaliste
"confondant militantisme et
spiritualité", tout en se
laissant tenter par un rap
radicalement contestataire, avec
le groupe NAP (New African Poets).
La découverte du soufisme,
doctrine mystique de l'islam,
apaisera le chanteur,
transformant son écriture en ce
qu'elle est aujourd'hui : une
quête de poésie et de sagesse,
confrontée aux tensions du
monde.
UN RAP
SANS CLICHÉS
Pétri de
références philosophiques, doué
d'une faculté d'expression qui
fait souvent de ses phrases de
potentielles citations, Abd al
Malik brille sur le petit écran.
Intelligemment, le chanteur
n'accepte de débattre dans ces
émissions que s'il peut y
présenter sa musique. C'est
souvent là que le coup de foudre
a lieu. Quand le discours se
matérialise en une intensité
musicale atypique. Celle d'un
rap déconstruit de ses clichés,
troquant l'agressivité des
scansions pour la spiritualité
d'une déclamation inspirée du
slam, revigoré par l'apport de
musiciens de jazz et une
puissance émotive qui doit
beaucoup à Brel.
Pas étonnant
après cela de voir, lors de
l'émission de Frédéric Taddeï,
l'équipe du film Indigènes
(Jamel en tête) se précipiter
pour féliciter le chanteur, ou
d'entendre, pendant "Le Grand
Journal" de Canal+, Patrick
Bruel inviter celui-ci sur la
scène de Bercy. Ils ne sont pas
les seuls, ni les derniers, à
avoir été séduits.
Concerts :
les 27 et 28 novembre à Paris
(complet) ; le 1er
décembre à Avignon ; le 2 à
Marseille ; le 4 à Nice ; le 6 à
Lyon ; le 9 à
Champigny-sur-Marne ; le 11 à
Nantes ; le 15 à Achères ; le 16
à Bobigny. Sur Internet :
www2.abdalmalik.fr.