Wole
Soyinka

"
Le discours racial est, hélas,
bel et bien vivant "
22/09/06
Wole
Soyinka, écrivain nigérian,
Prix Nobel de littérature 1986,
président de la Communauté
africaine de culture (CAC), était
présent, mardi 19 septembre,
à la Sorbonne. " Le Monde
" a recueilli ce témoignage
de filiation à Alioune Diop.
J'ai
accepté de devenir président
de la Communauté africaine
de culture il y a un an, à
la requête de Mme Diop et avec
les vifs encouragements d'Aimé
Césaire. J'ai accepté
parce qu'Alioune Diop, un homme immensément
respecté qui a succombé
à la stupidité du gouvernement
militaire du Nigeria lors du Festival
mondial des arts nègres (Festac),
en 1977, était comme mon frère
aîné.
Je
remboursais ainsi une dette nationale.
Alioune Diop a en effet consacré
sa vie au deuxième Festival
des arts nègres de 1977. Ses
projets ont été contrecarrés
: il fut chassé par le régime
militaire, responsable de l'organisation
d'un événement dont
il était incapable de percevoir
l'ampleur culturelle, et encore moins
d'assumer la prise en charge.
Présence
africaine est un espace d'accueil
pour l'ensemble de l'Afrique et de
la diaspora, c'est-à-dire de
la " famille nègre ",
où qu'on la trouve, la reconnaisse,
l'affirme ou la mette en cause. C'est
cette identité que l'organisation
elle-même s'est efforcée
d'exprimer et de diffuser. Présence
africaine s'inscrit dans le prolongement
de l'activité noire intellectuelle
et créatrice du XXe siècle,
elle en est l'extension structurelle.
Sa revue a ouvert le chapitre de la
civilisation, de la culture et de
l'histoire africaines. Nous qui appartenons
à la génération
plus jeune des années 1950,
nous sommes ralliés à
sa bannière malgré les
réserves que nous nourrissions
sur certains aspects de sa formulation
initiale de la négritude.
La
leçon la plus importante du
congrès de 1956 est que la
race reste une question tenace, que
le discours racial est, hélas,
bel et bien vivant. Nous devons rappeler,
à ceux qui en douteraient,
que le racisme est la conséquence
des actions des autres, non des personnes
d'origine africaine : ces dernières
n'éprouvent aucun malaise d'ordre
racial, mais elles sont contraintes
de répondre à ces gens
dont le comportement obéit
à une pulsion raciste. Ceux
qui ne parviennent pas à comprendre
cela devraient regarder ce qu'il se
passe au Darfour. "
Wole
Soyinka. AFP
Recueilli
par Valérie Marin La Meslée.
Traduit
de l'anglais (Nigeria) par Christine
Vivier