SALAM SHALOM
(de Widad AMRA)
Il s’agit d’une belle poésie qui
s’étire et se chante comme une
cantate longue et fine, une
expression émise par une femme
apparaissant en tant que symbole
ethnique, linguistique et
géographique. Sous sa plume, on se
sent quelque peu au centre du monde,
comme si la terre avait un axe
autour duquel nous tournons tous, et
le désir de l’auteur s’envole vers
un espoir de paix. La série de
jugements politiquement exprimés
révèle une atmosphère difficile où
le fanatisme crée des horreurs à
l’image des doigts d’un artiste
chilien coupés par l’abominable
dictateur d’un pays où la liberté
fut muselée pendant longtemps.
Il y a dans le titre un très
émouvant bilinguisme fondamental
dans lequel deux langues, deux
sociétés, deux philosophies
expriment la paix entre les humains.
Il y a là, donc, la plus profonde
prière pour l’amour des uns pour les
autres sur une planète où,
malheureusement, l’attentat et la
haine se répètent dans la
quotidienneté. Widad, l’auteur, est
le fruit d’un métissage réalisé sur
une île où flotte, chez certains
incurables malades, un racisme aussi
condamnable que celui que
pratiquaient les esclavagistes
d’hier.
Jéhovah, Jésus et Mahomet, le
vendredi, le samedi et le dimanche,
tout cela représente des prières
différentes, mais il y a toujours un
fracas humain, et « les fanatiques
sont là, d’un côté, de l’autre du
mur ». Qu’il s’agisse du signe de la
croix, des prosternations devant
Allah ou de réunions devant le Mur
des Lamentations, tout cela alimente
la colère des hommes, attise le feu
du fanatisme et renforce la haine de
l’autre et le pouvoir des grands.
Dans sa langue légère, claire et
sévère, Widad Amra évoque et
dénonce tout ce qui bouscule et
salit la terre où ces messieurs les
politiques ne savent guère arrêter
l’horreur. « Les prières des hommes
s’élèvent sans jamais se
rejoindre », et à ce propos, malgré
le trio sacré de Jéhovah, Jésus et
Mahomet, quel commentaire serait
convenable sur les Incas, les
Aztèques, les Pharaons, les
Asiatiques de la Chine ou de l’Inde,
et les aborigènes d’Australie ? En
effet, pourquoi y a-t-il aujourd’hui
tant de haine et tant d’oppositions
entre des religions qui se veulent
toujours détentrices de la vérité ?
Comment un pape allemand peut-il
faire dépenser tant d’argent pour
aller célébrer les visions d’une
jeune pyrénéenne il y a 150 ans,
alors que le peuple haïtien souffre
dans la misère et dans
l’inondation ? Quant aux mille
événements de la Palestine, comment
l’Islam qui prétend défendre les
droits d’un peuple, peut-il
pareillement tuer des milliers
d’êtres dans d’horribles attentats ?
Oui, Widad, salam shalom,
et que la paix soit sur tous ! Et
j’oserais presque prononcer après
tes superbes propos, la formule
« amen » qui se veut chrétienne mais
qui est hébraïque.
Pierre PINALIE
(Vendémiaire, an 216)

Salam
Shalom (
Arshav)

par Roland Sabra
Arshav voilà le mot que l'on a envie
d'ajouter au beau titre que nous
offre Widad Amra. Shalom Arshav, la
Paix Maintenant, est en effet un
mouvement extra-parlementaire
fondé
en 1978 par 348 officiers de réserve
et soldats de Tsahal qui, inquiets
de l'évolution politique,
déclaraient : "
nous aurions du mal à accepter un
gouvernement qui préférerait exister
dans les frontières du "Grand
Israël" plutôt qu’exister en paix
avec ses voisins. Un gouvernement
qui préférerait les colonies au-delà
de la ligne Verte au règlement de ce
conflit historique par la
normalisation des relations dans
notre région nous poserait un
problème quant à l’attitude que nous
devrons avoir. Une politique qui
provoquerait la perpétuation de la
domination d’un million d’Arabes
porterait atteinte au caractère juif
et démocratique de l’Etat, et nous
aurions du mal à nous identifier
avec la voie choisie par l’Etat
d’Israël."
L'opuscule que nous livre Widad Amra
est singulier. D'abord parce qu'il
s'agit d'un texte personnel, tout à
fait particulier, écrit à la
première personne, ensuite parce
qu'il sort totalement de l'ordinaire
et qu'il mérite d'être remarqué par
ses traits peu communs, et enfin
parce qu'il recèle une densité, une
épaisseur assez rare.
Il (
ou elle) peu importe lui a téléphoné
d'israël, pour lui faire part de son
découragement, de son accablement
après tant d'années de luttes aux
côtés de Shalom Arshav et si peu de
résultats. Il ( ou elle) pleurait,
songeait à la mort, au fond du
désespoir. " Ta voix a répété
l'envie d'une balle dans la tête".
Le livre que lui dédit Widad Amra
est une longue lettre d'amour. Elle
lui dit : " Je caresse l'écho de
ta voix. De cela ni les dogmes ni
les armes ne sauront me priver. Je
prends tes mots au cœur de mes
entrailles, Et je les garde dans le
désespoir de l'attente." Si le
poème, est construit autour d'une
alternance d'exposition entre la
douleur des uns et celles des
autres, il sait nous éviter de la
poser comme une équivalence, il met
en avant la singularité d'une
écriture qui refuse obstinément, de
verser dans le machiavélisme.
L'écrit de Widad Amra accueille et
projette à la face du lecteur, la
souffrance sourde et informe de
celles et ceux qui, des deux côtés
du mur se battent pour la paix,
revendiquent une Terre pour deux
Peuples.
S'il
est des écrivains qui versent dans
la surcharge, accumulent les mots,
comme des pierres prêtes à la
fronde, qui empruntent à la peinture
la technique de l'ajout, Widad Amra,
elle, emprunte, à la sculpture.
C'est parce ce qu'elle ne dit pas,
mais qu'elle suggère, c'est dans ce
qu'elle ôte et dans l'élision que
l'émotion emporte le lecteur. La
lecture s'arrête au détour de la
phrase, au débusqué d'un vers libre,
interloquée, suspendue comme
devant la clairière qui, tout à
coup, dans la noirceur de la forêt
se découvre, dans ce qui se laisse
à entendre dans ce qui n'est pas
écrit. Il y a là comme un profond
respect pour le lecteur qui, se sent
invité, à construire, à inventer le
sens de la situation. A la brûlure
des mots, l'auteure ajoute le
silence glacial de l'effroi qu'ils
suscitent. Ceux qui ont travaillé en
prison le savent, c'est en cellule
que les poètes sont lus, pour la
liberté dont ils sont porteurs. Ce
en quoi Widad Amra est une vraie
poétesse est ce style qui épouse ce
dont elle nous parle, à savoir le
refus de l'enfermement dans des
dogmes et l'appel charnel à la
reconnaissance de l'autre comme
nécessité vitale à la construction
de l'identité.
Widad
Amra avec "Salam Shalom" fait
cadeau d' un beau livre, d'une
densité peu commune, bouleversant,
chargé d'une émotion débordante et
longtemps après avoir refermé la
dernière page, les cris de cette
plume griffent encore.
Roland Sabra
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