Ils ont
déjà conquis le public

Amélie Nothomb
(Jean-Baptiste Mondino /
Editions Albin Michel)
Amélie Nothomb s'annonce
d'emblée comme la reine de la
rentrée dans les librairies avec
le plus fort tirage du mois de
septembre. Le Fait du prince,
dix-septième roman de l'auteur
belge, a été tiré par Albin
Michel à 200 000 exemplaires à
l'instar de ses derniers livres
qui ont toujours dépassé ce
chiffre. Elle le doit à la
fidélité sans faille de ses
lecteurs, véritables
inconditionnels qui ne se
lassent jamais de la retrouver à
chaque rentrée. Ils ne devraient
pas être déçus par ce nouveau
cru excentrique. Le Fait du
prince est un conte moderne
mâtiné d'une intrigue policière.
Le thème : un quadragénaire
ordinaire prend l'identité d'un
riche inconnu venu mourir à sa
porte. Il entame une nouvelle
vie rêvée dans le pavillon du
mort aux côtés de sa veuve. Il
fera tout son possible pour
faire durer l'imposture.

Yasmina Khadra (Sipa)
Yasmina Khadra, l'auteur de
L'Attentat (prix des libraires
2006), succès qui sera porté à
l'écran par un studio
hollywoodien, publie Ce que le
jour doit à la nuit (Julliard).
C'est une fresque sur l'Algérie
coloniale vécue à travers
l'histoire de Younes-Jonas dont
on suit les pérégrinations, de
son enfance dans les années 1930
jusqu'après l'indépendance. Le
roman démarre dans le décor au
parfum d'agrumes de la ville
d'Oran, mais le petit garçon,
Younes, vit un drame familial
qui sera le point de départ
d'une existence chaotique,
surtout sur le plan
psychologique. Ce que le jour
doit à la nuit est aussi
l'histoire de deux communautés
au destin déchiré qui aiment la
même terre. On peut compter sur
l'esprit de Yasmina Khadra pour
laisser de côté tout
manichéisme, comme il l'avait
montré avec L'Attentat. 60 000
exemplaires ont été imprimés,
c'est l'un des plus gros tirages
de la rentrée.

Elie Wiesel (Sipa)
Elie Wiesel est de
retour avec Le Cas Sonderberg (Grasset).La
réflexion et l'œuvre du Prix
Nobel 1986 tournent autour des
mêmes fondamentaux : la judéité,
l'identité, la Shoah, la
culpabilité et la possibilité du
pardon. Ces thèmes irriguent son
nouveau roman dont le héros est
un jeune Allemand qui se voit
accusé par la justice américaine
d'avoir tué son vieil oncle.«
Coupable et non coupable
»,plaide Sonderberg. Bien des
années après, il révèle à un
journaliste juif qui s'était
passionné pour son procès la nue
vérité : le prétendu grand oncle
était un ancien nazi fanatique
qui regrettait encore la chute
d'Hitler.
Les
plus attendus

Éliette Abécassis (Sipa)
Éliette Abécassis, Mère
et fille, un roman (Albin
Michel). Elle signe un roman sur
les rapports mère-fille. Amour,
rivalité, dépendance et
émancipation sont décryptés à
travers la vie de Sonia et
Nathalie, deux créatrices de
mode bien connues. Mère et
fille, un roman (Albin Michel)
débute au Café de Flore pour
finir, au plus intime, dans la
salle d'accouchement d'un
hôpital.
Catherine Cusset, Un
brillant avenir (Gallimard).
L'atypique Catherine Cusset
s'est lancée dans l'ambitieuse
entreprise de reconstituer le
destin d'une femme, Elena, et de
ses proches, depuis sa
Bessarabie natale jusqu'aux
États-Unis, où ils se sont
réfugiés après bien des
vicissitudes. Mère courage au
caractère difficile et à
l'énergie stupéfiante, elle n'a
toujours vécu que pour faire le
bonheur des siens. Quitte à
accabler son fils de sa jalousie
lorsque survient une autre
femme…
Jean-Paul Dubois, Les
Accommodements raisonnables
(L'Olivier). On connaît son goût
pour les antihéros. Une nouvelle
fois, après Kennedy et moi et
Une vie française (prix Femina
2004), Jean-Paul Dubois met en
scène avec panache un quinqua en
pleine crise de milieu de vie.
L'homme partage son temps entre
Hollywood, où il est scénariste,
et Toulouse, sa ville natale, à
la recherche d'un équilibre
qu'il a le plus grand mal à
trouver.
Alice Ferney, Paradis
conjugal (Albin Michel).
L'auteur de La Conversation
amoureuse et de L'Élégance
des veuves renouvelle le roman
psychologique avec ce Paradis
conjugal dont on peut dire que
le héros principal est… un film.
Tout tourne en effet autour du
chef-d'œuvre de Joseph
Mankiewicz, Chaînes conjugales,
que l'héroïne du livre regarde
en boucle sur son écran de
télévision. Cette addiction
singulière n'est pas du goût du
mari délaissé qui menace de
quitter le foyer. Qui
accepterait que la personne qui
partage sa vie regarde tous les
soirs, depuis trois mois, le
même DVD ? Le lecteur, lui, en
redemande. Jamais on avait lu
une analyse aussi complète et
brillante de ce classique du
septième art. Si rien ne va plus
pour le couple qu'elle dépeint,
la romancière, en revanche, est
au meilleur de sa forme. Elle
signe un roman subtil sur l'un
des grands mystères de la vie :
la dégradation d'un amour.
Laurent Gaudé, La Porte
des enfers (Actes Sud) . Le Prix
Goncourt 2005 revient à l'Italie
par La Porte des enfers. Il
offre à ses lecteurs une plongée
dans la touffeur napolitaine sur
les traces de Matteo, dont le
fils a été tué par une balle
perdue lors d'une fusillade
mafieuse. L'homme, qui n'aura de
cesse de se venger, ira
jusqu'aux enfers pour retrouver
son enfant. Le livre, qui
commence par évoquer la perte
incommensurable d'un être,
plongera alors dans le
fantastique.
Sylvie Germain,
L'Inaperçu (Albin Michel). À la
suite de la mort prématurée de
son mari, une jeune veuve, mère
de quatre enfants, engage un
homme pour la seconder dans la
direction de l'entreprise
familiale. Au fil du temps,
l'homme providentiel gagne la
confiance de tous et devient une
sorte d'ange gardien de la
tribu. Cet état de grâce durera
dix ans. Et puis, un jour,
l'homme disparaît sans aucune
trace, laissant chacun face à
ses interrogations. Sylvie
Germain, philosophe de
formation, prix Femina en 1989
pour Jours de colère, signe un
roman ambitieux, parfois
déconcertant, mais toujours
passionnant, sur la construction
de soi et le rapport aux autres.
Marie Nimier, Les
Inséparables (Gallimard).
L'auteur, qui avait touché son
public avec La Reine du silence
(prix Médicis 2004), poursuit
sur cette voie autobiographique
avec Les Inséparables
(Gallimard). La romancière y
évoque l'évolution d'une amitié,
enracinée dans l'enfance, entre
deux femmes dont l'une finira
prostituée et droguée.

Olivier Poivre d'Arvor
(Le Figaro)
Olivier Poivre d'Arvor,
Le Voyage du fils (Grasset). Le
point de départ de ce roman est
un fait divers : une Chinoise
sans papiers habitant Belleville
se défenestre suite à un
contrôle de police qui ne la
visait pas. Olivier Poivre
d'Arvor imagine le fils de cette
femme qui se rend à Paris pour
ramener les cendres de sa mère.
Ce voyage est une quête d'on ne
sait quoi lui-même ? L'auteur
brosse également le portrait de
personnages que rencontre le
jeune homme.
Olivier Rolin, Un
chasseur de lions (Seuil). C'est
une étonnante biographie
romancée qu'offre Rolin. Il
s'intéresse à Eugène Pertuiset.
Eugène Pertuiset ? On peut voir
son portrait sur une toile de
Manet exposée à Sao Paulo et
lire ses aventures dans un livre
vendu en Patagonie. Le
personnage, qui aurait exercé
les métiers les plus fous, et
hérité du titre de chasseur de
lions, le pluriel étant usurpé,
sert de prétexte à Olivier Rolin
pour évoquer avec brio
l'histoire de l'impressionnisme
et de son époque.
Inconnus
aujourd'hui, célèbres demain ?
Avant chaque rentrée littéraire,
quelques inconnus font parler
d'eux, avant même la sortie de
leur livre. On se souvient que
Jonathan Littell, l'auteur des
Bienveillantes, était donné, il
y a deux ans, comme la
révélation de septembre dès le
mois de juin. Pour d'autres
auteurs, qui bien que peu connus
n'en sont plus à leurs débuts,
on se dit que 2008 pourrait être
leur année de consécration.

Tristan Garcia (C. Hélie
/ Gallimard)
Côté
premier roman, il semble que
Tristan Garcia
ait déjà pris une longueur
d'avance. La Meilleure Part des
hommes (Gallimard) brosse le
portrait d'une époque, celle des
années 1980, et d'une communauté
- les homosexuels - dans un
style qui n'est pas sans
rappeler celui d'un Bret Easton
Ellis. C'est fiévreux, fougueux,
diablement maîtrisé. L'exploit
est d'autant plus étonnant que
l'auteur n'a que 27 ans.
Mathieu Belezi a deux
fois l'âge de Tristan Garcia et
un ton très éloigné du jeune
romancier. C'était notre terre
(Albin Michel), son sixième
titre, fait la part belle à la
poésie. Le récit est écrit comme
un long et douloureux chant qui
évoque une terre rêvée, puis
perdue : six cent
cinquante-trois hectares de
bonne terre africaine, un
domaine baptisé Montaigne, dans
la Dahra berbère. Ce roman
aurait pu être titré «Les
oranges de la colère».
Avec Le
Silence de Mahomet (Gallimard),
Salim Bachi
s'est attaqué à un défi hors
norme : raconter la vie du
prophète des musulmans. Ce n'est
pas une biographie, mais bien un
roman avec toute la force de la
fiction. À travers les
témoignages de quatre
personnages, dont la première et
la dernière épouse de Mahomet,
l'auteur s'autorise à peindre un
homme qui est avant tout un fin
politique et un stratège
militaire. Il signe une épopée
épique.
Polémiques
annoncées
Que ce
soit à cause du sujet de leur
livre ou de leur personnalité,
un certain nombre de romancières
vont à coup sûr susciter la
curiosité. On parlera d'elles
plus encore que de leurs livres.

Christine Angot (Sipa)
Il en va
ainsi des deux grandes
prêtresses de l'«autofiction»,
Christine Angot
(Le Marché des amants, Seuil) et
Catherine Millet
(Jour de souffrance,
Flammarion). La première raconte
sa relation amoureuse avec Bruno
(alias le chanteur Doc Gynéco),
relation rendue difficile par
leurs différences, raciale,
culturelle, sociale,
géographique. Entre
Saint-Germain et La Chapelle, on
n'est pas du même monde… L'amour
sera-t-il le plus fort ? Réponse
en 318 pages serrées. Catherine
Millet, de son côté, analyse les
conséquences qu'a eues sur sa
vie personnelle le formidable
succès de La Vie sexuelle de
Catherine M. À sa grande
stupéfaction, elle découvre la
jalousie, elle, le parangon de
la «femme libérée». Jalouse,
comme n'importe quelle
«bourgeoise». Un comble ! Mais
l'écriture, une nouvelle fois,
va agir comme une thérapie et
permettre à la romancière de
triompher de cette crise
existentielle.

Amanda Sthers (Le
Figaro)
Nina Bouraoui, elle,
raconte dans Appelez-moi par mon
prénom (Stock) la rencontre
entre une romancière et l'un de
ses admirateurs, leur passion,
dont l'œuvre de l'auteur
constitue le cœur même.
Amanda Sthers, ex-Mme
Bruel, se met dans la peau d'une
jeune fille qui se prend pour
Keith Richards afin de dire
Keith me (Stock) à Mick Jagger.
Anna Rozen, dans La
Bombe et moi (Le Dilettante), se
dédouble en une paire de
jumelles très portées sur la
chose, mais qui ne sont d'accord
sur rien : surtout pas la façon
de draguer. Leur binôme délirant
tiendra-t-il le choc ?
Forte de
ses succès précédents, Faïza
Guène imagine, pour Les
Gens du Balto (Hachette
Littératures), une intrigue
policière qui lui permet de
tracer une série de portraits
vérité de ces gens de grande
banlieue qu'elle connaît bien.
Fatou Diome, dans
Inassouvies, nos vies
(Flammarion), tisse une belle et
forte amitié entre une jeune
femme et sa voisine, une vieille
dame.
Pour
finir, une inconnue,
Valérie, ex-top-modèle
et ancienne vedette d'une
émission de téléréalité. Elle
raconte ses expériences et ses
amours avec l'aide de La
Rédaction, un collectif qui lui
sert de nègre. Son livre,
Valérie par Valérie (Al Dante)
est un objet littéraire non
identifié.