Être à sa
place
par Pierre Pinalie
Membre
de la petite communauté belge de
Martinique, Marielle Cuvelier se
sert du personnage central de
son petit roman pour nous
exposer sa vision de la vie, à
travers une série de scènes
tragi-comiques et émouvantes.
Dans une langue non dépourvue de
nerfs et de muscles, elle place
la vie dans une vision
littéraire, ce qui peut nous
indiquer qu’elle pense
parallèlement à sa propre
existence. Rien que le nom de
son héroïne, Luna, nous entraîne
vers un au-delà céleste, même si
les anecdotes décrites plongent
dans un quotidien réaliste où
les disputes et le feu voisinent
avec des poupées dans une
chambre et des orangers dans un
jardin.
Aimer à tous les temps
Si une
boussole tourne comme une
girouette, c’est que la réalité
négative peut l’emporter sur le
rêve qui n’est pas forcément le
quotidien de la vie. Avec des
taches de rousseur, un regard
enchanteur et un air coquin,
Luna est une gentille fille avec
un cœur de voyou pour qui la
plus belle cause du monde est la
lumière et l’amour de la
créativité. Et là se trouve la
grande leçon de l’ouvrage,
c’est-à-dire la volonté de
conjuguer le verbe « aimer » à
tous les temps, tout en
cherchant à se venger du peu de
compréhension de la part des
hommes. Là se trouve le rôle de
la femme, et cette dernière va
crier ce qu’elle est et mettre
le feu à ses hanches si
féminines. On se trouve donc,
dans ce livre, dans un temps
intermédiaire entre la vie
combative et l’attente du
plaisir futur.
Luna
considère que le temps qui
précéda sa naissance ne voulait
rien dire, et que c’est depuis
qu’elle vit que tout a pris un
sens. Elle se voit maintenant
comme une artiste reconnue, et
croit à la force énergétique
universelle. Petite graine
sortie d’un ventre qui était une
maison en forme de sphère, elle
s’est présentée avec les pieds
devant comme si elle avait déjà
été philosophe pendant la
grossesse de sa maman. Malgré le
regret qu’elle ressent de la
« cabane maternelle », elle va,
dans la vie, se construire un
palais, un beau patio et une
merveilleuse fontaine. Et pour
donner un vrai sens à sa vie,
elle va donner une place à
l’amour, et avec des mots qui
font rire ou pleurer, elle va
inventer un dictionnaire,
apprenant à se taire avant
d’apprendre à parler. Ses yeux
ne vont jamais trahir ce que dit
son cœur, et cela va constamment
ouvrir la fenêtre de son âme.
Le rationnel et l’imaginaire
Toujours dans la lune comme le
provoque peut-être son prénom,
Luna est à la recherche de son
étoile, accompagnée de son ange,
et c’est vraisemblablement
l’orientation générale du roman
qui est situé et structuré sur
deux plans. Peut-être est-ce
ainsi que nous vivons, d’une
part dans la réalité des jours
qui se suivent, et d’autre part
dans le rêve, le désir et
l’espoir. Il nous est impossible
de n’avoir pas ces deux plans,
car si nous avons une
corporalité, nous avons aussi un
esprit que certains peuvent
appeler une « âme ». Nous vivons
tous enfermés dans un corps,
mais chacun est totalement
libre, à partir de l’esprit, de
la tête et du cœur, de s’envoler
dans le rêve, dans l’espoir,
dans la croyance, voire dans la
foi.
Voilà une
belle liberté, chacun étant
« tiraillé entre le rationnel et
l’imaginaire », et il est
merveilleux de pouvoir doubler
le monde qui, parfois, est
tragiquement réaliste. Et la
seule façon de s’échapper du
malheur concret ou du négatif
quotidien, c’est l’amitié,
l’affection, la tendresse et
l’amour dans le rapport aux
autres, ou l’espoir, la croyance
et la foi dans la tête et le
cœur. Ainsi, chacun, comme Luna,
ou comme l’auteur du livre,
pourra bien se tenir à sa place
et y être heureux.
Pierre PINALIE