
Un
écrivain trahi en direct, par
le cœur de son dernier roman ?
Ses lecteurs veulent savoir qui se
trouve derrière l’œuvre
A la Mairie de Schoelcher, sous le
haut patronage de la Bibliothèque
Schoelcher « A livre ouvert »,
Monsieur Piere-Louis Maynie, Sociologue,
abordera les questions et le livre.
En attendant : Portrait de celle
qui vit avec les livres.
La voici précise au rendez-vous.
Ce qui prime d’abord est que
tout son être est posé,
tranquille, presque absent. On dirait
qu’elle est ailleurs. Nicole
Cage-Florentiny aurait-elle le don
d’ubiquité ? Elle
sait être dans le passé
et au présent à la fois.
Silhouette et regard droits, vision
circulaire des faits et des êtres,
voix douce, sourire et passion, écriture
« militante ».
Une fois que l’on a lu ses textes,
poèmes et romans, on ne peut
être que curieux de cette dame
qui affirme que « par-delà
les mots… l’amour »
se trouve. Découvrir son œuvre
c’est s’offrir une belle
leçon de liberté. Nicole
est convaincue qu’on naît
libre : écrire, c’est
sa façon d’exprimer cette
liberté. Elle vous donne envie
d’écouter les mots, d’étendre
leur résonance, de les frotter
à leur écho et d’en
extraire un reste de substance sucrée-salée,
aigre douce. D’aller saisir
là bas leur sens interdit et
les non-dits qu’ils contiennent.
Tout ces mots bousculés, bariolés
de couleur arc en ciel, écrits
aux crayons de douleur. C’est
un écrivain qui vous donne
le rêve et attend que vous en
saisissiez la réalité
ou l’inverse contenu dans ses
phrasés de mots simples ou
simplement torturés.
« La plume est l’interprète
de l’âme, ce que l’une
pense l’autre l’exprime. »
Les mots inventent eux-mêmes
l’univers qui leur sied et s’utilisent
recto verso comme une émotion
que l’on purge : le zeste
est un geste qui soigne. Nicole Cage-Florentiny
n’est pas de ceux, touristes
permanents ou traumatisés tête
grainée, Gorée-sans-retour,
qui ne pensent qu’à prendre
à l’épuisette
le cyclone en rut sur le dos Caraïbe,
ou photographier les traces d’un
« quimbois »
maquillé d’histoire.
Ses livres sont le sang du carnaval,
un soleil à minuit, une force
espérance. Humour et tragédie.
Rigueur et poésie. Amour et
stratégie intimement liés
et déchirés dans l’expression
articulée d’une écriture
fleuve à boire et à
rêver. C’est un sésame
musical qui permet de comprendre par
une expérience commune, les
plus beaux et les plus purs états
de soi-même, quand cette découverte
de soi profite aux autres. Nicole
« poreuse à la douleur »
l’écrit comme le fleuve
d’un sang chaud d’un cœur
qui, depuis, a appris à rire
de son propre déchirement,
de sa vermine entêtée,
de ses cicatrices boursouflées
qu’un souvenir vorace anime.
« Un roman, c’est
un miroir sur le chemin ».
Nicole Cage-Florentiny, perce l’abcès
du syndrome de la négritude,
cette névrose héroïque,
qui fait de chaque enfant du ghetto
un martyr « codebarrisé »,
entre l’ignorance, la violence
et l’amour… solitude,
où il n’y a jamais de
saison pour être mieux. Elle
parle d’amour plus loin, avec
ses mots à elle qui disent
des maux soupirs qui vous embrassent
puis vous embrasent. Mots strip-tease
que ces mots nus dans la lumière
mémoire des jours et des nuits.
Elle brouille, sans tricher les cartes
du réel et du rêve, du
vrai et de l’illusion. Elle
n’écrit sûrement
pas autobiographique et ses écrits
ne sont pas le décalque de
ses états d’âme :
c’est à coup de livres
qu’elle franchit le mur des
passions et « Aime
comme musique ou comme mourir d’aimer »
(dernier roman aux éditions
Manuscrit.com) Nicole vous maintient
dans cet état de griserie entre
l’abstinence, la sobriété
et le début de l’ivresse.
Quand on explore son parcours créatif,
on constate alors deux démarches,
deux fonctionnements : la vérité
du langage poétique et l’ambiguïté
soumise, saisie, tranchée dans
le réel de l’intellectuel
écrivain. Nicole va de l’un
à l’autre dans l’instant
avec cette capacité accrue
d’aller à l’essentiel
et offre sans emphase, à sa
manière d’écrire
très tactile, très sensuelle,
ses livres qui consolent. Souvent
c’est une impression d’authenticité,
pas visible dans les personnages,
mais bien dans l’enveloppe des
mots, dans ce qu’il faut comprendre
des personnages, quand le roman devient
théâtre de la souffrance
et miroir sur le chemin.
Vendredi 21 avril à 19h à
la Mairie de Schoelcher
Christian Antourel
Photos C.A