Par
Michel Herland.
Les éditions HC (comme Hervé Chopin), bien
connues en Martinique, ont fait appel à
Ernest Pépin pour commenter des cartes
postales anciennes des Antilles dont la
plupart avait déjà été présentées au public
dans un livre publié en 2001 sous le titre
« Antilles d’antan ». D’une
édition à l’autre, le nombre de pages a
augmenté, la maquette s’est aérée et,
surtout, la taille et la qualité de la
reproduction des images se sont grandement
accrues, certaines photographies faisant
même l’objet d’une présentation pleine page
(24,5 x 32 cm) sans que cela nuise en rien à
la netteté de l’image.
Beaucoup de photos valent surtout en tant
que témoignage d’une époque disparue. Même
les moins pittoresques nous touchent, par
exemple celles qui présentent simplement les
bâtiments d’une usine à sucre, parce
qu’elles nous montrent à quoi ressemblaient
vraiment, lorsqu’ils étaient en activité,
ces bâtiments dont nous découvrons les
vestiges envahis par la végétation au gré de
nos promenades dominicales. Nous mesurons
alors combien ces constructions
industrielles, censées matérialiser la
richesse des planteurs, étaient en réalité
modestes. « Un manque d’ambition qui fait
comprendre que nous n’avons pas à faire avec
des capitaines d’industrie… À voir les
bâtiments, l’on pressent l’agonie à venir »,
commente E. Pépin (dans une curieuse
syntaxe).
Les cartes postales anciennes sont une
source d’inépuisable nostalgie. Celles des
Antilles antan lontan ne
ratent pas leur effet. Tous ces métiers, ces
objets, qui faisaient la vie de nos
ancêtres, qui les faisaient vivre et dont
parfois nous ignorons l’usage, dont nous
n’avons jamais entendu le nom ! Et ces lieux
où nous passons parfois tous les jours,
comme ils ont changé ! La portion de la
nationale 2 qui traverse Fond Lahaye, par
exemple, aujourd’hui déprimante de laideur
et cause d’inévitables embouteillages aux
heures de pointe, comment aurions-nous pu
imaginer qu’elle était, il y a un siècle,
une charmante route de campagne, bordée de
cocotiers, parcourue par quelques tacots et
des piétons tout de blanc vêtus ?
Mais la contemplation de ces cartes postales
nous conduit bien au-delà de la nostalgie.
Comme le note, à nouveau, E. Pépin dans sa
préface, « elles ne sont pas des plongées
inertes dans un temps révolu. Elles sont des
irruptions de présences qui sommeillent en
nous et qui nous révèlent à nous-mêmes le
sens de nos profondeurs ». Des profondeurs
insoupçonnées, puisque nous nous découvrons
les héritiers de personnages qui nous sont
devenus parfaitement étrangers. Qu’il
s’agisse des pauvres en haillons, des
vieillards édentés et des vieilles bossues
dont la pipe ne quitte pas la bouche ou, à
l’opposé, des bourgeois impeccables dans
leurs costumes immaculés et de leurs femmes
disparaissant sous une superposition de
tissus et chargées d’or, nous ne pouvons pas
nous reconnaître dans ces gens-là. Car les
photos ne sont pas muettes : les yeux, les
attitudes, tout nous parle. Et nous voyons
bien que ces gens-là étaient complètement
différents de nous. Ils n’ont connu ni les
guerres mondiales ni l’âpre compétition
sociale, ils appartenaient à un monde fixe
où chacun connaissait la place qui était la
sienne. Quant au progrès, s’ils en voyaient
les premières manifestations (les bateaux à
vapeur, les automobiles, l’électricité) il
demeurait suffisamment lent pour n’entraîner
aucun bouleversement. Sans doute est-ce la
raison pour laquelle ils nous paraissent si
simples, si naïf et si lointains.
Les photographes de l’époque ne cherchaient
pas, en général l’esthétique, ils avaient
une mentalité de reporter. Et c’est tant
mieux, car leurs photos nous apportent, du
coup, une connaissance très complète de la
société d’autrefois. Il arrive pourtant
qu’on tombe sur de vraies photos d’art. Les
Antilles antan lontan contiennent au
moins deux chefs d’œuvre, deux photos pleine
page de personnages en buste, une jeune
lavandière qui pose avec son seau posé sur
une « torche » (p. 19) et un jeune chasseur
de serpent, torse nu, le chef couvert d’un
beau feutre, portant fièrement sur l’épaule
un « fer de lance » enroulé autour d’un
bâton (p. 51).
Michel Herland.
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Le pouvoir
et le
président de
la
République
en
particulier
sont la
cible des
protestations
sur l'île.
Crédits
photo : AFP |