Marie Ndiaye prend les gens pour des
cons
Sur le site Stalker, Jean-Gérard
Lapacherie livre son point de vue
sur le roman qui a valu à Marie
NDiaye d'obtenir le Goncourt. Féroce
!
Il est de notoriété publique que les
membres de l’Académie Goncourt
priment chaque année un livre, non
pas parce qu’il serait «bon», mais
en fonction de considérations
financières ou de vanité éditoriale,
ce qui explique qu’en un peu plus
d’un siècle, n’aient été primés que
des navets, qui sont, ironie de la
chose, à l’image de ces
académiciens.
Certes, les navets se vendent bien.
Mais alors pourquoi ne pas laisser
aux représentants des organisations
de maraîchers le soin de choisir le
plus beau navet ? Ils feraient un
meilleur choix que les dix de chez
Drouant. Le seul intérêt que la
littérature retire de ces mômeries,
et qui n’est pas mince, est que
l’argent des navets sert à éditer
des écrivains qui ne font pas dans
la tératologie navetière.
Si l’auteur de ces lignes a dépensé
19€ pour acheter les 317 pages du
dernier gros navet primé, Trois
Femmes puissantes, titre qui en dit
long sur le chaudron où a bouilli la
soupe, c’est à cause de l’auteur ou,
puisqu’il faut écrire ce nom en
orthographe bien-pensante,
l’auteure.
Cette écrivaine juge la France
monstrueuse, ce qui est son droit le
plus strict. Ce n’est pas ce
jugement-là qu’on lui chipotera,
encore que, si M. Sarkozy, enfant
d’immigré de la première génération,
avait été noir et que ses comparses
Besson et Hortefeux l’eussent été
aussi, le pays qu’ils gouvernent
provisoirement n’aurait pas été
rangé dans la même case
tératologique que l’Ouganda à Amin
Dada, l’Algérie au FLN, la Guinée
équatoriale à Macias, le Maroc à
Hassan el Thani, le Zaïre à Mobutu,
la Guinée à Touré, etc., mais il
aurait été l’Utopie réalisée, le
royaume des fées, le pays des anges
et des séraphins ou l’URSS des
communistes ou l’Allemagne nazie des
collabos. Si la France est
monstrueuse, c’est à cause de la
façon inhumaine dont elle traiterait
les immigrés, lesquels, comme Mme
Ndiaye le répète à tous les vents du
monde, sont mis à mort dans des
chambres à gaz, tout près de Berlin,
évidemment, là où elle réside
désormais.
Le Sénégal, pays dont Mme Ndiaye est
peut-être encore ressortissante par
jus sanguinis, au tout début des
années 1990, du temps du socialo
Abdou Diouf, a réglé les difficultés
que ses immigrés mauritaniens lui
causaient aux ratonnades de masse et
aux bons vieux pogroms, qui ont fait
plusieurs dizaines (centaines ?) de
morts.
Je ne sache pas que Mme Ndiaye ait
jugé cela monstrueux ou qu’elle
tienne le pays de ses ancêtres pour
un agrégat de monstres.
À la décharge des Sénégalais
ratonneurs, il faut dire que les
Mauritaniens avaient agi de la même
manière avec leurs immigrés
sénégalais. Que Mme Ndiaye préfère
fricoter à Berlin avec les fils et
petits-fils de SS ou avec les
dignitaires de la Stasi, plutôt
qu’avec les Français, libre à elle,
la capitale du Troisième Reich est
mieux à même de satisfaire les
curiosités d’une tératologue que
Paris, Londres ou que New York.
Une écrivaine de cette envergure
doit être au moins l’égale de Mme de
Sévigné ou de Mme de Lafayette ou
même la meuf à Dieu soi-même pour
s’autoriser des jugements aussi
péremptoires. Lisons ceci : «Et
celui qui l’accueillit ou qui parut
comme fortuitement sur le seuil de
sa grande maison de béton, dans une
intensité de lumière soudain si
forte que son corps vêtu de clair
paraissait la produire et la
répandre lui-même, cet homme qui se
tenait là, petit, alourdi, diffusant
un éclat blanc comme une ampoule au
néon, cet homme surgi au seuil de sa
maison démesurée n’avait plus rien,
se dit aussitôt Norah, de sa
superbe, de sa stature, de sa
jeunesse auparavant si
mystérieusement constante qu’elle
semblait impérissable». C’est la
première phrase des trois nouvelles
réunies en un «roman». La
conjonction de coordination «et»,
placée au début du roman, est censée
coordonner, elle ne coordonne rien.
Elle est retournée ou subvertie,
mise cul par-dessus tête. Cela a dû
paraître aux grands vieillards et
vieillardes de chez Drouant du
dernier chic ou comme le comble de
l’audace grammaticale. C’était
moderne ou audacieux chez Flaubert
ou chez Joyce ou chez Faulkner, il y
a un siècle ou un siècle et demi.
Aujourd’hui, répété par des
centaines d’écrivains et
d’écrivaines, d’auteurs et
d’auteures, de scripteurs et de
scripteuses, de goncoureurs et de
goncoureuses, c’est du psittacisme.
Le premier qui a comparé la femme à
une rose ou l’amour à une flamme
était un poète; le millième ou le
dix-millième est un imbécile. La
modernité de ces Trois Femmes
puissantes, bien terne, pâle,
palichonne, faiblarde, sent le
moisi, le renfermé, le rance. Ce
n’est pas, comme chez Balzac, de
l’odeur de pension, mais du remugle
de pensionnat de jeunes filles. Le
vocabulaire est de la même eau
stagnante. Lisons ceci (début du
troisième paragraphe) : «Il était
là, nimbé de brillance froide, tombé
sans doute sur le seuil de sa maison
arrogante depuis la branche de
quelque flamboyant dont le jardin
était planté». «Il», c’est le père
polygame et assassin. Laissons de
côté l’inévitable nimbé qui fait
joli, l’hypallage convenue (maison
arrogante), la métaphore par
synesthésie (brillance froide)
recensée comme procédé de style
depuis deux siècles, l’impossibilité
physique de tomber de la branche
d’un arbre sur le seuil de la maison
(à quelques mètres devant la maison
sans doute) et attardons-nous sur
brillance.
Voilà un mot qui en jette, surtout
dans les salons de coiffure pour
dames et dans les usines de
fabrication de ces saloperies
chimiques que sont les laques. La
tératologue a-t-elle suivi une prépa
lettres, comme le laisse supposer
son «et» initial, digne d’un mauvais
Flaubert, ou une formation de
coiffeuse, comme le suggère
brillance ? Peu importe. Le fait est
que, nourrie dans le sérail
tératologique, elle en connaît les
tours, détours, contours et tout le
bonneteau. Ainsi elle ramasse les
subjonctifs imparfaits et
plus-que-parfaits à la pelle. Un
politicien déplaisant et provocateur
était étiqueté fasciste parce qu’il
employait deux ou trois subjonctifs
imparfaits ou plus-que-parfaits au
cours d’une émission télévisée de
deux heures. Pour lui, c’était des
signaux de distinction; pour ses
ennemis, des pets sonores. Chez Mme
Ndiaye, le débit est de l’ordre de
deux ou trois subjonctifs imparfaits
ou plus-que-parfaits à la page,
autant que le politicien
infréquentable en deux heures. Mais,
pour l’Académie Goncourt, les pets
sonores sont des élégances. Ce qui
est horreur hors de chez Drouant est
beauté dans ce restaurant chic et
cher.
Avec Mme Ndiaye, le roman n’est pas
près de dévoiler le réel, ni
d’ailleurs de faire quelque critique
que ce soit de quoi que ce soit. On
baigne dans l’assentiment. On est
dans le royaume des bénis oui-oui.
On se pâme en entendant la belle
chanson : «Vous digèrerez bien,
braves gens, après avoir lu ces
Trois femmes puissantes». La
première des trois histoires vaut
son pesant de cacahouètes. Une
avocate parisienne (elle a près de
40 ans), Africaine de France,
revient au pays, à la demande de son
père polygame, qui déteste les
femmes et n’a eu que du mépris pour
ses filles, qu’il a abandonnées,
elles et leur mère française. Ce
vieil homme, en plus d’être un père
indigne, est un tyran stupide. Non
seulement il a assassiné sa dernière
et jeune épouse, mais il a exigé de
son fils, qui a obtempéré, qu’il se
dénonce comme l’assassin de sa
belle-mère. Et l’avocate parisienne
finit sa vie allongée sur les
grosses branches d’un flamboyant, à
côté de son père, qui devient un
grand oiseau. Ce conte pour bonnes
femmes est à mourir de rire. Il faut
vraiment que la romancière croie que
les Africains et les Africaines sont
des moins que rien pour écrire des
sornettes pareilles. Pour M.
Sarkozy, les Africains ne sont pas
encore entrés dans l’Histoire; pour
Mme Ndiaye, ils ne sont même pas
descendus du flamboyant. Qui des
deux est le plus monstrueux ? Il
faut aussi qu’elle tienne les
Françaises pour des demeurées pour
leur raconter des histoires aussi
bêtes. Le gauchisme ne finit pas
dans les tératologies, mais dans les
collections Harlequin. On est en
droit de se demander si les
académiciens Goncourt ont lu ce
roman. Ils sont tous très vieux et
très vieilles, très égrotants et
égrotantes, sans doute gâteux et
gâteuses. Ou bien, ils ne
comprennent rien à ce qu’ils lisent
et ils en sont restés à Nau ou à
Frapié. Ou bien, ils n’ont pas lu ce
roman, l’attribuant à Gallimard,
parce que c’était, en 2009, au tour
de cet éditeur d’être primé.
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Jeudi 19 Novembre 2009
Jean-Gérard Lapacherie - Stalker
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http://www.marianne2.fr
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