Réaction au manifeste : Björn
Larsson
Littérature, identité et
nationalisme
Le lundi 2 avril 2007
Littérature,
identité et nationalisme
Par Björn Larsson, écrivain
et professeur de français à
l’université de Lund en
Suède.
Chaque année, vers le mois
d’octobre, la tension monte dans
les ambassades étrangères à
Stockholm et en particulier dans
les services culturels. Quel est
le pays qui cette fois-ci aura
la gloire de recevoir le prix
Nobel de littérature ? Ceux qui
croient avoir un candidat en
lice achètent déjà du Champagne
et préparent les listes
d’invitations pour les
réceptions à venir. Il faut dire
que certains pays auront dépensé
beaucoup d’énergie et d’argent à
essayer d’influencer — sans
aucun doute inutilement — le
choix de l’Académie. Peu
d’écrivains refusent d’ailleurs
une invitation à venir en Suède
donner des conférences, frais
payés… par leur propre pays.
Une fois le lauréat annoncé par
le secrétaire permanent de
l’Académie suédoise, les cris
d’enthousiasme et de déception
s’étalent dans les médias.
Certains se plaignent – les
Français souvent plus que
d’autres – que l’Académie a
manqué de jugement en négligeant
tel écrivain national. D’autres
protestent parce que celui ou
celle – plus rarement – qui a
été choisi n’est pas le meilleur
écrivain du pays, c’est-à-dire
que l’écrivain en question n’est
pas le meilleur représentant de
la littérature nationale. Cela,
on le sait, est arrivé avec
Dario Fo. Lors de l’attribution
du prix à Saramago, beaucoup des
Portugais contestèrent le choix
parce que Saramago était
communiste et parce qu’il avait
choisi de s’exiler à Lanzarote,
en Espagne. Il y a même eu ceux
qui s’élevèrent contre le choix
d’Imre Kertész parce qu’il
n’était pas un « vrai »
Hongrois, mais un hongrois juif,
ou un Juif vivant en Hongrie —
sauf qu’on n’osait tout de même
pas le dire aussi explicitement
que cela.
Dans la plupart des capitales de
l’Europe se côtoient des Centres
culturels dont le premier rôle
est de promouvoir la culture de
la nation. Au Centre Culturel
Suédois à Paris, par exemple, on
organise régulièrement des
lectures avec des écrivains
suédois déjà traduits ou
susceptibles de l’être. On rend
service aux éditeurs et aux
traducteurs qui s’intéressent à
la littérature suédoise.
L’Institut suédois à Stockholm
accorde des subventions à la
traduction et paie les frais de
déplacement pour les écrivains
invités aux festivals du livre à
l’étranger. Au Danemark, le
ministère de la culture a créé
un organisme spécifique, le
Centre de littérature danoise,
qui a pour seul et unique
objectif de promouvoir la
littérature danoise à
l’étranger.
Dans les écoles et les
universités du monde développé,
des hordes d’étudiants en
littérature remplissent les
amphithéâtres et les salles de
cours chaque année. Pour celui
qui aime la littérature, cette
affluence doit être une source
de réjouissance. Dans la grande
majorité des pays, cependant,
l’étude de la littérature
équivaut à l’étude de la
littérature nationale. Un
étudiant qui voudra enseigner le
français au lycée passe ainsi
cinq années à étudier la
littérature française sans
aucune obligation de lire un
seul chef-d’œuvre étranger, même
pas ceux des écrivains qui ont
le plus influencé la littérature
française. Un étudiant en
littérature française peut donc
très bien ne jamais avoir lu
Dante, Cervantes, Shakespeare,
Scott, Richardson, Dostoïevski,
Kafka, Goethe ou Strindberg.
Dans la plupart des pays, aussi,
la grande littérature est posée
comme modèle d’excellence
linguistique. La langue des
grands écrivains nationaux est
érigée en norme. Le mythe — et
c’en est un — de la clarté de la
langue française a été largement
entretenu, littérature française
à l’appui. Si, à la rigueur et
du bout des lèvres, on permet à
des écrivains francophones
extra-hexagonaux, comme Kourouma
ou Chamoiseau, de tordre le cou
à la syntaxe française,
l’écrivain français de souche
sera sévèrement corrigé par les
éditeurs et par les critiques
pour toute liberté prise avec
les règles de la grammaire
standard. On permettra
éventuellement à un Houellebecq
de provoquer et offenser au
niveau du contenu, mais
seulement s’il maîtrise l’art de
« bien écrire », tel que
celui-ci est défini par les
détenteurs du pouvoir
symbolique. N’oublions pas que
deux tiers des exemples du
Littré sont tirés de la
littérature canonisée.
On connaît les efforts des
autorités soviétiques pour
gagner les écrivains domestiques
et étrangers à la cause
communiste pendant la guerre
froide. L’association des
écrivains soviétiques de
l’époque était une formidable
machine de propagande intérieure
et extérieure, dirigée par le
parti et surveillée de près par
les services des renseignements.
Des études récentes ont montré à
quel point les dirigeants
soviétiques cherchaient le
soutien des intellectuels et des
écrivains — d’ailleurs en
contradiction flagrante avec la
doctrine du matérialisme
historique selon laquelle la
culture n’était que le reflet
fidèle et passif des conditions
de production économique. Pour
les dirigeants et les
idéologues, cependant, il ne
faisait aucun doute que la
littérature était un élément
essentiel de l’action politique.
Que ceux qui pensent qu’il
s’agit là d’un temps
heureusement révolu se
détrompent ! Il y a un an
environ, le ministre de la
culture danois a réuni une
commission nationale constituée
d’écrivains et d’universitaires
qui a reçu pour mission
d’établir un canon d’œuvres
classiques de la littérature
danoise que tout élève devait
avoir lu. Dès le départ,
l’initiative du ministre a été
vivement discutée dans les
médias. Il est notable,
cependant, que les débats
portèrent avant tout sur la
possibilité d’établir des
critères esthétiques sur
lesquels pouvait être fondée la
sélection des textes à lire.
Rares étaient ceux qui
remettaient en question le fait
que le canon était constitué
uniquement d’œuvres littéraires
danoises. Jusqu’au jour où le
même ministre, une année plus
tard, déclara dans une interview
que le véritable objectif du
canon était la défense des
« valeurs spécifiquement
danoises » contre les valeurs
étrangères, en particulier
celles des immigrés, et encore
plus particulièrement celles des
immigrés musulmans !
Chaque pays d’Europe organise
des foires du livre où la
littérature nationale se taille
la part du lion. Rien de plus
naturel, bien sûr, ces foires
étant aussi – ou surtout —
d’énormes librairies.
N’invite-on pas également des
littératures étrangères, en leur
accordant la place d’honneur ?
Si, mais il s’agit presque
toujours d’une littérature
nationale, avec, en conséquence,
des querelles et des imbroglios
politiques de tout ordre. On se
rappelle, récemment, les cas de
l’Italie et de la Chine au salon
du livre à Paris.
On accuse souvent la France de
ne pas s’intéresser suffisamment
à la littérature étrangère.
Cependant, le chauvinisme
culturel de la France n’est pas
— ou n’est plus — pire
qu’ailleurs ; celui-ci a
beaucoup à envier aux pays
anglo-saxons où, par exemple,
l’attribution d’un prix Nobel à
un écrivain « étranger » se
remarque à peine dans les ventes
— si encore l’écrivain est
traduit. Gardons le sens des
proportions : on a toujours
abondamment traduit la
littérature étrangère en France
et les écrivains se sont
largement laissés influencer par
celle-ci. Sans Kafka, Joyce,
Dostoïevski, Hemingway, Dos
Passos, Calvino et d’autres
encore la littérature française
ne serait pas devenue ce qu’elle
est. Aujourd’hui encore, il
suffit d’ouvrir Le monde des
livres ou Le magazine littéraire
pour voir que la littérature
étrangère est loin d’être
négligée. Le succès du festival
des Étonnants voyageurs à
Saint-Malo a été en grande
partie construit sur l’ouverture
au monde.
Il n’empêche que les œuvres
littéraires sont presque
toujours classifiées par leurs
origines dans les librairies et
dans les catalogues des
éditeurs. Il y a des collections
pour la littérature étrangère,
pour la littérature africaine ou
pour la littérature hispanique,
que celles-ci soient traduites
ou écrites directement en
français. Les magazines et
suppléments littéraires
consacrent régulièrement des
pages à la littérature de tel ou
tel pays. À Paris, on trouve des
librairies spécialisées dans la
littérature d’un seul pays. Sur
la quatrième de couverture,
l’information incontournable est
le pays d’origine de l’écrivain.
Récemment, j’ai découvert qu’un
de mes romans, Le cercle
celtique, était décoré d’un
bandeau rouge qui portait le
texte « Polar suédois ». Pour un
roman qui parle d’identité
celtique sans contenir un seul
mot sur la Suède et qui est
écrit par un écrivain déraciné
et dénationalisé comme moi qui
vit à l’étranger depuis vingt
ans !
Tous ces exemples, et on
pourrait en citer de nombreux
autres, abondent dans le même
sens : la littérature fait
partie de l’intérêt national.
Elle est un élément important de
l’identité nationale. Qu’on le
veuille ou non, qu’on résiste ou
non, la littérature participe à
la légitimation de la culture
nationale et au rayonnement de
la nation à l’étranger. Elle est
un objet de fierté et de
prestige. On se vante de ses
grands écrivains. On les couvre
d’honneurs et des prix. On les
momifie dans les uniformes de
l’Académie. On leur donne des
apanages et on les invite aux
dîners organisés par les
représentants du pouvoir. On
fait volontiers appel aux
écrivains célèbres dans les
campagnes électorales. On
brandit leurs chef-d’œuvres
comme autant de signes du génie
de la nation, sous-entendant
qu’il ne s’agit que de la partie
visible de l’iceberg.
À la condition, cependant, que
la littérature se montre bonne
élève ! À la condition que les
écrivains se montrent
conciliants et respectueux
envers ceux qui les invitent à
leur table !
En effet, le paradoxe est là :
si on regarde l’histoire de la
littérature, il n’y a aucun
doute que la littérature s’est
toujours montrée rebelle à la
récupération idéologique,
nationaliste ou politique. La
liste des écrivains qui ont été
censurés, persécutés, exilés ou
même assassinés est
désespérément longue. Jusqu’en
1954, le Vatican interdisait aux
croyants de lire certaines
œuvres jugées impies ou
immorales, mettant celles-ci à
l’Index . En France, parmi les
plus illustres, Rabelais,
Molière, Rousseau, Voltaire,
Diderot, Sade, Beaumarchais,
Chateaubriand, Madame de Staël,
Hugo, Flaubert et Baudelaire ont
tous eu à lutter contre la
censure de l’État et de
l’Église.
Aujourd’hui encore, Salman
Rushdie reste condamné à mort,
même si la plus grande menace
qui pesait sur lui a été levée.
Il n’y a pas si longtemps,
revers de la médaille de
l’importance accordée à la
propagande intellectuelle, les
anciens régimes communistes
soumettaient la littérature à
une censure sévère. Les
écrivains qui ne s’y pliaient
pas furent réduits au silence,
condamnés aux camps de travail
forcé, à la prison, aux hôpitaux
psychiatriques ou à l’exil. Ce
système reste en vigueur en
Chine et en Corée du Nord. Dans
de nombreux autres pays du
monde, les écrivains continuent
à être harassés. Index of
Censorship, qui depuis 1968
défend la liberté d’expression,
semble malheureusement n’avoir
jamais eu de difficultés à
trouver des matériaux pour ses
articles. Dans son rapport pour
l’année 1994, Amnesty
International constatait qu’il y
avait plus de 700 écrivains dans
le monde qui étaient ou bien en
prison ou bien rapportés
disparus. On connaît le sort
tragique de beaucoup d’écrivains
africains qui se sont élévés
contre leurs régimes
autoritaires et corrompus.
Pendant la terreur en Algérie,
qui, espérons-le, touche à sa
fin, des douzaines de poètes et
de romanciers furent froidement
abattus par des commandos
fondamentalistes.
La méfiance envers la
littérature n’est pas non plus
d’hier. On se rappelle que
Platon voulait reléguer les
poètes hors de la Cité .
L’institution de la censure, il
faut le rappeler, a existé et
continue à exister dans tous les
régimes. De tous les temps, ceux
qui détiennent le pouvoir ou qui
aspirent à le gagner ont tenté
d’enrôler les écrivains pour
leur cause — le cas exemplaire
étant Gorki — ou, dans le cas
d’un refus, de les réduire au
silence — le cas exemplaire
étant encore Gorki.
Il n’est donc guère aventureux
d’affirmer que le rôle social et
politique de la littérature est
au plus haut degré ambivalent.
D’un côté, elle est valorisée
comme faisant partie du projet
identitaire national ou
nationaliste. De l’autre, elle
est dévalorisée si elle refuse
de soutenir les aspirations
nationales ou identitaires des
assoiffés du pouvoir. D’un côté,
la formule « c’est de la
littérature » est un jugement de
valeur positif. De l’autre,
l’expression « ce n’est que de
la littérature » est tout autant
négatif. Si par périodes, les
écrivains ont joui d’une
certaine liberté, il reste vrai
que le pouvoir a toujours
cherché à circonscrire cette
liberté. Aujourd’hui même, la
censure civile ayant remplacé
celle de l’État dans nos pays
dits de démocratie libérale, des
écrivains sont traduits devant
la justice, accusés de
blasphème, de calomnie,
d’incitation à la haine raciale
ou d’immoralité.
Dans les études d’histoire de la
censure et dans les écrits de
défense des écrivains et de la
littérature, il y a une tendance
à mettre les seuls représentants
du pouvoir sur le banc des
accusés. D’un côté, il y a les
bons, les écrivains. De l’autre,
il y a les méchants, les
politiciens et les idéologues.
Or, à présenter la réalité
ainsi, on oublie les écrivains,
et parfois pas des moindres, qui
ont mis leur plume
volontairement au service d’une
idéologie, d’un mouvement ou
d’un régime. Personne ne forçait
Brasillach, Céline, Drieu la
Rochelle ou Hamsun à défendre
l’idéologie national-socialiste.
Dans toutes les dictatures, que
celle-ci aient été militaires ou
de parti, il y a eu des
écrivains qui ont pratiqué l’auto-censure
ou qui ont composé avec le
pouvoir, par conviction ou pour
garder leurs privilèges.
Mais la question du rapport
entre les écrivains et le
pouvoir ne se pose pas seulement
dans les régimes autoritaires.
Elle se pose tout autant dans
nos démocraties libérales chaque
fois qu’une collectivité
revendique ses droits
identitaires, que ce soit les
gays, les Bretons, les femmes ou
les immigrés. L’écrivain beur,
par exemple, a-t-il pour premier
devoir d’écrire des romans sur
les conditions des beurs dans la
société française ? L’écrivain
breton doit-il d’abord raconter
la réalité bretonne ou peut-il
tout aussi bien parler d’amour
ou des beurs ? L’écrivain femme
peut-elle se permettre de
décrire la condition masculine,
sans pour autant dénoncer
celle-ci ?
Il y a quelques années, je
participai à la 26ème rencontre
québécoise internationale des
écrivains qui réunissait une
quarantaine d’écrivains
francophones, dont la moitié
environ venaient du Québec et
l’autre moitié du monde, pour
discuter les rapports entre
l’identité, la nation et la
littérature. Dès le premier
jour, il devint clair que le
thème de la conférence divisa
les écrivains en deux camps.
D’un côté, la plupart des
écrivains québécois qui voyaient
dans la littérature une arme
pour défendre la culture
nationale, plus précisément la
culture francophone, contre
l’impérialisme anglophone.
Quelqu’un parlaient même du
besoin d’un « service littéraire
national » qui demanderait à
chaque écrivain du Québec
d’écrire d’abord un ou deux
ouvrages à la défense de la
langue et de la culture
québécoise avant d’écrire
« librement ». De l’autre, la
plupart des écrivains du reste
du monde qui dénonçaient la
récupération nationale ou
identitaire de leur littérature.
Je me rappelle surtout Maryse
Condé qui non seulement refusait
avec force l’étiquette d’
« écrivain des Caraïbes », mais
également celle d’écrivain
femme. Pour elle, la vocation
profonde de la littérature était
d’être universaliste et
humaniste, pas une défense de
quelque groupe spécifique
d’humains, opprimés ou non.
La question qu’on doit se poser
est donc celle de savoir si la
littérature a une vocation
propre, une spécificité qui la
rendrait réfractaire à la
récupération idéologique,
identitaire ou nationaliste. Ou
si, au contraire, la littérature
est un phénomène hétérogène sans
spécificité véritable qui peut
être utilisé à des fins divers,
voire contradictoires.
Répondre à cette question
éuivaudrait à proposer une
théorie de la littérature à la
fois comme phénomène social et
comme texte, ce qui dépasserait
de loin les limites d’un seul
article. Ici, je me contenterai
de résumer brièvement les
résultats de mes réflexions déjà
présentées ailleurs et d’essayer
d’en tirer quelques conclusions.
La première chose à dire est que
tout porte à croire que la
littérature n’est pas un
phénomène homogène, invariable
et transhistorique. Si on
regarde les textes qui à travers
l’histoire et dans différents
pays ont été désignés comme
étant littéraires, on se rend
vite compte qu’il y a de grandes
différences. Il suffit de jeter
un coup d’œil dans n’importe
quelle histoire de la
littérature pour constater, par
exemple, qu’y apparaissent pour
les époques révolues des
écrivains et des textes qui ne
figureraient plus aujourd’hui
dans une histoire de la
littérature moderne : des
philosophes comme Descartes et
Pascal, des historiens comme
Froissart ou un mémorialiste
comme Saint-Simon . On peut
également constater que les
critères de la littérarité ont
connus une évolution à travers
l’histoire. Si, pour les textes
anciens, le premier critère de
littérarité était un certain
style ou certaines qualités
esthétiques, aujourd’hui on
insiste beaucoup plus sur le
critère de la fictionnalité.
Lorsque, par exemple, on dit que
La vie de Saint-Alexis est la
première œuvre littéraire en
langue française, c’est
entièrement en raison d’une
certaine recherche stylistique
et esthétique. N’y entre pas la
question de la véracité ou non
des faits racontés, c’est-à-dire
la question de savoir si
l’histoire est inventée ou pas.
Lorsqu’on discute le rôle que
peut avoir – ou que devrait
avoir — la littérature dans la
société, il faudrait donc
d’abord s’entendre sur une
définition de la littérature.
Ou, plutôt, il faudra décider de
quelle littérature on parle.
C’est ainsi que la question du
rapport entre la littérature et
l’identité se posera
différemment si on pense aux
romans de Céline ou de Hamsun ou
à leur pamphlets politiques et
idéologiques. De la même
manière, il me semble évident
qu’il y a une différence assez
marquée entre la littérature de
confession — l’autobiographie ou
l’auto-fiction — qui prétend
raconter la vérité des
événements réels spécifiques et
une littérature d’imagination
d’un Balzac ou d’un Camus.
La différence entre ces deux
formes principales de discours
est fondamentalement une
différence entre liberté et
contrainte. Si on veut dire la
vérité et raconter ce qui est ou
ce qui a été, on n’est pas libre
de dire n’importe quoi n’importe
comment. Déjà, évidemment, on
est limité par ce qui est
effectivement arrivé.
Deuxièmement, pour que les
affirmations proférées puissent
être vérifiées, il faut un
langage qui tend à l’univocité.
Ensuite, si on prétend dire la
vérité, on n’a pas le droit de
mentir ou de défigurer la
réalité décrite. Enfin, s’il est
vrai — dans une certaine mesure
— que chaque représentation de
la réalité implique une
sélection des données, l’auteur
d’un texte visant la vérité ne
peut pas faire la sélection
d’une manière tendancieuse pour
manipuler son lecteur. Prenons
un exemple concret et
controversé : s’il est vrai que
certains nationalistes bretons
ont collaboré avec l’occupant
nazi, on n’a pas le droit pour
autant de laisser entendre que
tous les Bretons étaient
collaborateurs.
Ces exigences d’ordre éthique
disparaissent en grande partie
lorsqu’il s’agit d’une
littérature d’imagination où
tout, d’une certaine manière,
est mensonge. Dans un roman, on
a le droit de raconter
l’histoire de quelques Bretons —
ou de quelques Irlandais — qui
avaient la naïveté de penser que
faire route commune avec les
Allemand était un moyen de se
libérer de leur propre
État-nation ou de leurs anciens
colonisateurs. Tout comme on a
le droit de raconter la vie de
quelques Bretons ou Irlandais
qui refusaient d’employer des
moyens immoraux pour atteindre
un objectif peut-être légitime.
À la condition que l’histoire et
les personnages soient imaginés.
À la condition que les histoires
racontées ne soient pas copiées
du réel, mais imaginées à partir
du réel. En effet, la
littérature d’imagination
appartient au monde du
possible ; ses modes sont le
conditionnel, le subjonctif et
le futur, incertain et
conjectural par définition, pas
l’indicatif. Raconter et dire ce
qui peut être, ce qui aurait pu
être, ce qui pourrait être ou ce
qui pourra être est moralement
et épistémologiquement une autre
activité que celle de dire ce
qui est ou ce qui a été. C’est
dans ce sens-là que la
littérature d’imagination est
une expression de la liberté de
l’être humain, de cette capacité
que nous avons ou que nous
pouvons acquérir de nous
imaginer que la réalité et notre
existence pourraient être autres
qu’elles ne le sont. Bref, si la
littérature d’imagination a une
essence, c’est d’être un
exercice de liberté et un appel
à la liberté du lecteur.
C’est là, selon moi, la raison
profonde pour laquelle cette
littérature-là, c’est-à-dire la
littérature qui invente la
réalité plutôt que la copier —
comme disait Baudelaire à propos
de Balzac —, est réfractaire à
tout pouvoir, à toute idéologie
autre que l’humanisme libertaire
et à toute identité collective
fondée sur l’exclusion de
l’autre. C’est cela que Sartre
voulait exprimer avec sa formule
paradoxale dans Qu’est-ce que la
littérature : « On n’écrit pas
pour des esclaves ».
C’est-à-dire, plus précisément,
qu’on écrit pour qu’il n’y ait
plus d’esclaves, ni d’esclavage,
mais seulement — rêve utopique
semble-t-il parfois à la vue du
monde — des hommes et des femmes
libres. Sartre avait également
raison quand il écrivait dans le
même ouvrage qu’il n’était pas
possible d’écrire un roman à la
défense de la tyrannie ou de la
peine de mort. Sauf qu’il
oubliait de préciser, comme si
souvent lorsqu’il avait un but
polémique, qu’il ne s’agissait
pas d’une impossibilité
nécessaire, mais d’une exigence
esthétique et éthique.
On dira de même des déclarations
de Kundera dans L’art du roman
au sujet des rapports entre le
roman et la politique : « En
tant que modèle de ce monde,
fondé sur la relativité et
l’ambiguïté des choses humaines,
le roman est incompatible avec
l’univers totalitaire. […] La
Vérité totalitaire exclut la
relativité, le doute,
l’interrogation et elle ne peut
donc jamais se concilier avec ce
que j’appellerais l’esprit du
roman » . En effet, s’il est
vrai que l’« essence » du roman
est de s’inscrire en faux contre
toute pensée totalitaire, ce que
je crois, cela n’a pas empêché
certains écrivains de soutenir
avec leur littérature des
régimes totalitaires.
Malheureusement, la seule
sanction qu’on peut leur
infliger, en dehors de la
réputation d’être des
lèches-bottes, est le verdict
des lecteurs.
Cela dit, ce n’est pas un hasard
si le roman à thèse — le roman
qui affiche explicitement ses
couleurs idéologiques et brandit
comme un drapeau les valeurs que
le lecteur est censé adopter
après avoir lu le texte — tombe
des mains d’ennui. La raison en
est que le roman à thèse, comme
les romans du réalisme social
soviétique, comme toutes les
œuvres littéraires qui militent
pour une idéologie particulière,
sont des romans autoritaires qui
n’accordent que peu de liberté
au lecteur d’interpréter le
monde et l’existence. Un signe
qui ne trompe pas est que très
peu d’œuvres littéraires écrites
pour défendre un régime ou une
idéologie autoritaires
survivent. Comme le dit Camus
dans son Discours de Suède :
« Les tyrans savent qu’il y a
dans l’œuvre d’art une force
d’émancipation qui n’est
mystérieuse que pour ceux qui
n’en ont pas le culte » .
Dans quelle mesure cette vision
de la littérature très
brièvement esquissée peut-elle
nous aider à mieux comprendre
les rapports ambigus et souvent
conflictuels entre la
littérature et le pouvoir
nationaliste et identitaire ?
D’où vient, par exemple, le
prestige dont jouit la
littérature même dans les
cercles de la société qui
voudrait lui mettre un harnais ?
D’abord, ne l’oublions pas, il y
a le prestige dont jouit l’écrit
en général. C’est un fait que
les cultures et les sociétés qui
n’ont pas d’écriture sont
souvent considérés comme plus
« primitives » ou « incultes »
que celles qui possèdent
l’écriture. La dévalorisation de
la culture celtique ancienne par
rapport à la culture romaine
vient sans doute largement de
là, et cela même si les Celtes
de toute évidence avaient choisi
de ne pas pratiquer l’écriture.
Cependant, si la littérature
occupe une place privilégiée et
particulièrement prestigieuse
parmi toutes les formes
d’écriture, il me semble que la
raison profonde est à chercher
dans le fait qu’une certaine
littérature, celle que je viens
d’appeler la littérature
d’imagination, est l’expression
de ce que l’homme a de plus
humain, à savoir la liberté. La
littérature est valorisée parce
qu’elle peut accomplir quelque
chose que d’autres arts et
d’autres genres de textes ne
peuvent pas accomplir aussi
bien, à savoir proposer, de
manière heuristique si l’on
veut, d’autres modes d’être et
d’autres façons d’employer le
langage pour mieux communiquer
et pour mieux se comprendre. La
littérature d’imagination existe
parce que nous avons besoin de
savoir que le monde, dont fait
partie la langue, peut être
autre qu’il ne l’est . La force
de la littérature n’est ni de
donner des leçons, ni d’être un
document véridique, mais réside
dans cet appel à la liberté du
lecteur dont parlait Sartre.
Cela veut dire que l’œuvre
littéraire doit inviter le
lecteur à participer à la
construction du sens et à
l’insertion de ce sens dans sa
propre vie. Cela veut dire que
l’œuvre littéraire doit aider le
lecteur à exercer sa capacité de
liberté et d’imagination. Cela
veut dire que la littérature
doit être une main tendue, une
offre, une possibilité, qui
laisse le lecteur libre de
réfléchir, de sentir et de
réfléchir. L’écrivain, en
s’imaginant autre, en imaginant
l’existence de l’autre et en
imaginant d’autres existences
possibles, donne au lecteur une
chance de se demander
sérieusement s’il faut rester le
même ou devenir autre et si la
société doit continuer à être ce
qu’elle est. La grandeur de Don
Quijote est là : il nous fascine
parce qu’il a choisi, avec
beaucoup d’humanité, une autre
vision du monde et une autre vie
que celles tristement réalistes
des gens qui l’entourent. Don
Quijote, tout simplement, nous
fait rêver d’autres vies
possibles. Sans Don Quijote et
d’autres héros et héroïnes
imaginaires comme lui, la
liberté des êtres humains serait
encore plus piétinée et réprimée
que ce n’est déjà le cas.
Fondamentalement, le prestige de
la littérature vient de cet
appel à la liberté et à
l’humanité de l’être humain. Il
est intéressant de remarquer que
les dictatures communistes, qui
prétendaient avoir pour objectif
de libérer les hommes opprimés,
valorisaient malgré tout la
littérature plus que les
dictatures qui étaient — et qui
sont toujours — basées sur
l’oppression pure et simple. On
constate également que la
littérature occupe une place
importante lorsqu’un peuple
opprimé cherche à se libérer du
joug qui pèse sur lui. La
littérature des noirs aux
États-Unis, celle des femmes
depuis quelques décennies, celle
dite prolétarienne en Suède et
celle des anciennes ou actuelles
colonies aux Caraïbes en sont
des exemples. Ceux qui pensent
que la littérature est
naturellement de gauche n’ont
pas entièrement tort, si par
gauche on entend une gauche
libertaire et pleinement
humaniste qui défend la liberté
de chacun plutôt que la liberté
de tous . Il est également
significatif que ceux qui
détiennent le pouvoir, qu’ils
soient de gauche ou de droite,
ont tendance à vouloir
neutraliser la portée
émancipatrice de la littérature
en la définissant comme de l’art
pour l’art.
J’irai jusqu’à formuler cette
loi, qui n’est pas sans
exceptions, comme toute loi dans
la sphère humaine : plus il y a
de liberté dans une société,
moins important est le rôle
social et politique de la
littérature. Plus il y a de
contrainte et d’oppression dans
une société, plus important est
le rôle social et politique de
la littérature. L’illusion,
évidemment, serait de croire que
la liberté est déjà acquise dans
les démocraties occidentales et
que, par conséquent, la
littérature n’a plus aucun rôle
important à jouer. C’est plutôt
le contraire qui est vrai.
Résumons : si la littérature
jouit d’un prestige privilégié,
c’est parce qu’elle est
l’expression et l’incarnation de
ce qui nous rend humains, à
savoir la liberté, cette marge
d’action que nous avons ou que
nous pouvons acquérir par
l’imagination face aux
déterminations génétiques,
sociales et culturelles. . Mais
c’est également pour la même
raison que le statut de la
littérature dans la société est
ambigu. En effet, l’imagination
est dangereuse pour le pouvoir
parce qu’elle est imprévisible
et parce qu’elle contient en
germe la liberté de se concevoir
autre et de vivre autrement.
En même temps, il est important
de souligner qu’une vie, une
société, une passion, une
douleur, une pensée ou un
langage inventés de toutes
pièces et mis en forme
littéraire peuvent très bien
réellement exister dans la
réalité. Lorsque Paul Ricœur
déclara à une conférence à
Copenhague il n’y a pas si
longtemps qu’il y avait plus de
vérités à découvrir sur l’être
humain chez Shakespeare que chez
tous les philosophes du XXème
siècle réunis, ce n’était pas
seulement une boutade. En effet,
ce n’est pas parce que la
littérature est invention ou
imagination qu’elle est
nécessairement mensonge ou
illusion. De la même manière
qu’une hypothèse scientifique
peut se révéler juste ou
erronée, une conjecture
littéraire imaginée peut très
bien se voir vérifiée dans la
réalité.
La littérature est donc
doublement dangereuse pour ceux
qui veulent détenir le monopole
du savoir et de l’interprétation
du monde. D’un côté, par son
caractère utopique et
imaginaire, la littérature peut
inciter le lecteur à changer sa
vie, ses attitudes, ses
opinions, son langage et ses
sentiments. De l’autre, la
littérature peut tout autant
dévoiler le monde tel qu’il est.
La littérature s’inscrit donc
dans une tension constante entre
le réel et l’imaginaire, entre
la vérité et l’hypothèse, entre
le réalisme et le symbolisme,
entre la révélation de ce qui
est et le rêve de ce qui
pourrait être. C’est pourquoi,
aussi, les plus grandes œuvres
littéraires, celles qui durent
et qui marquent, sont à la fois
réalistes et romantiques.
Il est évident que ce statut
ambigu de la littérature et sa
nature hétérogène pose un
problème pour l’écrivain qui
veut mettre sa plume au service
d’une cause, d’une identité ou
d’une idéologie particulières.
Si l’écrivain cherche à
convaincre son lecteur de
l’excellence de telle idéologie
ou de telle identité au dépens
d’autres idéologies ou d’autres
identités, il court de grands
risques de créer une œuvre
autoritaire qui desservira la
cause qu’il veut défendre. En
effet, la littérature qui ne
fait que copier le réel
existant, même avec du style,
reste une littérature amputée de
ce qu’elle a de plus précieux et
sera sanctionnée par l’oubli et
l’ennui. Si en revanche
l’écrivain choisit d’appeler à
la liberté du lecteur, la seule
idéologie qu’il défendra sera
celle d’un humanisme libertaire.
On peut rappeler que tous les
écrivains catholiques de quelque
envergure ont été en partie
hérétiques et plus
universalistes que catholiques.
C’est là la grande différence
entre la littérature et la
plupart des religions ; là où
certaines religions prétendent
détenir la vérité, la
littérature interroge la vérité,
toutes les vérités, y compris
celles de la foi. Il y a de
grandes œuvres littéraires
écrites par des musulmans, par
des Basques, par des communistes
et par des femmes, mais il n’y a
pas de grande littérature
musulmane, basque, communiste ou
féministe.
Que doit donc faire l’écrivain
breton ou écossais, pour ne
prendre que ces deux exemples,
qui voudra à la fois défendre
l’identité bretonne ou écossaise
et créér une grande littérature
digne de ce nom ? En ce qui me
concerne, il n’y a qu’une seule
réponse à cette question. Pour
défendre une identité, il faut
défendre le droit identitaire de
tous, pas seulement celui des
Bretons ou des Écossais,
c’est-à-dire qu’il faudra —
encore une fois — défendre ce
que l’être humain, tous les
êtres humains, ont de plus
humain, dont la liberté de
choisir sa vie et son identité.
Le particularisme, le
régionalisme, l’exclusion, la
réclusion, la peur de l’autre et
le repli sur soi amèneront vite
la mort de la littérature. Un
écrivain breton ou écossais
pourra très bien raconter sous
forme de roman la lutte pour
l’indépendance des deux pays
respectifs. Il pourra même
imaginer une histoire et un
monde où cette indépendance est
déjà acquise. Mais ce qu’il ne
pourra pas faire, c’est de
prescrire ou cautionner la lutte
pour cette indépendance. Ou
plutôt, s’il veut essayer de
convaincre son lecteur de la
légitimité des revendications
identitaires particulières, il
faudra le faire en dehors de la
littérature.
On comprend alors pourquoi le
nationalisme ne fait pas bon
ménage avec la littérature.
L’écrivain qui se soumet à une
idée préconçue d’une identité ou
d’une nation sera toujours
perdant comme écrivain, même
avec les meilleures intentions
du monde. L’écrivain doit rester
libre de ses mouvements. Il doit
toujours interroger par
l’imaginaire la représentation
du monde autour de lui. Il doit
toujours combattre les
stéréotypes et les expressions
toutes faites du langage. Mais
on comprend également mieux
pourquoi l’écrivain africain ou
breton qui dans sa littérature
dénonce un régime autoritaire ou
oppressif peut se le permettre
sans trahir la littérature :
tant qu’il se contente de
raconter et de dénoncer
l’oppression et la contrainte,
il reste du bon côté de la
liberté. Mais dès qu’il commence
à définir dans la littérature
même le bon usage de la liberté,
il commence aussi à compromettre
cette même liberté.
Pour revenir au point de
départ : un écrivain breton qui
recevrait un jour le prix Nobel
de littérature, parce qu’étant
un écrivain de portée
universelle, qu’il écrive en
breton, en français ou dans une
autre langue, rendrait beaucoup
plus service à la cause bretonne
qu’un écrivain qui essaierait à
tout prix de raconter au monde
ce que c’est que d’être breton
et rien d’autre.
Pour terminer cet article plus
explorateur que scientifique,
plus littéraire que théorique,
j’oserai peut-être donner
quelques conseils aux écrivains
qui se retrouvent face au
dilemme d’appartenir à une
minorité qui doit défendre sa
liberté et son identité, mais
qui en même temps refusent de
trahir ce que la littérature a
de plus précieux.
Aux écrivains je dirai :
N’écrivez pas pour être de
quelque part. Écrivez pour
montrer qu’il y a des humains
partout.
N’écrivez pas pour séparer, mais
pour lier ; pas pour défendre
une identité, mais pour la
questionner et pour défendre le
droit de tous d’en avoir une
dans la dignité.
N’écrivez pas pour défendre une
seule identité particulière ou
l’idée de la nation, qui est
toujours contraignante. D’autres
s’occuperont de vous
nationaliser. Si, absolument,
vous devez écrire au nom d’un
groupe, défendez le groupe des
êtres humains, un pays plutôt
que la Nation, une contrée
plutôt qu’un État, un paysage
plutôt qu’un pays.
La littérature ne doit pas
contribuer à faire des nations,
mais à les défaire. Situez vos
mondes imaginés dans le local,
si vous voulez, mais racontez ce
qu’il y a d’universel dans le
local, jamais le contraire.
En littérature, c’est comme dans
la vie : si vous parlez trop de
vous sans écouter ce que disent
les autres, vous devenez bientôt
très seul et passez pour être
autoritaire, non sans raison.
Donnez toujours à votre lecteur
les moyens de ne pas être
d’accord avec vous.
J’ajouterai ce précepte,
emprunté à l’écrivain norvégien
Jens Bjørneboe : « Écrivez de
telle manière que chaque mot
peut être retourné contre
vous ! ».
Si vous arrivez à raconter ce
que l’être humain a de plus
humain, même lorsque vous
racontez les pires horreurs
commises par l’homme, on vous
dira peut-être « Tiens ! même un
Breton arriéré, même un Basque
borné, même un Palestinien
extrémiste est un être humain ».
Et vous aurez gagné le pari de
la littérature et de la vie en
communauté.