Pourquoi le Nobel de littérature n’est pas très
important
NOUVELOBS.COM | 09.10.2009 | 07:58
Pour le gagnant, concrètement, cela signifie
empocher près de 1,3 million de dollars. Belle somme,
certes, mais au-delà, les bénéfices sont plus nébuleux.
> Cet article a été publié le 8 octobre sur le site
internet de Newsweek
 Il arrive que le Nobel ressuscite une carrière.
(Sipa)
Que signifie exactement de
remporter le prix Nobel de littérature ? Pour le
gagnant, concrètement, cela signifie empocher près
de 1,3 million de dollars. Belle somme, certes, mais
au-delà, les bénéfices sont plus nébuleux. Si vous
vous languissiez jusque-là dans une semi-obscurité,
le prix vous rapportera une brève période de
célébrité instantanée, au cours de laquelle la
critique va rattraper son retard sur votre œuvre et
les éditeurs assez chanceux pour avoir acquis en des
temps plus maigres les droits de vos ouvrages se
précipitent pour les faire éditer, s’ils ne le sont
pas déjà.
Si vous êtes en délicatesse avec les autorités de
votre pays, à l’image du romancier turc Orhan Pamuk,
le Nobel peut vous procurer une certaine protection.
On met rarement sous les barreaux les prix Nobel.
Sur le long terme, on peut penser que vous n’aurez
pas trop de problèmes à vous faire publier pour le
reste de votre existence. Si toutefois vous pensez
que le prix va vous rapporter de nouveaux lecteurs
par légions, détrompez-vous. C’est possible, mais
vous pouvez également vous retrouver comme le
vainqueur de l’an dernier, Jean-Marie Gustave Le
Clézio, qui a eu ses quinze minutes de gloire, puis
a disparu des écrans radar.
Il arrive que le Nobel ressuscite une carrière.
Quand Willam Faulkner a été récompense en 1949,
aucun de ses livres n’était plus édité dans son
pays. Le Nobel a transformé son existence et le
succès consécutif au prix s’est traduit en chiffres
de vente qui lui ont procuré la sécurité financière
qui lui avait manqué toute sa vie. Bien que
l’essentiel de son œuvre soit à l’époque déjà
derrière lui, le Nobel lui a permis de cesser
d’aller gagner sa pitance en retravaillant des
scénarios pour Hollywood. Il a pu rester chez lui,
où il devint intensément prolifique au cours des dix
dernières années de sa vie, finissant la trilogie
des Snopes, et parachevant son œuvre par un roman
anormalement gai, The Reivers, qui bien que mineur
en comparaison de ses livres les plus importants, ne
fait que se bonifier avec le temps.
Faulkner a pu échapper à la malédiction du Nobel qui
selon la légende, condamne l’écrivain au silence ou
à l’insignifiance une fois couronné. Une malédiction
qui tient un peu de la boutade, sachant que la
plupart des écrivains récompensés sont déjà proches
de la fin de leur carrière, et moins à même de
produire des œuvres majeures, qu’ils aient ou non
été nobélisés.
Éditeurs et libraires conviennent qu’un prix, quel
qu’il soit, ne peut qu’aider un écrivain, et plus le
prix est important, plus les ventes s’en trouvent
stimulées, du moins pour un temps. Sur le long
terme, en revanche, le prix ne semble pas avoir
beaucoup d’effet sur la réputation d’un écrivain,
dans un sens ou dans l’autre. Les prix Nobel Pearl
Buck ou John Steinbeck ne figurent plus aux premiers
rangs des écrivains américains, et Sinclair Lewis
lui-même n’est plus beaucoup lu. Puis, il y a tous
les auteurs dont la valeur réduit de fait
l’importance du Nobel. Comment, devons-nous
demander, le jury a-t-il pu se tromper au point de
négliger James Joyce, Eugène Ionesco, Eudora Welty
ou Vladimir Nabokov ? Autant de raisons de penser
que le prix n’est pas attribué que sur des bases
strictement littéraires. Ce qui ne fait qu’en
amoindrir l’aura. Ce qui ne veut pas dire qu’on se
moque de qui va gagner, mais qu’on n’y est moins
attentif. C’est peut-être pour le mieux, d’ailleurs.
Écrire est déjà assez difficile sans qu’en plus on
en fasse un concours.
Par Malcolm Jones
Traduction de David Korn
Lire la version américaine
sur le site de Newsweek
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