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Mémoires d’Haïti : voix d’intérieur, voix d’extérieur


 

Cette rubrique de Jean-Durosier Desrivières permet aux lectrices et lecteurs de Madinin’art de découvrir un ensemble d’interviews intégrales, datant de 2004 et qui ont été publiés partiellement dans le quotidien et le magazine France-Antilles de la Martinique – les entretiens avec Maryse Condé et Aimé Césaire ont été relayés entièrement par le quotidien Le Matin d’Haïti, au cours de la même année 2004. Les lectrices et lecteurs y trouveront également des articles et des entretiens réalisés par JDD et son complice, Serge Garry Poteau, avant et après cette année sus indiquée. Il y est question de nombreuses œuvres et personnalités haïtiennes et antillaises, migrantes ou résidantes – écrivains, artistes, universitaires et politiques – parlant d’Haïti et de leurs liens avec ce pays. La rubrique sera régulièrement sous-titrée : « Jean-Durosier Desrivières vous ouvre ses archives ». C’est donc une manière d’alimenter notre grande histoire caribéenne, via diverses impressions et réflexions (re)marquées et remarquables, relatives à la première République noire du monde, dans tous ses états.

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Haïti : un pays en voie d’américanisation


   Nous avons rencontré le professeur Marcel Dorigny en septembre 2004, à son hôtel, du côté de l’ancienne route de Schoelcher, lors de son passage en Martinique, dans le cadre du colloque : « De Saint-Domingue à l’Italie, Moreau de Saint-Méry ou les ambiguïtés d’un créole des Lumières ». C’était après le départ forcé de Jean-Bertrand Aristide d’Haïti le 29 février 2004 et la publication en mars de la même année de Haïti et la France, Rapport à Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères, signé par Régis Debray1. L’historien faisait partie du « Comité indépendant de réflexion et de propositions sur les relations franco-haïtiennes ».


Jean-Durosier Desrivières : Parlez-nous du rôle que vous avez joué dans la commission, dirigée par Régis Debray, qui se penchait sur les relations franco-haïtiennes au mois de janvier de cette année (2004).

Marcel Dorigny : La commission était composée d’une dizaine de personnes, chacun ayant plus ou moins une spécialité : il y avait des diplomates, des économistes, des financiers, il y avait quelqu’un qui était plutôt anthropologue, Gérard Barthélemy, et puis deux historiens, Myriam Cottias et moi. J’étais l’un des deux historiens de la commission, dans la mesure où l’on ne peut pas faire abstraction de l’Histoire, pour comprendre, expliquer et puis essayer d’améliorer les relations entre la France et Haïti. C’est une relation compliquée, qui ne s’explique, qui ne se comprend – si elle se comprend – que par l’Histoire. L’histoire particulière de la naissance d’Haïti à partir d’une colonie française, de la langue française, de la difficulté que la France a eue, pendant très longtemps, à accepter l’indépendance d’Haïti. Cela a été long.

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C’est quoi le drame d’Haïti ?

Rencontre avec Aimé Césaire

Nous avons rencontré le poète patriarche martiniquais le 20 Janvier 2004 à son bureau de maire honoraire, abrité à l’ancienne mairie de Fort-de-France. Le sage nonagénaire nous a reçu cordialement, ravi de rencontrer une fois de plus un homme du pays « où la négritude se mit debout pour la première fois ». Sa mémoire et son esprit encore vifs l’emportent sur l’ouie qui lui joue parfois des tours. Il suffit d’évoquer Haïti pour voir briller à travers ses yeux et son sourire exquis une passion sublime, à nulle autre pareille.

 

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En Haïti, tout repose sur un collectif-prison engluant

 

   Son roman A l’angle des rues parallèles venait de paraître chez Vents d’ailleurs (2003), quand Gary Victor était invité par l’Association pour la Connaissance des Littératures Antillaises (ASCODELA), en Martinique. Garry Serge Poteau et moi-même avions rencontré l’écrivain le plus lu en Haïti au salon de l’Hôtel Galleria, le dimanche 9 novembre 2003. C’était l’occasion d’aborder avec lui, de façon détendue, les grandes thématiques de ce roman au titre combien énigmatique et symbolique qui semble prescrire une esthétique de la dégradation et de la déconstruction des mythes de l’espace haïtien.

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Eloge de la littérature haïtienne et hommage à Dany Laferrière

Maryse Condé


L’écrivain guadeloupéen, Maryse Condé, présidait le jury d’une soutenance de thèse à l’Université des Antilles et de la Guyane quand (un jour et un mois de l’année 2004), entre deux séances de travail, elle a voulu en toute sympathie nous dire sa perception de ce pays – Haïti – qui aurait pu être un phare dans la Caraïbe actuelle, selon elle.


Jean-Durosier Desrivières : Quel regard projetez-vous sur l’histoire d’Haïti ?

Maryse Condé : L’histoire d’Haïti pour un caribéen concerné est d’abord un sujet de fierté. Il y a la version que l’on connaît : des esclaves qui se rebellent pour arriver à l’indépendance. Mais ensuite, c’est une cause de tourment quand on voit tous les problèmes d’Haïti qui ne sont pas résolus, quand on voit une série de dictatures, le retournement d’un pouvoir que l’on croyait libéral, le pouvoir d’Aristide, dénoncé par ceux-là même qui l’ont soutenu. Finalement Haïti est une sorte de Janus à deux faces : d’un côté les choses agréables et admirables ; de l’autre côté des choses qui affligent et qui font beaucoup de peines.

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