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Mémoires d’Haïti : voix
d’intérieur, voix
d’extérieur
:
Consultez la rubrique de
Jean-Durosier Desrivières
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La
question du créole dans la Caraïbe francophone : querelles
de chapelle en la chapelle
 Note : Cet article-compte-rendu,
légèrement
modifié,
a
été
publié
dans les colonnes du quotidien haïtien Le Nouvelliste en 2001. Presque onze (11) ans après, je prends plaisir à le diffuser sur ce site, une façon de le partager à un plus large public, pour montrer que les questions liées à la langue créole en espace caribéen
qui y sont évoquées,
ce sont quasiment les mêmes qui alimentent actuellement le débat houleux sur la langue créole en Haïti, voire en Martinique, dans une incompréhension
presque totale entre écrivains,
linguistes,
intellectuels
et
défenseurs
de cette langue.
A Fonds Saint-Jacques, Centre des cultures et des arts de la caraïbe, situé à Sainte-Marie, commune du nord caraïbe de la Martinique, s’est tenu, dans le cadre d’un « Atelier
de traduction et d’interprétation
d’œuvres
caribéennes
et
contemporaines »,
un ensemble de conférences-débats,
les vendredi 20 et samedi 21 avril 2001, autour du thème :
« Langue
et
traduction :
passage,
ouverture,
transmission ».
Sur les douze communications, les unes plus percutantes que les autres, qui ont alimenté les réflexions
et
réactions
de plus d’un, celles de Georges Castera, « Traduire
dans une langue aminorée »
(le
créole),
et de Lyonel Trouillot, « Créole,
langue
réelle,
langue
imaginée »,
s’opposent
à toute idéologie démagogique
de la langue, et à toute démarche de technocrate se posant comme « des gourous de la langue créole ».
Dans un tel contexte, toutes les déviations
par rapport au thème central replongent les intervenants dans un vieux débat, non sans de sérieuses polémiques,
dont l’issue reste encore à trouver : français langue dominante / créole langue dominée. Ajouté à tout cela, un malentendu fondamental, problème que chaque partie doit résoudre :
tendance vers une vision pan-créole
de la réalité
sociolinguistique
des îles en question (Haïti, Guadeloupe, Martinique…), faute d’un manque de précision de situation quelquefois de chaque interlocuteur.
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Eïa pour notre « Frère Volcan » Vincent Placoly par Rodolf Etienne
 Un mémoire simple de Vincent Placoly consisterait à le présenter
comme suit : enseignant, écrivain,
dramaturge,
militant
politique,
membre
fondateur du Groupe Révolutionnaire Socialiste (GRS).
Une telle présentation
expliquerait
à elle seule, à bien des égards, le silence qui règne autour de l'œuvre de Vincent Placoly. Pourquoi une telle affirmation ? Il suffit pour s'en convaincre de se remémorer
la Martinique du temps de Placoly et notamment la Martinique politique. On l'a dit Vincent Placoly était militant au sein du GRS, une organisation politique d'obédience
trotskiste,
qui donc d'extrême
gauche. Mais encore ?
Gilbert Pago, membre co-fondateur du GRS, dans une présentation
posthume de son ami nous dit : "En 1969, de retour en Martinique, Vincent Placoly partage avec ses camarades de Génération
46, les déconvenues
du Parti Communiste Martiniquais". Ceux de Génération
46, comme il les appelait lui-même,
sont ces amis intimes, ceux qu'il avait rencontrés
sur les bancs du Lycée Schœlcher et avec qui il partageait de nombreux points de vue politiques. Gilbert Pago poursuit : "Les bases pour créer un organe révolutionnaire
sont
jetées
et Vincent Placoly avec quelques-uns de ses amis de Génération
46 et quelques amis de la Guadeloupe créent un mouvement Trotskystes qui développera
pendant les années 70, à travers les syndicats ouvriers et les Comités de lutte lycéens,
l'idéologie
trotskistes et le concept d'indépendance
: le Groupe Révolutionnaire
Socialiste
(GRS) et son organe de Jeunes Trotskystes, Jeunesse d'Avant-Garde (JAG) dont Vincent Placoly aura la charge et l'éducation
politique,
intellectuelle
et
littéraire".
Vincent
Placoly sera dès lors présent sur tous les fronts de la justice sociale, inspiré par l'idéologie
révolutionnaire
communiste. Et c'est justement là que le bât blesse. Pourquoi ? Tout simplement, parce qu’en la matière,
il est un pionnier… Mais remontons le fil de l’histoire…
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Khmers
rouges sang
Par TOBIE NATHAN Professeur de psychologie clinique et pathologique, université Paris-VIII
 Avec
l’Elimination
publié
ces jours-ci chez Grasset, Rithy Panh, cinéaste cambodgien, survivant des massacres khmers rouges des années terribles 1975-1979, nous donne, aidé par Christophe Bataille, un livre terriblement puissant. Un livre ? Un coup de poing dans l’estomac, plutôt ! Vous le prenez là, vous vous pliez en deux et ensuite vous réagissez…
ou pas ! Mais alors, tant pis pour vous, parce qu’il vous travaille, pénètre
les
méandres
de votre âme et s’assoit là, tout au fond, comme un léopard à l’affût. Car il ne s’agit pas seulement d’un long hurlement ; c’est aussi un livre à l’intelligence décapante,
la lente déconstruction d’un système fou.
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Fanon, côté cœur, coté sève
Par Patrick Chamoiseau
 Il faut recommencer Fanon au point exact où l’on a tendance à l’arrêter. Son œuvre ne s’arrête pas à l’effondrement colonialiste, avec quelques lumières sur l’ère des indépendances et du post-colonialisme. C’est justement à partir de ces frontières-là que sa pensée s’ouvre, et qu’elle nous offre, sinon le seul Fanon qui vaille, mais le plus riche de tous : celui qui est en devenir.
Je ne crois pas aux vérités de lectures et d’interprétation, je crois à la richesse des « expériences », en ce que l’expérience déserte toute Vérité, laquelle ne fait que figer les choses en dehors du réel. L’expérience personnelle –– ce que l’on fait de ce que la vie nous réserve –– nous instruit des tremblements d’une conscience individuelle : une conscience solitaire (mais solidaire) qui cherche sa voie dans l’imprévisible et l’impensable du monde. C’est tout ce que nous pouvons transmettre : notre propre expérience.
Dans mes rencontres avec Fanon – cette expérience – je distingue quatre niveaux.
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PRIX CARBET 2011 DECLARATION DU JURY
 
Le roman que le jury du Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-monde a décidé d’honorer cette année, illustre plusieurs des préoccupations de celui qui fut notre président durant plus de 20 ans, et auquel cette 22ème édition rend un hommage où le sentiment de l’irremplaçable et l’infinie reconnaissance, tiennent des places égales ;
Edouard Glissant aurait aimé entendre cette voix qui s’empare d’une des idéologies du XXème siècle, non pour en articuler une critique postérieure et facile, mais pour montrer combien elle a constitué le lieu même du plus beau des soleils et de la pire des ombres, et combien elle a façonné les faces contemporaines les plus visibles et les plus invisibles de notre Caraïbe :
cette dérive d’une belle générosité érigée en système de pensée, ou pensée de système, et à laquelle Edouard glissant a opposé une poétique du tremblement et de la relation, se retrouve au cœur de ce roman, entre Staline et Trotski, leurs soldats et leurs chiens, ouverte en plein cœur du Cuba d’aujourd’hui, sur les défaites et les réalités humaines les plus sensibles, les plus tragiques, les plus irrémédiables et les plus rémanentes ;
Dès lors,
CONSIDERANT que sans haine ou autre acrimonie, le romancier a su dresser le compte de ces erreurs, de ces excès et absolus aveugles qui n’en finissaient pas de se durcir de mensonges en mensonges, d’aller aux trahisons et à la vilénie, de fréquenter la peur, et l’usure des illusions devenues mécaniques, jusqu’à constituer des perversions quasi inéluctables ;
CONSIDERANT qu’il a su affecter un talent des plus exceptionnels à la description d’un assassinat dont la force symbolique apparaît sans limites, éclaboussant toutes les îles, toutes les âmes, et tous les continents ; un assassinat où les bourreaux et les victimes, directes ou indirectes, relevaient des mêmes rêves et des mêmes mensonges, des même élévations et de l’abîme d’une même défaite qui nous concerne tous ;
CONSIDERANT qu’il a su conserver son lieu incontournable, et que c’est au plus quotidien de son île qu’il dissèque le grandiose mensonge, les paysages de ses lentes perversions, et qu’il installe tout cela dans le tragique indémêlable de ses personnages, nous démontrant ainsi que les rêves et les échecs, les stérilités et les brusques jaillissements, ont constitué des volontés, des ardeurs, des destins et des hommes, et que tout cela a fondé un pays, Cuba, une nation considérable, Cuba, tout autant chahuté par ce qui provient du fond de son histoire que par ce que lui ont asséné les vieux vents, les cyclones, les idéologies, tous ces cataclysmes qui sont d’une même violence ;
CONSIDERANT que la dénonciation des pensées de système est ici radicale, sans que jamais ne se voient désertés l’élégance du verbe, la pertinence des explorations existentielles, l’éclat de la métaphore, les détours très subtils du dévoilement qui ne se formule pas, et la beauté -- la beauté littéraire, la beauté signifiante -- qui terrasse un à un les chiens des certitudes et le troupeau des absolus ;
CONSIDERANT à quel point la grande Histoire rejoint l’intime, combien la grande espérance peuple les désespérances, et combien le crime sordide se nourrit d’une noble illusion, et combien tout cela transformé en système ne fleurit qu’en erreurs, petites fatalités, certitudes sans sortie et vérités empoisonnées ;
CONSIDERANT combien le brassage alterné des histoires, des époques et des lieux, se retrouvent à convoquer le monde dans la matière la plus déterminante de l’île, et combien la dérive d’un écrivain raté qui symbolise Cuba, se conjure, et se dépasse, dans l’ironie d’une narration tout à fait exemplaire ;
CONSIDERANT combien la réalité cubaine est soumise aux acuités d’une vigilance qui jamais ne renonce, et combien la critique de la soviétisation, des censures, des silences imposés, des empêchements, des manques et restrictions, ne déserte jamais une éthique élégante de la complexité, toute pleine de mesure et de délicatesse, tant et si bien que c’est juste la beauté implacable du refus qui souligne à jamais, et la condamne autant, l’irrecevable des renoncements ;
CONSIDERANT que cette voix provient de l’intérieur, qu’elle n’a pas choisi les possibles de l’exil, et que sa lucidité maintenue au cœur de Mantilla, dans une banlieue de la Havane, rejoint celles de Pedro Juan Gutierrez, de Wendy Guerra, Ena Lucian Portela, ou Nancy Morejon… ;
CONSIDERANT qu’il y a là comme un hommage rendu à des millions de morts, et à tout autant d’illusions, d’espoirs et de rêves échoués, et à toute une charge de souffrance et de sang, et cela sans qu’aucune aigreur ne porte atteinte à ce talent qui, par sa simple autorité, nous fait soleil et horizon, et nous laisse entrevoir le beau chant des possibles et la vigueur d’un devenir ;
CONSIDERANT ENFIN qu’il y a là une somptueuse occasion d’un salut à Cuba, au Cuba de nos plus beaux espoirs, au Cuba de nos justes et profondes inquiétudes, au grand Cuba de nos attentes, et de nos exigences, à ce Cuba qu’il nous appartient d’exhorter, de soutenir et de construire ensemble,
le jury décerne à la majorité des voixle prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-monde de l’année 2011 à
Monsieur LEONARDO PADURA
pour son roman « L’HOMME QUI AIMAIT LES CHIENS »
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Frantz Fanon, la colère
vive
par
Louis-Georges Tin

"Sur le
colonialisme, sur les
conséquences humaines de
la colonisation et du
racisme, le livre
essentiel est un livre
de Fanon : Peau noire,
masques blancs. Sur la
décolonisation, ses
aspects et ses
problèmes, le livre
essentiel est un livre
de Fanon : Les Damnés de
la terre. Toujours,
partout, la même
lucidité, la même force,
la même intrépidité dans
l'analyse, le même
esprit de "scandale
démystificateur"." Cet
hommage d'Aimé Césaire
dit assez la place
qu'occupe Frantz Fanon
(1925-1961) dans la
conscience universelle.
Dans le panthéon
révolutionnaire qui
s'élabore dès le milieu
des années 1950, Fanon
se situe clairement aux
côtés d'Ho Chi Minh, de
Che Guevara et des
autres grandes figures
du monde nouveau. Les
Damnés de la terre
(Maspero, 1961) ont été,
et sont encore, la Bible
des mouvements
tiers-mondistes.
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Frantz Fanon
et les Antilles L'empreinte d'une pensée
Essai
André
Lucrèce
Frantz Fanon et les Antilles, André Lucrèce • Sept.
2011 • 166 Pages • Format 110x190mm • ISBN 9782918141174
• Le teneur • 20 €. Frantz Fanon et les Antilles

Il
est question dans ce livre de répondre à l'oubli
inconcevable qui frappe la pensée de Frantz Fanon. Cet
oubli ne relève ni d'une distraction ni d'une
étourderie. Elle est la marque d'un parti pris qui prend
la forme d'un ajournement et d'un aveuglement, venant
d'une part de gens qui voudraient nous faire croire
qu'il s'agit d'une pensée fragilisée par l'obsolescence,
venant d'autre part d'auteurs qu'une telle pensée
dérange et qui pratiquent une hostilité soigneusement
distillée. Le scandale que constitue l'incommensurable
éclipse d'une pensée conçue dans l'acte et la vérité
d'une réalité concrète nous ordonne la réinscription de
l'oeuvre de Frantz Fanon au coeur de la réflexion sur la
réalité d'aujourd'hui. En premier lieu, sur la réalité
antillaise.
André Lucrèce publie «Frantz Fanon et les Antilles –
L’empreinte d’une pensée»
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Les bienveillants
par
Marc Weitzmann, écrivain
 En
dépit ou plutôt à cause d'une réputation sulfureuse,
l'écrivain Marc-Edouard Nabe a toujours bénéficié d'un
certain nombre de fans, et non des moindres, dans le
milieu éclairé des littérateurs. S'être fait taper
dessus en 1985 par le journaliste Georges-Marc Benamou,
à la suite d'un passage à l'émission "Apostrophes", pour
son premier livre taxé d'antisémitisme, constituait,
semble-t-il, une sorte d'adoubement. On l'a dit "mauvais
garçon" (Eric Naulleau), "non consensuel" (Patrick
Besson), et, depuis son renvoi des Editions du Rocher
(suite au rachat de la maison), le fait qu'il
s'autoédite sur Internet et s'autodistribue dans divers
magasins et bars parisiens lui confère une sorte d'aura
culte de marginal maudit. Qu'il ait fait l'éloge de Ben
Laden n'est pas mal non plus. Les écrivains polis de
Saint-Germain-des-Prés aiment bien, de temps à autre,
s'encanailler avec ce que Nabe appelait dans son premier
livre, non sans lucidité d'ailleurs, ses "recueils de
frissons". En 2010, il a même failli recevoir le
prestigieux prix Renaudot pour L'Homme qui arrêta
d'écrire.
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L’héritage explosif de
Frantz Fanon
par Max Rustal

La disparition de
David Macey dont nous apprenons le décès ce 7 octobre 2011
par un message de la fondation Frantz Fanon m’a choqué.
Pourtant, il y a peu encore, j’ignorais jusqu’à l’existence
de ce consciencieux biographe qui s’en va à soixante-deux
ans, sans avoir vu la parution en français de son œuvre
magistrale, « Frantz Fanon, Une vie »1, prévue dans quelques
jours. Ce sentiment diffus de tragédie mêlée d’injustice
vient peut-être d’un rapprochement plus ou moins conscient
avec de fâcheux événements, similaires ou proches. Á
commencer par la lutte opiniâtre de Fanon lui-même pour
terminer « Les damnés de la terre », tout en se sachant
irrémédiablement condamné. Vient ensuite son décès trois
mois et demi avant les accords d’Evian mettant fin à la sale
guerre d’Algérie, en mars 1962. Sur le même registre, le
troublant assassinat d’Amilcar Cabral, six mois avant
l’indépendance de la Guinée-Bissau, le combat de sa vie.
Bref, autant de coïncidences générant une ultime frustration
qui laisse l’homme amer, impuissant et solitaire, face à la
terrible inéluctabilité de sa destinée personnelle. L’approche de David Macey révèle le souci d’exactitude du
détail et de la pertinence de l’analyse, passant en revue
nombre de récentes contributions sur le même sujet, allant
même à décortiquer l'actualité politique martiniquaise pour
mieux comprendre, de sorte qu’elle nous force à nous
interroger sur l’opportunité, voire l’utilité, d’une
publication de plus sur la vie et l’œuvre de Frantz Fanon.
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Mai
1989 : les
chars
écrasent
Tiananmen

Zhao
Ziyang
était
le
numéro
un chinois au
moment de la
révolte
des
étudiants,
place
Tiananmen, en
1989. Il
s'opposa
à la
répression
et fut
limogé.
Ses
Mémoires
secrets
constituent un
témoignage
historique En
Chine, la
presse et les
livres
d'histoire
évitent
toute mention
de Zhao
Ziyang, le
secrétaire
général
du Parti
communiste
chinois (PCC)
et
numéro
un chinois qui
refusa
d'appliquer la
loi martiale
contre les
étudiants
de la place
Tiananmen en
mai 1989. Et
fut pour cela
limogé
au terme d'un
coup de force
de la ligne
dure du PCC,
sanctionné
par Deng
Xiaoping, le
patriarche qui
l'avait mis en
selle et
chargé
des
réformes
économiques.
Assumant sa
décision,
Zhao Ziyang
est
placé
en
résidence
surveillée
à
Pékin,
ou il mourra
en janvier
2005.
Pourtant,
jusqu'au bout,
il
défendra
sa version des
faits, qui
resurgira en
mai 2009, pour
le 20e
anniversaire
du massacre,
sous la forme
d'un journal
secret
publié
à
Hongkong par
le fils de Bao
Tong, son
ancien bras
droit.
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Le « système
» linguistique
d’Yves Dejean
conduit à une
impasse
Par Robert
Berrouët-Oriol
Linguiste-terminologue
Montréal, le
31 juillet 2011
«...tu
sembles ne pas
arriver à te
convaincre
et tu
multiplies ton
objection, toujours
la même,
tu
t'épuises dans la
redondance.»
(Jacques
Derrida,
Le Monolinguisme de
l'autre)

Dans sa
thèse de doctorat
soutenue à la
Sorbonne le 9
décembre 1961, «
La langue
française en Haïti
» (Paris, Institut
des hautes études de
l'Amérique latine
(Travaux et
mémoires, VII),
thèse publiée en
1981 aux Éditions
Fardin, à
Port-au-Prince, et
dans l’étude, trop
peu connue, «
Le problème
linguistique haïtien
» (Éditions Far
din,
Port-au-Prince,
1985), l’éminent
linguiste Pradel
Pompilus nous a
confié un legs d’une
inestimable valeur.
Il nous a notamment
appris à travailler
sur la configuration
linguistique
haïtienne par
l’analyse, sans
préjugés dogmatiques
et sectaires, des
deux langues du
patrimoine
linguistique du
pays, le créole et
le français. L’œuvre
de Pradel Pompilus
constitue un
monumental édifice
de la pensée
haïtienne du XXe
siècle tant sur son
versant linguistique
que sur l’archipel
fécond de la
littérature. On en
mesurera l’amplitude
en rappelant qu’il
est l’auteur, avec
le Frère Raphael
Berrou, de la
célèbre « Histoire de la
littérature
haïtienne illustrée
par les textes
» (volumes 1
et 2, 1975 et volume
3, 1977, Éditions
Caraïbes,
Port-au-Prince),
ouvrage de référence
de dizaines de
milliers d’écoliers
haïtiens depuis des
décennies –et cette
œuvre témoigne de
l’étendue du
patrimoine
littéraire
francophone haïtien
depuis 1804. À
propos de l’œuvre de
Pradel Pompilus, le
lecteur curieux lira
avec intérêt le
récent texte de
Hugues St-Fort,
docteur en
linguistique et
chroniqueur réputé
du Haïtien Times
de New York, daté du
22 juillet 2011, «
Revisiter
‘La langue française
en Haïti’
»i.
Le linguiste Hugues
St-Fort est aussi
l’auteur d’un livre
fort instructif «
Haïti : questions de
langue, les langues
en question
» (Éditions de
l’Université d’État
d’Haïti, juin 2011),
livre construit avec
la passion de
l’intelligence et
une exemplaire
maîtrise des sujets
abordés.
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Tèks
envante, tèks lide
ak tèks tradwi!
Par
Jean-Durosier
DESRIVIERES
 En
dehors d’autres
outils sans doute de
grandes valeurs, les
haïtiens disposent,
de façon légitime et
légale, de deux
langues – le créole
et le français –
pour investir
pleinement leur
imaginaire. A
l’instar des vrais
bilingues se
permettant de passer
d’un territoire
linguistique à
l’autre sans
failles, notamment
sur le plan oral, je
m’autorise un
exercice similaire
dans ce texte (ainsi
commandé), dépourvu
pourtant de tout
esprit démagogique
et de toute
sensibilité au
quota. En ce sens,
je ne saurais
ignorer mon adhésion
aux concepts et
notions largement
mis en valeur par
Robert
Berrouët-Oriol dans
ce lumineux ouvrage
collectif (autres
collaborateurs:
Darline Cothière,
Robert Fournier et
Hugues St-Fort),
d’une extrême
rigueur
méthodologique,
qu’il a coordonné:
L’aménagement
linguistique en
Haïti: enjeux, défis
et propositions
tFootnotes]> [1]
, lequel fait
l’éloge de la
francocréolophonie
haïtienne et propose
une convergence
linguistique dans
l’enseignement et la
pratique des langues
au pays. J’y
reviendrai.
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|
Par Yves Dejean [1]

Les
recherches et les
progrès en
linguistique de la
seconde moitié du
vingtième siècle ont
mis en lumière
l’acquisition
naturelle et rapide
de la ou des langues
de leur
environnement par
tous les enfants
normaux dès leur
naissance (et même
avant, à en juger
par les recherches
récentes de Jacques
Mehler and Emmanuel
Dupoux sur
l’acquisition
in
utero ; voir
Mehler J, Dupoux E.
1994.
What
Infants Know : The
New Cognitive
Science of Early
Development.
Cambridge, MA :
Blackwell). La
réalité et la nature
de ce phénomène
humain universel
contrastent vivement
avec l’apprentissage
d’une langue étrangère
par des personnes
qui se donnent la
peine de l’étudier.
Cet apprentissage
est souvent
laborieux, lent,
incomplet, boiteux
et sujet à
régression.
Quand on propose
l’apprentissage du
français à plus de
huit millions de
créolophones
unilingues d’Haïti
comme une entreprise
obligatoire
dans un système
scolaire, il est
nécessaire de
réfléchir
sérieusement à sa
possibilité, sa
praticabilité et son
coût en temps,
efforts, matériel,
argent et
enseignants.
L’examen de cet
aspect du problème
semble totalement
ignoré ou escamoté
par les auteurs d’un
livre récent
L’Aménagement
linguistique en
Haïti : Enjeux,
défis et
propositions (par
Robert
Berrouët-Oriol,
Darline Cothière,
Robert Fournier et
Hugues St-Fort,
Éditions du CIDHICA
et de l’Université
d’État d’Haïti,
2011). Ces auteurs
semblent considérer
cet apprentissage
obligatoire du
français comme
quelque chose qui va
de soi, comme la
vaccination de toute
une population
menacée par une
épidémie pour
laquelle on possède
un vaccin efficace.
Les auteurs du
livre annoncent
« l’entrée dans la
plénitude des
langues », créole et
français. C’est une
belle formule
pittoresque, mais
sans contenu
substantiel et qui
minimise ou
méconnaît la
différence radicale
de deux processus
dont l’un,
l’acquisition d’une
langue maternelle,
n’est et ne peut
être l’objet
d’aucune
législation, faisant
partie du
développement
naturel de tout
organisme humain.
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Mot-dit,
Haïti: une piste des failles…*
par Jean Durosier DESRIVIÈRES
Désastre parlez-moi de désastre parlez-m’en Léon-Gontran Damas, «Hoquet».
Les hommes qui pensent en
rond ont des idées courbes. Léo Ferré, «Préface».
Mot-dit, tel un lieu-dit pour
énoncer un espace en marge du
monde, négligé pendant longtemps
par une bonne partie du monde et
les propres mandataires du lieu
(gouvernants, intellectuels),
alors qu’ils ont toujours cru
bon au fil de l’histoire
d’inscrire avec intelligence ce
lieu au cœur du monde. Haïti, ce
pays mien, s’est enlisé trop et
s’enlise encore dans des
pratiques idéologiques les plus
surannées de ses élites
diversifiées, perpétuellement
changeantes donc. Inaptes, face
au reste de la grande communauté
humaine qui manipule et
expérimente maints concepts et
systèmes
socio-politico-économiques
fluctuants – Démocratie,
Communisme, Libéralisme,
Capitalisme… – s’accommodant mal
à l’ordre de la société désaxée
que demeure continuellement la
société haïtienne. Toutes
tentatives d’adoption ou de
détournement de ces systèmes à
des moments distincts de notre
histoire, dans une dépense et
une dispense d’énergie tanguant
entre hésitation et
précipitation, aboutissent à
l’étouffement de notre
développement conditionné par
myopie avérée, voire
l’aveuglement, vis-à-vis des
spécificités de notre
espace-temps et par déni de nos
composantes socioculturelles
intégrales, réelles.
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Hanétha
Vété-Congolo
Avoir
et Etre : Ce que
j’Ai, ce que
je Suis
par
Roger PARSEMAIN

Devrais-je
feindre la modestie ? Ou exprimer le plaisir lié d’un
brin de vanité d’ancien enseignant heureux de présenter
l’élève aujourd’hui écrivain et
menant une remarquable carrière universitaire ?
Hanétha
Vété-Congolo me ramène en ces années 80
au collège La Jetée au François de la
Martinique.
A
l’époque c’était l’adolescente, ointe
d’une rêverie intérieure. Cela maintenait droite
la tête au regard fixe vers le plus lointain horizon. Quels
rêves éveillés animaient le sourire à
peine amorcé dans ce visage haute proue en sa tranquille
traversée de la cour et la remontée vers sa classe,
dans l’escalier et tout au long des galeries ?
Pourtant
nulle ostentation dans l’allure faussement détachée.
Je devinais, en elle, l’écoute de voix arrivant du monde
qui l’environnait et de plus loin. Soit une sorte d’attention
qui portait la tête légèrement en avant,
obliquant légèrement le cou très fin. C’était
une attention à la tranquille vigilance adornée d’une
naïveté ténue. On dirait une sorte de disposition
à la surprise. Aujourd’hui encore, l’œil
s’allume du privilège de ce charme. Peut-être
recevait-elle, déjà, les chants de la terre, les
renfonçait en elle-même, se vidant en eux pour mieux
faire le mot qui nous sauve.
Aujourd’hui,
je constate peu de changement. Après plus de deux décennies,
à la lecture de ses œuvres, une cohérence se
précise. Cette allure en proue fine de yole martiniquaise en
régate conserve la fixité chercheuse du regard. Et cela
lui fait la même naïveté d’une intelligence
simplement disponible. Le corps, la flamme intérieure que l’on
pressent, disent l’attente qui est aussi offrande. Offrande
vers l’humain, avec soi-même l’humain et sa
condition questionnante.
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La panse du chacal de Raphaël CONFIANT ou la part indienne de la
créolité antillaise en Martinique. Entre mer Caraïbe et Golfe du
Bengale.
Lu
par Jean-Yves CHANDAVOINE.
Termine-t-on
la lecture d’un livre comme on termine un voyage?
Un
peu, surtout que La panse
du chacal de Raphaël CONFIANT, (Folio, Mercure de France, 2004)
fait
voyager son lecteur, entre l’Inde du Sud ou le Coromandel et la
Martinique par la force de la mémoire, de la nostalgie voire de la
mélancolie : ce qui vous fait partir, traverser les océans, vivre
l’enracinement en Martinique des migrants indiens du Tamil Nadu dans
l’univers impitoyable de l’Habitation et de la coupe de la canne à
sucre…
Pas
tout à fait, néanmoins, car le récit imaginaire et réel de la migration
des «coolies» aux Antilles, histoire de la traite et de l’installation
indienne au goût amer, n’a rien de commun avec nos voyages touristiques
contemporains.
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« Puis le choix de l’atome » : Pour une Poétique des Possibles.
par Scarlett JESUS

Voici un ouvrage qui mériterait d’être lu par d’autres que les quelques rares privilégiés qui ont eu la faveur d’acquérir ce recueil sorti fin 2010. Un ouvrage qui révèle, à travers une écriture poétique contemporaine originale, un poète guadeloupéen s’inscrivant dans la lignée de MALLARMÉ, le père de la modernité poétique, et de SAINT-JOHN PERSE. Comme lui, ce poète écrit sous un pseudonyme. Il emprunte à MALLARMÉ son prénom, Stéphane, et se dote d’un patronyme quelque peu sibyllin « Od-Ray Gaïac ». Aux prénoms de ses deux parents et au nom d’un arbre des forêts guyanaises, au bois très dur, le gaïac, le poète associe d’autres éléments : un prénom féminin, Audrey, en référence possible avec une muse du 7ème art, Audrey Hepburn ; le nom d’un jazzman, Ray Charles, précédé d’un curieux Od, peut-être l’abréviation médicale du latin
oculus dexter (œil droit). Dans ce recueil, édité symboliquement par « le poète et son double », Patrice GANOT en se dédoublant en Stéphane Od-Ray GAÏAC cherche moins, semble-t-il, à se cacher qu’à avoir la possibilité ainsi de se regarder « à travers le miroir ». De jouer à cache-cache avec son double, en commentant les poésies de l’Autre, via une note ou une explication, sans que l’on sache très bien alors qui parle.
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Recension du roman de Yann Garvoz
Flagellation d’une femme esclave.
Surinam. 1770
par
Michèle Bigot*,

Plantation Massa-Lanmaux
est le premier
roman d’un jeune écrivain qui ne manque pas de
verve. La dimension romanesque de cet ouvrage le
dispute à sa fibre poétique et à sa force
réaliste.
L’originalité de l’ouvrage consiste avant tout
dans le contexte qu’il met en place ; l’univers
est celui d’une plantation dans une des îles de
Guadeloupe à la veille de la révolution. Dans ce
cadre propice à tous les débordements, vont
s’affronter les idéologies progressiste et
conservatrice autour des enjeux moraux et
matériels spécifiques de l’exploitation des
esclaves dans une économie de plantation. Chacun
de ces courants de pensée est incarné par les
deux protagonistes, père et fils, M de Massa et
son fils Donatien. Celui-ci est le digne
héritier du divin marquis dont il porte le
prénom, épigone aussi ambigu que son maître,
comme lui philosophe des lumières, anticlérical,
athée, porteur des idées de progrès et comme lui
porteur d’un érotisme associé à des actes
impunis de violence et de cruauté (fustigations,
tortures, meurtres, incestes, viols, etc.).
Celui-là incarne une figure de maître débonnaire
et hypocrite, surtout versé dans un scientisme
mathématique (nouveau d’Alembert exploitant les
données du calcul infinitésimal) qui fait bon
ménage avec le clergé tant que celui-ci protège
ses intérêts d’esclavagiste. Les deux figures
représentent avec justesse les contradictions de
la morale chrétienne dont le verbe
philanthropique est au service d’une pratique
inhumaine, en totale contradiction avec la
morale de l’Évangile.
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Max JEANNE : Honneur et respect pour HAÏTI.
par Scarlett JESUS
 Haïti est
l’objet d’un intérêt tout particulier en Guadeloupe. En décembre,
Evelyne TROUILLOT recevait le Prix CARBET pour son roman La Mémoire aux
abois. Le mois suivant, le public était invité à applaudir Ayiti, écrit
et interprété par Daniel MARCELIN. Enfin, la semaine dernière, Max
JEANNE publiait aux éditions NESTOR son quatrième recueil de poésies :
Borlette. Ce titre, qui désigne un jeu de hasard à deux chiffres très
prisé par les Haïtiens, est une métaphore pour désigner le destin d’un
pays sur lequel s’abattent tous les malheurs : misère, cyclones et
tremblement de terre meurtrier du 12 janvier 2010. Le genre poétique auquel se rattache ce recueil est ouvertement affiché
: il s’agit de « géopoésie ». Ce terme n’est pas tout à fait nouveau.
Utilisé par Italo CARVINO en 1984, il a été repris par un autre
écrivain Guadeloupéen, Daniel MAXIMIN, dans un essai, publié au Seuil
en 2006, Les Fruits du cyclone, une géopoétique de la Caraïbe. Il
désigne une volonté d’exprimer la culture d’une région en rendant
compte du rapport particulier des habitants de celle-ci avec leur
terre, le « paysage » sur lequel ils vivent. Une telle démarche pose,
pour un écrivain, qu’il soit romancier comme HOUELLEBECQ ou poète comme
Max JEANNE, la question de la représentation d’un univers caribéen à
partir d’éléments empruntés à la réalité. En clair, Max JEANNE nous le
dit : « le poète / une fois de plus/ à la barre des témoins »
entreprend de rendre compte du « clair-obscur de notre présence au
monde » (p.72).
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A la Bibliothèque Schoelcher
Par Christian Antourel
 Chaque année au mois
de mars, nous revient cette manifestation attendue dans tout
l’hexagone. Intitulé cette année »Année de l’Outre-mer français » chez
nous, c’est l’occasion de présenter cinq rencontres littéraires et
poétiques, afin de célébrer et faire découvrir la poésie à travers cinq
univers d’auteurs.
Travelling
annuel dans l’histoire de la poésie. Le Printemps des Poètes 13
ème édition, est cette expression sans laquelle des œuvres du plus
grand intérêt, resteraient cantonnées au rôle accessoire et
ornemental dans le paysage littéraire. Au lieu de ce destin
auquel les condamnait le désengagement d’une certaine
presse spécialisée et des lecteurs non informés : Le Printemps des
Poètes, véritable ballet des mots et du geste poétique, s’impose
comme le rendez-vous incontournable et promotionnel de la poésie.
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Yann Garvoz, "Plantation Massa-Lanmaux"
L'art de la démesure
par
Maurice Mourier
YANN GARVOZ, "PLANTATION MASSA-LANMAUX" Maurice Nadeau, 312 p., 24 €

Au XVIIIe siècle, le jeune fils d’un planteur des « colonies », après des études en France qui l’ont mis au contact des idées philanthropiques des Lumières, rentre au pays. La plantation de canne à sucre de son père fonctionne, selon l’ancien système éprouvé, sur la soumission absolue des esclaves au maître. Imprégné d’utopie rousseauiste, Donatien, qui porte le prénom du Divin Marquis, va essayer de moderniser et d’humaniser le domaine. Ce livre étrange, aux deux tiers réussi, raconte son échec.
Voyons d’abord les éléments de la réussite littéraire, qui est souvent très notable. S’agissant d’un texte et non d’une étude historico- sociologique, cette réussite repose, comme il fallait s’y attendre, sur le style. Yann Garvoz, qui est clairement perfectionniste, s’est proposé une gageure : travailler la pâte verbale, abondante et riche, de son livre, en imitant, transposant, pastichant à la fois l’œuvre sadienne et la prose précise de l’Encyclopédie, de La Nouvelle Héloïse ou (parfois) de Bernardin de Saint- Pierre. Mais cela n’est rien. Il s’est agi aussi pour lui de mêler à ces influences en partie revendiquées une manière tout à fait personnelle, hyper-romantique ou carrément fin-de-siècle (Lautréamont, Octave Mirbeau surtout, Jean Lorrain), de traduire les chocs conjoints qu’ont produits en sa vive sensibilité d’écrivain la découverte de la luxuriance végétale propre à la nature caraïbe et celle de la sensualité particulière née, aux Antilles, du contact des épidermes noir et blanc. Gageure relevée, dans l’ensemble, la mention la plus laudative devant être attribuée – pour notre goût – à l’exactitude nuancée de la peinture des lieux : habitats, forêts, pentes des terrains volcaniques si abruptes sur la mer, quiconque a visité et aimé ces paysages à la fois charmants et inquiétants, a baigné dans cette exubérance florale et apprécié la fraîcheur sucrée d’un carbet aux heures de soleil noyé, là où l’ombre est toujours plus dense d’être gorgée d’eau, s’écriera : cela est peint !
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"De la dictature à la démocratie"

Gene Sharp, auteur de "De la dictature à la démocratie",
l'ouvrage qui a inspiré les révolutions arabes. (Sipa) Gene
Sharp, auteur de "De la dictature à la démocratie", l'ouvrage
qui a inspiré les révolutions arabes. (Sipa)
Avec un petit bouquin de 130 pages (
Télécharger ici), Gene Sharp, ancien professeur à Harvard, a
inspiré bon nombre d'insurrections pacifiques, d'Ukraine en
Birmanie. Il serait aujourd'hui le théoricien des soulèvements
arabes.
On raconte que les photocopies d’un livre circulaient sur la
place Tahrir du Caire, pendant le grand sitting où la foule
enjoignait Moubarak de dégager. Il s’agissait de «De la
dictature à la démocratie», de l’Américain Gene Sharp. Le
vieux prof de Harvard, aujourd’hui retraité, explique qu’il
s’agit plus d’un «livret» que d’un livre. Il fait tout de même
137 pages. Les universitaires, déformation professionnelle,
surestiment souvent les capacités de lecture des hommes du
commun.
Cent trente-sept pages pour dire quoi? «De la dictature à
la démocratie» se présente comme un manuel de révolution
non-violente. Les chapitres s’intitulent «Faire face avec
réalisme aux dictatures», «les Dangers de la négociation»,
«l’Application de la défiance politique» ou «Désintégrer la
dictature». Ils composent un exposé méthodique et systématique
de la marche à suivre pour piétiner un tyran, du premier
rassemblement insurrectionnel improvisé à la rédaction d’une
nouvelle constitution.
Gene Sharp puise autant ses sources dans l’histoire que
dans les livres. Il cite Aristophane, Aristote, Machiavel,
jusqu’au très pointu Karl Deutsch, qui utilisa les modèles
cybernétiques pour théoriser les sciences sociales. On trouve un
sage chinois, aussi: la fable du «Maître Singe», contée par
Liu-Ji au XIVème siècle, qui montre une horde de singes cessant
d’aller cueillir des fruits pour le compte d’un vieux tyran.
Sharp dresse des typologies d’actions non-violentes, distinguant
les «méthodes de protestation et de persuasion» (il y en a 54,
parmi lesquelles on notera les «prix satiriques», les «gestes
grossiers», les «fausses funérailles» ou les «visites
récurrentes à un fonctionnaire») des «méthodes de
non-coopération» (il en dénombre 107; on retiendra la «grève du
sexe»)..
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Ernesto Sábato, la mort d'un géant
L'écrivain Ernesto Sábato, dernier géant de la littérature argentine, est décédé. © Victor Rojas / AFP

L'écrivain Ernesto Sábato, décédé samedi à l'âge de 99 ans, physicien, peintre et intellectuel engagé, était le dernier des géants de la littérature argentine du XXe siècle, aux côtés de Jorge Luis Borges, Adolfo Bioy Casares et Julio Cortázar. Trois romans, traduits dans plus de 30 langues, lui apportent la consécration internationale : Le tunnel (1948), salué par Albert Camus et Graham Greene, Héros et tombes (1961, publié en français sous le titre Alejandra) et L'ange des ténèbres (1974).
Il ne cessera plus de publier tout au long de sa vie, obtenant le prix Cervantes de littérature en 1984, la plus haute distinction de la littérature en langue espagnole. Son essai Avant la fin (1999), considéré comme son testament spirituel, balance entre la foi et le scepticisme. Dans sa jeunesse, il avait été secrétaire des Jeunesses Communistes : il avait cru "à la Révolution". Mais son scepticisme avait fini par l'emporter. Il se définissait parfois comme "anarchiste chrétien", ou comme "athée".
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Alioune
Diop, pensée noire
Alioune Diop. (Présence africaine
/ Communauté africaine de culture.)
Expo. Dakar rend hommage au fondateur de la
revue «Présence africaine», creuset de l’émancipation.
Par VINCENT NOCE Envoyé spécial à Dakar Alioune Diop.
 Présence africaine Université
Cheikh Anta Diop, bibliothèque centrale, Dakar
(Sénégal). Jusqu’au 26 juin.
Tôt le matin, des centaines d’étudiants, sagement
rangés en file, attendent une place en bibliothèque.
Au cœur du campus de Dakar, ils vont trouver,
jusqu’à fin juin, une manifestation inattendue
: une exposition consacrée à la revue Présence
africaine, qui fut le creuset de l’émancipation
noire à travers le monde.
La Fondation Total, qui a entièrement pris
en charge cette opération (lire ci-dessous),
a choisi la plus grande université d’Afrique
pour reprendre un hommage au fondateur de
la revue, Alioune Diop (1910-1980), monté
par le musée du Quai-Branly. La Fondation
a aussi fait venir des chercheurs d’Afrique,
de France et des Etats-Unis, pour un colloque
sur la situation de l’édition dans le continent.
Ou faut-il dire : l’effondrement ?
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L’émerveil
potager.
par Kenjah
 Il se pourrait que le dernier
opus de Jacqueline Labbé, « Madame Poule prend
la plume », passe pour un livre de « contes
» (comme on dit parfois pour ces auteurs retombés
en enfance et qui béatifient leur innocence
artificielle d’un plat moralisme), Mme Labbé
étant connue pour ses bwabwa et sa simplicité.
Il se pourrait même que ce petit ouvrage de
120 pages passe pour un bouquin de plus, au
sein d’une production antillaise pléthorique,
mais ô combien inégale. C’est là, qu’à mont
tour, il me faut prendre la plume. Pour dire,
« Attention, petite merveille ! ». Le coup
du fakir qui tient son naja et ne le lâche
plus. Un pur plaisir de lecteur flâneur. Entre
du Bach et du Max Cilla, avec des plages de
Fall Frèt et de Féfé Maholany, Mona et Chico
Jehelman tout semblés, itou Hurard et Barrel
en léger fond… Quelque chose d’inclassable,
qui relève autant de l’anthropologie que de
la poésie. Un art de la rencontre qui est,
en vérité, celui du raconter.
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Extension
du
domaine du plagiat
 Par TIPHAINE SAMOYAULT Ecrivain, enseigne la littérature
comparée à
l'université paris-VIII
Le plagiat est une pratique ambiguë : assimilé à un délit de vol, il peut être aussi valorisé par les écrivains qui en font un lieu de révérence ou un jeu transgressif. Pour Sartre enfant dans les Mots, le «plagiat délibéré me délivrait de mes dernières inquiétudes : tout était forcément vrai puisque je n’inventais rien». Le libre jeu de la mémoire et de l’imagination donne à la littérature sa puissance d’expression et de déflagration. Si la frontière est parfois difficile à établir entre emprunt concerté et plagiat pur et simple, susceptible de faire l’objet d’une condamnation juridique, il arrive aussi que ce soit un faux problème, ou qu’on l’exagère à dessein.
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Hommage à Gérald Bloncourt
par Widad Amra, poétesse

Je connais votre pays. J’aime votre pays dans ce qu’ il offre de
créativité dans une grande diversité, dans ce qu’il offre de
résistance dans le temps, dans ce qu’il offre de dignité, et dans ce
qu’il dit de l’humanité. Et cela, au delà, de tous les Malgré.
Passés et présents.
Mais vous, Monsieur Bloncourt, avec tout le respect que je vous
dois, je ne vous connaissais pas. Jusqu’à ce livre…Jusqu’au hasard amical qui a mis ce livre entre mes
mains. Et je dirais comme Jean Claude Charles, qui a écrit votre préface,
mon étonnement. « A la fin des années 60, en Haïti, je ne connaissais pas
l’existence de Gérald Bloncourt. Au début des années 70, à Montréal, Québec, un ami m’a dit - Je vais
te montrer le travail de quelqu’un que tu devrais absolument
connaître, à Paris. Il m’a conduit devant une photo accrochée à un
mur de la maison, signée par Gérald Bloncourt. Année 80, je rencontre le photographe. Il parle beaucoup de son
itinéraire : en gros l’appareil – photo dans l’appareil du parti
communiste Français. Il est vif, drôle, précis. Le genre d’être
énergique dont j’aime la présence. Années 90. Il me semble avoir entendu parler de Gérald Bloncourt en
tant qu’écrivain. Années, années, après années, je découvre le
photographe qui aura traversé un demi siècle du mouvement social
Français. Puis, le peintre. Tiens, il peignait ? Yes my dear. Quant
à l’écrivain., vous tenez quelques uns des textes dans vos mains. Ce
sont les bonnes nouvelles de la création Haïtienne. Et que ce
dialogue au bout des vagues ait lieu sur les décombres d’une longue
dictature, fleurs écloses sur le fumier ». Fin de la préface
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Nostalgie
quand tu nous tiens.
«Les
Antilles antan lontan»
d’Ernest Pépin.
Par
Michel Herland.

Les
éditions HC (comme Hervé Chopin), bien
connues en Martinique, ont fait appel
à Ernest Pépin pour commenter des cartes
postales anciennes des Antilles dont
la plupart avait déjà été présentées
au public dans un livre publié en 2001
sous le titre « Antilles d’antan ».
D’une édition à l’autre, le nombre de
pages a augmenté, la maquette s’est
aérée et, surtout, la taille et la qualité
de la reproduction des images se sont
grandement accrues, certaines photographies
faisant même l’objet d’une présentation
pleine page (24,5 x 32 cm) sans que
cela nuise en rien à la netteté de l’image.
Beaucoup
de photos valent surtout en tant que
témoignage d’une époque disparue. Même
les moins pittoresques nous touchent,
par exemple celles qui présentent simplement
les bâtiments d’une usine à sucre, parce
qu’elles nous montrent à quoi ressemblaient
vraiment, lorsqu’ils étaient en activité,
ces bâtiments dont nous découvrons les
vestiges envahis par la végétation au
gré de nos promenades dominicales. Nous
mesurons alors combien ces constructions
industrielles, censées matérialiser
la richesse des planteurs, étaient en
réalité modestes. « Un manque d’ambition
qui fait comprendre que nous n’avons
pas à faire avec des capitaines d’industrie…
À voir les bâtiments, l’on pressent
l’agonie à venir », commente E.
Pépin (dans une curieuse syntaxe)
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Une anthologie de la poésie d'outremer
par
Bruno Doucey
 Aussi
curieux que cela puisse paraître, aucune anthologie
de poésie n’avait jusqu’alors été consacrée aux
territoires de l’Outre-mer français. Bien sûr,
depuis des années, des livres nous permettent
de découvrir les poètes de Tahiti, de la Réunion
ou des Antilles, mais aucun tour du monde en poésie
n’avait encore été entrepris. C’est désormais
chose faite : Outremer, trois océans en poésie
se veut une invitation au voyage et à la rencontre.
Celle qui permettra au lecteur de découvrir les
richesses insoupçonnées des contrées ultra-marines.
Mais de quels territoires parle-t-on ? De ceux
qui constituent, avec 2,6 millions d’habitants
pour 120 000 km2, la France d’outre-mer. Départements,
collectivités, territoires… les mots ont un sens,
un passé, une histoire qui nous convient à découvrir
la part métisse de nos identités, sans cesser
d’élargir le champ de nos représentations.
L’ouverture que revendique ce livre est d’abord
géographique puisqu’il faut une carte du monde
pour pouvoir embrasser, d’un seul regard, les
territoires de l’Outre-mer français. Deux hémisphères,
trois océans, onze départements ou collectivités
répartis sur toute la surface de la terre. Chacun
sait que ces territoires présentent, sur le plan
administratif, de notables différences : les uns
ont un statut très proche des départements et
des régions de l’Hexagone ; d’autres disposent
d’un gouvernement local doté de larges compétences
territoriales. Mais encore faut-il savoir les
nommer et les situer à la surface du globe.
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Hommage à Gérald Bloncourt
par Widad Amra, poétesse

Je connais votre pays. J’aime votre pays dans ce qu’ il offre de
créativité dans une grande diversité, dans ce qu’il offre de
résistance dans le temps, dans ce qu’il offre de dignité, et dans ce
qu’il dit de l’humanité. Et cela, au delà, de tous les Malgré.
Passés et présents.
Mais vous, Monsieur Bloncourt, avec tout le respect que je vous
dois, je ne vous connaissais pas. Jusqu’à ce livre…Jusqu’au hasard amical qui a mis ce livre entre mes
mains. Et je dirais comme Jean Claude Charles, qui a écrit votre préface,
mon étonnement. « A la fin des années 60, en Haïti, je ne connaissais pas
l’existence de Gérald Bloncourt. Au début des années 70, à Montréal, Québec, un ami m’a dit - Je vais
te montrer le travail de quelqu’un que tu devrais absolument
connaître, à Paris. Il m’a conduit devant une photo accrochée à un
mur de la maison, signée par Gérald Bloncourt. Année 80, je rencontre le photographe. Il parle beaucoup de son
itinéraire : en gros l’appareil – photo dans l’appareil du parti
communiste Français. Il est vif, drôle, précis. Le genre d’être
énergique dont j’aime la présence. Années 90. Il me semble avoir entendu parler de Gérald Bloncourt en
tant qu’écrivain. Années, années, après années, je découvre le
photographe qui aura traversé un demi siècle du mouvement social
Français. Puis, le peintre. Tiens, il peignait ? Yes my dear. Quant
à l’écrivain., vous tenez quelques uns des textes dans vos mains. Ce
sont les bonnes nouvelles de la création Haïtienne. Et que ce
dialogue au bout des vagues ait lieu sur les décombres d’une longue
dictature, fleurs écloses sur le fumier ». Fin de la préface
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Édouard Glissant pour tous
Édouard
Glissant, poète martiniquais
et penseur du "Tout-monde",
est à l'honneur au théâtre
de l'Odéon © Sipa
Par Valérie Marin La Meslée

Novembre
est vraiment le mois
d'Édouard Glissant. Au
théâtre, à la télévision, en
librairie, les portes
s'ouvrent largement sur le
"Tout-monde", vision du
monde que défend le poète
philosophe martiniquais.
Entouré de comédiens, Denis
Lavant, Sapho, Marianne
Basler, Greg Germain et bien
d'autres, le poète et
philosophe martiniquais
investit la scène de l'Odéon
(le 3 novembre à 20 heures)
pour une soirée de voyages
inouïs dans la littérature
mondiale, de tous les temps
et de toutes les cultures,
de Rimbaud à la poésie
bambara, de Montaigne aux
poèmes mayas, en passant par
L'Odyssée et les
présocratiques grecs, autant
de chefs-d'oeuvre réunis
dans La terre, le feu, l'eau
et les vents, une anthologie
poétique du Tout-monde
(éditions Galaade). On le
retrouve sur France 5 (le 19
novembre à 20 h 35, puis le
21 à 7 h 55) dans un
documentaire d'Yves Billy de
la série "Empreintes",
Édouard Glissant, la
créolisation du monde, où il
revient, en compagnie de son
plus jeune fils Mathieu, sur
les lieux et les thèmes de
son oeuvre d'une façon si
naturelle que tout s'éclaire
à son contact.
Au même moment paraît en
librairie un recueil de ses
entretiens avec Lise Gauvin
(de 1991 à 2009),
L'imaginaire des langues,
entretien avec Édouard
Glissant (Le 18 novembre,
éd. Gallimard, 14,90 euros),
sésame aussi passionnant que
lumineux pour mesurer la
pensée d'un des plus grands
esprits de notre temps.
Renseignements : Théâtre de
l'Odéon, grande salle
(tarifs de 6 à 18 euros).
Location : 01 44 85 40 40.
www.theatre-odeon.eu
*Lepoint.fr |
Furcy, libre et esclave
Le Renaudot essai à
Mohammed Aïssaoui
Par David Caviglioli

Il a fallu onze
tours de scrutin au
jury Renaudot pour
décerner le prix du
roman à Virginie
Despentes, mais un
seul a suffi pour
attribuer le
Renaudot de l'essai
au remarquable récit
signé, au printemps
dernier, par
Mohammed Aïssaoui
On rencontre parfois
d'étranges juges,
qui pensent que le
droit est fait pour
être appliqué. C'est
ce qui est arrivé à
l'esclave Furcy, sur
cette île Bourbon,
ancien nom de la
Réunion, un soir
d'octobre 1817
lorsque Sully-Brunet
et Gilbert Boucher,
deux magistrats
blancs, lui assurent
qu'en vertu du droit
il devrait être
libre - ajoutant
qu'il sera difficile
de le faire
reconnaître. Furcy
est obnubilé par la
pensée qu'il est le
seul esclave dans la
pièce. Comme l'amour
et la bonne santé,
la liberté obsède
d'abord ceux qui
n'en jouissent pas.
« Vous êtes libre.
Vous l'avez toujours
été.» Par ces mots,
le procureur Boucher
pousse l'esclave à
assigner son maître
en justice et lance
une affaire qui
durera vingt-six
ans.
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De Rafael Lucas
Je suis étonné de voir reproduire ici un
article de Pascal Laîné disculpant l'antisémitisme de
Céline, comme si c'était une "bagatelle". Si vous accordez
le droit de réponse, pourriez-vous publier cet extrait de
quelques perles du soi-disant "plus grand écrivain du XX°
siècle". Rafael Lucas* * Rafaël LUCAS, Universitaire haïtien.
Après une licence d'espagnol, une agrégation de portugais et
une thèse sur la représentation du peuple dans l'œuvre de
Jorge Amado, Rafaël Lucas, d'origine haïtienne, maître de
conférences à l'Université de Bordeaux 3 (Institut
Ibéro-Américain), a effectué des travaux de recherche dans
le domaine caribéen, en étudiant les relations entre
littérature, histoire et anthropologie dans le domaine
caribéen.
Il enseigne les littératures et cultures lusophones, ainsi
que l'interculturalité.
Eminent spécialiste de l'esclavage européen et des diasporas
africaines, il parle plusieurs langues: créole, français,
swahili, anglais, wolof, portugais, peul, espagnol, arabe,
hébreu.
Rafaël Lucas est l'auteur de plusieurs articles et
conférences. Il est rédacteur en chef du magazine Afiavi (Bordeaux). mondesfrancophones.com/author/rlucas
CELINE BAGATELLES
Etre un écrivain ne dégage pas de ses obligations vis-à-vis
du reste de l'humanité. Céline, en toute connaissance de
cause, a diffusé une haine raciste contre les Juifs. Il l'a
fait avant la guerre, dans un roman odieux d'un bout à
l'autre : "Bagatelles pour un massacre". Il le présente lui-même, avec jubilation, comme une oeuvre
antisémite :
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Marilyn Monroe : "Je ne suis pas celle que vous
croyez"
Une blonde idiote ? Non, une femme de mots,
explique Michel Schneider*, à l'heure où l'on
publie des fragments des carnets de l'actrice.
Par Michel Schneider
 Que cherchaient donc ceux qui, à Las
Vegas, au printemps dernier, ont
participé aux enchères pour des
radiographies thoraciques de Marilyn
Monroe faites en 1954 : une image ?
Celle que masquaient les vêtements et la
chair ? L'image des os et des organes ?
Le secret de sa vraie-fausse poitrine ou
le secret du coeur qui battait derrière
?
Marilyn, ses emblèmes, ses attributs.
Une chevelure inondant des épaules
lumineuses sur lesquelles glissent les
pattes d'un soutien-gorge, des lèvres
scabreuses, la tension rythmique de
volumes toujours en mouvement luttant
pour plus d'espace dans son décolleté ou
sous sa jupe, ces signes, si près de la
caricature qu'ils l'ont rendue
identifiable dans le monde entier, ont
fait d'elle l'icône sexuelle du XXe
siècle. Marilyn, c'est tout cela.
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Larry Clark : censure ou précaution ?

Première rétrospective en France du
photographe et réalisateur Larry Clark, né
en 1943 à Tulsa aux Etats-Unis.
L’exposition, conçue en étroite
collaboration avec l’artiste, revient sur 50
années de création à travers plus de 200
tirages d’origine, pour la plupart inédits.
De ses clichés noir et blanc du début des
années 1960 aux longs métrages qu’il réalise
depuis 1995 tels que Kids (1995),
Bully (2001) ou Ken Park
(2002), Larry Clark, internationalement
reconnu pour son travail, traduit sans
concession la perte de repères et les
dérives de l’adolescence.
Donc,
l’exposition Larry Clark,
, qui ouvre
dans quelques jours au Musée d’Art Moderne
de la Ville de Paris (et dont je rendrai
compte alors) est interdite aux moins de
dix-huit ans, et on entend de toutes parts
les cris de ‘censure’, ‘censure !’. Les
Verts profitent de l’aubaine pour attaquer
Delanoë et bien des journalistes
politiquement corrects en rajoutent,
critiquant la direction du Musée et la
Mairie de Paris. Mais c’est au pied d’un
autre arbre qu’il faudrait aboyer, comme on
dit en anglais, une autre cible qu’il
faudrait viser, me semble-t-il.
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Rodolf Etienne :
« Pour moi,
cela a été une traduction très enrichissante... »

– T raduire
Césaire en créole, cela relève du défi. Pourquoi une telle
initiative ? – Traduire Césaire en créole et faire publier l’ouvrage est
effectivement un défi. D’autant plus qu’il s’agit là de la
première traduction créole de l’une des oeuvres de Césaire.
La rumeur a longtemps couru d’un Césaire très loin des
réalités créoles. Il s’avère qu’il n’en est rien. Tropiques,
par exemple, dès 1941, montre un Césaire très au fait des
interrogations créoles. Cette traduction, qui avait
d’ailleurs reçu son accord, est là pour prouver que sa
littérature est très proche de la langue créole. Le créole
habite l’oeuvre de Césaire. Cette traduction a pour premier
objectif d’en rendre compte. – Vous dites que la langue de Césaire est très proche du
créole. Pouvez-vous nous expliquer ? – Ce travail de traduction a donné lieu de ma part à une
recherche très poussée de la syntaxe césairienne.
Incontestablement, cette syntaxe a maille à partir avec le
bagage culturel et langagier qu’Aimé Césaire a côtoyé durant
les premières périodes de sa vie. Césaire vivait sur une
habitation et était immergé dans un environnement créole.
Ses parents, instruits par rapport au reste de la
population, n’en étaient pas moins créolophones. Ce bagage,
on le retrouvera dans l’oeuvre du Chantre, insidieusement.
Le créole, dans l’oeuvre générale de Césaire, et
certainement de manière plus évidente encore dans La
tragédie, est sous-jacent. Il est présent constamment et de
nombreuses études le prouvent. Césaire lui-même disait :
«j’ai voulu donner au français la couleur du créole». On ne
peut être plus explicite.
– La Tragédie du roi Christophe
revient sur un évènement politique majeur de la région
Caraïbe. Cela a-t-il influencé votre choix pour cet ouvrage
en particulier ? – Certainement. Avec La Tragédie, Césaire nous propose
une pièce de théâtre inspirée toujours du théâtre
shakespearien, qui nous plonge en Haïti, après la révolution
de 1791, durant le règne de Christophe. Christophe est un
despote, un roi fou qui contraint son peuple. Mais au-delà
de cette structure, la pièce est un plaidoyer en faveur des
droits de l’homme et une mise en garde contre les dérives du
pouvoir. On y retrouve tous les traits de la littérature et
de la pensée césairienne où histoire, moralité et génie se
côtoient. Le peuple haïtien, dans ce cas, n’est plus
oppressé par le régime esclavagiste, mais par son propre
leader, ancien libérateur. Il y a là, de la part de Césaire,
une sacrée leçon : la négritude est un véritable humanisme et non pas
seulement un cri de nègre en colère. Il y a une véritable
réflexion d’homme face au monde et même au monde noir,
n’hésitant pas à manifester ses dérives. Ce texte est d’une
extrême lucidité, tant littéraire que philosophique. C’est
surtout cela qui a dirigé mon choix. – On sait que le créole pèche parfois du côté du
vocabulaire littéraire. Quelles difficultés avez-vous
rencontrées pour cette traduction ? – Cette traduction a été pour moi un véritable plaisir
intellectuel. Je n’ai pas rencontré de difficultés
particulières. Bien au contraire, c’était comme si le texte
avait été pensé en créole par l’auteur. Dès lors le travail
du traducteur en a été facilité. Et cela a été pour moi une
révélation. En dépit de la pertinence du texte français
(rendons à Césaire ce qui lui appartient), c’était comme
s’il était «habité» par la langue créole. Ce qui,
d’ailleurs, contribue à sa dimension magistrale. En fait,
j’ai plutôt eu le sentiment d’être un révélateur. Vous
savez, en dehors des petites connotations personnelles de
style, c’était comme si le texte créole que j’écrivais
émanait véritablement du texte césairien. Pour moi, cela a
été une traduction très enrichissante, et même au niveau
humain, qui m’inspire tous les jours. J’appréhende mieux la
notion de négritude, qui je le rappelle, pour Césaire, est
un véritable «humanisme nègre», une vision du monde par le
prisme des valeurs nègres qui finalement rejoignent les
valeurs universelles.
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Hommage à Mohammed Arkoun
Par le Dr Ursula Gunther

Mohammed Arkoun, passeur entre les cultures, pionnier
d’une islamologie contemporaine critique et de lectures nouvelles de l’Islam
a tiré sa révérence dans la nuit du 14 au 15 septembre à Paris. Un
personnage clef d’une conscience islamique contemporaine a quitté la scène.
Avec lui, une voix importante s’éteint. Une voix, qui invitait ses
interlocuteurs de toutes confessions à changer de perspective, les
confrontant avec leur propre impensé, avec le domaine de l’ombre, leur
posant des questions tues depuis longtemps.
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Une anthropologie d’une
séquelle de l’esclavage
aux Antilles-Guyane
Ouvrage de Philippe
Chanson
Anonyme – Passavoir –
Crétinoir – Trouabal –
Dément – Comestible –
Macabre – Zéro –
Malcousu – Savon –
Gouacide – Négrobar –
Satan – Peccatus –
Dangeros… Tels sont
quelques-uns des
centaines de noms d’Etat
civil saugrenus,
dégradants et injurieux,
redonnés aux esclaves
africains des Antilles
et de la Guyane
françaises libérés en
1848. Cette blessure
identitaire, largement
et curieusement
occultée, suinte encore
sur ces terres créoles
travaillées par trois
siècles d’histoire
coloniale traumatique.
Mais comment donc de
tels noms ont-ils pu
être attribués ?
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Eliane Marqués-Larade Un expressionnisme réinventé
par
Christian Antourel
 En littérature, comme dans de multiples
domaines artistiques, l’expressionnisme est
une manière de présenter une œuvre, qui tend
a déformer la réalité, pour inspirer au
lecteur une réaction émotionnelle. De nos
jours on parle plus facilement des états
d’âme de l’artiste.
Si le roman antillais est aujourd’hui un
acte acquis, quantifiable et forcément
incontestable. Les poètes français de la
Caraïbes se retrouvent moins souvent sous
les feux de l’actualité. Méconnus, parfois
oubliés, ils sont pourtant pourvoyeurs d’un
langage poétique d’une expression rare, oh
combien aiguisé et coloré, souvent blessé
des séismes d’une indicible mémoire, ou
simplement riche d’instants tourmentés
saisis d’entre les flammes du soleil .
Délaissée par certains, méconnue du grand
public, alors même qu’Eliane Marquès-Larade,
est reconnue par les instances littéraires
et des maîtres a penser tels que Eric
Mansfield, docteur es lettre, qui dans son
livre « la symbolique du regard,
regardants et regards dans la poésie
antillaise d’expression française » lui rend
hommage et insiste sur le potentiel
particulièrement lyrique et riche de sa
plume.
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Une anthologie de la poésie du
Tout-Monde
réunie
par Edouard Glissant (La Terre, le Feu, l’Eau
et les Vents, Paris, Galaade, 2010, 350 p.).
par
Michel Herland.

« L’imaginaire est un champ de
fleuves et de replis qui sans cesse bougent »,
écrit Edouard Glissant dans la préface à cette
anthologie poétique d’un nouveau genre. Elle est
nouvelle en effet en ce qu’elle ne fixe pas de
bornes géographiques ou linguistiques au choix
des auteurs (même si les versions originales des
textes non francophones sont rarement
reproduites) et en ce qu’elle ne suit aucun
ordre : ni temporel, ni spatial, ni même
thématique. Il y a néanmoins un fil conducteur,
labyrinthique ou plutôt – pour mieux coller aux
concepts glissantiens – rhizomatique, celui qu’a
trouvé Glissant, poète lui-même, à travers le
champ immense qu’il nous propose d’explorer à sa
suite.
Il y a des embranchements inopinés, des retours
vers des auteurs déjà rencontrés, la reprise de
thèmes qu’on croyait épuisés. Libre à chacun de
suivre le guide dans son cheminement, de
parcourir après lui les thèmes qui semblent
organiser la succession des poèmes (ou extraits
de poèmes) retenus dans l’anthologie : la mort,
l’humanité dans sa diversité, l’esclavage et la
traite négrière, le dépaysement, la poésie, le
paradis terrestre et la chute, les
intermittences du cœur, la fusion de l’homme
dans l’univers, la succession des âges et des
saisons, la négritude, les sans-papiers, etc. Ou
de parcourir le recueil à son gré, en s’arrêtant
au gré de sa fantaisie pour relire un poème su
par cœur ou découvrir un auteur exotique dont on
ignorait jusqu’au nom.
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La
fureur est tombée sur la ville écarlate
par Michel
Lercoulois
La fureur est tombée sur la ville écarlate La fièvre se recuit dans des bouges saumâtres Un gamin négligent asperge le trottoir Exhibant sans pudeur un sexe minuscule
Des hommes apeurés reluquent les mamelles
Des filles blondes aux longues jambes nues Les mendiants se disputent quelques reliefs pourris Des voleurs farouches jouent leur butin aux dés Dans les palais les ministres corrompus comptent leur or Un roi sans joie besogne la chambrière de la reine Un cul de jatte hagard est posé contre un mur Les aveugles en passant le piquent de leur canne Des bourgeoises esseulées pleurent les jours d’antan Les maris repus de trop de chère bedonnent au fumoir De jeunes loups naïfs aiguisent leurs couteaux Sans savoir qu’ils seront les premiers transpercés Les tendres demoiselles découvrent l’art du stupre Elles veulent les mâles mûrs affamés et brutaux Pour cultiver l’obscène entre gens de bon goût Ailleurs dans les fabriques un vain peuple s’agite Gens de peu pauvres et puants Qui triment pour le pain le vin et le taudis Où s’entasse une marmaille infâme Aigres parfums de bouffe de merde et de pisse Avec des cris parfois ou des vagissements Une vieille à l’article gémit sur son grabat Peut-être entend-elle les râles du coït Elle qui aimait tant jadis foutre avec fougue
En bas dans la rue deux ivrognes s’embrassent Ils mélangent leurs langues sans s’embarrasser
Des relents du pinard
La piquette des dieux Le nectar des vieux cons Partout dans la ville la vermine grouille On est tous frères en Jésus-Christ, pas vrai ? Sauf que Lui a laissé sa vie dans un film gore Alors que nous mourrons dans un chenil crasseux Parce que nous sommes bien des chiens, n’est-ce pas darling ? Dis-je en la prenant par derrière
[mai 2010] |
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L'Afrique en toutes
lettres

CINQUANTE ANS après la
décolonisation, où en est la littérature
africaine francophone ? La question de
l'indépendance a peu à peu déserté les
romans, laissant la place à des problèmes
plus contemporains, tels que la pauvreté ou
la corruption. Les auteurs de la nouvelle
génération, dont beaucoup vivent aux
Etats-Unis ou en Europe, sont écartelés
entre l'attachement à leurs pays d'origine
et le faible écho que peuvent y trouver
leurs ouvrages. " Le Monde des livres " fait
le point sur ce continent littéraire souvent
méconnu et pourtant riche de nombreux
auteurs comme le rappelle l'écrivain Alain
Mabanckou.
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Le francophone est-il une langue
étrangère ?
par
Hubert Haddad
 Même si la pesanteur et les réflexes néocoloniaux
demeurent inhérents à toute position dominante, on
ne peut guère affirmer que les médias, l'édition, le
public, bref la France dite métropolitaine, ait une
représentation post-coloniale de ce qui se passe
dans le vaste ailleurs de la langue française. C'est
davantage d'une perception et d'un positionnement
élitistes qu'il s'agit, celui d'un certain
jacobinisme intellectuel, du parisianisme pour tout
dire, mode sélectif d'exaltation des différences
cher au protectionnisme, à l'occasion caudataire de
la bourgeoisie éclairée.
Le désaveu implicite pour les expressions
littéraires extra-territoriales rappelle celui qui
avait cours naguère, en direction des provinces
françaises : un écrivain isolé dans le Cantal ou
l'Ardenne avait peu de chances d'exister un jour
s'il ne montait pas à Paris, dans la foulée d'un
Lucien de Rubempré. Rimbaud était considéré comme un
rustre par Banville et sa coterie. Les poètes
maudits sont presque tous des horsains, des
provinciaux présomptueux.
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Un besoin d'ailleurs très partagé

Dans la série des définitions possibles de
l'ailleurs en littérature, distinguons la plus
simple, celle qui dit qu'ailleurs, ce n'est pas
ici - et que l'autre, ce n'est pas moi. A ce
titre, quelques auteurs explorent aujourd'hui de
nouvelles dimensions de l'ailleurs, parfois dans
un cousinage étroit avec les écrivains
voyageurs, mais pas toujours. Loin d'une
irréductible nouveauté ou d'une mode, il s'agit
d'un mouvement de fond, jamais interrompu depuis
le romantisme et les cosmopolites. Ce courant,
toujours puissant, charrie les alluvions de
l'époque, remodèle les frontières de nos
imaginaires et renouvelle nos fantasmes de
cartographes amateurs. Il déjoue nos habitudes
et déplace nos réflexes de lecteurs, comme pour
nous rappeler que c'est le lecteur qui voyage.
Jusqu'à se perdre.
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C'est la question qui importe
par
Dany Laferrière

Dans quelle langue écrivez-vous ?, me demande Le
Monde. Bien sûr le mot langue qui tient un
certain nombre d'écrivains, ceux du Tiers-monde
notamment, à la porte de la littérature - on
arrivera un jour à la question du style -, est
encore là, mais la vieille question a changé si
radicalement de forme que j'ai dû la relire
trois fois pour bien la comprendre.
J'étais habitué à ce qu'on me fasse le reproche
de ne pas écrire dans ma langue maternelle.
Comme si un huissier m'indiquait brutalement que
le terrain sur lequel je venais de construire ma
maison ne m'appartenait pas. Avec cette dernière
question, j'ai l'impression d'avoir enfin le
choix. Un vent frais. Et si je la garde un peu
dans ma main, la retournant dans tous les sens,
comme un enfant fait avec un objet étrange et
beau qu'il vient de trouver et dont il se
demande à quoi ça peut bien servir, c'est que je
veux savourer le moment. En vingt-cinq ans de
présence sur la scène littéraire, c'est la
première fois que je ne me gratte pas
l'avant-bras avant de répondre à une question.
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Ecriture de soi et questionnement du
monde

par Thomas Clerc
Il faut d'abord refuser l'antienne pénible du
"déclin" de la littérature française. Il existe
aujourd'hui d'excellents écrivains en France, mais
leur visibilité est incertaine. Ce n'est pas la
littérature qui est en crise, mais sa légitimité.
Centrale dans la formation des élites du passé, elle
ne l'est plus ; mais la littérature exigeante,
contrairement à ce qu'affirment les
néoconservateurs, n'a jamais été populaire qu'au
sein d'un groupe social restreint : Gide tirait
souvent à 500 exemplaires, mais il était lu par les
gens-qui-comptent. La croyance d'une universalité de
la littérature est donc une imposture française qui
s'est écroulée avec l'élévation du niveau et la
diversification de l'offre culturelle.
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Où en est-on deux ans après le manifeste
"
Pour une littérature-monde
",
qui mettait en question la notion
de francophonie ?

par Christine Rousseau
Où classer Dany Laferriere, Canadien originaire
d’Haiti, ou YasminaTraboulsi, Libanaise du Bresil ?
A peine l'effervescence suscitée par le Salon du livre
francophone était-elle retombée, en mars 2007, qu'un gros
pavé tombait dans la mare : le manifeste " Pour une
littérature-monde en français ", lancé par Jean Rouaud et
Michel Le Bris, fondateur du festival Etonnants voyageurs.
Signé par quarante-quatre écrivains, dont JMG Le Clézio,
Tahar Ben Jelloun, Edouard Glissant, Amin Maalouf, Maryse
Condé, Lyonel Trouillot ou Nimrod, ce manifeste annonçait la
naissance d'une littérature-monde en langue française et,
par voie de conséquence, la mort de la francophonie.
A
première vue, l'intention de changer de dénomination était
louable, tant celle de francophonie est sujette à caution.
Comme le relevait Alain Rey en 2006, dans " Le Monde des
livres ", à l'occasion du Salon du livre consacré à la
littérature francophone, ce terme de francophonie " est
une sorte de patate chaude que pays, pouvoirs et créateurs
se repassent avec des intentions contrastées ".
Il est vrai qu'il recouvre des réalités bien différentes
: géolinguistique à l'origine - le terme fut créé en 1880
par le géographe Onésime Reclus, dans un contexte clairement
colonial ; politique après les indépendances de 1965 ; et
bien sûr littéraire et artistique. Or, en la matière, force
est de constater que ce mot, par trop connoté, semble bien
étroit face à une sphère qui dépasse celle délimitée par les
instances de l'Organisation internationale de la
francophonie (OIF). Car s'y regroupent, outre des écrivains
des ères francophones proprement dites (africaine,
caribéenne, américaine, moyen-orientale et asiatique), tels
Boualem Sansal, Gary Victor, Nelly Arcan, Charif Majdalani
ou François Cheng, des auteurs comme Milan Kundera, Hector
Bianciotti, Anne Weber ou Jonathan Littell, qui ont choisi
le français comme langue d'expression. Une langue que ces
créateurs ont forgée bien souvent au contact d'une autre
langue, au sein de contextes historique, politique, social
et économique fort différents.
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André Schwarz-Bart, le Juif de nulle part
Par Francine Kaufmann
André Schwarz-Bart a choisi de ne
laisser de son passage charnel sur
cette terre qu’un mince filet de
fumée blanche et quelques cendres.
Il a été incinéré au lendemain de
Kippour, le 3 octobre 2006, sur
l’île de Grande-Terre, dans cette
Guadeloupe qu’il avait choisie pour
demeure. On se souvient de la
dernière page de son chef d’oeuvre,
Le dernier des Justes, consacré au
massacre des communautés juives
d’Europe : « Ainsi donc cette
histoire ne s’achèvera pas sur
quelque tombe à visiter en souvenir.
Car la fumée qui sort des
crématoires obéit tout comme une
autre aux lois physiques : les
particules s’assemblent et se
dispersent au vent, qui les pousse.
Le seul pèlerinage serait, estimable
lecteur, de regarder parfois un ciel
d’orage avec mélancolie. » Il est parti sur la pointe des
pieds, comme il avait vécu. Rien
d’étonnant, donc, si les jeunes
générations connaissent à peine son
nom et si les adolescents
d’après-guerre se souviennent de lui
comme de l’homme d’un seul livre, ce
Dernier des Justes qui s’imposa avec
évidence comme prix Goncourt 1959.
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L'Apocalypse
selon Jacob Taubes
Le Cavalier de l'Apocalypse, écorché
d'Honoré Fragonard, Ecole nationale
vétérinaire d'Alfort (Val-de-Marne).
P. FORGET/SAGAPHOTO.COM
 Lueurs d'espoirs face aux
lumières...
Y a-t-il une continuité entre
l'espérance eschatologique née dans
l'Antiquité et l'élan
révolutionnaire moderne ? La
traduction de deux ouvrages
importants permet de redécouvrir les
travaux de ce philosophe controversé
Un paradoxe habite l'oeuvre du
philosophe et théologien juif et
allemand Jacob Taubes (1923-1987),
qu'un remarquable effort de
traduction a fini par rendre enfin
accessible en français. Ce penseur,
dont la réflexion se confond avec
l'histoire de l'après-guerre, et qui
se revendiquait comme " archi-juif
", se montre étrangement peu loquace
sur la Shoah. Constat d'autant plus
bizarre qu'il incarne l'une des
ultimes figures du " Doktor Rabbiner
" que les pays de langue allemande
produisaient à foison avant
l'arrivée d'Hitler au pouvoir.
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La ruse de l’imprévisible
par Manuel NORVAT
 On
ne présente plus l’imprévisible : il s’invite par
définition sans prévenir. On peut seulement tenter de
l’approcher. En vérité, l’imprévisible nous apparaît
sous les aspects les plus incroyables du quotidien et de
l’imaginaire, sans compter les méditations savantes, peu
être trop savantes, ou encore les expressions
non-conventionnelles, et pas forcément iconoclastes, des
œuvres d’art que sont les installations. Les exemples
fourmillent : l’inopiné des tremblés de la terre ;
l’apparition d’un cheval à trois pattes ; une grève
générale en colonie de surconsommation ; les fureurs
poétiques des conteurs et autres tireurs de merveilles ;
les bougres-à-livres habités de « cadavres exquis » dans
un univers de baroque naturel (où de réel-merveilleux si
vous voulez) que nous criions tout bonnement créole ;
appellation dont nul peuple ne devrait détenir le
monopole. Et puis, l’imprévisible, d’universaux en lieu
commun, c’est bien là son paradoxe, cela devient du
réchauffé avec, à présent, le carême au mitan de
l’hivernage.
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La sociologie s'amuse
 Sociologie
Le bêtisier du sociologue Nathalie Heinich Éditeur : Klincksieck 160 pages / 14,25 € sur Résumé : Les sociologues ne sont pas exempts
de bêtises comme le souligne cet ouvrage qui
ne manquera pas de faire polémique.
Peut-on s'amuser en lisant un(e) sociologue
parlant de son quotidien professionnel ?
Assurément avec ce recueil portant sur des
erreurs de raisonnement pris dans le domaine
de la sociologie. Voilà une occasion de se
détendre en savourant le dernier ouvrage de
Nathalie Heinich, ou l'offrir, à l'approche
de Noël, à un collègue sociologue familier
des sorties de route professionnelles dans
l'espoir d'un pilotage plus sûr après sa
lecture. |
|
"
Fonder
la
sociologie
en
tant
que
science
"

Emile
Durkheim,
"
Les
Règles
de
la
méthode
sociologique
".
En
1895,
la
discipline
sociologique
n'a
encore
trouvé
ni
son
ancrage
universitaire
ni
son
canon
conceptuel.
Cet
ouvrage
va
fournir
l'un
et
l'autre
aux
chercheurs
français.
Dominique
Schnapper
explique
son
importance
pour
tous
ceux
qui
étudient
la
vie
en
commun
Les
Règles
de
la
méthode
sociologique
ont-elles
assuré
à la
sociologie
des
bases
solides
?
C'est
un
texte
qui
entend
fonder
la
sociologie
en
tant
que
science,
distinguée
de
la
psychologie
ou
de
l'économie.
Mais
l'ouvrage
doit
aussi
être
compris
et
lu
en
relation
avec
le
livre
que
Durkheim
avait
écrit
peu
de
temps
auparavant,
De
la
division
sociale
du
travail
(1893),
et
avec
celui
auquel
il
travaillait
tout
en
écrivant
LesRègles...,
Le
Suicide
(1897).
Dans
un
véritable
manifeste,
il a
voulu
formaliser
sa
pratique
de
sociologue
restée,
selon
lui,
implicite
dans
son
livre
précédent.
La
sociologie
doit
être
la
discipline
intellectuelle
susceptible
de
répondre
aux
problèmes
que
la
philosophie
politique
se
pose,
depuis
Aristote,
sur
l'organisation
des
hommes
en
société
et
sur
la
nature
des
hommes.
Comme
l'avait
déjà
avancé
Auguste
Comte,
l'expérience
des
cités
grecques
ne
suffit
plus
pour
penser
le
monde
de
la
modernité,
né
de
la
double
révolution
scientifique
et
démocratique.
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suite
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La
source
miraculeuse
et
autres
contes
des
Caraïbes
d’Olivier
Larizza,
éditions
Oskar
jeunesse,
Paris,
collection
« Contes
d’ici
et
d’ailleurs ».

Loin
d’être
un
genre
mineur,
le
conte
nous
renvoie
à
l’origine
de
la
transmission
orale,
lorsque
la
parole
constituait
encore
le
véhicule
de
l’information,
titillant
l’imaginaire
de
l’homme.
Olivier
Larizza,
écrivain
complet,
a
déjà
publié
dans
un
certain
nombre
de
domaines
de
la
littérature :
roman,
essai,
récit
de
sport,
ainsi
que
plusieurs
recueils
de
contes
(dont
« 24
contes
des
Antilles »
chez
Flammarion).
Oralité,
disions-nous,
et
nous
ne
pensions
pas
si
bien
dire
car
le
livre
le
présente
comme
parolier.
Soulignons
qu’il
se
trouve
accompagné
par
l’illustratrice
Florence
Koenig.
L’auteur
nous
rappelle,
fort
judicieusement,
que
le
conte
créole
était
dit
lors
des
veillées
mortuaires
afin
de
soutenir
la
famille
du
défunt,
laissant
place
aussi
à
l’au-delà
et
au
fantastique,
rajoutant
que
« sous
ses
airs
désinvoltes,
le
conte
aborde
donc
des
thèmes
sérieux ».
Force
est
de
constater
qu’Olivier
Larizza
excelle
dans
cet
art,
qui
demande
tout
de
même
une
sacrée
dextérité.
Il
s’affranchit
avec
talent
de
cet
exercice
de
haut
vol
qui
offre
à la
parole,
la
plénitude
de
sa
voix.
Dans
ces
histoires,
il
est
question
de
lapin
et
d’éléphant,
de
poisson-volant
et
de
« vaseux »,
de
« quimboiseurs »
(sorciers
pratiquant
le
vaudou)
de
ravets
(grands
cafards
volants),
de
commères
qui
jettent
des
sorts
« aux
puissants
grâce
à
des
pattes
de
poulet »,
de
zombis,
revenants
d’anciens
maîtres
qui
avaient
asservis
des
dizaines
d’esclaves,
de
criquets
et
d’un
drôle
de
Géronimo
qui
traite
un
énorme
porc
de
« gros
lard »,
ainsi
que
de
fontaine
de
jouvence…
On
revient
à ce
monde
magique
et
inquiétant
qui
se
consumait
par
l’alchimie
de
l’étrange.
L’ambiance
de
veillée
de
ce
livre
nous
offre
un
instant
de
merveilleux,
en
nous
rappelant
qu’avant
le
mot
était
la
parole
suspendue
à la
langue
de
ces
inquiétants
chamans
que
sont
les
conteurs.
ute;
par
l’illustratrice
Florence
Koenig.
L’auteur
nous
rappelle,
fort
judicieusement,
que
le
conte
créole
était
dit
lors
des
veillées
mortuaires
afin
de
soutenir
la
famille
du
défunt,
laissant
place
aussi
à
l’au-delà
et
au
fantastique,
rajoutant
que
« sous
ses
airs
désinvoltes,
le
conte
aborde
donc
des
thèmes
sérieux ».
Force
est
de
constater
qu’Olivier
Larizza
excelle
dans
cet
art,
qui
demande
tout
de
même
une
sacrée
dextérité.
Il
s’affranchit
avec
talent
de
cet
exercice
de
haut
vol
qui
offre
à la
parole,
la
plénitude
de
sa
voix.
Dans
ces
histoires,
il
est
question
de
lapin
et
d’éléphant,
de
poisson-volant
et
de
« vaseux »,
de
« quimboiseurs »
(sorciers
pratiquant
le
vaudou)
de
ravets
(grands
cafards
volants),
de
commères
qui
jettent
des
sorts
« aux
puissants
grâce
à
des
pattes
de
poulet »,
de
zombis,
revenants
d’anciens
maîtres
qui
avaient
asservis
des
dizaines
d’esclaves,
de
criquets
et
d’un
drôle
de
Géronimo
qui
traite
un
énorme
porc
de
« gros
lard »,
ainsi
que
de
fontaine
de
jouvence…
On
revient
à ce
monde
magique
et
inquiétant
qui
se
consumait
par
l’alchimie
de
l’étrange.
L’ambiance
de
veillée
de
ce
livre
nous
offre
un
instant
de
merveilleux,
en
nous
rappelant
qu’avant
le
mot
était
la
parole
suspendue
à la
langue
de
ces
inquiétants
chamans
que
sont
les
conteurs.
Laurent
BAYART
|
|
Le
déclin
de
l'Occident,
par
Thérèse
Delpech

Le
thème
du
déclin
de
l'Occident
est
utilisé
de
plus
en
plus
fréquemment
par
ceux
qui
cultivent
à
son
égard
ressentiment,
désir
de
revanche,
ou
franche
hostilité
:
c'est
le
cas
de
la
Russie,
dont
tous
les
Occidentaux
cultivés
intègrent
pourtant
le
génie
artistique
dans
le
patrimoine
occidental
; de
la
Chine,
qui
attend
son
moment
historique
avec
une
impatience
qu'elle
a du
mal
à
dissimuler
; ou
du
régime
de
Téhéran,
dépositaire
autoproclamé
d'une
mission
d'expansion
de
l'islam
dans
le
monde.
Quels
que
soient
les
arguments
utilisés
par
ces
pays,
ils
méritent
qu'on
leur
fasse
au
moins
une
concession
:
ils
disposent
pour
étayer
leur
thèse
de
solides
appuis,
et
notamment
de
la
répugnance
croissante
du
monde
occidental,
Etats-Unis
compris,
à
continuer
d'être
des
sujets
de
l'histoire.
En
revanche,
ces
adversaires
ignorent
une
chose
aussi
importante
que
ce
qu'ils
comprennent
: le
déclin
est
un
des
plus
grands
thèmes
de
la
culture
occidentale,
depuis
le
récit
d'Hésiode
Les
Travaux
et
les
Jours
à
l'orée
de
la
civilisation
grecque,
jusqu'à
l'ouvrage,
médiocre
celui-ci
mais
beaucoup
plus
connu,
d'Oswald
Spengler
au
début
du
XXe
siècle
Le
Déclin
de
l'Occident.
Lire
la
suite
|
|
L'Interallié
attribué
à
Yannick
Haenel
pour
«Jan
Karski»
Fin
de
la
saison
des
prix
littéraires
avec
ce
roman
sur
la
transmission
et
les
relations
entre
fiction
et
Shoah,
déjà
beau
succès
en
librairie.
Le prix Interallié, qui clôt la saison des prix littéraires, a été attribué mardi à Yannick Haenel pour
Jan Karski (Gallimard), récompensé au 4e tour par 6 voix contre 5 à Bernard Chapuis pour Le rêve entouré d'eau.
D'abord professeur de français, Yannick Haenel, 42 ans, co-anime la revue de recherche littéraire
Ligne de risque. Il est notamment l'auteur d'Introduction à la mort française (2001) et de
Evoluer parmi les avalanches
(2003). Cercle, son précédent roman a obtenu en 2007 le prix Décembre et le prix Roger Nimier. Le narrateur, double de l'auteur, décidait un matin de ne pas se rendre à son travail et de dire «non» à une vie rétrécie.
Dans
Jan Karski, il évoque une figure de la résistance polonaise au nazisme, avec un récit qui tient à la fois du documentaire et de la fiction. Héros tragique et méconnu hors de Pologne, Karski tenta sans succès d'alerter l'Occident sur l'extermination des Juifs de l'est de l'Europe.
Salué pour ses qualités formelles, le livre a suscité un débat sur les conditions dans lesquelles un auteur peut mêler fiction et réalité. Le livre avait d'ailleurs été retenu en septembre par le jury du Prix Médicis dans la catégorie Essais.
A écouter sur Liberation.fr,
un extrait lu par l'auteur, et à lire,
une interview.
(Source AFP)
|
|
Marie
Ndiaye
prend
les
gens
pour
des
cons
Sur
le
site
Stalker,
Jean-Gérard
Lapacherie
livre
son
point
de
vue
sur
le
roman
qui
a
valu
à
Marie
NDiaye
d'obtenir
le
Goncourt.
Féroce
!
Il
est
de
notoriété
publique
que
les
membres
de
l’Académie
Goncourt
priment
chaque
année
un
livre,
non
pas
parce
qu’il
serait
«bon»,
mais
en
fonction
de
considérations
financières
ou
de
vanité
éditoriale,
ce
qui
explique
qu’en
un
peu
plus
d’un
siècle,
n’aient
été
primés
que
des
navets,
qui
sont,
ironie
de
la
chose,
à
l’image
de
ces
académiciens.
Certes,
les
navets
se
vendent
bien.
Mais
alors
pourquoi
ne
pas
laisser
aux
représentants
des
organisations
de
maraîchers
le
soin
de
choisir
le
plus
beau
navet
?
Ils
feraient
un
meilleur
choix
que
les
dix
de
chez
Drouant.
Le
seul
intérêt
que
la
littérature
retire
de
ces
mômeries,
et
qui
n’est
pas
mince,
est
que
l’argent
des
navets
sert
à
éditer
des
écrivains
qui
ne
font
pas
dans
la
tératologie
navetière.
Lire
la
suite
|
|
Capitalisme
"
made
in
China
"

Pour
l'économiste
Giovanni
Arrighi,
le
nouveau
modèle
chinois
emprunte
beaucoup
à la
théorie
d'Adam
Smith,
selon
laquelle
le
marché
constitue
un
instrument
de
gouvernement.
Avantage
décisif
par
rapport
aux
Etats-Unis
?
Un
court
passage
au
Japon,
une
rencontre
avec
les
dirigeants
du
Forum
de
coopération
Asie-Pacifique
(APEC)
à
Singapour,
une
étape-clé
en
Chine
et
un
saut
en
Corée
du
Sud...
Le
voyage
que
Barack
Obama
vient
d'effectuer
en
Asie
illustre
à
merveille
le
nouvel
équilibre
du
monde
que
l'économiste
Giovanni
Arrighi
décrit
dans
son
dernier
essai,
Adam
Smith
à
Pékin.
Ignoré
jusqu'alors
par
les
éditeurs
français,
Giovanni
Arrighi
est
un
universitaire
italien
né
en
1937
qui,
après
un
séjour
dans
la
Rhodésie
raciste
des
années
1960,
puis
en
Tanzanie,
milite
au
sein
de
la
gauche
italienne
dans
les
années
1970
avant
de
partir
aux
Etats-Unis.
Spécialiste
de
l'économie
politique,
il
rejoint
en
1979
le
Centre
Fernand
Braudel
pour
l'étude
de
l'économie
des
systèmes
historiques
et
des
civilisations,
que
dirige,
à
New
York,
son
ami
Immanuel
Wallerstein,
avant
d'enseigner
la
sociologie
à la
John
Hopkins
University
(Maryland).
On
lui
doit
trois
oeuvres
majeures
:
The
Long
Twentieth
Century
(1994),
Chaos
and
Governance
in
the
Modern
World
System
(1999)
et
Adam
Smith
in
Beijing
(2007),
le
seul,
donc,
à
être
traduit
en
français,
quelques
mois
après
la
mort
de
l'auteur,
décédé
en
juin.
Lire
la
suite
|
|
La
peur
de
l'homme
nu
L'anthropologue
Julien
Bonhomme
décrypte
avec
brio
la
diffusion
de
la
rumeur
des
"
voleurs
de
sexe
" au
Gabon

Si
l'anthropologie
donne
maintenant
lieu
à de
grandes
commémorations
officielles,
elle
n'en
demeure
pas
moins
capable
de
se
saisir
de
petites
questions
excitantes.
Elle
porte
son
regard
sur
des
faits
insolites
et
conduit
à
les
penser
autrement,
prolongeant
l'excitation
de
départ
en
stimulation
intellectuelle.
Elle
dispose
pour
cela
de
deux
"
techniques
de
dépaysement
",
pour
reprendre
une
formule
de
Claude
Lévi-Strauss
:
l'enquête
de
terrain,
qui
implique
l'immersion
longue
dans
un
lieu,
et
le
déplacement
contrôlé,
qui
permet
la
généralisation
par
comparaison
avec
d'autres
sites.
Prenons
un
jeune
ethnologue
et
une
nouvelle
affriolante.
Julien
Bonhomme
a
fait
sa
thèse
sur
l'initiation
rituelle
au
Gabon.
Alors
qu'il
se
trouve
sur
le
terrain,
en
2001,
il
découvre
ce
titre
dans
un
quotidien
local
: "
Les
"voleurs
de
sexe"
plongent
Port-Gentil
dans
la
psychose.
"
Lire
la
suite
|
|
Une
certaine
idée
de
la
démocratie
Une
nouvelle
traduction
permet
de
redécouvrir
la
philosophie
politique
de
John
Stuart
Mill,
dont
certaines
propositions
sont
d'une
grande
modernité

Dans
la
catégorie
"
méconnus
célèbres
",
John
Stuart
Mill
(1806-1873)
occupe
en
France
une
place
de
choix.
Bien
qu'il
figure
dans
la
liste
officielle
des
auteurs
du
baccalauréat,
mieux
vaut
ne
pas
imaginer
ce
que
pourrait
donner
une
interro
écrite
dans
le
grand
public,
même
cultivé.
Si
l'on
connaît
son
nom,
si
on
l'associe
à
l'utilitarisme,
à
l'économie
politique
ou à
l'émancipation
des
femmes,
le
fait
est
qu'on
le
lit
assez
peu.
Pire
: on
ignore
trop
souvent
l'ampleur
et
la
puissance
de
son
oeuvre.
Pourtant,
dans
le
monde
anglophone,
sa
culture
et
son
intelligence,
hors
norme
toutes
deux,
ont
marqué
la
seconde
moitié
du
XIXe
siècle,
et
conservent
toujours
une
forte
influence.
En
témoignent
les
nombreuses
études
qui
lui
sont
consacrées
et
la
récente
réédition,
en
33
volumes,
du
texte
anglais
de
ses
Œuvres
complètes
(1).
Le
contraste
est
net
avec
le
versant
francophone
:
peu
d'ouvrages
disponibles,
un
penseur
aux
traits
vagues,
gris,
estompés.
En
réalité,
pourtant,
John
Stuart
Mill
est
une
figure
très
étonnante.
Avant
même
sa
naissance,
les
rouages
de
la
philosophie
s'emparèrent
de
son
destin
:
James
Mill,
son
père,
Jeremy
Bentham,
son
parrain,
et
David
Ricardo
se
sont
ligués
pour
faire
de
cet
enfant
un
génie,
fruit
de
l'éducation
inspirée
par
leurs
doctrines.
Lire
la
suite
|
|
Quand
les
homosexuels
sortaient
de
l'ombre
Julian
Jackson
retrace
l'histoire
du
mouvement
Arcadie,
né à
Paris
au
lendemain
de
la
deuxième
guerre
mondiale

Pour
beaucoup
d'homosexuels,
Arcadie
évoque
le
souvenir
un
peu
désuet
d'un
club
aux
accents
moralisateurs
qui
fut,
dans
l'après-guerre,
la
seule
expression
de
ceux
que
l'on
a
longtemps
appelés
les
"
invertis
".
Réunis
dans
un
salon
parisien
- le
seul
où
les
hommes
pouvaient
danser
ensemble
-,
les
"
Arcadiens
"
assistaient
à
des
conférences
sur
le "
couple
homophile
",
se
faisaient
dédicacer
des
livres
de
Roger
Peyrefitte
ou
écoutaient
les
sermons
enflammés
du
fondateur
du
mouvement,
André
Baudry,
un
professeur
de
philosophie
qui
avait
failli
entrer
dans
les
ordres.
Pour
les
gays
radicaux
et
exubérants
des
années
1970,
Arcadie
incarnait
l'"
homosexualité
de
papa
".
lire
la
suite
|
|
Il
n'existe
pas
d'amour
libre
par
Jean
Sévillia
 Dans
«Le
Paradoxe
amoureux»,
le
philosophe
Pascal
Bruckner,
en
ex
de
Mai
68,
explore
le
nouveau
visage
du
sentiment
amoureux,
pendant
qu'un
groupe
d'historiens
se
penche
sur
l'institution
du
mariage.
De
Roman
Polanski
à
Frédéric
Mitterrand,
de
récentes
affaires
ont
illustré
combien,
en
dépit
du
bouleversement
des
mœurs,
il
est
impossible
de
cantonner
la
vie
amoureuse
au
strict
plan
privé.
Rien
d'étonnant
à
cela
:
l'amour,
étant
un
lien
entre
individus,
possède
par
nature
une
dimension
sociale.
Et
cette
dimension
appelle
des
règles,
des
codes
et
des
lois,
fût-ce
pour
les
transgresser.
C'est
donc
avec
raison
que
Pascal
Bruckner,
dans
son
dernier
essai
(1),
relève
un
paradoxe
:
«Les
années
60-70
auront
accouché
de
cette
étrangeté
conceptuelle,
l'amour
libre.»
L'amour
libre,
précise-t-il,
c'est
un
oxymore
:
l'amour
attache,
alors
que
la
liberté
sépare.
Comment
résoudre
cette
contradiction
?
L'auteur
s'emploie
à
répondre
à la
question,
reprenant
à
frais
nouveaux
un
sujet
exploré
en
1977,
dans
un
ouvrage
coécrit
avec
Alain
Finkielkraut
(Le
Nouveau
Désordre
amoureux).
Depuis
cette
date,
cependant,
la
société
a
changé,
et
Bruckner
lui-même
a
connu
quelques
désenchantements.
Lire
la
suite
|
|
Mathias
Zschokke
obtient
le
Fémina
"étranger"
Pour
son
roman
"Maurice
à la
poule".
Dans
la
catégorie
des
essais,
le
prix
va à
Michelle
Perrot
pour
Histoire
de
chambres.
Nouvelle
victoire
pour
Gallimard
qui
remporte,
ce
lundi
9
novembre,
via
sa
filiale
Le
Mercure
de
France,
le
prix
Femina
avec
Gwenaëlle
Aubry
pour
Personne
(Mercure
de
France),
a
annoncé
ce
lundi
le
jury. Gwenaëlle
Aubry
a
été
récompensée
au
2è
tour
avec
7
voix,
Brigitte
Giraud
pour
Une
année
étrangère
(Stock)
et
Yannick
Haenel
pour
Jan
Karski
(Gallimard)
ont
obtenu
des
voix,
a
indiqué
le
jury.
Le
prix
Femina
du
roman
étranger
est
revenu
à
l’Allemand
Mathias
Zschokke
pour
Maurice
à la
poule
(Zoé)
et
celui
de
l’essai
à
Michèle
Perrot
pour
Histoire
de
chambres
(Seuil),
a
annoncé
le
jury.
Gwenaëlle
Aubry,
née
en
1971,
est
l’auteur
de
plusieurs
romans
et
récits,
dont
Le
diable
détacheur
(1999),
L’isolée
(2002),
L’isolement
(2003)
et
Notre
vie
s’use
en
transfiguration
(2007).
A la
fois
roman
et
récit
familial,
«Personne»
est
le
portrait
du
père
psychotique
de
la
romancière,
un
homme
qui
n’a
«jamais
fait
bloc
avec
lui-même».
A sa
mort,
Gwenaëlle
Aubry
a
découvert
dans
des
cartons
des
cahiers
et
manuscrits
dans
lesquels
son
père,
brillant
juriste,
racontait
l’histoire
de
sa
maladie.
A
partie
de
ce
matériel
brut,
elle
a
écrit
un
portrait
en
forme
d’alphabet,
de A
comme
Antonin
Artaud
à Z
comme
Zelig.
(Source
AFP)
|
Le
prix
Femina
décerné
à
Gwenaëlle
Aubry
Elle
est
récompensée
pour
son
roman
Personne.Au
nom
du
père
On
dit
qu'à
Tokyo,
sur
la
tombe
du
cinéaste
Ozu,
n'est
gravé
qu'un
signe,
un
idéogramme
chinois
qui
signifie
«
rien
». A
Paris,
le
plus
beau
livre
de
cet
automne
romanesque,
legs
d'une
fille
à
son
père
disparu
dans
les
méandres
de
sa
folie,
est
aussi
un
tombeau.
Il
s'intitule
Personne.
Rien
ni
personne,
donc,
si
ce
n'est
sans
doute
un
immense
désastre
et
une
infinie
beauté.
François-Xavier
Aubry,
brillant
juriste,
professeur
à la
Sorbonne,
spécialiste
incontesté
de
la
décentralisation,
était
un
garçon
bien
né
et
qui
ne
sut
pas
vivre.
Cet
homme,
dont
l'absence
à
soi
et
aux
siens
fut
la
seule
constance,
souffrait
de
ce
que
les
psychiatres
appelleraient
une
psychose
maniaco-dépressive.
La
littérature,
qui
sait
des
choses
qu'ignore
la
médecine
(les
abîmes,
les
ombres...),
lui
préfère
le
mot
de
mélancolie.
Celle
d'un
égaré,
colonisé
par
les
doubles
qu'il
s'invente
(fils
de
roi,
espion,
James
Bond,
Prince
Eric...)
et
incapable
de
faire
se
rejoindre
son
identité
délétère
et
la
force
des
désirs
d'autrui
envers
lui.
Vivre
le
tue.
Gwenaëlle
Aubry,
sa
fille,
nous
le
rend,
nous
rend
ses
souffrances,
sa
volonté
d'expulser
le
réel
jusqu'à
le
rendre
insupportable,
et
son
chagrin
à
elle,
sa
colère,
tamisés
par
une
écriture
où
domine,
in
fine,
non
l'apaisement,
mais
la
douceur.
L'égarement
des
pères
qui
ne
surent
être
autre
chose
que
des
fils,
la
crainte
et
l'amour
de
leurs
filles,
ces
histoires-là
ne
nous
regardent
sans
doute
pas.
Celle-ci
nous
bouleverse.
OLIVIER
MONY 16/10/2009
Le
figaro
|
|
Le
prix
Médicis
à
Danny
Laferrière

Le
prix
Médicis
2009
du
roman
a
été
attribué
à
l'écrivain
canadien
d'origine
haïtienne
Danny
Laferrière
pour
"L'énigme
du
retour"
(Grasset),
a
annoncé
aujourd'hui
le
jury.
Dany
Laferrière
a
été
récompensé
au
1er
tour
par
4
voix
contre
une
voix
à
Alain
Blottière
pour
le
"Le
tombeau
de
Tommy".
Le
prix
du
roman
étranger
a
été
attribué
à
Dave
Eggers
pour
"Le
grand
quoi"
(Gallimard)
au
1er
tour
à
l'unanimité.
Le
Médicis
Essais
est
venu
récompenser
Alain
Ferry
pour
"Mémoire
d'un
fou
d'Emma"
(Seuil).
Dany
Laferrière,
est
né
en
1953
à
Port-au-Prince
et
vit
entre
Montréal
et
Miami.
Intellectuel
lié
à
l'espace
nord-américain,
il
est
à la
fois
romancier,
essayiste,
scénariste
et
cinéaste.
Son
oeuvre
pose
la
question
de
l'identité
et
de
l'exil.
Dany
Laferrière
a
publié
depuis
une
vingtaine
de
livres,
dont
"Cette
grenade
dans
la
main
du
jeune
Nègre
est-elle
une
arme
ou
un
fruit
?",
prix
RFO
2002,
"Pays
sans
chapeau"
ou
"Vers
le
sud"
(2006),
également
adapté
au
cinéma.
|
|
Identité
nationale
ou
identité
républicaine ? par
Jacky
Dahomay
La
proposition
d’Eric
Besson
d’ouvrir
un
débat
organisé
par
l’Etat
sur
l’identité
nationale,
est
bien
évidemment
inacceptable.
Car,
d’une
part,
il
n’appartient
pas
à
l’Etat
de
vouloir
gouverner
un
mouvement
dont
la
dynamique
appartient
surtout
à la
société
civile.
Pourquoi
donc
faudrait-il
que
l’Etat
dirige
le
débat
sur
l’identité
française,
avec
contrôle
des
préfectures
de
surcroit ?
Quel
est
le
sens
de
cette
police
du
débat ?
D’autre
part,
l’insolite
ministre,
venu
de
la
gauche,
qui
a
pour
tache
surprenante
d’administrer
l’identité
nationale,
s’arrange,
dans
ses
propos
et
propositions,
pour
réduire
l’identité
collective
à
l’identité
nationale,
oblitérant
ainsi
la
conception
républicaine
de
l’identité.
Il
rejoint
par
là
une
tradition
nationaliste
antirépublicaine,
celle
de
l’extrême-droite
française.
Or,
tout
nationalisme,
quel
qu’il
soit
et
d’où
qu’il
soit,
pense
l’unité
de
la
nation
de
façon
totalitaire
en
lui
donnant
une
unité
substantielle,
une
racine
unique,
introuvables
par
ailleurs.
Le
nationalisme
postule
une
unité
entre
identité
culturelle
et
identité
politique,
refuse
la
tension
nécessaire
qui
existe
forcément
entre
les
deux,
et
l’éloge
des
« valeurs
françaises »
n’est
rien
d’autre
que
l’apologie
des
valeurs
culturelles
de
la
majorité
des
Français
dit
de
souche.
Le
nationalisme
a
donc
en
horreur
la
diversité
et
il
lui
est
nécessaire,
soit
d’assimiler
soit
d’exclure.
Surtout,
il
lui
faut
constamment
un
bouc
émissaire,
hier
le
Juif,
aujourd’hui
l’immigré.
Toute
affirmation
d’une
« mêmeté »
qui
exclut
la
diversité
est
toujours
du
cannibalisme
de
l’autre.
Certes
les
sarkozystes
jureront
qu’ils
sont
pour
les
principes
républicains,
qu’ils
ont
même
des
ministres
issus
de
la
diversité,
tout
en
contredisant
de
tels
principes
dans
leurs
pratiques
étatiques
et
administratives
quotidiennes.
Telle
est
leur
ruse.
Lire
la
suite
|
|
par
Patrick
Chamoiseau
Ecrit
en
1781
pour
dénoncer
une
pratique
qui
ne
sera
définitivement
abolie
par
la
France
qu'en
1848,
ce
texte
témoigne,
selon
l'écrivain
martiniquais
Patrick
Chamoiseau,
de
la
clairvoyance
du
philosophe,
qui
sut
s'affranchir
des
structures
de
l'imaginaire
dominant
Dans
quelles
circonstances
avez-vous
découvert
ce
texte
?
C'est
une
découverte
un
peu
neutralisée,
comme
le
système
scolaire
sait
en
produire.
Un
extrait
quelconque
dans
un
cours
d'histoire
ou
de
philo,
je
ne
sais
plus
très
bien.
Mais,
en
ce
temps,
je
n'avais
pas
de
problématique
particulière.
L'humanisme
des
Lumières,
pour
moi,
restait
quelque
chose
d'un
peu
désincarné,
en
tout
cas
pas
directement
fonctionnel.
Plus
tard,
les
livres
se
sont
réveillés,
et
je
n'arrête
pas
de
m'émerveiller
de
la
clairvoyance
de
ces
esprits
magnifiques.
Malgré
des
aveuglements
liés
à
leur
époque,
ils
sont
étonnants
de
lucidité
et
surtout
de
générosité.
Et
puis
cette
capacité
à
sortir
de
soi,
de
sa
quiétude
et
de
sa
prééminence,
pour
s'ouvrir
à
une
altérité,
lointaine,
invisible,
incompréhensible
ou
méprisable...
C'est
mon
angoisse
quotidienne
que
de
me
demander
sur
quoi
je
suis
aveugle,
quel
est
le
grand
crime
actuel
que
je
ne
dénonce
pas,
dont
je
m'accommode...
Lire
la
suite |
|
Renaudot
2009
Sous
le
capot
de
Frédéric
Beigbeder
«Un
roman
français»,
autobio
complaisante
du
plus
célèbre
des
gardés
à
vue. Par
PHILIPPE
LANÇON Frédéric
Beigbeder
Un
roman
français
Grasset,
282
pp.,
18
euros.
Il y
a
deux
sortes
de
complaisance.
L’une
consiste
à se
peindre
à
son
avantage
;
l’autre,
à
son
désavantage.
Si
les
deux
sont
également
pénibles,
il
n’est
pas
certain
que
la
seconde
soit
la
plus
profonde,
mais
c’est
la
plus
orgueilleuse
et
la
plus
à la
mode
:
tout
le
mal
qu’une
célébrité
(ou
se
croyant
telle)
dit
d’elle-même
alimente
son
compte
en
bien
par
la
modestie
qu’il
suppose,
et
qui
est
généralement
aussi
fausse
qu’un
assignat.
Comme
Frédéric
Beigbeder
est
un
homme
à la
mode,
c’est
cette
solution-ci
qu’il
choisit
pour
évoquer,
dans
Un
roman
français,
son
histoire
familiale
et
son
enfance.
Du
moins,
apparemment.
Lire
la
suite
|
|
Prix
Goncourt
2009
NDiaye,
la
soif
des
maux

«Trois
Femmes
puissantes»,
trois
destins
entre
la
France
et
le
Sénégal.
Par
Claire
Devarrieux
Marie
NDiaye
Trois
Femmes
puissantes
Gallimard,
316
pp.,
19
euros.
Le
mal
est
toujours
un
bon
sujet
de
roman,
c’est
le
sujet
préféré
de
Marie
NDiaye
qui
n’a
pas
écrit
que
de
très
bons
romans,
elle
a
aussi
écrit
des
pièces
de
théâtre.
Papa
doit
manger
(Minuit,
2003),
avec
quoi
elle
est
entrée
au
répertoire
de
la
Comédie
française,
est
d’ailleurs
le
texte
qui
évoque
le
plus
son
nouveau
livre,
Trois
Femmes
puissantes.
Dans
les
deux
cas,
il
est
question
de
peaux
noires
et
blanches,
de
malentendu
induit
par
ces
couleurs.
Et
puis
il y
est
question
de
manquement
paternel
: le
père
absent
effectue
un
détestable
retour
en
force
dans
la
vie
de
ses
filles,
qu’il
ne
trouve
pas
trop
à
son
goût.
Tel
est
l’argument
de
la
pièce
et,
ici,
de
la
première
histoire.
Lire
la
suite
Télécharger
un
extrait
de
“Trois
Femmes
puissantes”,
de
Marie
Ndiaye
|
|

Aimé
Césaire
Précurseur
d’une
métamorphose Tracé d’une
aliénation
par
Rodolf
Etienne
Lire
la
suite
|
|
André
Schwarz-Bart,
le
Juif
de
nulle
part
Par
Francine
Kaufmann
André
Schwarz-Bart
a
choisi
de
ne
laisser
de
son
passage
charnel
sur
cette
terre
qu’un
mince
filet
de
fumée
blanche
et
quelques
cendres.
Il a
été
incinéré
au
lendemain
de
Kippour,
le 3
octobre
2006,
sur
l’île
de
Grande-Terre,
dans
cette
Guadeloupe
qu’il
avait
choisie
pour
demeure.
On
se
souvient
de
la
dernière
page
de
son
chef
d’oeuvre,
Le
dernier
des
Justes,
consacré
au
massacre
des
communautés
juives
d’Europe
: «
Ainsi
donc
cette
histoire
ne
s’achèvera
pas
sur
quelque
tombe
à
visiter
en
souvenir.
Car
la
fumée
qui
sort
des
crématoires
obéit
tout
comme
une
autre
aux
lois
physiques
:
les
particules
s’assemblent
et
se
dispersent
au
vent,
qui
les
pousse.
Le
seul
pèlerinage
serait,
estimable
lecteur,
de
regarder
parfois
un
ciel
d’orage
avec
mélancolie.
» Il
est
parti
sur
la
pointe
des
pieds,
comme
il
avait
vécu.
Rien
d’étonnant,
donc,
si
les
jeunes
générations
connaissent
à
peine
son
nom
et
si
les
adolescents
d’après-guerre
se
souviennent
de
lui
comme
de
l’homme
d’un
seul
livre,
ce
Dernier
des
Justes
qui
s’imposa
avec
évidence
comme
prix
Goncourt
1959.
Lire
la
suite |
L'adieu à la vie
par Yann Moix

Voici, pour la fin du monde, le livre le
plus noir des dix dernières années. Un monument de
cendres post-11 Septembre, fait de vieillesse et de
peur de la mort, mais dont le sujet n'est pas
seulement l'incontinence ou l'impuissance de Nathan
Zuckerman, le narrateur. C'est une cathédrale
détruite, dont le chœur est l'humiliation.
L'humiliation est un des plus grands sujets
littéraires qui soit, et le plus grand, le plus beau
peut-être : regardez Stendhal, Bloy, Kraus. Est
humilié, bien sûr, celui qui, après avoir écrit des
livres inoubliables, est condamné à porter des
couches-culottes. Mais est humilié, d'abord, l'homme
entouré de livres et possédé par la pensée,
condamné, de retour à New York, c'est-à-dire au
monde et au présent, à vivre dans les enfers d'une
autre incontinence : celle de la brutalité
consommatrice, de la vitesse abrutie des shows ;
d'une autre impuissance : celle à concevoir des
dieux lucides, créatifs, et tournés vers la mémoire,
l'art.
Lire la suite |
Prix Nobel de
littérature
Herta Müller, du Banat
roumain à Hambourg
" Nous sommes partis de chez nous avec
notre tête, mais avec nos pieds nous
sommes encore dans un autre village. "
Un art de la fugue.

À
sa parution en français (1988), juste
après l’arrivée d’Herta Müller en
Allemagne (mars 1987), l’Homme est un
grand faisan sur terre avait été pour le
public français une révélation. Celui-ci
découvrait des vérités cachées sur une
minorité allemande, les Souabes de la
Roumanie " communiste ", et un auteur
doué d’un style incomparable, qui
creusait toutes les possibilités
d’expression d’une naïveté acide. Six
ans auparavant, Herta Müller avait
déchaîné les colères et les tracasseries
de la Securitate et de ses instruments
en publiant Niederungen, une chronique
impitoyable d’un village, d’une famille,
d’une enfance traumatisée du Banat,
province roumaine peuplée d’Allemands
installés dans cette région danubienne
depuis sa reconquête au XVIIIe siècle
par le régime habsbourgeois ; la
chronique d’un monde marqué par la peur
et la haine, l’intolérance et la
violence, d’un monde retardataire,
rétrograde, muselé par un catholicisme
putride et superstitieux, sur fond de
gestion politique et économique
calamiteuse pratiquée par un régime "
communiste " corrompu ; de répressions
et de survivance d’un passé fasciste à
peine déguisé. Si la presse de langue
allemande locale imprimée à Timisoara
cria à la diffamation, la critique
occidentale (ouest-allemande) chanta les
mérites d’un écrivain qui faisait sortir
sa province de son localisme étroit.
Lire la suite
|
"Une
vie»
de
Gerald
Martin
-
Cette
biographie
de
Gabo
a
nécessité
dix-sept
années
de
travail.
 En
1957,
Gabriel
Garcia
Marquez
est
à
Paris.
Il
vit
dans
la
dèche,
inconnu,
désespéré
de
ne
pouvoir
s'adonner
à ce
vice
impuni,
l'écriture.
Il
erre
dans
les
milieux
latinos
du
Quartier
latin.
Un
jour,
il
croise
un
colosse
barbu
qui
porte
jean
et
chemise
de
bûcheron
et
une
casquette
de
base-ball.
C'est
Ernest
Hemingway,
son
idole,
qu'il
apostrophe :
«Maestro !»
L'écrivain
lève
la
main
et
lui
répond d'une
voix
juvénile :
«Adios,
amigo !»
L'anecdote
comme
tant
d'autres
est
rapportée
par
le
biographe
de
Garcia
Marquez,
Gerald
Martin,
dans
un
ouvrage
dont
le
titre,
Une
vie,
à la
sobriété
«maupassante»,
dit
mal
l'abondance
de
faits
et
d'analyses
qu'il
contient
de
bout
en
bout.
Lire
la
suite
|
|
Pour le gagnant, concrètement, cela signifie empocher près de 1,3 million de dollars. Belle somme, certes, mais au-delà, les bénéfices sont plus nébuleux.
> Cet article a été publié le 8 octobre sur le site internet de
Newsweek
Que signifie exactement de remporter le prix Nobel de littérature ? Pour le gagnant, concrètement, cela signifie empocher près de 1,3 million de dollars. Belle somme, certes, mais au-delà, les bénéfices sont plus nébuleux. Si vous vous languissiez jusque-là dans une semi-obscurité, le prix vous rapportera une brève période de célébrité instantanée, au cours de laquelle la critique va rattraper son retard sur votre œuvre et les éditeurs assez chanceux pour avoir acquis en des temps plus maigres les droits de vos ouvrages se précipitent pour les faire éditer, s’ils ne le sont pas déjà.
Lire la suite
|
|
La
mort
du
grand
auteur
dramatique
jamaïcain
Trevor
Rhone
Rhone
-
voice
of
the
ordinary
Jamaican
by
Michael
Reckord*

The
late
multi-talented
theatre
practitioner
Trevor
Rhone
was
planning
at
least
a
couple
of
big
projects
before
he
died
of a
massive
heart
attack
on
Tuesday.
One
was
a
December
production
of
his
most
admired
play,
Old
Story
Time.
The
other
was
the
formation
of a
standing
company
of
actors
whose
repertory
would
be
Rhone’s
plays
and
who
would
be
able
to
play
anywhere
in
the
world
at
short
notice.
This
the
Sunday
Gleaner
learnt
from
Director
of
Studies
at
the
School
of
Drama
Eugene
Williams
the
day
after
Rhone,
an
internationally
acclaimed
playwright,
producer,
director,
actor,
screenwriter
and
teacher,
died,
aged
69.
He
had
suffered
a
minor
heart
attack
some
years
ago.
*Reckord
est
un
des
critiques
de
théâtre
le
plus
important
en
Jamaïque,
Il a
publie
ses
commentaires
dans
The
Gleaner
pendant
de
nombreuses
années.
Il
est
aussi
membre
de
l'Association
des
critiques
de
théâtre
de
la
Caraïbe
affiliée
à
l'Association
internationale
des
critiques
de
théâtre
(AICT).
Lire
la
suite
|
NDiaye: La cause des femmes
Norah, Fanta, Khady... Trois histoires entre France et Sénégal, trois combats... Un événement littéraire tant par le style que par la force du propos.
Trois
femmes
puissantes,
de
Marie
NDiaye,
Gallimard,
320
p.,
19
euros.
Elle
est
une
écriture
de
soie
froissée,
précieuse
et
provocante,
bâtissant
un
monde
d’âmes
murées.
C’est
son
style.
Elle
hurle
des
chuchotements,
elle
chuchote
des
hurlements.
La
romancière
Marie
NDiaye
compose
une
œuvre
engagée
sur
une
société
désengagée.
Lutte
des
classes,
des
origines,
des
âges,
des
sentiments.
Affrontements
entre
riches
et
pauvres,
parents
et
enfants.
Ecrivain
de
la
marginalité
et
de
la
normalité,
de
la
bonté
et
de
la
cruauté.
Elle
dresse
trois
portraits
de
femmes.
Elles
ne
sont
rien
socialement;
elles
sont
tout
humainement.
Le
malheur
grignote
leur
peau
sans
réussir
à
atteindre
leur
noyau.
Elles
persistent
et
résistent
sous
une
pluie
de
coups
du
sort.
Lire
la
suite
|
|
« Le Tremble »
de Denise Bernhardt
La forêt est si dense Que les chemins serpentaires Se coulent sous les feuillages Et des berceaux de lumière Ont fait leurs nids dans les ronciers. Le tremble des acacias Veillera sur nos étreintes blotties Sous les surgeons des châtaigniers. Viens, l'herbe est si douce Et ton sexe de jeune daguet Se fait velours sous mes doigts.
lire
la
suite
du
poème |
|
« Avec
Franz
Fanon :
percevoir,
écouter,
écrire,
dire
l’humain. »

De
nombreux
mots
pour
dire
que
les
textes
de
Franz
Fanon,
ceux
que
chaque
lectrice,
lecteur,
rencontre
en
librairie,
en
bibliothèque,
en
discussion,
témoignent
d’une
vive
perception,
écoute,
écriture,
et
diction
des
violences
et
silences,
impunités,
qui,
à
travers
les
séparations,
apartheids,
mises
à
l’écart,
viols,
forclusions,
destitutions
structurales
et
singulières
des
civilités,
ont
marqué
l’histoire,
les
sociétés,
les
individus
d’aujourd’hui,
ne
laissant
nulle
personne
contemporaine,
enfants,
nouveaux-nés,
femmes,
hommes,
personnes
agées,
nulle
formation
politique,
dictature,
tyrannie,
démocratie,
république,
à
l’abri
des
conséquences
et
reconstructions
mémorielles
et
historiques
qu’exigent
de
telles
destructions
et
exclusions
historico-
psychiques.
Individus
et
sociétés
sont
marquées
à la
surface
d’eux-mêmes,
d’elles-mêmes
et
dans
les
profondeurs,
strates,
couches,
de
cette
réalité
historique
et
psychique
liée :
celle-ci
étant
plurielle,
multiple,
de
surface
lisible
ou
dite,
par
exemple,
par
la
mise
en
ghettos,
les
différences
territoriales
de
logements,
de
salubrité,
les
stigmatisations
langagières
et
coutumières,
les
différences
affirmées
par
la
richesse
et
la
pauvreté,
les
accès
ou
non
aux
soins,
à la
culture,
auc
cultures,
les
mises
en
retard,
en
question,
refus,
des
langues,
leurs
acquisitions
bénéfiques
et
différenciées,
les
ostracismes
et
anathèmes
raciaux
sous
des
légitimations
religieuses
porteuses
de
pensées,
idéologies
faillibles,
les
mises
à
mort
et
enfermements
dits
exemplaires,
les
destitutions
et
inégalités
des
représentations
et
histoires,
les
perturbations
et
aliénations
de
soi
par
des
représentations
et
affirmations,
dominations
issues
de
l’Autre
par
introjection
et
précipitation
du
bourreau,
du
justicier,
du
vengeur
héroïque,
d’un
maitre,
essentiellement
dominateur
et
cruel,
entrainant
abandon
et
chute,
détresse
de
ce
que
serait
une
prise
en
compte
affirmation
et
protection
de
l’humain.
|
|
Fragments
d’une
enfance
saintoise,
Récit.
Raymond
JOYEUX,
Editions
«
Les
Ateliers
de
la
Lucarne
»,
Terre
de
Haut,
2009.
Raymond
JOYEUX
n’est
pas
un
inconnu.
Il
écrit
et
publie
des
recueils
de
poésies[i],
depuis
plus
de
vingt
ans.
Le «
Récit
»
qu’il
publie
aujourd’hui
s’inscrit
dans
la
lignée
des
«
récits
de
vie
»,
inaugurés
aux
Antilles
en
1950
par
Joseph
ZOBEL,
avec
La
rue
Casse-Nègres.
Roman
autobiographique,
ZOBEL
y
racontait
la
vie
de
la
Martinique
rurale
de
son
enfance.
Raymond
JOYEUX,
nous
raconte
à
son
tour
son
enfance
saintoise,
après
Coulée
d’Or
d’Ernest
PEPIN
et
Le
Cœur
à
rire
et à
pleurer
de
Maryse
Condé
en
1999,
et
après
Tu
c’est
l’enfance
de
Daniel
MAXIMIN
en
2004,
pour
la
Guadeloupe.
Ce
récit
fait
le
pendant
en
quelque
sorte
de
l’enfance
marie-galantaise
que
Max
PIPPON
a
brossé
avec
Le
Dernier
matin
en
2000.
Pourquoi
une
telle
abondance
de
ce
type
de
récit
dans
nos
îles
?
Les
«
récits
de
vie
»
relèvent
d’un
genre
littéraire
autobiographique,
les
Confessions,
dont
les
racines
anciennes
remontent
à
SAINT-AUGUSTIN,
et
qu’à
illustré
J-J
ROUSSEAU.
Mais,
s’ils
disent
le
MOI
d’un
écrivain,
ils
le
font
à
travers
une
«
création
»
littéraire
dans
laquelle
l’imagination
joue
un
rôle
non
négligeable.
La
part
d’authenticité
et
celle
de
la
fiction
sont
toujours
difficiles
à
démêler.
En
dépit
de
l’affichage
d’une
tendance
ethnographique
visant
à
rendre
compte
de
la
culture
d’une
communauté,
celle
des
Saintois,
nous
nous
demanderons
en
quoi
ces
Fragments
d’une
enfance
saintoise
restent
une
«
fiction
de
l’enfance
».
Une
enfance
qui
a
été
reconstruite
à
partir
de
fragments,
et
donc
réinterprétée
.
lire
la
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|
|
Suzanne
l’aimée
de
Césaire

Dissidence. «Le Grand Camouflage», recueil d’essais poético-politiques de la femme de l’écrivain martiniquais.
Tout commence quand un bateau faisant route pour New York et transportant des dizaines d’exilés (dont Claude Lévi-Strauss, Anna Seghers, Wifredo Lam, André Breton…) fait escale en Martinique. Breton, qui cherche un ruban pour la petite Aube, entre dans une mercerie de Fort-de-France, il tombe sur la revue et y lit des poèmes qui le bouleversent. Il demande à rencontrer son auteur, Aimé Césaire. La mercière, qui se trouve être la sœur du philosophe René Ménil, un des cofondateurs de la revue avec Aimé Césaire et sa femme Suzanne, met tout le monde en contact. C’est le début d’un réseau d’amitiés croisées et d’influences artistiques étonnamment fécondes.
«Le grand camouflage», l’essai qui donne son nom au livre rassemblé par l’écrivain Daniel Maximin, a été écrit par Suzanne Césaire en 1945, c’est un écho de cette journée, un texte poético-politique d’une grande énergie, à la fois lyrique et ancré dans la géographie et l’anthropologie de la Martinique. Daniel Maximin dit que c’est peut-être Peau noire, masques blancs
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suite |
|
Au
nègre
fondamental
par
Patrick
Mathelié-Guinlet
Le
père
du
nègre
est
mort !
Je
vous
parle
pas
de
Cham. Aujourd’hui
dans
mon
slam j’ai
mis
toute
mon
âme : qu’il
emporte
mes
mots au
loin
jusqu’à
son
corps. Du
nègre
Orphée s’est
tue
la
lyre, dans
les
bras
de
Morphée dirait-on
pas
qu’il
dort ? Car
un
poète
ne
peut
être
mort : tant
qu’on
continue
de
le
lire il
continue
de
vivre
encore au
cœur
de
notre
souvenir pour
les
nombreux
siècles
à
venir. Certes
tu
fus
aimé, Aimé,
comme
ces
airs, Césaire,
de
liberté que
tu
nous
a
chantés et
qui
nous
ont
charmés. Jamais
nous
te
laisserons
partir. Tant
qu’un
enfant
pourra
te
lire il
se
sentira
fier, il
se
sentira
nègre quelque
soit
sa
couleur, quelque
soit
sa
douleur, tellement
fier
d’être
nègre ! Ta
pensée
est
un
aigle s’envolant
dans
les
airs et
filant
sur
son
erre.
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suite
|
Pierre Pinalie , une passion pour les langues
Polyglotte
accompli,
il
publie
ces
jours
ci
une
septième
édition,
entièrement
revisitée
de
son
dictionnaire
français
créole
que
par
modestie
il
qualifie
d'élémentaire.
Comme
en
témoigne
l'entretien
qu'il
nous
a
accordé,
au
cours
duquel
on
sent
la
retenue
imposée
par
l'idée
même
de
publication,
Pierre
Pinalie
n'est
pas
l'homme
de
la
moitié
du
gué.
Et
ce
n'est
pas
là
la
moindre
de
ses
qualités.
Pierre
Pinalie
comment
vous
présenter?
1/
Je
suis
toujours
touché
mais
un
peu
gêné
d’être
interviewé,
mais
si
je
le
suis,
ce
n’est
pas
parce
que
je
l’ai
demandé.
Par
ailleurs,
j’ai
forcément
beaucoup
de
choses
à
dire
sur
mon
séjour
en
Martinique,
puisque
je
suis
ici
depuis
une
trentaine
d’années,
alors
que
j’avais
en
France
passé
20
ans
en
province,
et
20
ans
à
Paris.
Je
me
permets
donc
de
m’imaginer
quelque
peu
martiniquais,
même
si
on
m’appelle
le
petit
blanc
des
dernières
colonies.
Et
si
je
vis
dans
ce
pays,
c’est
que
j’y
étais
venu
pour
découvrir
le
pays
d’une
épouse.
J’ai
d’ailleurs
été
marié
deux
fois
avec
une
martiniquaise,
ce
qui
m’a
donné
deux
fils
métis,
et
j’ai
rapidement
découvert
le
plaisir
de
vivre
dans
ce
pays
avec
un
intérêt
et
une
passion
pour
la
culture
locale,
en
n’oubliant
jamais
l’histoire
du
pays
avec
ce
que
cela
comporte
comme
drames
et
comme
horreurs
dans
le
passé.
J’ai
d’abord
résidé
au
Vert-Pré,
dans
la
campagne,
avant
de
venir
m’installer
à
Fort-de-France
pour
aller
plus
aisément
à
l’université,
et
j’ai
enseigné
longtemps
au
lycée
de
Trinité
avant
de
faire
des
recherches
à l’UAG,
sur
le
créole.
En
effet,
c’est
l’espagnol
que
j’enseignais
au
lycée,
et
le
créole
qui
est
devenu
ma
passion
et
mon
activité
professionnelle,
et
cela
m’a
donné
une
profonde
connaissance
des
problèmes
du
créole,
et
la
merveilleuse
possibilité
de
rencontrer
encore
aujourd’hui
des
centaines
d’élèves
et
d’étudiants
avec
lesquels
j’ai
toujours
eu
d’excellents
et
de
charmants
rapports.
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|
DICTIONNAIRE ÉLEMENTAIRE FRANCAIS/CRÉOLE
de Pierre Pinalie, Éditions L’harmattan, 2009
BIEN
MÈSI
MISIÉ
PINALIE !
|

par Serge HARPIN
Il n’y a rien de plus humain que la tendance à « naturaliser » les acquis des luttes passées, à les appréhender comme s’ils allaient de soi, comme s’ils avaient toujours été. La « naturalisation » se fait le plus souvent par oubli ou ignorance. Elle est aussi quelquefois produite à dessein par la substitution du mythe à l’histoire : on raconte alors des histoires, ses désirs. On instrumentalise le passé. Il en est ainsi du combat pour la reconnaissance des Créoles en tant que langues comme pour tout le reste. D’où un devoir d’histoire qui commence toujours par un rappel des faits : |
|
|
|
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|
|
Saskia
Sassen
sociologue
"
globale
"

Connue
pour
ses
travaux
sur
les
"
villes
globales
" -
Londres,
New
York
et
Tokyo
- où
bat
le
pouls
humain
et
financier
de
la
mondialisation,
Saskia
Sassen
enseigne
à
l'université
Columbia
(New
York)
et à
la
London
School
of
Economics
(Londres).
Aller
à la
rencontre
de
cette
grande
figure
de
la
sociologie
contemporaine,
c'est
faire
connaissance
avec
une
intellectuelle
cosmopolite,
invitée
à
siéger
dans
les
plus
grands
concours
internationaux
d'urbanisme,
et
qui
ne
se
départit
jamais
de
la
distance
amusée
propre
à
ceux
qui
sont,
le
mot
est
d'elle,
"
partout
chez
eux
et
partout
des
étrangers
".
Née
en
1949
dans
une
famille
polyglotte,
éduquée
à
Buenos
Aires
et à
Rome,
entrée
aux
Etats-Unis
illégalement
avant
d'y
poursuivre
ses
études,
Saskia
Sassen
se
définit
elle-même
comme
une
"
excentrique
".
Le
parcours
de
cette
intellectuelle
engagée,
dont
le
premier
manuscrit
fut
refusé
par
treize
maisons
d'édition,
est
fait
de
chemins
de
traverse.
Traversée
des
savoirs,
entre
sociologie,
économie
et
sciences
politiques.
Traversée
de
son
objet
lui-même,
cette
globalisation
qu'elle
s'obstine
à
saisir
par
chacune
de
ses
facettes,
livre
après
livre
:
les
parcours
des
migrants,
les
échanges
monétaires
entre
entreprises,
les
structures
des
villes
et,
aujourd'hui,
le
destin
ambigu
des
Etats.
A
rebours,
à la
fois,
de
l'essayisme
des
experts
et
du "
radical
chic
"
hypercritique,
deux
postures
fréquentes
dans
ce
champ
d'études,
Sassen
n'ambitionne
rien
moins,
dans
son
dernier
livre,
La
Globalisation,
une
sociologie,
que
d'inscrire
ce
processus
dans
l'histoire
des
sciences
sociales.
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la
suite
|
|
La
fabuleuse
aventure des
romans
sur
grand
écran

Le récit qui a donné naissance au film Slumdog Millionaire, coiffé d'un drôle de titre - Les Fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire, de Vikas Swarup, chez «10/18» - s'est écoulé à plus de 140 000 exemplaires après ses récompenses à Los Angeles.
Un film primé peut multiplier par dix les ventes du livre adapté au cinéma.
Lors de la remise des césars ou des oscars, il n'y a pas que les acteurs ou les producteurs qui sont tendus. Les éditeurs, aussi. Car pour eux, également, l'enjeu est crucial : le film primé dope les ventes du roman adapté sur grand écran. Une réussite au cinéma peut multiplier les ventes par dix, rappelle-t-on au «Livre de poche».
L'impact est tel que l'édition de poche de l'Étrange histoire de Benjamin Button se retrouve deux fois dans la liste des meilleures ventes ! Le premier paru chez Pocket (L'Étrange… suivi de
Un diamant gros comme le Ritz) et le second, édité par la collection «Folio». Au total, plus de 150 000 exemplaires ont été vendus après la sortie en salle. Scott Fitzgerald, qui a couru après le succès commercial toute sa vie, n'en serait pas revenu.
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la
suite |
|
Quoi
de
neuf
?
Montaigne
!

Lecteur
neuf,
ce
livre
de
bonne
foi
est
pour
toi
:
voilà
Montaigne
adapté,
"traduit"
en
français
moderne
! Tu
t'y
trouveras
de
plain-pied
avec
le
caracolant
auteur
des
Essais.
Finis,
comme
l'écrivait
Marc
Fumaroli
("Le
Monde
des
Livres"
du
15
juin
2007),
"l'orthographe
escogriffe"
et
les
"Himalayas
de
notes"
des
éditions
savantes,
dont
on
ne
déniera
sûrement
pas
l'intérêt
scientifique.
Mais
il y
a du
profit
au
change.
D'abord
dans
le
bonheur
de
la
lecture,
son
confort.
Car
ici,
rien
n'arrête
la
promenade,
dont
l'allure
n'est
plus
contrainte.
Ainsi
escorte-t-on
le
cavalier
bordelais
à sa
guise,
au
pas,
au
galop,
au
trot,
c'est
selon.
Nous
le
suivons
de
bonne
grâce
dans
ses
vagabondages.
Sa
liberté
nous
emballe
et
nous
semble
plus
éclatante,
plus
vive.
Qu'il
procède
par
"sauts",
par
"gambades",
c'est
tant
mieux
: la
balade
a du
caractère.
Lire
la
suite
|
|
PAS…
Pas
tan-a
ka
vin
pou
pèp-la
lévé
doubout,
pas
lavi
an
nonm
two
kout,
fout ! kouté’y
an
lari-a
palé
épi
an
sèl
vwa pou
mandé
tousa
i ni
dwa. Pas
mépri
bétjé-a
lévé
kòlè
pèp-la, pas
i ni
mà
épi
pwofitasyon, pas
Gwadloup
èk
Matnik
sé
dé
nasyon, pas
lè
ni
an
volonté
ni
an
lawout, pas
nou
vlé
dinité
nou
épi
sé
tout, pas
lavi
nou
sé
an
konba
ki
pa
jen
bout, pas
sé
solidarité
ka
pòté
lèspwa, di
tousa, divini
ich
nou
ké
plen
épi
lajwa !
Patrick
MATHELIÉ-GUINLET
(19-02-09)
Lire
d'autres
poèmes |
|

Toute
l’œuvre
d’Édouard
Glissant
a
appelé
de
ses
vœux
un
événement
comme
celui
qui
vient
de
se
produire
aux
Etats-Unis
:
Barack
Obama
est
l'incarnation
de
ce
qu’il
nomme
depuis
trente
ans
la «
créolisation
» du
monde.
Son
élection
est
un
fait
sur
lequel
on
ne
peut
désormais
plus
revenir.
Qu’est-ce
que
Barack
Obama
fera
de
cette
victoire
?
C’est
aujourd’hui
impossible
à
dire.
Dans
cette
lettre
ouverte
écrite
un
an
après
Quand
les
murs
tombent,
Édouard
Glissant
et
Patrick
Chamoiseau
s’adressent
au
44e
président
des
États-Unis,
premier
Africain-américain
à
accéder
à la
Maison
Blanche,
et
appellent
à
une
réflexion
entre
poétique
et
politique
sur
ce
que
pourrait
être
demain
l’action
d’Obama,
président
de
la
première
puissance
mondiale.
Lire
un
extrait
et
écouter
l'interview
de
Patrick
Chamoiseau
et
Edouard
Glissant |
|
par
Christophe
Mercier
Le
prolifique
écrivain
américain
John
Updike,
connu
notamment
pour
sa
série
de
romans
mettant
en
scène
le
personnage
Rabbit,
est
mort
à 76
ans.
Il était le peintre de l'Amérique. Lauréat à deux reprises du prestigieux prix Pulitzer, auteur de dizaines de livres, nouvelles, critiques, essais, romans pour enfants, poèmes, John Updike est surtout célèbre pour ses séries des «Rabbit» et «Bech».
En France, sa fortune a été fluctuante, culminant avec l'énorme succès de Couples, à la fin des années 1960. Mais même si les Français semblaient lui préférer Philip Roth (pour prendre un auteur de sa génération), John Updike fut une star de sa génération. Plus qu'une star, un mythe. Ses aficionados lui ont consacré un site Internet, The Centaurus, particulièrement impressionnant mentionnant jusqu'au moindre texte publié par Updike dans le New Yorker (dont il était un chroniqueur régulier) ou donnant à lire des nouvelles encore inédites. Adoubé par Vladimir Nabokov dès ses premiers écrits, Updike a toujours été un «writer's writer». Un monument.
Lire
la
suite
|
La
NRF,
cent
ans
de
littérature
et
de
succès

C'est
un
cas
d'école :
depuis
un
siècle,
une
couverture
invariablement
crème,
sobre,
sans
photo
aguicheuse ;
pas
de
récit
«trash» ;
et
ce
sigle
au
graphisme
désuet
- NRF.
Et,
en
cent
ans,
le
succès
ne
s'est
jamais
démenti.
Comment
expliquer
que
la
maison
d'édition
Gallimard,
née
de
la
création
de
La Nouvelle
Revue
française,
attire
toujours
autant
de
lecteurs,
et
reste
au
centre
de
la
planète
littérature,
ne
serait-ce
que
parce
qu'il
est
le
premier
éditeur
indépendant
en
France ?
«Oui,
c'est
vrai,
cela
reste
mystérieux,
une
maison
qui
n'a
pas
perdu
son
âme
en
cent
ans.
Je
crois
que
l'une
des
explications
est
que
l'entreprise
est
restée
familiale,
l'actuel
patron
(Antoine
Gallimard)
est
le
petit-fils
du
fondateur»,
souligne
Roger
Grenier,
écrivain
et
éditeur
chez
Gallimard
depuis
1964.
La
petite
revue
créée
en
1909
par
une
poignée
de
jeunes
gens
passionnés
est
aujourd'hui
un
groupe
qui
emploie
1 300
personnes
et
réalise
près
de
300 millions
d'euros
de
chiffre
d'affaires ;
celui-ci
a
échappé
aux
concentrations et
jouit
toujours
d'un
prestige
inégalé.
Ces
dernières
années
encore,
Jonathan
Littell,
Muriel
Barbery
et
Jean-Marie
Le Clézio
ont
incarné,
chacun
à sa
manière,
la
gloire
de
Gallimard.
Raisons
de
ce
succès ?
«On
a
gardé
l'esprit
NRF»,
résume
Grenier.
Lire
la
suite
|
|
Au
XIXe
siècle,
certains
colonisés
trouvèrent
leurs
meilleurs
alliés
parmi
les
anarchistes
européens.
Benedict
Anderson
raconte
comment

Les
systèmes
de
domination
sont
souvent
mal
compris
par
ceux
qui
les
soutiennent.
Afin
d'en
avoir
une
description
pertinente,
mieux
vaut
se
tourner
vers
leurs
plus
violents
détracteurs.
Ainsi
des
politiques
impériales
: "
Pour
trouver
une
interprétation
théorique,
c'est
aux
adversaires
de
l'impérialisme
qu'il
faut
s'adresser.
D'une
certaine
manière,
ce
sont
eux
qui
ont
tenté
d'en
construire
l'idée
",
écrit
Henry
Laurens
dans
L'Empire
et
ses
ennemis,
un
essai
qui
retrace
à
grands
traits
le
destin
de
l'impérialisme
et
de
ses
opposants
à
travers
les
siècles.
L'historien
y
rappelle
notamment
que
si
le
thème
d'une
"
mondialisation
conquérante
"
est
déjà
présent
chez
Karl
Marx,
celui-ci
ne
misait
guère
sur
les
soulèvements
anticoloniaux
:
pour
lui,
ces
révoltes
reposaient
certes
sur
une
juste
colère
d'un
point
de
vue
moral,
mais
elles
étaient
vaines
; en
effet,
elles
venaient
entraver
la
marche
du
progrès,
c'est-à-dire
l'unification
de
la
planète
par
les
forces
du
capital,
nécessaire
préalable
à la
construction
d'un
avenir
socialiste.
Lire
la
suite |
|
par
Mathieu
Lindon

Pedro
Almodovar
a
filmé
Tout
sur
ma
mère,
John
Burnside
écrit
Un
mensonge
sur
mon
père.
C’est
que
la
volonté
du
poète
écossais
né
en
1955,
dont
c’est
le
quatrième
roman
(«ce
livre
gagne
à
être
considéré
comme
un
roman»)
traduit
après
la
Maison
muette,
Une
vie
nulle
part
et
les
Empreintes
du
diable,
est
plus
autobiographique
que
celle
du
cinéaste
espagnol.
Un
mensonge,
quoi
de
plus
réel
?
C’est
parce
qu’il
a
d’abord
menti
à un
auto-stoppeur
américain
que
le
narrateur
déroule
ce
qui
devient
le
livre.
La
manière
d’être
écrivain
de
John
Burnside
consiste
à
traquer
le
récit
partout,
aussi
bien
sa
nécessité
que
sa
fatalité.
«Chaque
vie
est
un
récit
plus
ou
moins
secret,
mais
quand
un
homme
devient
père,
l’histoire
est
vécue
non
pas
au
service,
mais
dans
la
conscience
permanente
d’un
autre
individu,
ou
de
plusieurs.
Quel
que
soit
le
mal
qu’on
se
donne
pour
éviter
ça,
la
paternité
est
un
récit,
une
chose
racontée
non
seulement
à,
mais
aussi
par
les
autres
en
question.»
A la
fin
du
livre,
le
narrateur
est
père
lui
aussi.
Mais,
la
plupart
du
temps,
il
est
un
fils,
avec
une
mère
«labyrinthe
de
contradictions»
et
un
père
qui
est
un
enfant
trouvé
(«nul
ne
découvrit
jamais
d’où
provenait
mon
père»)
qui
ne
s’en
est
jamais
remis
et
le
fait
lourdement
peser
sur
sa
famille
où
la
mortalité
infantile
a
déjà
fait
des
ravages.
On y
manque
d’argent
et
d’affection,
et
l’enfant
devenu
adolescent
estimera
la
drogue
(et
même
l’alcool
dont
son
père
est
si
friand)
tout
à
fait
capable
de
remplacer
cette
cellule
plus
agressive
que
protectrice.
La
troisième
partie
de
cette
aventure
paternelle
est
intitulée
«Paternul».
La
vérité
sur
le
père
du
narrateur,
c’est
que
le
narrateur
n’a
pas
été
loin
de
l’assassiner.
Lire
la
suite |
By Jacques Drillon et Fabrice Pliskin
Le
28
janvier,
Nicolas
Sarkozy
aura
54
ans,
et
il
souffre
d'une
maladie,
l'allergie
à la
littérature.
C'est
pourquoi
nous
lançons
une
grande
opération
thérapeutique:
redonner
le
goût
de
la
lecture
à
l'ennemi
personnel
de
Mme
de
La
Fayette
Monsieur
le
Président,
Serait-ce
à
force
d’admirer
les
chiffres
sur
le
cadran
de
votre
Breitling
que
vous
avez
pris
les
lettres
en
horreur?
Vous
nous
rappelez
sans
cesse
que
le
but
de
notre
vie,
c’est
de
gagner
plus.
Hélas,
sous
votre
présidence,
les
Français
n’ont
plus
d’argent.
Des
«cinq
ou
six
cerveaux»
que
vous
prête
votre
moitié,
aucun
ne
semble
stimulé
par
la
chose
écrite.
La
chose
comptée
vous
importe
seule,
et
il
n’est
pas
jusqu’aux
sans-papiers,
êtres
humains
parmi
les
êtres
humains,
que
vous
ne
dénombriez
par
paquets
de
mille.
Un
texte,
semblez-vous
demander,
combien
de
divisions?
Les
richesses
d’un
livre,
la
multiplicité
des
tons
et
des
voix
sont
lettre
morte
pour
vous.
Pourquoi
reconduire
à la
frontière
de
votre
conscience
cette
diversité-là?
Lie
la
suite
|
|
Jacobo Machover, professeur de littérature latino-américaine à l'université d'Avignon, est un académique peu conventionnel. Né à Cuba en 1954, émigré en France avec sa famille en 1963, il suit, avec l'énergie d'un mord-la-faim, l'actualité de l'île des Caraïbes depuis sa plus tendre enfance.
Il collecte les récits de ceux qui, il y a cinquante ans, ont vécu la révolution cubaine ou qui survivent aujourd'hui dans l'un des derniers régimes communistes de la planète. Ces paroles forment la substance de son dernier livre. Dans ses précédents textes, il avait choisi le registre de la polémique argumentée, en particulier avec
La Face cachée du Che (Buchet-Chastel, 2007), dans lequel il s'employait à démystifier l'image christique du révolutionnaire argentin, tout à l'inverse des brouets naïfs ou militants qui font de l'Argentin un héros romantique.
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|
|
La
part
de
l'autre
Ce
livre,
où
se
mêlent
histoire
et
mythologie,
est
écrit
du
coeur
de
notre
présent
-
présent
des
Antilles,
de
la
France,
de
ce
monde
ouvert
à de
multiples
transversalités
qui
est
le
nôtre.
Marlène
Parize
y
défend
une
proposition
radicale
contre
tous
les
nationalismes
et
communautarismes,
contre
tous
les
mépris
de
soi:
il
est
temps,
il
est
grand
temps
de
reconnaître,
au
sein
même
de
notre
modernité,
de
notre
république,
de
nos
valeurs,
la
trace
de
ces
«
lieux
creusets
» où
est
née,
et
naît
encore,
l'énergie
qui
nous
porte
à
présent.
Jean
Bourgault,
professeur
de
philosophie
au
lycée
Jeanne
d'Arc,
Rouen.
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suite
|
|
Prix
Carbet
de
la
Caraïbe
à
Simone
et
André
Schwarz-Bart

La
19e
édition
du
prix
Carbet
de
la
Caraïbe
a
été
décerné,
vendredi
soir
à
l'hôtel
de
la
Région
Ile
de
France,
à
Simone
Schwarz-Bart
et à
son
époux,
André
Schwarz-Bart,
à
titre
posthume
«
pour
la
beauté
douloureuse
de
leur
œuvre
particulière
et
la
réussite
de
leur
œuvre
commune
».
Ernest
Pépin,
juré
du
prix
Carbet,
a
rendu
hommage
« au
couple
littéraire,
incendié
de
solitude
et
qui
fît
de
la
Guadeloupe
une
terre
palimpseste
où
les
contes
ne
meurent
pas
».
Simone
Schwarz-Bart
a
évoqué
ce
prix
tel
« un
îlot
habité
par
des
individus
aux
mémoires
mêlées,
habité
par
des
individus
placés
et
déplacés
par
des
gens
dont
on
dit
qu'ils
sont
de
toutes
couleurs
et
qui
sont
poreux
au
souffle
de
la
terre
». «
Je
vous
suis
reconnaissante
de
le
recevoir
pour
nous
deux
qui
sommes
un
pour
longtemps.
» ;
«
Après
son
Goncourt,
André
est
allé
vivre
en
Guyane
chez
son
frère,
Serge
Patient,
puis
en
Martinique
auprès
d'Alex
Bertrand,
puis
il
passa
à
Paris,
ou
il
signa
le
manifeste
des
121,
et
finalement
en
Afrique.
Le
premier
livre
qu'il
a
écrit,
après
le
Dernier
des
justes,
a
été
Un
plat
de
porc
aux
bananes
vertes.
Ce
n'est
pas
ce
qu'on
attendait
de
lui
et
il
s'est
coupé
de
sa
communauté,
puis
il a
écrit
La
Mulâtresse
Solitude,
et
là ,
il
s'est
coupé
de
sa
deuxième
communauté.
Il
était
en
avance
et
l'a
payé
très
cher
:
traversée
du
désert
et
100
ans
de
solitude.
Ce
prix
rompt
la
solitude.
Nous
sommes
de
nouveau
visibles,
de
nouveau,
camarades
!
".Le
premier
à
briser
cette
solitude
fût
Senghor
qui
a vu
qu'André
Schwarz-Bart
avait
posé
justement
« la
problématique
de
la
symbiose
des
races
et
des
civilisations
nécessaire
à
l'universel
».
-------------------------------------------------------------------------------
Simone
Schwarz-Bart
: «
Il y
a
tout
simplement
la
reconnaissance
de
cet
homme
qui
a
voué
toute
sa
vie
à ce
combat,
la
reconnaissance
de
cet
homme
comme
faisant
partie
des
nôtres.
C'est
cela
qui
est
important,
qui
est
capital
pour
moi.
C'est
un
prix
qui
m'a
été
remis
mais
moi
je
l'adresse
d'abord
à
lui
puisqu'il
n'est
pas
là.
» -------------------------------------------------------------------------------
Mention
spéciale
du
Jury
à
Jean-Marc
Rosier Le
jury,
par
la
voix
de
Maximilien
Laroche,
a
rendu
hommage
à un
jeune
auteur
martiniquais,
Jean-Marc
Rosier
pour
son
roman
Noir
Néons,
paru
chez
Alphée-Jean-Paul
Bertrand. "Le
Jury
tient
particulièrement
à
signaler
un
premier
roman. Il
s'agit
de
Noirs
Néons
de
Jean-Marc
ROSIER,
(éditions
Alphée). Dans
une
langue
originale
et
moderne,
s'inspirant
des
procédés
de
la
photographie
et
du
cinéma,
ce
jeune
auteur
martiniquais
met
en
scène
et
interroge
vivement
les
déshumanisations
visibles
et
invisibles
de
la
société
urbaine
contemporaine."
Mention
très
spéciale
du
jury
au
recueil
25
Rue
Bayardin
(édition
du
Manuscrit
2008)
de
Joseph
Poliu
sen
hommage
à
son
ton
novateur
et à
sa
force
d'expression." "Pour
l'éclat
d'une
écriture
qui
décentre
les
données
du
réel
en
cadences
heurtées
et
en
images
retenues. Pour
la
tonalité
des
révoltes
postulées
et
des
mémoires
à
vif
qui
permettent
de
conférer
du
sens
à
notre
présent
et
de
nourrir
ainsi
l'imprévisibilité
du
chaos
poétique
; |
|
Traite
des
blancs,
traites
des
noirs,
par
Rosa
Amelia
Plumelle-Uribe,
l’Harmattan,
octobre
2008,
230
p.

Sur
l’origine
de
l’humanité,
faute
de
la
moindre
science,
on
ne
doit
s’appuyer
que
sur
la
phylogenèse
de
nos
mythes
fondateurs.
Ainsi,
au
lieu
d’en
rester
à
l’histoire
médusante
de
la
pomme
et
du
serpent,
qui
fait
que
l’on
soupçonne
Dieu
de
malveillance
imméritée
en
nous
interdisant
les
fruits
de
l’arbre
de
la
science,
on
devrait
plutôt
écouter
sa
conscience,
et
reconnaître
que
c’est
le
crime
de
cannibalisme
contre
nos
semblables
qui
nous
rassemble
tous
dans
l’humanité
pécheresse
et à
juste
titre
chassée
du
paradis.
Comme
les
rats,
comme
les
cochons,
mais
de
façon
bien
plus
systématique
qu’eux,
ce
qui
nous
a
rendus
plus
forts
que
d’autres
espèces
animales
c’est
que
nous
ne
reculons
pas
devant
le
crime
contre
nos
frères,
et
que
c’est
même
notre
nourriture
hallucinogène,
notre
drogue
vitale.
Les
préhistoriens
africains
vont
plus
loin
dans
le
dévoilement
de
notre
inconscient
coupable
:
ils
affirment
que
du
tronc
noir,
dans
les
contrées
paradisiaques
où
l’on
peut
vivre
nu
et
se
nourrir
simplement
des
fruits
qui
pendent
aux
branches,
se
sont
détachés
de
pauvres
types,
des
erreurs
de
la
nature,
blanchâtres
et
mauvais,
probablement
le
fruit
de
quelque
péché
de
leurs
parents.
Maléfiques,
ils
ont
été
chassés,
maléfiques,
ils
ont
dans
leur
errance
survécu
à
force
de
crimes,
maléfiques
ils
gardent
une
rancune
sans
fond
contre
la
matrie-patrie
chaude
et
noire.
Leur
malfaisance
spécifique
a
inventé
un
outil
spécifique
:
l’arme
à
feu,
qui
continue
à
répugner
aux
noirs.
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la
suite
|
|
Widad
Amra
à la
Bibliothèque
Schoelcher
la
poétesse
assassinée
par
Selim
Lander
Ma
voix
ténue
de
femme
en
oriflamme
tremble
de
si
peu
de
lumière.
Widad
Amra
est
professeur
de
lettres
au
couvent
de
Cluny.
Elle
y
préside
aux
destinées
des
classes
à
option
théâtre
dont
on a
pu
admirer
quelques
remarquables
productions
lors
des
dernières
rencontres
académiques,
au
mois
de
juin
dernier.
Elle
est
aussi
poète
et
présentait
son
dernier
opus,
Salam
Shalom
(L’Harmattan,
2008)
à la
Bibliothèque
Schoelcher,
le
vendredi
14
novembre
2008.
Alors
que
tant
de
poètes
ne
parviennent
pas
à
communiquer
oralement
leurs
œuvres,
Widad
Amra
sait
dire
la
poésie
comme
une
comédienne
confirmée,
ce
qui
ne
l’a
pas
empêché
de
donner
de
son
texte
une
lecture
pleine
d’émotion
et
de
sincérité.
Elle
pratique
une
poésie
sans
contrainte
de
mètre
ou
de
rime,
une
absence
de
règle
qui
se
révèle
trop
souvent
pleine
de
risque,
comme
le
démontent
tant
de
textes
contemporains
qui
n’ont
d’autre
mérite
que
la
bonne
volonté
(ou
la
naïveté)
de
leurs
auteurs.
Ce
n’est
nullement
le
cas
ici,
même
si
l’on
doit
admettre
avec
humilité
que
la
poésie
contemporaine
présente
tout
autant
de
risque
pour
le
critique
que
pour
l’auteur.
Faute
de
critères
formels
irréfutables,
le
commentaire
a
tendance
à
privilégier
le
fond
du
discours
alors
que
la
poésie
–
même
moderne
–
devrait
valoir
avant
tout
par
la
manière
de
dire
plutôt
que
par
ce
qu’elle
dit.
La
critique
se
résume
alors
fréquemment
à
une
simple
explication
de
texte,
généralement
superfétatoire,
là
où
il
faudrait
plutôt
mettre
l’accent
sur
ce
qui
distingue
l’expression
proprement
poétique
du
langage
courant.
La
longue
glose,
par
un
philosophe
qu’on
nous
a
dit
patenté,
qui
a
suivi
la
lecture
de
Widad
Amra,
a
fourni
une
illustration
de
ce
travers
de
la
critique,
…
dont
le
public
se
serait
volontiers
passé :
…
poésie
assassinée !
Lire
la
suite
|

Et de deux ! Après le prix du roman Fnac, Jean-Marie Blas de Roblès, auteur de
Là où les tigres sont chez eux, publié aux éditions Zulma, est en passe de devenir un des grands gagnants de la rentrée littéraire 2008. Le jury Médicis lui a décerné son Prix du roman français, mercredi 5 novembre, par 6 voix contre 5 à
Ce que nous avons eu de meilleur, de Jean-Paul Enthoven (Grasset).
Là où les tigres sont chez eux (" Le Monde des livres " du 19 septembre) est un roman de près de 800 pages dont l'action se situe au Brésil, et a pour personnage central Athanase Kircher, un jésuite qui vivait au XVIIe siècle. Le livre figure toujours parmi les quatre titres en compétition pour le prix Goncourt, qui sera remis lundi 10 novembre chez Drouant, à Paris. En 1995, Le Testament français, d'Andreï Makine, édité au Mercure de France, avait fait un doublé, Goncourt et Médicis.
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|
|
Catherine
Cusset
remporte
le
Goncourt
des
lycéens
Crédits
photo
:
AFP
Mathias
Enard
est
le
lauréat
du
prix
Décembre.
Ce
roman
a
devancé
Syngué
sabour
d'Atiq
Rahimi
(P.O.L),
qui
a
remporté
le
Goncourt,
et
Une
éducation
libertine
de
Jean-Baptiste
Del
Amo
(Gallimard).
Neuvième
roman
de
Catherine
Cusset,
Un
brillant
avenir
conte
sur
un
demi-siècle
la
saga
familiale
de
plusieurs
générations
déracinées
et
ballottées
entre
la
Roumanie
antisémite
des
Ceausescu
et
les
États-Unis,
en
passant
par
Israël
et
l'Italie.
Avec,
au
centre,
le
trio
infernal
constitué
par
la
mère,
le
fils
et
la
bru.
Agée
de
45
ans,
Catherine
Cusset
vit
aux
États-Unis,
où
elle
enseigne
la
littérature
du
XVIIIe
siècle.
En
lice
pour
le
Goncourt
des
lycéens,
Mathias
Enard
(36
ans)
a,
lui,
décroché
le
prix
Décembre,
également
au
premier
tour
avec
huit
voix
pour
son
roman
Zone
(Actes
Sud),
face
à
Denis
Podalydès
(quatre
voix),
déjà
lauréat
du
Femina
essai
pour
Voix
off.
Sur
plus
de
500
pages,
Zone
déroule
le
monologue
intérieur
d'un
agent
secret
évoquant
les
violences,
les
guerres
et
les
charniers
du
XXe
siècle,
le
tout
en
une
seule
phrase,
un
seul
souffle.
Époustouflant,
selon
certains
critiques.
Avec
30
000
euros
de
récompense,
le
Décembre
compte
parmi
les
prix
littéraires
les
plus
richement
dotés. Le
Figaro
13/11/2008
|
|
Le
Guinéen
Tierno
Monénembo
reçoit
le
prix
Renaudot

Y aurait-il eu comme un effet Obama sur les prix littéraires français ? On pourrait le penser, vu la double distinction du prix Goncourt attribué lundi 10 novembre à un Afghan, Atiq Rahimi, et du prix Renaudot à Tierno Monénembo, écrivain guinéen francophone, pour
Le Roi de Kahel (264 p., 19 €). Mais,
"s'il y a eu un effet Obama, il est bien antérieur", constate Bertrand Visage, l'éditeur au Seuil de Tierno Monénembo,
car "la littérature joue ici un rôle d'éclaireur : le prix Renaudot a été attribué au cours de ces dernières années à trois auteurs africains,Ahmadou Kourouma, en 2000, avec Allah n'est pas obligé ; Alain Mabanckou, en 2006, avec Mémoires de porc-épic, et maintenant à Tierno Monénembo".
Pourtant, c'est peu dire que ce résultat a été obtenu à l'arraché.
Le Roi de Kahel a été choisi, au 11e tour de scrutin, avec cinq voix, contre quatre à Elie Wiesel pour
Le Cas Sonderberg (Grasset) et une voix à Olivier Rolin pour
Un chasseur de lions
(Seuil). Après la défaite de Michel Le Bris au Goncourt, il s'agit d'un second échec enregistré par Grasset, une maison pourtant habituée aux lauriers automnaux.
Lire
la
suite |
Jorge Semprun, l'un des dix jurés du prix Goncourt 2008.
Crédits photo : AP
Naguère,
les
récompenses
faisaient
découvrir
des
auteurs
et
des
œuvres.
Désormais,
les
jurys
choisissent
très
souvent
leur
lauréat
parmi
les
best-sellers.
 Les gens de lettres n'ont jamais été tendres entre eux. Mais il fut un temps où ils exprimaient leurs inimitiés dans une langue châtiée. De nos jours, certains ne font plus tant de manières. Les propos qui suivent sont pour le moins inélégants, qu'on nous pardonne. Ils ont pourtant été tenus par un membre éminent du jury Renaudot. Il a affirmé, le poing serré, comme s'il se trouvait sur un terrain de football : «On va niquer le Goncourt !» Ces mots en disent long sur la guéguerre que se livrent les différents jurys littéraires.
Il y a eu la rivalité historique qui opposa le prix Goncourt au Femina - le premier est né en 1903, le second a été créé en 1720 par une «académie féminine» qui voulait dénoncer la misogynie de ces messieurs. Désormais, c'est la concurrence entre le Goncourt et le Renaudot qui est la plus vive. Par tradition, les membres de ces deux jurys doivent, chaque année, annoncer le nom de leur lauréat le même jour, à la même heure, au même endroit, après avoir déjeuné dans le même restaurant, au Drouant, place Gaillon à Paris, mais pas à la même table ! Cette année, ce sera le 10 novembre. Cette convivialité de façade n'empêche pas les coups bas…
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la
suite
|
|
Les
poèmes
entretiennent
l'amitié
! |
|
Jean-Louis
Fournier,
lauréat
du
prix
Femina
2008

Un
portrait
de
cet
ancien
complice
de
Pierre
Desproges,
réalisateur
et
écrivain,
qui
raconte
dans
"Où
on
va,
papa
?",
l'histoire
de
ses
deux
fils
handicapés.
lire
la
suite |
|
Louis-Georges
Tin
"L'invention
de
la
culture
hétérosexuelle"
(Ed.
Autrement)
 Pour
éclaircir
le
propos,
on
pourrait
établir
une
comparaison
avec
la
nourriture.
Dans
toutes
les
sociétés
humaines,
il y
a
bien
sûr
des
pratiques
alimentaires,
et
elles
sont
indispensables
à la
survie
des
individus.
Pour
autant,
toutes
les
sociétés
ne
construisent
pas
nécessairement
une
culture
gastronomique,
comme
c'est
le
cas
en
France.
L'art
de
la
table,
du
vin
et
des
fromages,
les
rituels,
le
service,
la
convivialité,
les
livres
de
recettes,
les
guides,
les
classements
et
les
étoiles
pour
les
bons
restaurants,
les
émissions
culinaires
à la
télé,
sont
autant
d'éléments
qui
définissent
la
gastronomie
à la
française.
D'autres
sociétés
développent
des
pratiques
alimentaires
moins
diverses
et
moins
ritualisées,
elles
se
fondent
sur
les
ressources
matérielles
nécessaires
pour
vivre.
Certes,
ces
pratiques
s'organisent
selon
des
principes
et
des
codes,
et
elles
s'inscrivent
parfois
dans
des
célébrations
où
l'alimentation
occupe
une
place
particulière.
Pour
autant,
elles
ne
produisent
pas
ce
que
l'on
pourrait
appeler
véritablement
une
culture
de
la
gastronomie.
Dans
ces
contextes
nombreux,
et
pas
seulement
dans
les
sociétés
anciennes
ou
éloignées,
en
Amazonie
ou
en
Nouvelle
Guinée,
l'alimentation
est
à la
fois
nécessaire
et
secondaire,
et
on
ne
se
croit
pas
obligé
d'en
faire
un
objet
d'euphorie,
un
rite
permanent,
une
exaltation
collective.
En
ce
sens,
la
pratique
alimentaire
est
universelle,
la
culture
gastronomique,
elle,
ne
l'est
pas.
Lire
la
suite
Lire
aussi
de
Louis-Georges
Tin
:
"Notre
société
est
largement
hétérosexiste"
|
|
Il n'est pas correct politiquement, me dit-on, de réfuter ou critiquer Le Clézio, tellement porteur, en ces temps de grande confusion, de bons sentiments, de nobles causes. Il fait donc l'unanimité. Or les bons sentiments et les causes justes ne produisent pas nécessairement de bonnes phrases, et la littérature n'appartient pas au domaine du sentiment.
Quelqu'un que je n'estime pas a publié en 1985 dans
L'Express un article dont le sens était que le Nobel de cette année-là (Claude Simon) était une honte pour la littérature française. Entendons-nous sur le sens des mots. La France a produit depuis cinquante ans de grands écrivains (Gracq, Sarraute, Simon, Des Forêts, Blanchot, Duras, Butor, Pinget, Cixous, Michon, Ernaux, Bergounioux, et quelques autres), auteurs d'oeuvres universelles et reconnues comme telles. Elle exporte aussi un certain nombre d'auteurs français ou de langue française, publiés par des éditeurs parisiens, qui se vendent et se traduisent bien : Amélie Nothomb, JMG Le Clézio, Alexandre Jardin, bien d'autres. Ces auteurs franchissent sans encombre les frontières et véhiculent des idées plus ou moins honorables mais sont-ils pour autant nobélisables ? En quoi distinguez-vous, me dira-t-on, un grand écrivain d'un petit, ou d'un simple best-seller, et qui suis-je pour déclarer que Michon ou Cixous méritaient le Nobel alors que Le Clézio en est indigne ?
Lire
la
suite
|
|
Entretien
avec
JMG
Le
Clézio
prix
:
prix
Nobel
de
littérature
2008
“La
littérature,
c’est
du
bruit,
ce
ne
sont
pas
des
idées.”
Jean-Marie
Gustave
Le
Clézio,
en
2007
au
Festival
de
Cannes.
-
Frantz
Bouton/Nice
Matin/MaxPPP

Resté,
depuis
plus
de
quarante
ans,
en
marge
des
courants
littéraires
et
des
modes,
Jean-Marie
Gustave
Le
Clézio
occupe
une
place
à
part
dans
le
paysage
littéraire.
Poète,
humaniste,
rêveur
plus
qu’utopiste,
parfois
visionnaire
:
c’est
le
mélange
de
tout
cela
qui
fait
la
saveur
et
la
grandeur
de
ses
écrits,
depuis
Le
Procès-Verbal
qui,
en
1963,
alors
qu’il
avait
23
ans,
propulsa
sur
le
devant
de
la
scène
ce
jeune
romancier
prodige
au
charisme
et à
l’intégrité
hors
du
commun.
J.M.G.
Le
Clézio
est
né à
Nice,
mais
ses
attaches
familiales
sont
ailleurs.
Du
côté
de
l’île
Maurice,
d’où
sont
originaires
ses
parents.
De
façon
plus
lointaine,
du
côté
de
la
Bretagne,
qu’à
la
fin
du
XVIIIe
siècle
un
aïeul
prénommé
François
Alexis
quitta
pour
cette
île
au
large
de
l’Afrique
qui
s’appelait
alors
l’île
de
France.
Le
Clézio,
lui,
ne
se
sent
véritablement
de
nulle
part,
et a
vécu
tour
à
tour
en
Europe,
au
Mexique,
aux
Etats-Unis.
Partout
écrivant,
construisant
cette
œuvre
qui
frappe
par
sa
force
et
sa
magistrale
unité,
riche
de
près
de
cinquante
titres,
romans,
récits
ou
méditations
–
citons
L’Extase
matérielle,
Peuple
du
ciel,
Onitsha,
La
Quarantaine,
L’Africain,
Ourania,
et
le
récent
Raga,
Approche
du
continent
invisible
(1).
Des
ouvrages
qui
tous,
et
chacun
à sa
façon,
parlent
du
monde
tel
qu’il
est
–
violent,
conflictuel,
parcouru
de
tensions
– et
tel
que
l’écrivain
le
rêve
–
généreux,
fluide,
harmonieux,
hommes
et
éléments
en
paix,
enfin
réconciliés. |
|
Houellebecq
moraliste
malgré
lui
:
"Houellebecq
au
laser"
de
Bruno
Viard
Compte-rendu de Michel Herland
« La pratique du bien est une liaison, la pratique du mal une déliaison »,
M. Houellebecq,
Les Particules élémentaires, p. 377.

La publication récente des mémoires de la mère de Michel Houellebecq (MH) a permis de mesurer combien l’œuvre de MH était marquée par l’expérience personnelle de l’auteur. Dans un petit livre que l’on ne saurait trop recommander à tous les admirateurs de MH, Bruno Viard (BV), professeur de littérature française à l’Université de Provence, spécialiste des dix-neuvième et vingtième siècles, rapproche la souffrance filiale de MH de celle d’un Balzac : « Si vous saviez ce qu’est ma mère, écrivait ce dernier à madame d’Abrantès, c’est à la fois un monstre et une monstruosité » (BV p. 96).
Les Particules élémentaires, le roman sans doute le plus abouti de MH, peut être lu ainsi comme le cri d’un fils abandonné qui n’en peut plus de cracher sa haine à la face de celle qui lui a refusé l’amour que pourtant elle lui devait, et qui, par extension, s’en prend à l’humanité tout entière dont il noircit à plaisir le tableau.
Il serait pourtant dommage de réduire l’œuvre de MH à cette seule dimension personnelle. Dans son livre, Bruno Viard (BV) rappelle justement que la critique, certes excessive et unilatérale de la société moderne qui se développe d’un livre de MH à l’autre, n’en fait pas moins souvent mouche.
Lire la suite |
|
SALAM
SHALOM
(de
Widad
AMRA)
 Il
s’agit
d’une
belle
poésie
qui
s’étire
et
se
chante
comme
une
cantate
longue
et
fine,
une
expression
émise
par
une
femme
apparaissant
en
tant
que
symbole
ethnique,
linguistique
et
géographique.
Sous
sa
plume,
on
se
sent
quelque
peu
au
centre
du
monde,
comme
si
la
terre
avait
un
axe
autour
duquel
nous
tournons
tous,
et
le
désir
de
l’auteur
s’envole
vers
un
espoir
de
paix.
La
série
de
jugements
politiquement
exprimés
révèle
une
atmosphère
difficile
où
le
fanatisme
crée
des
horreurs
à
l’image
des
doigts
d’un
artiste
chilien
coupés
par
l’abominable
dictateur
d’un
pays
où
la
liberté
fut
muselée
pendant
longtemps.
Il y
a
dans
le
titre
un
très
émouvant
bilinguisme
fondamental
dans
lequel
deux
langues,
deux
sociétés,
deux
philosophies
expriment
la
paix
entre
les
humains.
Il y
a
là,
donc,
la
plus
profonde
prière
pour
l’amour
des
uns
pour
les
autres
sur
une
planète
où,
malheureusement,
l’attentat
et
la
haine
se
répètent
dans
la
quotidienneté.
Widad,
l’auteur,
est
le
fruit
d’un
métissage
réalisé
sur
une
île
où
flotte,
chez
certains
incurables
malades,
un
racisme
aussi
condamnable
que
celui
que
pratiquaient
les
esclavagistes
d’hier.
Lire
la
suite
|
|

C'est
une
histoire
d'hommes.
Une
histoire
d'hommes
dans
la
tourmente
de
la
Première
Guerre
Mondiale.
Une
montagne
d'Alsace,
le
Viel-Armand,
surnommée
HWK
pour
"Hartmannswillerkopf",
est
l'enjeu
d'un
combat
aussi
absurde,
que
meurtrier.
Des
milliers
de
soldats
de
chaque
coté
du
front
vont
mourir
là
sans
que
les
positions
d'un
des
deux
camps
aient
fini
par
bouger
à la
fin
du
conflit.
Le
narrateur,
qui
parle
à la
première
personne
du
singulier
est
un
horloger
de
trente-deux
ans
qui,
dans
la
boucherie,
fait
figure
de
survivant
et
donc
de
vétéran.
A
quoi
rêve
Gaspar?
Á sa
Doudou
martiniquaise,
grosse
de
ses
œuvres
et
qui
l'attend
dans
la
maison
familiale.
L'attente
est
longue,
à
l'arrière
comme
au
front.
La
mort
est
là
omniprésente
et
le
cœur
de
hommes
se
donne
à
dire
sur
les
présences
plutôt
que
sur
les
absences.
Il y
a là
d'autres
hommes
dont
les
vies,
comètes
dans
le
ciel
de
la
guerre,
ne
pèseront
pas
plus
que
la
lumière
éphémère
qui
les
soutient.
Surtout
il y
a
Louis.
"Parce
que
c'était
Louis,
parce
que
c'était
moi"
"Lui
le
Royal
et
moi
le
Just".
Entre
Montaigne
et
la
Boétie,
Olivier
Larizza
nous
conte
une
belle
histoire
d'amour,
toujours
pudique,
toujours
réservée,
entre
deux
hommes,
qui
pour
survivre
s'inventent
des
lendemains
de
communion.
La
Doudou,
aussi
improbable
que
le
prénom
qu'elle
porte,
Natacha,
apparait
comme
un
personnage
secondaire,
dont
la
trace
dans
la
construction
du
récit,
tient
plus
aux
attaches
martiniquaises
de
l'auteur
qu'à
une
réelle
nécessité
littéraire.
Elle
fonctionne
comme
un
contrepoids,
un
paravent,
un
garde-fou
à
cet
élan
qui
pousse
Gaspar
et
Louis
l'un
vers
l'autre
pour
survivre.
L'acte
douloureux
par
lequel
Gaspar
va
s'extraire
de
l'enfer
s'il
lui
permet
de
retrouver
sa
douce
et
leur
fils
Noé
fera
de
lui
"un
demi
homme,
mais
un
père
à
part
entière"
comme
Larizza
l'écrit
joliment.
A
méditer
en
ces
lieux
où
les
hommes
à
part
entière
(c'est-à-dire
s'imaginant
non
castrés)
sont
à
peine
des
demi-pères.
Lire
la
suite
par
Roland
Sabra |
|
Métamorphoses
de
la
haine
Comment les discours " anti-occidentaux " recyclent de vieux clichés judéophobes
Depuis
de
longues
années
Pierre-André
Taguieff
construit
une
œuvre
imposante,
au
carrefour
de
l'histoire
des
idées,
de
la
sociologie
et
de
l'intervention
politique.
Directeur
de
recherches
au
CNRS,
enseignant
à
Sciences-Po,
il a
contribué,
en
une
trentaine
de
livres,
à
renouveler
l'analyse
du
racisme
dans
la
société
contemporaine.
Il a
notamment
souligné
les
insuffisances
de
l'antiracisme,
montrant
qu'on
se
trompe
d'adversaire
et
de
combat,
si
l'on
croit
vivre
dans
les
années
1930
et
n'avoir
affaire
qu'à
des
répétitions
du
nazisme.
Travaillant
sur
des
sujets
conflictuels,
porteurs
de
querelles
passionnées,
ne
répugnant
pas
à la
polémique,
Taguieff
suscite
critiques
et
controverses.
La
somme
tout
à
fait
remarquable
qu'il
publie
aujourd'hui,
La
judéophobie
des
modernes,
ne
fera
pas
exception.
Car
le
politologue
s'y
emploie
à
démontrer
comment
fonctionne
le
changement
majeur
intervenu
au
cours
des
dernières
décennies
: la
haine
envers
les
juifs
passe
désormais
par
la
détestation
de
l'Occident.
Autrefois,
les
racistes
européens
haïssaient
dans
le
juif
celui
qu'ils
jugeaient
extérieur
(non
chrétien,
oriental,
sémite...).
Aujourd'hui,
c'est
au
contraire
en
détestant
l'Occident
qu'on
va
haïr
le
peuple
juif,
car
il
symbolise
désormais
ce
qu'on
veut
détruire
(judéo-christianisme,
capitalisme,
libéralisme,
impérialisme).
"
Le
peuple
juif
a
été
désorientalisé
ou
désémitisé,
pour
être
radicalement
occidentalisé
",
souligne
Taguieff.
Lire
la
suite |
Huis clos. Au risque de toutes les
ambiguïtés, Pierre Bisiou tente un éloge de la sodomie.
Enculée Stock,154 pp.,
15,50 euros.
D’abord, en page de titre, il y a ce qualificatif ou ce
substantif - disons, cet adjectif substantivé - qui
n’est pas innocent et qui fait mouche, évidemment, tant,
par goût ou par curiosité (à moins que l’un et l’autre
ne soient qu’alibis), on s’obstine à chercher de la
littérature dans un texte de cul. Rien de précision sous
le titre, mais, en quatrième de couverture, avec la
mention de «premier roman», la sollicitation des «jeunes filles modernes» (sic) et de leur
«grande
fascination» pour diverses sortes de «transgressions». Ainsi le premier item de Pierre
Bisiou suggère-t-il l’ambition d’un manifeste vaguement
féministe, à la façon dont les magazines «féminins»
affichent la sodomie comme pratique sexuelle désormais
banalisée chez lesdites «jeunes filles», catégorie floue
que Proust le premier déniaisa. A moins que pour
l’auteur aussi, il faille un alibi…
lire la
suite |
|
Mœurs
la bataille des morales
Le consentement
suffirait-il à rendre licites tous Les usages du sexe, ou
bien l'État doit-il protéger les personnes contre
elles-mêmes?

SELON L'ARTICLE 227 DU CODE PÉNAL FRANÇAIS, coucher avec un
(ou une] adolescent[e] de plus de 15 ans et de moins de 18
ans n'est, a priori, pas un délit Sauf si l'acte comporte
une «tentative de corruption », c'est-à-dire ne se Limite
pas au coït hétérosexuel standard. Tout Le reste peut valoir
à L'adulte (enfin, le majeur de 18 ans) cinq ans de prison
et 75000 euros d'amende, peines aggravées depuis 1998 si Le
corrupteur a eu recours à Internet pour contacter sa
victime. Voilà Le genre de disposition pénale qui fait
bondir la juriste Marcela Lacub sur son stylo et dénoncer La
prétention des Lois à dicter Les règles de La bonne
sexualité. Simple exemple, ce cas illustre Le débat sur tes
mœurs qui, depuis quelques années déjà, occupe tes tribunes
de quotidiens et s'enrichit de nouveaux épisodes chaque fois
qu'une affaire éclate ou qu'une Loi est modifiée. L'éventail
des sujets est Large: caractérisation du viol et du
harcèlement, répression de la pédophilie e et de La
prostitution, encadrement de la pornographie, des pratiques
sadomasochistes, de L'échangisme, du mariage homosexuel,
Liste à laquelle on peut ajouter divers aspects de la
procréation non standard (fécondation sans sexualité, mères
porteuses, clonage].
lire a suite |
|
Rentrée littéraire :
30 romans à ne pas manquer |
|
Guerrier
zoulou
en
costume
cravate

Afrique du Sud/Ndumiso Ngcobo. " Some of my Best Friends Are White " a été écrit par un Noir qui avait envie de s'amuser avec un portrait drôle et satirique de l'Afrique du Sud. Le livre a connu une diffusion inespérée et son auteur a définitivement quitté le monde de l'entreprise, où il s'ennuyait à mourir
Ndumiso
Ngcobo
sait
ce
qu'il
aurait
aimé
faire
dans
la
vie
: "
Etre
assis
au
centre
d'une
pièce
très
confortable,
avec
une
bière
fraîche,
recevoir
des
gens
et
leur
donner
mon
avis.
J'ai
un
avis
sur
tout.
"
Il y
est
presque
arrivé.
Depuis
trois
mois,
après
le
succès
de
son
premier
livre
Some
of
My
Best
Friends
Are
White
(Certains
de
mes
meilleurs
amis
sont
Blancs),
il a
quitté
le
monde
de
l'entreprise,
où
il
étouffait,
pour
écrire,
donner
son
opinion,
raconter
son
Afrique
du
Sud,
commenter
l'actualité
et
boire
de
la
bière.
Il
porte
sur
son
pays
et
ses
congénères
un
regard
sans
concession,
dénonçant
leurs
travers,
leurs
manies,
leurs
préjugés
et
parfois
leur
bêtise.
Il
manie
la
satire,
parfois
le
sarcasme,
avec
ce
qu'il
faut
d'humanité
et
de
tendresse,
pour
que
son
humour
ne
soit
jamais
blessant.
Ndumiso
Ngcobo,
36
ans,
père
de
trois
enfants,
est
un
guerrier
zoulou
en
costume-cravate,
un
pur
produit
de
la
culture
traditionnelle
rurale
échoué
dans
la
bouillonnante
et
cosmopolite
Johannesburg.
Pendant
des
années,
il a
essayé
de
comprendre
les
autres
Sud-Africains,
les
Blancs
en
particulier,
"
les
gens
les
plus
étranges
"
qu'il
a
rencontrés.
Lire
la
suite
|
|
Une
jeunesse
indienne

Inde/Chetan Bhagat. Les romans du banquier, installé à Bombay, offrent le portrait d'une Inde occidentalisée, en décalage avec la société. L'auteur enchaîne les succès et a vendu plus de 1,5 million de livres. " The 3 Mistakes of My Life " a totalisé 500 000 ventes dès sa parution. Du jamais-vu dans le pays
Ses
deux
spécialités
sont
les
actifs
financiers
à
haut
risque
et
les
happy
ends.
Chaque
matin,
avant
de
partir
travailler
dans
une
grande
banque
d'affaires
allemande,
Chetan
Bhagat
consacre
quelques
heures
à
l'écriture.
Des
dialogues
à
chaque
paragraphe,
de
l'érotisme
qui
ne
va
jamais
au-delà
des
frôlements
de
main,
des
histoires
d'amour
tourmentées
qui
finissent
toujours
bien
:
Chetan
Bhagat
a
inventé
les
romans
de
Bollywood
que
l'Inde
s'arrache.
Son
dernier
ouvrage
publié
chez
Rupa
and
co,
The
3
Mistakes
of
My
Life
("
Les
Trois
Erreurs
de
ma
vie
"),
s'est
vendu
à
500
000
exemplaires
en
l'espace
de
cinquante
jours.
Du
jamais-vu
dans
l'histoire
du
pays.
"
Ceux
qui
achètent
ses
romans
n'avaient
jamais
ouvert
un
livre
de
leur
vie.
Tout
son
génie
est
là ",
estime
Hari
Menon,
critique
littéraire
de
l'hebdomadaire
Outlook.
Les
héros
de
Chetan
Bhagat
appartiennent
à
cette
nouvelle
classe
moyenne,
oubliée
de
la
littérature
et
symbole
de
l'Inde
émergente.
Les
journaux
vantent
le
miracle
économique
de
l'Inde.
Lui
préfère
montrer,
dans
ses
romans
écrits
en
anglais,
les
ravages
de
la
pression
au
travail
et
les
pesanteurs
d'une
société
indienne
qui
freinent
les
ambitions
de
la
jeune
génération.
Lire
la
suite
|
|
Présentation
de
l’ouvrage
de
Dominique
Berthet
André
Breton,
L’éloge
de
la
rencontre. Antilles,
Amérique,
Océanie.
par
Cécile BERTIN-ELISABETH
|
|
Notre
rapport
à la
langue

par
Fernand
Fortuné
Selon
ULLMAN,
«
tout
système
linguistique
renferme
une
analyse
du
monde
extérieur
qui
lui
est
propre
et
qui
diffère
de
celles
d'autres
langues
ou
d'autres
étapes
de
la
même
langue.
Dépositaire
de
l'expérience
accumulée
de
générations
passées,
il
fournit
à la
génération
future
une
façon
de
voir,
une
interprétation
de
l'univers
».
(1)
C'est
pourquoi,
selon
nous,
la
relation
à
notre
langue
est
une
relation
à la
terre,
donc
à la
poésie,
donc
à la
création.
Elle
est
par
conséquent
une
relation
à la
mère,
un
cordon
ombilical
essentiel
qui
nous
singularise,
et
en
même
temps
nous
préserve
de
la
solitude.
La
langue
s'exprime
alors
comme
patrimoine,
c'est-à-dire
comme
un
lieu
non
clos
où
s'engrangent
drus,
les
temps
forts
de
notre
vécu.
Dans
ce
contexte,
le
parler
d'un
peuple
signifie
volonté
d'amour
et
acte
de
fidélité.
La
langue,
c'est
nous-mêmes
,
mais
c'est
encore
le
contact,
la
présence,
l'existence
même
de
l'Autre.
En
effet,
toute
langue
est
à un
certain
degré
ce
mouvement
multiforme
vers
une
fraternité
partageable,
une
communauté
à
essentialiser.
Lire
la
suite
|
Taslima Nasreen, éternelle proscrite

Bannie
en
1994
de
son
pays,
le
Bangladesh,
sous
la
menace
des
islamistes,
l'écrivain
féministe
pensait
avoir
trouvé
refuge
en
Inde.
Bref
répit.
Elle
vient
à
nouveau
d'être
contrainte
à
l'exil
Voilà quatorze ans qu'elle est apatride. Du Bangladesh - d'où elle a été bannie en 1994 - à Stockholm, de Calcutta à Paris, elle est rompue au jeu de l'errance, aux passages fugaces dans les hôtels, aéroports et festivals littéraires. Alors, Taslima Nasreen s'y est faite. L'écrivain bangladais, féministe pourchassée par les fondamentalistes musulmans, s'est coulé dans la figure de l'exilé permanent. A la voir dans ce restaurant de Saint-Germain, à Paris, commander un verre de vin, élégante dans sa veste noire, le cou ceint d'un châle vert, on la trouve fort à l'aise. Eloquence maîtrisée, enjouée parfois jusqu'à faire tressaillir sa frange aux reflets roux.
Elle sacrifie à tout. Aux séances de photos dans la lumière tamisée d'un salon. Au programme de rendez-vous au pas de course concocté par son éditeur parisien. Aux deux gardes du corps - imposés par le gouvernement français - qui l'embarquent dans une voiture blindée pour parcourir trois cents petits mètres. Sans rechigner, Taslima Nasreen se plie au rituel de la proscrite de marque.
Lire
la
suite
|
|
L'obscurantisme
de Victor-Lévy
Beaulieu
: un
scandale

Dans
un
pamphlet
paru
le
23
mai
dernier,
intitulé
« La
Reine-Nègre»
le
plus
grand
écrivain
québécois
Victor-Lévy
Beaulieu,
dont
l'oeuvre
prolifique
et
majeure
est
citée
pour
le
Nobel,
s'attaque
à
Michaëlle
Jean,
la
Gouverneure
générale
du
Canada,
d'origine
haïtienne.
Un
débat
d'une
ampleur
inattendue
fait
rage
dans
les
médias
canadiens
et
québécois. Je
vous
soumets
ici
ma
réplique
. Le
texte
a
paru
dans
le
journal
Le
Devoir
hier
et a
fait
l'objet
d'une
émission
d'affaires
publiques
à
Radio-Canada.
Par
Joël
Des
Rosiers
Lire
la
suite
|
|
De
la
croyance
en
politique

par
Bernard
Stiegler
Le
scepticisme
...
[n'est]
que
l'un
des
résultats
les
plus
lamentables
de
la
mécréance
politique
qui
ravage
le
monde
contemporain.
Cet
effondrement
de
la
croyance
en
politique
a
une
histoire,
qu'il
faut
désormais
analyser.
Après
que
la
révolution
industrielle
eut
transformé
en
prolétaires
les
ouvreurs
de
monde
qu'étaient,
à
leur
manière,
et à
l'écart
des
clercs,
les
ouvriers
-
ceux
qui
opèrent
avec
leur
main-
d'œuvre,
les
travailleurs
et
les
producteurs
en
général
-,
le
XXe
siècle
a
accompli
la
mondialisation
du
capitalisme
en
imposant
la
prolétarisation
du
consommateur.
Ce
prolétariat
total,
exproprié
de
tout
savoir,
qu'il
s'agisse
de
ses
savoir-faire
ou
de
ses
savoir-vivre,
est
à
présent
condamné
à
une
vie-sans-savoirs,
c'est-à-dire
sans
saveurs.
Il
est
jeté
dans
un
monde
insipide,
et
parfois
immonde
: à
la
fois
économiquement,
symboliquement
et
libidinalement
misérable.
Lire
la
suite
|
|
De
l’antiterrorisme
à la
guerre
La
violence
de
la
mondialisation
Par
Jean
Baudrillard
Philosophe,
auteur,
entre
autres,
de
La
guerre
du
Golfe
n’a
pas
eu
lieu
(1991),
Le
Crime
parfait
(1994)
et
L’Esprit
du
terrorisme
(2002),
tous
parus
chez
Galilée.
Ce
texte
est
tiré
de
son
essai,
Power
Inferno
(Galilée,
Paris,
96 pages,
12 €),
Editions
Galilée
Y
a-t-il
une
fatalité
de
la
mondialisation ?
Toutes
les
cultures
autres
que
la
nôtre
échappaient
de
quelque
façon
à la
fatalité
de
l’échange
indifférent.
Où
est
le
seuil
critique
de
passage
à
l’universel,
puis
au
mondial ?
Quel
est
ce
vertige
qui
pousse
le
monde
à
l’abstraction
de
l’Idée,
et
cet
autre
vertige
qui
pousse
à la
réalisation
inconditionnelle
de
l’Idée ?
Car
l’universel
était
une
Idée.
Lorsqu’elle
se
réalise
dans
le
mondial,
elle
se
suicide
comme
Idée,
comme
fin
idéale.
L’humain
devenu
seule
instance
de
référence,
l’humanité
immanente
à
elle-même
ayant
occupé
la
place
vide
du
Dieu
mort,
l’humain
règne
seul
désormais,
mais
il
n’a
plus
de
raison
finale.
N’ayant
plus
d’ennemi,
il
le
génère
de
l’intérieur,
et
sécrète
toutes
sortes
de
métastases
inhumaines.
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la
suite |
Jean Genet, sa part d'ombre
L'écrivain de toutes les colères ne cachait pas son admiration pour l'aventure fasciste

[...]dans la nuit du 14 au 15 avril 1986, Jean Genet s'éteignait dans une chambre d'hôtel du 13e arrondissement de Paris. Il mourait comme il avait vécu : seul, sans domicile fixe, à quelques rues de la prison de la Santé. L'enfant de l'Assistance publique, jeune délinquant précoce, ami de Jean-Paul Sartre et des macs de Pigalle, disparaissait en catimini ; la mort de Simone de Beauvoir, survenue un jour plus tôt, émut davantage.
Deux décennies plus tard, Jean Genet est entré au panthéon des auteurs consacrés. Son oeuvre fait l'objet d'études savantes et de colloques, Le Balcon a été adapté pour l'opéra, son théâtre est publié aux prestigieuses éditions de la Pléiade. Surtout, Jean Genet est devenu le porte-drapeau de toutes les luttes. Jean Cocteau en 1943 devant les juges, Jean-Paul Sartre en 1952 dans son monumental Saint Genet comédien et martyr, André Malraux en 1966 à l'Assemblée nationale avaient déjà, avec diverses arrière-pensées, brossé le portrait d'un marginal maudit, victime de la société et implacable ennemi des puissants.
Par la suite, Genet a été enrôlé dans un nombre incalculable de causes : la lutte prolétarienne, la dénonciation du carcéral fascisant, la défense du tiers-monde, les droits des Palestiniens, la dignité des gays, etc. Celui qui se définissait comme « le lâche, le traître, le voleur, le pédé
» est devenu un personnage consensuel. Pourtant, tout au long de sa vie, Genet a été l'apôtre du mal et de ses servants, depuis les indics jusqu'aux terroristes, en passant par les traîtres, les assassins d'enfants, les kamikazes et les nazis.
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|
Haïti,
point
focal
de
la
Caraïbe
Édouard
Glissant*

La
question
que
je
me
pose
est
double.
Je
ne
voudrais
pas
que
nous
regardions
Haïti
seulement
sous
l’angle
du
passé,
quoique
ce
passé
soit
glorieux.
Nous
savons
tous
que
Haïti,
du
point
de
vue
de
l’importance
historique,
est
la
terre
mère
des
Antilles
et
de
la
Caraïbe,
mais
il
me
semble
qu’il
faut
dépasser
cette
perspective
et
je
suis
plutôt
intéressé
par
les
énormes
potentiels
artistiques
et
culturels
d’un
pays
qui
a
tellement
souffert
de
la
misère
et
de
l’absence
d’infrastructures.
Il
me
semble
qu’il
y a
là
un
miracle
permanent
sur
lequel
il
faut
jouer
et,
par
conséquent,
célébrer
l’histoire
d’Haïti,
mais
aussi
la
dépasser
et
voir
les
perspectives
de
création
et
peut-être
aussi
les
capacités
de
fédération
d’Haïti.
Car
ce
qui
est,
peut
être,
un
des
points,
un
des
principes
qui
réunit
tous
les
acteurs
de
la
Caraïbe
est
la
reconnaissance
d’Haïti
comme
point
focal
de
la
région.
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la
suite |
|
Comment
se
fabriquent
les
saints

Qu'est-ce
qu'une
source
? Et
quelle
vérité
peut-on
atteindre
par
son
examen
scientifique
?
Cette
question
de
base,
tout
historien
se
doit
de
se
la
poser.
Sans
cesse.
Et
immanquablement
il
risque
de
renverser
les
causalités,
victime
des
"
évidences
"
héritées
des
traditions
historiographiques.
En
reprenant
les
pièces
de
l'enquête
qui
ouvre
à
l'été
1325
le
procès
en
canonisation
d'un
ermite
de
la
marche
d'Ancône,
vingt
ans
après
sa
mort,
enquête
commandée
par
le
pape
avignonnais
Jean
XXII
(1316-1334),
Didier
Lett
entend
faire
de
cette
"
trace
de
l'histoire
"
le
vrai
sujet
de
son
étude.
Lire
la
suite |
|
«Le
monde
tel
qu'il
est»
de
Monchoachi
une
invite
au
débat
par
Roland
Sabra

Le
débat
commence.
Monchoachi
publie
ces
jours-
ci
un
petit
opuscule
"
Le
monde
tel
qu'il
est",
d'un
cinquantaine
de
pages
qui
se
veut
une
réponse
à
celui
de
Chaoiseau
et
Glissant
"
Quand
les
murs
tombent".
Ce
dernier
écrit
dans
l'urgence
d'une
situation
politique
que
le
nécessitait,
la
création
ignominieuse,
d'un
"Ministère
de
l'Immigration
et
de
l'Identité
Nationale"
présentait
les
avantages
et
les
imperfections
d'un
long
tract
qui
permettait
d'organiser
des
débats.
Ce
qui
avait
été
le
cas,
dans
plusieurs
endroits
du
monde
et
notamment
en
Martinique.
On
se
souvient
en
effet
que
des
élèves
du
lycée
Schoelcher,
des
étudiants
de
l'IUFM,
des
syndicalistes
s'étaient
emparés
du
texte
et
en
avaient
débattu
avec
les
auteurs.
A
partir
de
la
dénonciation
de
ce
qu'ils
considéraient
comme
une
infamie,
Glissant
et
Chamoiseau
portaient
sur
la
place
publique
la
question
de
la
nature
d'un
futur
état
pour
la
Martinique.
Etat-Nation
ou
Etat-Relation?
La
contribution
de
Monchoachi
est
d'une
autre
facture.
Il
s'agit
d'un
texte
réfléchi,
construit
autour
de
quelques
questions
que
l'auteur
se
posent
à
lui-même.
C'est
bien
évidemment
la
réponse
préétablie
qui
suscite
la
question
!
Mais
cet
artifice
de
rhétorique
ne
nuit
nullement
à
l'exposé,
même
si
la
compréhension
du
texte
peut
difficilement
faire
l'économie
d'une
lecture
préalable
de
la
revue
LaKouZémi,
dirigée
par
l'auteur
et
qui
porte
comme
titre
"Éloge
de
la
Servilité".
Lire
la
suite |
|
Hommages
à :
Jean-Claude
Charles,
écrivain
et
journaliste
est
décédé
le
08
mai
2008 |
|
« Des
petits
juges »
ballotés
au
gré
de
l'Histoire
Un
ouvrage
de
Caroline
Oudin-Bastide.
par
Roland
Sabra

Caroline
Oudin-Bastide
est
historienne,
spécialiste
de
l'histoire
de
l'esclavage
aux
Antilles
françaises.
Après
avoir
publié
en
2005
«
Travail,
capitalisme
et
société
esclavagiste »,
elle
nous
livre
aujourd'hui,
en
un
peu
moins
de
deux
cents
pages
une
étude
sur
l'affaire
Spoutourne
qui
défraya
la
chronique
martiniquaise
entre
1831
et
1834.
Elle
montre
combien
les
colons
martiniquais,
dont
l'opportunisme
politique
les
conduisit
à se
« faire
anglais »
ou
français
selon
le
moment
afin
de
préserver
au
plus
près
de
ses
origines
le
système
esclavagiste,
ont
été
incapables
de
prévenir
et
d'anticiper
sur
les
mouvements
de
fonds
qui
allaient
conduire
à
l'effondrement
de
l'exploitation
servile.
Pour
échapper
à
l'abolition
le
refuge
dans
le
giron
anglais
n'aura
fait
que
retarder,
trop
longtemps
certes,
l'inéluctable.
L'abolition
de
la
Traite
avant
celle
de
l'esclavage
était
annonciatrice
de
la
fin.
Les
engagements
de
la
France,
vaincue
à
Waterloo,
auprès
des
autres
puissances
européennes,
l'ont
contrainte
dans
un
premier
temps
à
tenter
de
reprendre
en
main
la
justice
coloniale,
jusqu'alors
totalement
sous
la
coupe
des
colons.
Un
des
moyens
utilisés
a
été
l'envoi
aux
colonies
de
jeunes
magistrats
sur
lesquels
la
métropole
a eu
l'espoir
de
s 'appuyer
pour
mettre
en
application
l'ordonnance
du
28
septembre1828,
qui
visait
à
accroitre
un
tant
soit
peu
l'autonomie
des
magistrats
vis
à
vis
de
la
caste
béké.
Le
livre
décrit
comment
celle-ci
tentait
dans
un
premier
temps
de
lire
la
suite |
|
Dominique
Berthet
publie
:
« André
Breton,
l'éloge
de
la
rencontre »
Le
lieu,
la
rencontre,
le
lieu
de
la
rencontre,
la
rencontre
du
lieu...
par
Roland
Sabra

Le
lieu
est
au
cœur
de
l'œuvre
de
Dominique
Berthet.
Ses
deux
derniers
ouvrages »
Hélénon,
Lieux
de
peinture,
préface
d'Edouard
Glissant
en
2006
et
« André
Breton,
l'éloge
de
la
rencontre »
en
2008.
Le
lieu
n'est
pas
un
territoire,
un
enracinement.
Il
apparaît
comme
une
bande
Moebius
abolissant
un
dedans
et
un
dehors,
un
intérieur
et
un
extérieur
puisqu'à
parcourir
sa
surface
la
rupture
est
effacée.
Cet
espace
ouvert
en
résonance
irraisonnée
sur
d'autres
lieux
avec
lesquels
il
forme
réseaux,
est
intensité
pure,
fragmentations
en
infinie
recomposition,
disjonctions
inclusives.
La
spécificité
d'un
haut
lieu
comme
Dominique
Berthet
le
définit
tient
à
l'épreuve
de
la
rencontre
que
l'on
y
fait
avec
la
multitude
des
objets,
des
êtres
et
des
choses,
du
vent
et
des
parfums,
des
jouissances
et
des
peines.
Le
lieu
et
la
rencontre
avec
soi-même
dans
l'image
diffractée
d'un
kaléidoscope.
Dominique
Berthet
travaillait
depuis
une
douzaine
d'années
sur
ce
thème
dans
l'entrecroisement
de
voyages
entre
States
et
Eros,
entre
Quebec
et
Arizona
entre
esthétique
et
sciences
de
l'Art.
Dans
ce
tissage
métis
la
trace
de
Breton
en
Martinique,
Gaspésie,
Arizona,
Nouveau
Mexique
et
Haïti
germait
comme
un
rhizome
dans
l'insistance
d'un
retour
qui
se
voulait
écart,
distance,
différence
absolue.
C'est
une
des
histoires,
mais
il
en
est
d'autres,
de
la
naissance
de
cet
essai
qu'il
publie,
comme
le
précédent
chez
HC
Editions.
Lire
la
suite
|
|
Patrice
Louis
et
les
possibles
de
la
non-rencontre.
A
propos
de
son
dernier
livre
"Le
ruban
de
la
fille
du
pape"
« Je
ne
dois
rien
à
personne
et
personne
ne
me
doit
rien »

Il
est
en
avance
au
rendez-vous.
De
noir
vêtu
à la
ville
comme
à la
télévision
avec
cette
cravate
à
rayures
jaunes
dont
il
doit
avoir
moult
exemplaires.
Il
est
plongé
dans
la
presse,
qu'il
vient
d'acheter.
On
ne
se
départ
pas
d'une
vieille
maîtresse
aussi
facilement.
Il
est
avenant,
persuadé
qu'il
y a
toujours
à
apprendre
de
l'autre
et
que
la
rencontre
est
une
richesse.
Dans
un
entretien
il
se
comporte
en
vrai
professionnel.
Il
connaît
les
ficelles
du
métier.
L'interview,
c'est
son
quotidien.
Difficile
de
l'emmener
là
où
il
ne
veut
pas
aller;
il
se
dérobera
prétextant
la
question
ou
le
thème
trop
difficile
pour
lui.
Il
est
venu
parler
de
son
dernier
livre,
de
sa
première
fiction.
Et
si
Breton
à la
recherche
dans
Fort-de-France
en
avril
1941,
d'un
ruban
pour
sa
fille
n'avait
pas
aperçu
dans
la
vitrine
de
la
mercerie
que
tenait
la
sœur
de
René
Ménil
un
exemplaire
de
la
revue
« Tropiques »?
L'histoire
en
aurait-elle
été
changée?
Probablement
pas
car
Breton
connaissait
sans
doute
l'existence
de
Césaire
dès
1932
comme
le
rappelle
Dominique
Berthet
dans
« André
Breton,
l'éloge
de
la
rencontre »
que
nous
évoquons
ci-après.
René
Ménil
avait
participé
à la
revue
« Légitime
défense »
et
il
aurait
été,
d'une
manière
ou
d'une
autre,
à
l'interface
d'une
rencontre
obligée,
entre
Césaire
et
Breton.
Mais
c'est
la
liberté
du
romancier
que
d'imaginer
une
autre
issue.
L'écriture
est
limpide,
sans
fioritures,
destinée
à
être
lue
par
le
plus
grand
nombre
et
elle
est
documentée...
Lire
la
suite
et
l'entretien
avec
Roland.
Sabra
|
|
Manga
: la
longue
filiation
d'un
genre
devenu
universel
par
Philippe
Pons
 La
bande
dessinée
japonaise
a
désormais
un
musée
international.
Et
pas
n'importe
où :
à
Kyoto,
ancienne
capitale
et
reposoir
de
la
grande
culture
nationale.
Ce
musée,
ouvert
en
2006,
situé
au
coeur
de
la
ville,
attire
un
nombre
considérable
de
visiteurs,
dont
beaucoup
d'étrangers.
Il
existe
certes
deux
autres
musées
du
manga,
à
Hiroshima
et à
Osaka,
et
une
soixantaine
d'autres
plus
petits,
mais
celui
de
Kyoto,
né
de
l'initiative
conjointe
de
l'université
Seika
et
de
la
municipalité,
est
le
plus
riche,
avec
200
000
titres.
Il
accueillera
en
septembre
prochain
le
Sommet
international
du
manga.
Le "
mur
des
mangas
",
du
premier
au
troisième
étage,
compte
quelque
50
000
albums,
publiés
depuis
les
années
1970,
que
les
visiteurs
peuvent
consulter
à
loisir.
Les
"
archives
"
recèlent
des
mangas
publiés
antérieurement,
dont
le
plus
ancien
date
de
1874.
Dans
sa
forme
actuelle,
le
manga
est
certes
apparu
au
début
de
l'ère
Meiji
(1868-1912),
mais
il
est
dommage
que
le
musée
ne
fasse
qu'esquisser
une
filiation
beaucoup
plus
ancienne.
Lire
la
suite
|
Frédéric
Régent : un historien antillais à l'honneur !
Qualifié
par le Parlement de " crime contre l'humanité ", l'esclavage
devient un sujet de société - sans cesser d'être un objet
d'histoire. Frédéric Régent publie une synthèse magistrale
de ce douloureux passé. Parallèlement, un dictionnaire passe
en revue tous les aspects de la vie quotidienne dans la
France coloniale. Longtemps occultée, la question de la
servitude en terre d'islam commence à intéresser des
chercheurs. Qualifié par le Parlement de " crime contre
l'humanité ", l'esclavage devient un sujet de société - sans
cesser d'être un objet d'histoire. Frédéric Régent publie
une synthèse magistrale de ce douloureux passé.
Parallèlement, un dictionnaire passe en revue tous les
aspects de la vie quotidienne dans la France coloniale.
Longtemps occultée, la question de la servitude en terre
d'islam commence à intéresser des chercheurs.
Lire la suite |
|
Centenaire de Joseph Lagro Suréna

Le poète
Joseph SURENA, connu partout sous le nom de LAGRO, aurait eu
cent ans cette année. Il est né le 19 mars 1908 et il a été
enterré le 7 avril 1998 à Case-Pilote.
Cet homme est
venu au monde dans une famille modeste dont la légende
raconte qu’elle est, dans sa lignée paternelle, d’origine
caraïbe. Ceci semble se confirmer, chez chacun de ses
membres par leur esprit libre et indépendant ainsi que par
leur refus de toute soumission ; ce qui nous rend si
insupportables aux yeux d’un certain nombre de personnes.
Ce discours a
été prononcé à son enterrement par son neveu le 7 avril
1998.
L’ancien maire
de Case-Pilote, Monsieur Augustin BONBOIS, a décidé avec son
équipe municipale de donner le nom de JOSEPH LAGRO SURENA à
la rue qui descend, à gauche de sa maison, de la Batterie à
l’Autre Bord.
Nous saluons
cette initiative.
G.S.
Lire l'hommage
|
|
Un
candidat, américain du tiers-monde
Les Rêves de mon père
Barack Obama
Presses de la Cité, 454 pages, 21 €

La
particularité de Barack Obama est d'être un candidat "
mondialisé " à la présidence des Etats-Unis. Avant lui,
d'autres Africains-Américains ont concouru pour
l'investiture démocrate. Une première différence est que
Jesse Jackson, en 1984 et en 1988, voulait surtout
augmenter l'influence de la communauté noire dans le
parti, alors que M. Obama est en mesure de remporter la
candidature avec, s'il y parvient, une chance sérieuse
d'être élu président en novembre. La deuxième différence
est que ses origines familiales et son parcours, de
l'enfance à l'âge adulte, font de lui un personnage
politique nouveau : un Américain du tiers-monde, qui
voit les Etats-Unis de l'intérieur, mais aussi de
l'extérieur. Par ses relations personnelles et intimes
avec d'autres continents, il a une expérience
inhabituelle, chez la plupart des Américains et
singulièrement chez leurs responsables politiques, de
l'existence de peuples et de cultures différents.
Lire la suite |
|
L'historien Georges Bensoussan
déconstruit avec force une idée
reçue
L'historien, disait Paul Veyne,
est celui qui se méfie de
"ce qui va de soi ".
Or il se trouve que parmi les
stéréotypes les mieux partagés sur
la naissance de l'Etat d'Israël - et
Dieu sait s'ils sont légion ! -, il
en est des plus coriaces. Notamment
celui qui voudrait que l'Etat juif
soit né de la Shoah, comme si la
destruction du judaïsme européen en
avait constitué la matrice. C'est
François Mauriac, plein de bons
sentiments, s'exclamant dans les
années 1950 :
" Sion a
ressurgi des crématoires et des
charniers. La nation juive est
ressuscitée d'entre ces millions de
morts. "
C'est précisément cette fausse
évidence que réfute ici avec force
Georges Bensoussan, l'un des
meilleurs spécialistes de l'histoire
intellectuelle du sionisme en
France. L'historien, qui est aussi
le rédacteur en chef de la
Revue
d'histoire de la Shoah
et directeur
de l'excellente collection du "
Mémorial de la Shoah " aux éditions
Calmann-Lévy, était donc
particulièrement bien placé pour
analyser cette illusion
rétrospective. Illusion d'autant
plus brûlante qu'on la voit
aujourd'hui réapparaître, sous des
variantes nettement moins
bienveillantes, dans le monde arabe comme au sein de l'ultragauche.
|
|
L’Afrique répond à Sarkozy
Contre le discours de Dakar
14,5
x 22 cm, 480 pages, 19,80 € ISBN : 978-2-84876-110-7
Le 26 juillet 2007 à Dakar, lors de
sa première visite en Afrique subsaharienne, Nicolas
Sarkozy a profondément blessé les Africains par un discours
qui se voulait pourtant amical. Son adresse « fraternelle
» à la jeunesse du continent, supposée fonder la nouvelle
politique africaine de la France, n’a en effet trompé
personne. Elle est vite apparue comme une grossière tentative
de maquiller publiquement en œuvre de bienfaisance les
crimes de ses ancêtres.
Les paroles de Nicolas Sarkozy, émaillées
de clichés racistes, ont été centrées sur un mythique
homme africain, sur l’âme de l’Afrique,
sur la Renaissance africaine, dont il fait du
reste une lecture bien suspecte.
Lire la suite |
Histoire sensible des
jouissances

Alain
Corbin explore les discours sur le plaisir, depuis
l'époque des libertins jusqu'à l'avènement du
discours scientifique
Une
peinture, mais faite d'abord de mots, d'idées, de
suggestions. Car les images, dans le domaine de la
sexualité et de l'érotisme, ne sont pas tout. Les
gravures libertines du XVIIIe siècle ou polissonnes
du XIXe, quelle que soit leur audace, ne disent
qu'une infime partie de ce tout dont l'esprit
s'échauffe ou s'enflamme mais qu'il peine toujours à
embrasser. A la perspicacité du chercheur, à son
esprit de classement et à son art des croisements
s'offre une masse de textes - précis de médecine,
romans pornographiques, traités de morale, manuels
conjugaux ou " arts de foutre ", écrits intimes,
divagations diverses...
Lire la suite
|
Alexis Wright. Cette romancière remue l’Australie blanche en évoquant le destin tragique de son peuple, laminé par l’assimilation forcée.
par Catherine Coroller

C’est un tournant dans sa vie. Voilà que l’Australie blanche, celle qui mène depuis deux cents ans une politique d’anéantissement de ses ancêtres aborigènes, a décerné à Alexis Wright le plus prestigieux prix littéraire du pays. Et voilà aussi queCarpentaria est un phénomène littéraire. Publié par un petit éditeur après avoir été refusé par tous les gros,
il en est à sa septième réimpression et s’est vendu à 30 000 exemplaires contre 2 000 à 3 000 habituellement en Australie. Et voilà enfin que certains lecteurs représentant cette même Australie blanche sont venus lui demander pardon lors des rencontres organisées pour la présentation de son roman à travers tout le pays.
Lire la suite |
|
Postures de Mailer
Par Pierre Assouline

Il y a comme ça
des rencontres qu’on s’en veut de n’avoir pas
photographiées. Non seulement des rencontres de personnes
remarquables, mais des rencontres de croisements
d’évènements qui valent d’être fixées en une image. Ainsi
tout à l’heure, en débarquant à l’aéroport JFK de New York,
je poursuivais ma lecture d’un essai passionnant tout en
faisant la queue devant les guichets de l’immigration, un
livre de Jérôme Meizoz intitulé Postures littéraires
et sous-titré Mises en scène modernes de l’auteur
(205 pages, Slatkine, Genève). Une analyse brillante non
seulement de la mise en scène médiatique d’un trait physique
ou d’un geste d’un auteur, mais encore, sans aucune
connotation péjorative, une façon de faire face, de faire
bonne ou mauvaise figure aux avantages et inconvénients de
la position qu’il occupe sur la scène littéraire.
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Georges Castéra, Prix Carbet 2006
Un langage à double canon pour dire
l’indifférence
par
Jean Durosier DESRIVIERES
Ces
rencontres organisées en ce mois de novembre, ayant pour
thème ou problématique : « Marcher sur nos morts »,
coïncident harmonieusement au mois des Guédés, en Haïti.
Pour ceux qui l’ignorent, je dirai succinctement que les
guédés sont des loas, des génies ou des esprits du Vaudou :
ce sont des loas de la mort, mais aussi de la vie, car de la
putréfaction renaît la vie immortelle. Ce sont les loas les
plus étranges du panthéon vaudou, dit-on : leur rituel
dévoile le tragique le plus macabre et l’érotisme le plus
débridé. Barron Samedi, aussi dénommé Barron Cimetière ou
Barron Lacroix, serait la figure la plus représentative des
guédés. En effet la croix de Barron, symbole des guédés,
indique la croisée des chemins qui guette tout un chacun. Et
on y parvient tous, chacun à son heure. La croix de Barron,
c’est ce pieu vertical qui renvoie au phallus (éros, la vie)
et cette bande horizontale qui renvoie au tombeau (thanatos,
la mort).
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Le sexe, le sexe, le
sexe...
C'est l'Enfer !
Enfer
n'existe pas. Pouvez vous dissiper. " Le télégramme,
signé André Gide, avait été adressé à François Mauriac,
quelques jours après la mort de l'auteur de Corydon.
Si l'enfer n'existe plus dans l'au-delà, il est toujours
présent ici-bas : la Bibliothèque nationale de France le
montre, en une exposition qui fera date. Sous-titrée " Eros
au secret ", elle présente son département le plus
sulfureux. Car, à l'heure du porno à la télévision et sur le
Net, l'" enfer " de la BN traîne toujours une aura
scandaleuse : la manifestation n'est-elle pas interdite aux
moins de 16 ans ? Une mesure suffisamment rare pour être
soulignée.
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La littérature
au corps

D'emblée,
quelque chose dit que cet homme-là pourrait faire le coup de
poing. C'est
qu'il a un
physique de lutteur, Jean-Yves Cendrey - pas très grand mais
compact, avec un crâne rasé de mercenaire et des yeux
brillants qui se plantent droit dans les vôtres. A l'opposé
des écrivains romantiques, délicats, vite effarouchés, lui
pratique l'écriture comme un sport de combat : ne jamais
céder un pouce de terrain au consensus, ne jamais s'incliner
devant la bienséance ou les vérités toutes faites.
Un esprit de
résistance qui s'est manifesté dès son premier livre, Principes du cochon (POL, 1988), et encore plus depuis
que ses romans, Les Jouets vivants (L'Olivier, 2005),
puis Corps ensaignant (Gallimard, 118 p., 11,50
euros), ont semé le trouble dans l'univers de la fiction
française. En dénonçant des affaires de pédophilie à
l'école, l'écrivain a sorti la littérature des bibliothèques
pour en faire une bombe dirigée contre les abus de pouvoir
et la lâcheté.
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La réception littéraire et politique
de René Maran par l'Amérique Noire:
influences ou
malentendus?
par Anthony Mangeon

Pour illustrer l'importance de René Maran dans l'histoire
littéraire, les critiques ont souvent, et à fort juste
titre, souligné son rôle de médiateur entre les mouvements
culturels de l'Amérique Noire et de la Négritude francophone
(Fabre: 1985,
Edwards:
2003). Les écrivains de
la Renaissance de Harlem le revendiquent comme un modèle,
les théoriciens de la Négritude s'en réclament comme d'un
précurseur, et Maran occupe cette intéressante position
d'être tout à la fois un repère et un trait d'union, un
intermédiaire et un inspirateur. Dès qu'on examine cependant
quelle fut la véritable réception de ses textes, de ses
positions esthétiques, et de ses engagements politiques par
les uns et par les autres, ce sont d'emblée certains
quiproquos qui se laissent découvrir, par-delà
l'hagiographie et les filiations proclamées. Lorsque l'œuvre
de René Maran fait l'objet, dans l'Amérique Noire des années
vingt, d'une bruyante publicité, ce sont moins les qualités
littéraires d'un "véritable roman nègre", Batouala,
que l'accomplissement et la reconnaissance d'un "écrivain
noir" qu'on célèbre chez le lauréat du Prix Goncourt 1921;
et alors que Léopold Sédar Senghor salue de son côté, dès
son premier article de L'Étudiant Noir, ce qu'il
appelle L'Humanisme Noir de René Maran (1935: 2),
c'est précisément en s'inscrivant en porte-à-faux avec
"l'anthroponégrisme" -qu'il reconnaît et déplore chez les
écrivains et penseurs noirs américains- que René Maran
prendra, quant à lui, la parole dans Présence Africaine.
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Qui était
vraiment René Maran, le premier Goncourt Noir ?
par Selim Lander

Le 14 décembre 1921,
l’Académie Goncourt a couronné un jeune écrivain de 34 ans,
René Maran, pour son roman Batouala. Au
cinquième tour de scrutin ne restaient plus en lice que
L’Épithalame de Jacques Chardonne et Batouala.
Avec cinq voix contre cinq les deux romans étaient à
égalité. Le second l’a emporté grâce à la voix prépondérante
du président Gustave Geoffroy. Les autres candidats de cette
année-là n’ont guère marqué l’histoire littéraire, à
l’exception de Pierre Mac-Orlan qui concourrait avec
La Cavalière d’Elsa. Comme le nom l’indique,
Batouala est un roman africain. Par contre le nom de
l’auteur ne révèle pas qu’il s’agit d’un noir, « le premier
Goncourt noir ».
René Maran est né le 5
novembre 1887 sur le bateau qui menait ses parents d’origine
guyanaise à Fort-de-France. Comme c’est là où sa naissance a
été enregistrée, on le présente souvent comme un écrivain de
Martinique. En réalité, il n’est resté sur cette île que les
trois premières années de sa vie, avant de déménager avec sa
famille au Gabon où son père devait poursuivre sa carrière
d’administrateur colonial. Il est resté peu de temps là
aussi puisque, dès l’âge de sept ans, on le retrouve
pensionnaire au petit lycée de Talence, en Gironde. Il
connut ainsi la jeunesse mélancolique des enfants de
coloniaux, des quasi-orphelins qui n’avaient droit à la
présence de leurs parents que pendant un semestre tous les
trois ans, au rythme des congés administratifs…
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Le Réveil de la diaspora créole
La pan-créolité :
une identité à conquérir…
par Rodolf Etienne

Récemment à la Martinique, plus précisément à l’Université
des Antilles-Guyane, avait lieu un colloque intitulé « Les
approches interculturelles en langues, en littérature et en
civilisation : quelles heuristiques ? ». Durant trois jours,
plusieurs spécialistes européens et caribéens proposaient
leurs réflexions, offrant à l’auditoire une riche étude de
la question. Pour avoir effectué quelques recherches sur la notion de l’interculturalité,
je sais que dans les Mascareignes, à la Réunion, l’île
Maurice et les Seychelles cette notion, très impliqués dans
le développement culturel et identitaire des populations, a
également fait l’objet de nombreuses analyses. Ces analyses,
ici, ont permis de mieux envisager un phénomène qui,
aujourd’hui, touchant au monde dans son ensemble, le
bouleverse et le transforme. Edouard Glissant, développant
le concept du Tout-Monde, nomme ce phénomène « Relation » ou
« Créolisation ». De nombreuses questions posées lors de ce colloque
trouveraient un écho favorable ici. Je vous en propose
quelques-unes, qui vous sont certainement familières :
Peut-on comprendre une autre culture ? (sous-entendu, dans
notre cas, une autre culture « créole »). Ou encore :
Communautés linguistiques et communautés culturelles :
quelles parallèles ? Encore : Les paradoxes de l’interculturalité
dans un monde globalisé.
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De l'orthographe du créole
par Serge Harpin

L’agitation médiatique autour de « la dictée créole » et les
commentaires de quelques-uns des promoteurs de l’opération
ne sauraient être analysés autrement que comme l’offensive
d’un petit groupe pour imposer son point de vue sur
l’orthographe du créole ; ceci dans un contexte d’évolution
institutionnelle « annoncée » sur les langues régionales. La manœuvre s’accompagne, il fallait s’y attendre, d’une
tentative subreptice de mettre fin à tout débat sous le
couvert d’un unanimisme de façade. Au risque de subir les foudres des gardiens du temple, il
nous a paru moralement et intellectuellement indispensable
de lever l’interdit pour interroger quelques-uns des
présupposés sous-jacents à la conception de l’orthographe du
créole du GEREC. QUI A AUTORITE SUR LE CHOIX DE L’ORTHOGRAPHE D’UNE
LANGUE ?
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