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« Avec Franz Fanon : percevoir, écouter, écrire, dire l’humain. »

  De nombreux mots pour dire que les textes de Franz Fanon, ceux que chaque lectrice, lecteur, rencontre en librairie, en bibliothèque, en discussion, témoignent d’une vive perception, écoute, écriture, et diction des violences et silences, impunités, qui, à travers les séparations, apartheids, mises à l’écart, viols, forclusions, destitutions structurales et singulières des civilités, ont marqué l’histoire, les sociétés, les individus d’aujourd’hui,  ne laissant nulle personne contemporaine, enfants, nouveaux-nés, femmes, hommes, personnes agées, nulle formation politique, dictature, tyrannie, démocratie, république, à l’abri des conséquences et reconstructions mémorielles et historiques qu’exigent de telles destructions et exclusions  historico- psychiques. Individus et sociétés sont marquées à la surface d’eux-mêmes, d’elles-mêmes et dans les profondeurs, strates, couches, de cette réalité historique et psychique liée : celle-ci étant plurielle, multiple, de surface lisible ou dite, par exemple, par la mise en ghettos, les différences territoriales de logements, de salubrité, les stigmatisations langagières et coutumières, les différences affirmées par la richesse et la pauvreté, les accès ou non aux soins, à la culture, auc cultures, les mises en retard, en question, refus, des langues, leurs acquisitions bénéfiques et différenciées, les ostracismes et anathèmes raciaux sous des légitimations religieuses porteuses de pensées, idéologies faillibles, les mises à mort et enfermements dits exemplaires, les destitutions et inégalités des représentations et histoires, les perturbations et aliénations de soi par des représentations et affirmations, dominations issues de l’Autre par introjection et précipitation du bourreau, du justicier, du vengeur héroïque, d’un maitre, essentiellement dominateur et cruel,  entrainant abandon et chute, détresse de ce que serait une prise en compte affirmation et protection de l’humain.

 

Fragments d’une enfance  saintoise,


Récit.

Raymond JOYEUX, Editions « Les Ateliers de la Lucarne », Terre de Haut, 2009.



 Raymond JOYEUX n’est pas un inconnu. Il écrit et publie des recueils de poésies[i], depuis plus de vingt ans. Le « Récit » qu’il publie aujourd’hui s’inscrit dans la lignée des « récits de vie », inaugurés aux Antilles en 1950 par Joseph ZOBEL, avec La rue Casse-Nègres. Roman autobiographique, ZOBEL y racontait la vie de la Martinique rurale de son enfance. Raymond JOYEUX, nous raconte à son tour son enfance saintoise, après Coulée d’Or d’Ernest PEPIN et Le Cœur à rire et à pleurer de Maryse Condé en 1999, et après Tu c’est l’enfance de Daniel MAXIMIN en 2004, pour la Guadeloupe. Ce récit fait le pendant en quelque sorte de l’enfance marie-galantaise que Max PIPPON a brossé avec Le Dernier matin en 2000. Pourquoi une telle abondance de ce type de récit dans nos îles ?

Les « récits de vie » relèvent d’un genre littéraire autobiographique, les Confessions, dont les racines anciennes remontent à SAINT-AUGUSTIN, et qu’à illustré J-J ROUSSEAU. Mais, s’ils disent le MOI d’un écrivain, ils le font à travers une « création » littéraire dans laquelle l’imagination joue un rôle non négligeable. La part d’authenticité et celle de la fiction sont toujours difficiles à démêler. En dépit de l’affichage d’une tendance ethnographique visant à rendre compte de la culture d’une communauté, celle des Saintois, nous nous demanderons en quoi ces Fragments d’une enfance saintoise restent une « fiction de l’enfance ». Une enfance qui a été reconstruite à partir de fragments, et donc réinterprétée

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Suzanne l’aimée de Césaire

 

Dissidence. «Le Grand Camouflage», recueil d’essais poético-politiques de la femme de l’écrivain martiniquais.

  Tout commence quand un bateau faisant route pour New York et transportant des dizaines d’exilés (dont Claude Lévi-Strauss, Anna Seghers, Wifredo Lam, André Breton…) fait escale en Martinique. Breton, qui cherche un ruban pour la petite Aube, entre dans une mercerie de Fort-de-France, il tombe sur la revue et y lit des poèmes qui le bouleversent. Il demande à rencontrer son auteur, Aimé Césaire. La mercière, qui se trouve être la sœur du philosophe René Ménil, un des cofondateurs de la revue avec Aimé Césaire et sa femme Suzanne, met tout le monde en contact. C’est le début d’un réseau d’amitiés croisées et d’influences artistiques étonnamment fécondes.
«Le grand camouflage», l’essai qui donne son nom au livre rassemblé par l’écrivain Daniel Maximin, a été écrit par Suzanne Césaire en 1945, c’est un écho de cette journée, un texte poético-politique d’une grande énergie, à la fois lyrique et ancré dans la géographie et l’anthropologie de la Martinique. Daniel Maximin dit que c’est peut-être  Peau noire, masques blancs 

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Au nègre fondamental

par

Patrick Mathelié-Guinlet


 
Le père du nègre est mort !
Je vous parle pas de Cham.
Aujourd’hui dans mon slam
j’ai mis toute mon âme :
qu’il emporte mes mots
au loin jusqu’à son corps.
Du nègre Orphée
s’est tue la lyre,
dans les bras de Morphée
dirait-on pas qu’il dort ?
Car un poète ne peut être mort :
tant qu’on continue de le lire
il continue de vivre encore
au cœur de notre souvenir
pour les nombreux siècles à venir.
Certes tu fus aimé,
Aimé, comme ces airs,
Césaire, de liberté
que tu nous a chantés
et qui nous ont charmés.
Jamais nous te laisserons partir.
Tant qu’un enfant pourra te lire
il se sentira fier,
il se sentira nègre
quelque soit sa couleur,
quelque soit sa douleur,
tellement fier d’être nègre !
Ta pensée est un aigle
s’envolant dans les airs
et filant sur son erre.

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Pierre Pinalie , une passion pour les langues

  Polyglotte accompli, il publie ces jours ci une septième édition, entièrement revisitée  de son dictionnaire français créole que par modestie il qualifie d'élémentaire. Comme en témoigne l'entretien qu'il nous a accordé, au cours duquel on sent la retenue imposée par l'idée même de publication, Pierre Pinalie n'est pas l'homme de la moitié du gué. Et ce n'est pas là la moindre de ses qualités.

Pierre Pinalie comment vous présenter?

1/ Je suis toujours touché mais un peu gêné d’être interviewé, mais si je le suis, ce n’est pas parce que je l’ai demandé. Par ailleurs, j’ai forcément beaucoup de choses à dire sur mon séjour en Martinique, puisque je suis ici depuis une trentaine d’années, alors que j’avais en France passé 20 ans en province, et 20 ans à Paris. Je me permets donc de m’imaginer quelque peu martiniquais, même si on m’appelle le petit blanc des dernières colonies. Et si je vis dans ce pays, c’est que j’y étais venu pour découvrir le pays d’une épouse. J’ai d’ailleurs été marié deux fois avec une martiniquaise, ce qui m’a donné deux fils métis, et j’ai rapidement découvert le plaisir de vivre dans ce pays avec un intérêt et une passion pour la culture locale, en n’oubliant jamais l’histoire du pays avec ce que cela comporte comme drames et comme horreurs dans le passé. J’ai d’abord résidé au Vert-Pré, dans la campagne, avant de venir m’installer à Fort-de-France pour aller plus aisément à l’université, et j’ai enseigné longtemps au lycée de Trinité avant de faire des recherches à l’UAG, sur le créole.

En effet, c’est l’espagnol que j’enseignais au lycée, et le créole qui est devenu ma passion et mon activité professionnelle, et cela m’a donné une profonde connaissance des problèmes du créole, et la merveilleuse possibilité de rencontrer encore aujourd’hui des centaines d’élèves et d’étudiants avec lesquels j’ai toujours eu d’excellents et de charmants rapports.

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DICTIONNAIRE ÉLEMENTAIRE FRANCAIS/CRÉOLE

de Pierre Pinalie, Éditions L’harmattan, 2009

 

BIEN MÈSI MISIÉ PINALIE !

 

par Serge HARPIN

Il n’y a rien de plus humain que la tendance à « naturaliser » les acquis des luttes passées, à les appréhender comme s’ils allaient de soi, comme s’ils avaient toujours été. La « naturalisation » se fait le plus souvent par oubli ou ignorance. Elle est aussi quelquefois produite à dessein par la substitution du mythe à l’histoire : on raconte alors des histoires, ses désirs. On instrumentalise le passé. Il en est ainsi du combat pour la reconnaissance des Créoles en tant que langues comme pour tout le reste. D’où un devoir d’histoire qui commence toujours par un rappel des faits :

 

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Saskia Sassen sociologue " globale "

Saskia Sassen enseigne à l'université Columbia (New York) et à la London School of Economics (Londres).

Connue pour ses travaux sur les " villes globales " - Londres, New York et Tokyo - où bat le pouls humain et financier de la mondialisation, Saskia Sassen enseigne à l'université Columbia (New York) et à la London School of Economics (Londres).

Aller à la rencontre de cette grande figure de la sociologie contemporaine, c'est faire connaissance avec une intellectuelle cosmopolite, invitée à siéger dans les plus grands concours internationaux d'urbanisme, et qui ne se départit jamais de la distance amusée propre à ceux qui sont, le mot est d'elle, " partout chez eux et partout des étrangers ".

Née en 1949 dans une famille polyglotte, éduquée à Buenos Aires et à Rome, entrée aux Etats-Unis illégalement avant d'y poursuivre ses études, Saskia Sassen se définit elle-même comme une " excentrique ". Le parcours de cette intellectuelle engagée, dont le premier manuscrit fut refusé par treize maisons d'édition, est fait de chemins de traverse.

Traversée des savoirs, entre sociologie, économie et sciences politiques. Traversée de son objet lui-même, cette globalisation qu'elle s'obstine à saisir par chacune de ses facettes, livre après livre : les parcours des migrants, les échanges monétaires entre entreprises, les structures des villes et, aujourd'hui, le destin ambigu des Etats. A rebours, à la fois, de l'essayisme des experts et du " radical chic " hypercritique, deux postures fréquentes dans ce champ d'études, Sassen n'ambitionne rien moins, dans son dernier livre, La Globalisation, une sociologie, que d'inscrire ce processus dans l'histoire des sciences sociales.

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La fabuleuse aventure
des romans sur grand écran

Slumdog (multi) millionnaire !  Le récit qui a donné naissance au film Slumdog Millionaire, coiffé d'un drôle de titre - Les Fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire, de Vikas Swarup, chez «10/18» - s'est écoulé à plus de 140 000 exemplaires après ses récompenses à Los Angeles.  

Un film primé peut multiplier par dix les ventes du livre adapté au cinéma.

Lors de la remise des césars ou des oscars, il n'y a pas que les acteurs ou les producteurs qui sont tendus. Les éditeurs, aussi. Car pour eux, également, l'enjeu est crucial : le film primé dope les ventes du roman adapté sur grand écran. Une réussite au cinéma peut multiplier les ventes par dix, rappelle-t-on au «Livre de poche».

L'impact est tel que l'édition de poche de l'Étrange histoire de Benjamin Button se retrouve deux fois dans la liste des meilleures ventes ! Le premier paru chez Pocket (L'Étrange… suivi de Un diamant gros comme le Ritz) et le second, édité par la collection «Folio». Au total, plus de 150 000 exemplaires ont été vendus après la sortie en salle. Scott Fitzgerald, qui a couru après le succès commercial toute sa vie, n'en serait pas revenu.

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  Quoi de neuf ? Montaigne !   

Michel de Montaigne

   Lecteur neuf, ce livre de bonne foi est pour toi : voilà Montaigne adapté, "traduit" en français moderne ! Tu t'y trouveras de plain-pied avec le caracolant auteur des Essais. Finis, comme l'écrivait Marc Fumaroli ("Le Monde des Livres" du 15 juin 2007), "l'orthographe escogriffe" et les "Himalayas de notes" des éditions savantes, dont on ne déniera sûrement pas l'intérêt scientifique. Mais il y a du profit au change. 

D'abord dans le bonheur de la lecture, son confort. Car ici, rien n'arrête la promenade, dont l'allure n'est plus contrainte. Ainsi escorte-t-on le cavalier bordelais à sa guise, au pas, au galop, au trot, c'est selon. Nous le suivons de bonne grâce dans ses vagabondages. Sa liberté nous emballe et nous semble plus éclatante, plus vive. Qu'il procède par "sauts", par "gambades", c'est tant mieux : la balade a du caractère.  

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PAS…

Pas tan-a ka vin pou pèp-la lévé doubout,
pas lavi an nonm two kout, fout !
kouté’y an lari-a palé épi an sèl vwa
pou mandé tousa i ni dwa.
Pas mépri bétjé-a lévé kòlè pèp-la,
pas i ni mà épi pwofitasyon,
pas Gwadloup èk Matnik sé dé nasyon,
pas lè ni an volonté ni an lawout,
pas nou vlé dinité nou épi sé tout,
pas lavi nou sé an konba ki pa jen bout,
pas sé solidarité ka pòté lèspwa,
di tousa,
divini ich nou ké plen épi lajwa !
 
Patrick MATHELIÉ-GUINLET
 (19-02-09)

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L'intraitable beauté du monde : adresse à Barak Obama   Patrick Chamoiseau Voir tout son univers, Edouard Glissant Voir tout son univers

  Toute l’œuvre d’Édouard Glissant a appelé de ses vœux un événement comme celui qui vient de se produire aux Etats-Unis : Barack Obama est l'incarnation de ce qu’il nomme depuis trente ans la « créolisation » du monde.

Son élection est un fait sur lequel on ne peut désormais plus revenir. Qu’est-ce que Barack Obama fera de cette victoire ? C’est aujourd’hui impossible à dire.

Dans cette lettre ouverte écrite un an après Quand les murs tombent, Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau s’adressent au 44e président des États-Unis, premier Africain-américain à accéder à la Maison Blanche, et appellent à une réflexion entre poétique et politique sur ce que pourrait être demain l’action d’Obama, président de la première puissance mondiale.

Lire un extrait et écouter l'interview de Patrick Chamoiseau et Edouard Glissant

John Updike, le peintre
de l'Amérique moyenne

 par Christophe Mercier

Le prolifique écrivain américain John Updike, connu notamment pour sa série de romans mettant en scène le personnage Rabbit, est mort à 76 ans.

Il était le peintre de l'Amérique.Il était le peintre de l'Amérique. Lauréat à deux reprises du prestigieux prix Pulitzer, auteur de dizaines de livres, nouvelles, critiques, essais, romans pour enfants, poèmes, John Updike est surtout célèbre pour ses séries des «Rabbit» et «Bech».

En France, sa fortune a été fluctuante, culminant avec l'énorme succès de Couples, à la fin des années 1960. Mais même si les Français semblaient lui préférer Philip Roth (pour prendre un auteur de sa génération), John Updike fut une star de sa génération. Plus qu'une star, un mythe. Ses aficionados lui ont consacré un site Internet, The Centaurus, particulièrement impressionnant mentionnant jusqu'au moindre texte publié par Updike dans le New Yorker (dont il était un chroniqueur régulier) ou donnant à lire des nouvelles encore inédites. Adoubé par Vladimir Nabokov dès ses premiers écrits, Updike a toujours été un «writer's writer». Un monument.

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La NRF, cent ans de littérature et de succès

La Nouvelle Revue française, attire toujours autant de lecteurs, et reste au centre de la planète littérature

  C'est un cas d'école : depuis un siècle, une couverture invariablement crème, sobre, sans photo aguicheuse ; pas de récit «trash» ; et ce sigle au graphisme désuet - NRF. Et, en cent ans, le succès ne s'est jamais démenti. Comment expliquer que la maison d'édition Gallimard, née de la création de La Nouvelle Revue française, attire toujours autant de lecteurs, et reste au centre de la planète littérature, ne serait-ce que parce qu'il est le premier éditeur indépendant en France ? «Oui, c'est vrai, cela reste mystérieux, une maison qui n'a pas perdu son âme en cent ans. Je crois que l'une des explications est que l'entreprise est restée familiale, l'actuel patron (Antoine Gallimard) est le petit-fils du fondateur», souligne Roger Grenier, écrivain et éditeur chez Gallimard depuis 1964. La petite revue créée en 1909 par une poignée de jeunes gens passionnés est aujourd'hui un groupe qui emploie 1 300 personnes et réalise près de 300 millions d'euros de chiffre d'affaires ; celui-ci a échappé aux concentrations et jouit toujours d'un prestige inégalé. Ces dernières années encore, Jonathan Littell, Muriel Barbery et Jean-Marie Le Clézio ont incarné, chacun à sa manière, la gloire de Gallimard. Raisons de ce succès ? «On a gardé l'esprit NRF», résume Grenier.

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Les " ailes noires " de la mondialisation

Au XIXe siècle, certains colonisés trouvèrent leurs meilleurs alliés parmi les anarchistes européens. Benedict Anderson raconte comment

un essai qui retrace à grands traits le destin de l'impérialisme et de ses opposants à travers les siècles.  Les systèmes de domination sont souvent mal compris par ceux qui les soutiennent. Afin d'en avoir une description pertinente, mieux vaut se tourner vers leurs plus violents détracteurs.

Ainsi des politiques impériales : " Pour trouver une interprétation théorique, c'est aux adversaires de l'impérialisme qu'il faut s'adresser. D'une certaine manière, ce sont eux qui ont tenté d'en construire l'idée ", écrit Henry Laurens dans L'Empire et ses ennemis, un essai qui retrace à grands traits le destin de l'impérialisme et de ses opposants à travers les siècles.

L'historien y rappelle notamment que si le thème d'une " mondialisation conquérante " est déjà présent chez Karl Marx, celui-ci ne misait guère sur les soulèvements anticoloniaux : pour lui, ces révoltes reposaient certes sur une juste colère d'un point de vue moral, mais elles étaient vaines ; en effet, elles venaient entraver la marche du progrès, c'est-à-dire l'unification de la planète par les forces du capital, nécessaire préalable à la construction d'un avenir socialiste.

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John Burnside face à la paternullité

par Mathieu Lindon

«ce livre gagne à être considéré comme un roman»  Pedro Almodovar a filmé Tout sur ma mère, John Burnside écrit Un mensonge sur mon père. C’est que la volonté du poète écossais né en 1955, dont c’est le quatrième roman («ce livre gagne à être considéré comme un roman») traduit après la Maison muette, Une vie nulle part et les Empreintes du diable, est plus autobiographique que celle du cinéaste espagnol. Un mensonge, quoi de plus réel ? C’est parce qu’il a d’abord menti à un auto-stoppeur américain que le narrateur déroule ce qui devient le livre. La manière d’être écrivain de John Burnside consiste à traquer le récit partout, aussi bien sa nécessité que sa fatalité. «Chaque vie est un récit plus ou moins secret, mais quand un homme devient père, l’histoire est vécue non pas au service, mais dans la conscience permanente d’un autre individu, ou de plusieurs. Quel que soit le mal qu’on se donne pour éviter ça, la paternité est un récit, une chose racontée non seulement à, mais aussi par les autres en question.» A la fin du livre, le narrateur est père lui aussi. Mais, la plupart du temps, il est un fils, avec une mère «labyrinthe de contradictions» et un père qui est un enfant trouvé («nul ne découvrit jamais d’où provenait mon père») qui ne s’en est jamais remis et le fait lourdement peser sur sa famille où la mortalité infantile a déjà fait des ravages. On y manque d’argent et d’affection, et l’enfant devenu adolescent estimera la drogue (et même l’alcool dont son père est si friand) tout à fait capable de remplacer cette cellule plus agressive que protectrice. La troisième partie de cette aventure paternelle est intitulée «Paternul». La vérité sur le père du narrateur, c’est que le narrateur n’a pas été loin de l’assassiner.

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Le 28 janvier, Nicolas Sarkozy [1] aura 54 ans, et il souffre d'une maladie, l'allergie à la littérature. C'est pourquoi nous lançons une grande opération thérapeutique: redonner le goût de la lecture à l'ennemi personnel de Mme de La Fayette [2]

 Monsieur le Président,

sarkozy.jpgSerait-ce à force d’admirer les chiffres sur le cadran de votre Breitling que vous avez pris les lettres en horreur? Vous nous rappelez sans cesse que le but de notre vie, c’est de gagner plus. Hélas, sous votre présidence, les Français n’ont plus d’argent. Des «cinq ou six cerveaux» que vous prête votre moitié, aucun ne semble stimulé par la chose écrite. La chose comptée vous importe seule, et il n’est pas jusqu’aux sans-papiers, êtres humains parmi les êtres humains, que vous ne dénombriez par paquets de mille. Un texte, semblez-vous demander, combien de divisions? Les richesses d’un livre, la multiplicité des tons et des voix sont lettre morte pour vous. Pourquoi reconduire à la frontière de votre conscience cette diversité-là?

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"Cuba. Mémoires d'un naufrage",

de Jacobo Machover :

Cuba, paroles de rescapés

 

 
   Jacobo Machover, professeur de littérature latino-américaine à l'université d'Avignon, est un académique peu conventionnel. Né à Cuba en 1954, émigré en France avec sa famille en 1963, il suit, avec l'énergie d'un mord-la-faim, l'actualité de l'île des Caraïbes depuis sa plus tendre enfance.
Il collecte les récits de ceux qui, il y a cinquante ans, ont vécu la révolution cubaine ou qui survivent aujourd'hui dans l'un des derniers régimes communistes de la planète. Ces paroles forment la substance de son dernier livre. Dans ses précédents textes, il avait choisi le registre de la polémique argumentée, en particulier avec La Face cachée du Che (Buchet-Chastel, 2007), dans lequel il s'employait à démystifier l'image christique du révolutionnaire argentin, tout à l'inverse des brouets naïfs ou militants qui font de l'Argentin un héros romantique.

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La part de l'autre

 

  Ce livre, où se mêlent histoire et mythologie, est écrit du coeur de notre présent - présent des Antilles, de la France, de ce monde ouvert à de multiples transversalités qui est le nôtre. Marlène Parize y défend une proposition radicale contre tous les nationalismes et communautarismes, contre tous les mépris de soi: il est temps, il est grand temps de reconnaître, au sein même de notre modernité, de notre république, de nos valeurs, la trace de ces « lieux creusets » où est née, et naît encore, l'énergie qui nous porte à présent.

Jean Bourgault, professeur de philosophie au lycée Jeanne d'Arc, Rouen.

 

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Prix Carbet de la Caraïbe à
Simone et André
Schwarz-Bart

 La 19e édition du prix Carbet de la Caraïbe a été décerné, vendredi soir à l'hôtel de la Région Ile de France, à Simone Schwarz-Bart et à son époux, André Schwarz-Bart, à titre posthume « pour la beauté douloureuse de leur œuvre particulière et la réussite de leur œuvre commune ». Ernest Pépin, juré du prix Carbet, a rendu hommage « au couple littéraire, incendié de solitude et qui fît de la Guadeloupe une terre palimpseste où les contes ne meurent pas ». Simone Schwarz-Bart a évoqué ce prix tel « un îlot habité par des individus aux mémoires mêlées, habité par des individus placés et déplacés par des gens dont on dit qu'ils sont de toutes couleurs et qui sont poreux au souffle de la terre ». « Je vous suis reconnaissante de le recevoir pour nous deux qui sommes un pour longtemps. » ; « Après son Goncourt, André est allé vivre en Guyane chez son frère, Serge Patient, puis en Martinique auprès d'Alex Bertrand, puis il passa à Paris, ou il signa le manifeste des 121, et finalement en Afrique. Le premier livre qu'il a écrit, après le Dernier des justes, a été Un plat de porc aux bananes vertes. Ce n'est pas ce qu'on attendait de lui et il s'est coupé de sa communauté, puis il a écrit La Mulâtresse Solitude, et là , il s'est coupé de sa deuxième communauté. Il était en avance et l'a payé très cher : traversée du désert et 100 ans de solitude. Ce prix rompt la solitude. Nous sommes de nouveau visibles, de nouveau, camarades ! ".Le premier à briser cette solitude fût Senghor qui a vu qu'André Schwarz-Bart avait posé justement « la problématique de la symbiose des races et des civilisations nécessaire à l'universel ».

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Simone Schwarz-Bart : « Il y a tout simplement la reconnaissance de cet homme qui a voué toute sa vie à ce combat, la reconnaissance de cet homme comme faisant partie des nôtres. C'est cela qui est important, qui est capital pour moi. C'est un prix qui m'a été remis mais moi je l'adresse d'abord à lui puisqu'il n'est pas là. »
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Mention spéciale du Jury à Jean-Marc Rosier
Le jury, par la voix de Maximilien Laroche, a rendu hommage à un jeune auteur martiniquais, Jean-Marc Rosier pour son roman Noir Néons, paru chez Alphée-Jean-Paul Bertrand.
"Le Jury tient particulièrement à signaler un premier roman.
Il s'agit de Noirs Néons de Jean-Marc ROSIER, (éditions Alphée).
Dans une langue originale et moderne, s'inspirant des procédés de la photographie et du cinéma, ce jeune auteur martiniquais met en scène et interroge vivement les déshumanisations visibles et invisibles de la société urbaine contemporaine."
Mention très spéciale du jury au recueil 25 Rue Bayardin (édition du Manuscrit 2008) de Joseph Poliu sen hommage à son ton novateur et à sa force d'expression."
"Pour l'éclat d'une écriture qui décentre les données du réel en cadences heurtées et en images retenues.
Pour la tonalité des révoltes postulées et des mémoires à vif qui permettent de conférer du sens à notre présent et de nourrir ainsi l'imprévisibilité du chaos poétique ;

 

Traite des blancs, traites des noirs,

par Rosa Amelia Plumelle-Uribe,
l’Harmattan, octobre 2008, 230 p.

Rosa Amelia Plumelle-Uribe en conférence  Sur l’origine de l’humanité, faute de la moindre science, on ne doit s’appuyer que sur la phylogenèse de nos mythes fondateurs. Ainsi, au lieu d’en rester à l’histoire médusante de la pomme et du serpent, qui fait que l’on soupçonne Dieu de malveillance imméritée en nous interdisant les fruits de l’arbre de la science, on devrait plutôt écouter sa conscience, et reconnaître que c’est le crime de cannibalisme contre nos semblables qui nous rassemble tous dans l’humanité pécheresse et à juste titre chassée du paradis. Comme les rats, comme les cochons, mais de façon bien plus systématique qu’eux, ce qui nous a rendus plus forts que d’autres espèces animales c’est que nous ne reculons pas devant le crime contre nos frères, et que c’est même notre nourriture hallucinogène, notre drogue vitale.

Les préhistoriens africains vont plus loin dans le dévoilement de notre inconscient coupable : ils affirment que du tronc noir, dans les contrées paradisiaques où l’on peut vivre nu et se nourrir simplement des fruits qui pendent aux branches, se sont détachés de pauvres types, des erreurs de la nature, blanchâtres et mauvais, probablement le fruit de quelque péché de leurs parents. Maléfiques, ils ont été chassés, maléfiques, ils ont dans leur errance survécu à force de crimes, maléfiques ils gardent une rancune sans fond contre la matrie-patrie chaude et noire. Leur malfaisance spécifique a inventé un outil spécifique : l’arme à feu, qui continue à répugner aux noirs.

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Widad Amra à la Bibliothèque Schoelcher

 la poétesse assassinée

par Selim Lander

Ma voix ténue de femme

en oriflamme

tremble de si peu de lumière.


  Widad Amra est professeur de lettres au couvent de Cluny. Elle y préside aux destinées des classes à option théâtre dont on a pu admirer quelques remarquables productions lors des dernières rencontres académiques, au mois de juin dernier. Elle est aussi poète et présentait son dernier opus, Salam Shalom (L’Harmattan, 2008) à la Bibliothèque Schoelcher, le vendredi 14 novembre 2008. Alors que tant de poètes ne parviennent pas à communiquer oralement leurs œuvres, Widad Amra sait dire la poésie comme une comédienne confirmée, ce qui ne l’a pas empêché de donner de son texte une lecture pleine d’émotion et de sincérité.

Elle pratique une poésie sans contrainte de mètre ou de rime, une absence de règle qui se révèle trop souvent pleine de risque, comme le démontent tant de textes contemporains qui n’ont d’autre mérite que la bonne volonté (ou la naïveté) de leurs auteurs. Ce n’est nullement le cas ici, même si l’on doit admettre avec humilité que la poésie contemporaine présente tout autant de risque pour le critique que pour l’auteur. Faute de critères formels irréfutables, le commentaire a tendance à privilégier le fond du discours alors que la poésie – même moderne – devrait valoir avant tout par la manière de dire plutôt que par ce qu’elle dit. La critique se résume alors fréquemment à une simple explication de texte, généralement superfétatoire, là où il faudrait plutôt mettre l’accent sur ce qui distingue l’expression proprement poétique du langage courant. La longue glose, par un philosophe qu’on nous a dit patenté, qui a suivi la lecture de Widad Amra, a fourni une illustration de ce travers de la critique, … dont le public se serait volontiers passé : … poésie assassinée !

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Blas de Roblès obtient le Médicis

  Et de deux ! Après le prix du roman Fnac, Jean-Marie Blas de Roblès, auteur de Là où les tigres sont chez eux, publié aux éditions Zulma, est en passe de devenir un des grands gagnants de la rentrée littéraire 2008. Le jury Médicis lui a décerné son Prix du roman français, mercredi 5 novembre, par 6 voix contre 5 à Ce que nous avons eu de meilleur, de Jean-Paul Enthoven (Grasset).

Là où les tigres sont chez eux (" Le Monde des livres " du 19 septembre) est un roman de près de 800 pages dont l'action se situe au Brésil, et a pour personnage central Athanase Kircher, un jésuite qui vivait au XVIIe siècle. Le livre figure toujours parmi les quatre titres en compétition pour le prix Goncourt, qui sera remis lundi 10 novembre chez Drouant, à Paris. En 1995, Le Testament français, d'Andreï Makine, édité au Mercure de France, avait fait un doublé, Goncourt et Médicis.

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Catherine Cusset remporte
le Goncourt des lycéens

 

Crédits photo : AFP

Mathias Enard est le lauréat du prix Décembre.

    Le 21e prix Goncourt des lycéens a été décerné hier à Catherine Cusset pour Un brillant avenir (Gallimard). Il n'a fallu au jury, réuni dans une brasserie de Rennes, qu'un seul tour de scrutin pour faire son choix. Patrick Rambaud, membre de l'académie Goncourt, était sur place. « Les lycéens apportent une certaine fraîcheur, une spontanéité », a-t-il déclaré. Anne-Sophie Voyer, lycéenne et présidente du jury 2008, a loué la « structure narrative originale et les thèmes à la fois actuels et intemporels » du récit

Ce roman a devancé Syngué sabour d'Atiq Rahimi (P.O.L), qui a remporté le Goncourt, et Une éducation libertine de Jean-Baptiste Del Amo (Gallimard). Neuvième roman de Catherine Cusset, Un brillant avenir conte sur un demi-siècle la saga familiale de plusieurs générations déracinées et ballottées entre la Roumanie antisémite des Ceausescu et les États-Unis, en passant par Israël et l'Italie. Avec, au centre, le trio infernal constitué par la mère, le fils et la bru. Agée de 45 ans, Catherine Cusset vit aux États-Unis, où elle enseigne la littérature du XVIIIe siècle.

En lice pour le Goncourt des lycéens, Mathias Enard (36 ans) a, lui, décroché le prix Décembre, également au premier tour avec huit voix pour son roman Zone (Actes Sud), face à Denis Podalydès (quatre voix), déjà lauréat du Femina essai pour Voix off. Sur plus de 500 pages, Zone déroule le monologue intérieur d'un agent secret évoquant les violences, les guerres et les charniers du XXe siècle, le tout en une seule phrase, un seul souffle. Époustouflant, selon certains critiques. Avec 30 000 euros de récompense, le Décembre compte parmi les prix littéraires les plus richement dotés.
Le Figaro 13/11/2008

 

Le Guinéen Tierno Monénembo reçoit le prix Renaudot
 

  Y aurait-il eu comme un effet Obama sur les prix littéraires français ? On pourrait le penser, vu la double distinction du prix Goncourt attribué lundi 10 novembre à un Afghan, Atiq Rahimi, et du prix Renaudot à Tierno Monénembo, écrivain guinéen francophone, pour Le Roi de Kahel (264 p., 19 €). Mais, "s'il y a eu un effet Obama, il est bien antérieur", constate Bertrand Visage, l'éditeur au Seuil de Tierno Monénembo, car "la littérature joue ici un rôle d'éclaireur : le prix Renaudot a été attribué au cours de ces dernières années à trois auteurs africains,Ahmadou Kourouma, en 2000, avec Allah n'est pas obligé ; Alain Mabanckou, en 2006, avec Mémoires de porc-épic, et maintenant à Tierno Monénembo".

  Pourtant, c'est peu dire que ce résultat a été obtenu à l'arraché. Le Roi de Kahel a été choisi, au 11e tour de scrutin, avec cinq voix, contre quatre à Elie Wiesel pour Le Cas Sonderberg (Grasset) et une voix à Olivier Rolin pour Un chasseur de lions (Seuil). Après la défaite de Michel Le Bris au Goncourt, il s'agit d'un second échec enregistré par Grasset, une maison pourtant habituée aux lauriers automnaux. 

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La guerre des prix littéraires

Par Mohammed Aïssaoui


Jorge Semprun, l'un des dix jurés du prix Goncourt 2008. Crédits photo : AP

Naguère, les récompenses faisaient découvrir des auteurs et des œuvres. Désormais, les jurys choisissent très souvent leur lauréat parmi les best-sellers.

Jorge Semprun, l'un des dix jurés du prix Goncourt 2008. Les gens de lettres n'ont jamais été tendres entre eux. Mais il fut un temps où ils exprimaient leurs inimitiés dans une langue châtiée. De nos jours, certains ne font plus tant de manières. Les propos qui suivent sont pour le moins inélégants, qu'on nous pardonne. Ils ont pourtant été tenus par un membre éminent du jury Renaudot. Il a affirmé, le poing serré, comme s'il se trouvait sur un terrain de football : «On va niquer le Goncourt !» Ces mots en disent long sur la guéguerre que se livrent les différents jurys littéraires.

Il y a eu la rivalité historique qui opposa le prix Goncourt au Femina - le premier est né en 1903, le second a été créé en 1904 par une «académie féminine» qui voulait dénoncer la misogynie de ces messieurs. Désormais, c'est la concurrence entre le Goncourt et le Renaudot qui est la plus vive. Par tradition, les membres de ces deux jurys doivent, chaque année, annoncer le nom de leur lauréat le même jour, à la même heure, au même endroit, après avoir déjeuné dans le même restaurant, au Drouant, place Gaillon à Paris, mais pas à la même table ! Cette année, ce sera le 10 novembre. Cette convivialité de façade n'empêche pas les coups bas…

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Les poèmes entretiennent l'amitié !

Jean-Louis Fournier, lauréat du prix Femina 2008

Photo de Jean-Louis Fournier Un portrait de cet ancien complice de Pierre Desproges, réalisateur et écrivain, qui raconte dans "Où on va, papa ?", l'histoire de ses deux fils handicapés.

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Louis-Georges Tin
"L'invention de la culture hétérosexuelle"
(Ed. Autrement)

 

L'amour courtois Pour éclaircir le propos, on pourrait établir une comparaison avec la nourriture. Dans toutes les sociétés humaines, il y a bien sûr des pratiques alimentaires, et elles sont indispensables à la survie des individus. Pour autant, toutes les sociétés ne construisent pas nécessairement une culture gastronomique, comme c'est le cas en France. L'art de la table, du vin et des fromages, les rituels, le service, la convivialité, les livres de recettes, les guides, les classements et les étoiles pour les bons restaurants, les émissions culinaires à la télé, sont autant d'éléments qui définissent la gastronomie à la française. D'autres sociétés développent des pratiques alimentaires moins diverses et moins ritualisées, elles se fondent sur les ressources matérielles nécessaires pour vivre. Certes, ces pratiques s'organisent selon des principes et des codes, et  elles s'inscrivent parfois dans des célébrations où l'alimentation occupe une place particulière. Pour autant, elles ne produisent pas ce que l'on pourrait appeler véritablement une culture de la gastronomie. Dans ces contextes nombreux, et pas seulement dans les sociétés anciennes ou éloignées, en Amazonie ou en Nouvelle Guinée, l'alimentation est à la fois nécessaire et secondaire, et on ne se croit pas obligé d'en faire un objet d'euphorie, un rite permanent, une exaltation collective. En ce sens, la pratique alimentaire est universelle, la culture gastronomique, elle, ne l'est pas.

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Lire aussi de Louis-Georges Tin :

"Notre société est largement hétérosexiste"

 

 

  Il n'est pas correct politiquement, me dit-on, de réfuter ou critiquer Le Clézio, tellement porteur, en ces temps de grande confusion, de bons sentiments, de nobles causes. Il fait donc l'unanimité. Or les bons sentiments et les causes justes ne produisent pas nécessairement de bonnes phrases, et la littérature n'appartient pas au domaine du sentiment.

Quelqu'un que je n'estime pas a publié en 1985 dans L'Express un article dont le sens était que le Nobel de cette année-là (Claude Simon) était une honte pour la littérature française. Entendons-nous sur le sens des mots. La France a produit depuis cinquante ans de grands écrivains (Gracq, Sarraute, Simon, Des Forêts, Blanchot, Duras, Butor, Pinget, Cixous, Michon, Ernaux, Bergounioux, et quelques autres), auteurs d'oeuvres universelles et reconnues comme telles. Elle exporte aussi un certain nombre d'auteurs français ou de langue française, publiés par des éditeurs parisiens, qui se vendent et se traduisent bien : Amélie Nothomb, JMG Le Clézio, Alexandre Jardin, bien d'autres. Ces auteurs franchissent sans encombre les frontières et véhiculent des idées plus ou moins honorables mais sont-ils pour autant nobélisables ? En quoi distinguez-vous, me dira-t-on, un grand écrivain d'un petit, ou d'un simple best-seller, et qui suis-je pour déclarer que Michon ou Cixous méritaient le Nobel alors que Le Clézio en est indigne ?

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Entretien avec JMG Le Clézio prix  : prix Nobel de littérature 2008
“La littérature, c’est du bruit, ce ne sont pas des idées.”

Jean-Marie Gustave Le Clézio, en 2007 au Festival de Cannes. - Frantz Bouton/Nice Matin/MaxPPP

Jean Marie Gustave Le Clézio Resté, depuis plus de quarante ans, en marge des courants littéraires et des modes, Jean-Marie Gustave Le Clézio occupe une place à part dans le paysage littéraire. Poète, humaniste, rêveur plus qu’utopiste, parfois visionnaire : c’est le mélange de tout cela qui fait la saveur et la grandeur de ses écrits, depuis Le Procès-Verbal qui, en 1963, alors qu’il avait 23 ans, propulsa sur le devant de la scène ce jeune romancier prodige au charisme et à l’intégrité hors du commun. J.M.G. Le Clézio est né à Nice, mais ses attaches familiales sont ailleurs. Du côté de l’île Maurice, d’où sont originaires ses parents. De façon plus lointaine, du côté de la Bretagne, qu’à la fin du XVIIIe siècle un aïeul prénommé François Alexis quitta pour cette île au large de l’Afrique qui s’appelait alors l’île de France. Le Clézio, lui, ne se sent véritablement de nulle part, et a vécu tour à tour en Europe, au Mexique, aux Etats-Unis. Partout écrivant, construisant cette œuvre qui frappe par sa force et sa magistrale unité, riche de près de cinquante titres, romans, récits ou méditations – citons L’Extase matérielle, Peuple du ciel, Onitsha, La Quarantaine, L’Africain, Ourania, et le récent Raga, Approche du continent invisible (1). Des ouvrages qui tous, et chacun à sa façon, parlent du monde tel qu’il est – violent, conflictuel, parcouru de tensions – et tel que l’écrivain le rêve – généreux, fluide, harmonieux, hommes et éléments en paix, enfin réconciliés.

 

Houellebecq moraliste malgré lui :

 "Houellebecq au laser" de Bruno Viard

Compte-rendu de Michel Herland

« La pratique du bien est une liaison, la pratique du mal une déliaison »,

M. Houellebecq, Les Particules élémentaires, p. 377.

 photo de Michel Houellebecq La publication récente des mémoires de la mère de Michel Houellebecq (MH) a permis de mesurer combien l’œuvre de MH était marquée par l’expérience personnelle de l’auteur. Dans un petit livre que l’on ne saurait trop recommander à tous les admirateurs de MH, Bruno Viard (BV), professeur de littérature française à l’Université de Provence, spécialiste des dix-neuvième et vingtième siècles, rapproche la souffrance filiale de MH de celle d’un Balzac : « Si vous saviez ce qu’est ma mère, écrivait ce dernier à madame d’Abrantès, c’est à la fois un monstre et une monstruosité » (BV p. 96). Les Particules élémentaires, le roman sans doute le plus abouti de MH, peut être lu ainsi comme le cri d’un fils abandonné qui n’en peut plus de cracher sa haine à la face de celle qui lui a refusé l’amour que pourtant elle lui devait, et qui, par extension, s’en prend à l’humanité tout entière dont il noircit à plaisir le tableau.

Il serait pourtant dommage de réduire l’œuvre de MH à cette seule dimension personnelle. Dans son livre, Bruno Viard (BV) rappelle justement que la critique, certes excessive et unilatérale de la société moderne qui se développe d’un livre de MH à l’autre, n’en fait pas moins souvent mouche.

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SALAM SHALOM

(de Widad AMRA)

 

 Il s’agit d’une belle poésie qui s’étire et se chante comme une cantate longue et fine, une expression émise par une femme apparaissant en tant que symbole ethnique, linguistique et géographique. Sous sa plume, on se sent quelque peu au centre du monde, comme si la terre avait un axe autour duquel nous tournons tous, et le désir de l’auteur s’envole vers un espoir de paix. La série de jugements politiquement exprimés révèle une atmosphère difficile où le fanatisme crée des horreurs à l’image des doigts d’un artiste chilien coupés par l’abominable dictateur d’un pays où la liberté fut muselée pendant longtemps.

Il y a dans le titre un très émouvant bilinguisme fondamental dans lequel deux langues, deux sociétés, deux philosophies expriment la paix entre les humains. Il y a là, donc, la plus profonde prière pour l’amour des uns pour les autres sur une planète où, malheureusement, l’attentat et la haine se répètent dans la quotidienneté. Widad, l’auteur, est le fruit d’un métissage réalisé sur une île où flotte, chez certains incurables malades, un racisme aussi condamnable que celui que pratiquaient les esclavagistes d’hier.

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Le choix des âmes, un roman de Olivier Larizza  C'est une histoire d'hommes. Une histoire d'hommes dans la tourmente de la Première Guerre Mondiale. Une montagne d'Alsace, le Viel-Armand, surnommée HWK pour "Hartmannswillerkopf", est l'enjeu d'un combat aussi absurde, que meurtrier. Des milliers de soldats de chaque coté du front vont mourir là sans que les positions d'un des deux camps aient fini par bouger à la fin du conflit. Le narrateur, qui parle à la première personne du singulier est un horloger de trente-deux ans qui, dans la boucherie, fait figure de survivant et donc de vétéran.  A quoi rêve Gaspar? Á sa Doudou martiniquaise, grosse de ses œuvres et qui l'attend dans la maison familiale. L'attente est longue, à l'arrière comme au front. La mort est là omniprésente et le cœur de hommes se donne à dire sur les présences plutôt que sur les absences. Il y a là d'autres hommes dont les vies, comètes dans le ciel de la guerre, ne pèseront pas plus que la lumière éphémère qui les soutient. Surtout il y a Louis. "Parce que c'était Louis, parce que c'était moi" "Lui le Royal et moi le Just". Entre Montaigne et la Boétie, Olivier Larizza nous conte une belle histoire d'amour, toujours pudique, toujours réservée, entre deux hommes, qui pour survivre s'inventent des lendemains de communion. La Doudou, aussi improbable que le prénom qu'elle porte, Natacha, apparait comme un personnage secondaire, dont la trace dans la construction du récit, tient plus aux attaches martiniquaises de l'auteur qu'à une réelle nécessité littéraire. Elle fonctionne comme un contrepoids, un paravent, un garde-fou à cet élan qui pousse Gaspar et Louis l'un vers l'autre pour survivre. L'acte douloureux par lequel Gaspar va s'extraire de l'enfer s'il lui permet de retrouver sa douce et leur fils Noé fera de lui "un demi homme, mais un père à part entière" comme Larizza l'écrit joliment. A méditer en ces lieux où les hommes à part entière (c'est-à-dire s'imaginant non castrés) sont à peine des demi-pères.

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par Roland Sabra

 

Métamorphoses de la haine

Comment les discours " anti-occidentaux " recyclent de vieux clichés judéophobes

  Depuis de longues années Pierre-André Taguieff construit une œuvre imposante, au carrefour de l'histoire des idées, de la sociologie et de l'intervention politique. Directeur de recherches au CNRS, enseignant à Sciences-Po, il a contribué, en une trentaine de livres, à renouveler l'analyse du racisme dans la société contemporaine. Il a notamment souligné les insuffisances de l'antiracisme, montrant qu'on se trompe d'adversaire et de combat, si l'on croit vivre dans les années 1930 et n'avoir affaire qu'à des répétitions du nazisme.

Travaillant sur des sujets conflictuels, porteurs de querelles passionnées, ne répugnant pas à la polémique, Taguieff suscite critiques et controverses. La somme tout à fait remarquable qu'il publie aujourd'hui, La judéophobie des modernes, ne fera pas exception. Car le politologue s'y emploie à démontrer comment fonctionne le changement majeur intervenu au cours des dernières décennies : la haine envers les juifs passe désormais par la détestation de l'Occident. Autrefois, les racistes européens haïssaient dans le juif celui qu'ils jugeaient extérieur (non chrétien, oriental, sémite...). Aujourd'hui, c'est au contraire en détestant l'Occident qu'on va haïr le peuple juif, car il symbolise désormais ce qu'on veut détruire (judéo-christianisme, capitalisme, libéralisme, impérialisme). " Le peuple juif a été désorientalisé ou désémitisé, pour être radicalement occidentalisé ", souligne Taguieff.

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Huis clos. Au risque de toutes les ambiguïtés, Pierre Bisiou tente un éloge de la sodomie.

 Enculée Stock,154 pp., 15,50 euros.

  D’abord, en page de titre, il y a ce qualificatif ou ce substantif - disons, cet adjectif substantivé - qui n’est pas innocent et qui fait mouche, évidemment, tant, par goût ou par curiosité (à moins que l’un et l’autre ne soient qu’alibis), on s’obstine à chercher de la littérature dans un texte de cul. Rien de précision sous le titre, mais, en quatrième de couverture, avec la mention de «premier roman», la sollicitation des «jeunes filles modernes» (sic) et de leur «grande fascination» pour diverses sortes de «transgressions». Ainsi le premier item de Pierre Bisiou suggère-t-il l’ambition d’un manifeste vaguement féministe, à la façon dont les magazines «féminins» affichent la sodomie comme pratique sexuelle désormais banalisée chez lesdites «jeunes filles», catégorie floue que Proust le premier déniaisa. A moins que pour l’auteur aussi, il faille un alibi…

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Mœurs la bataille des morales

Le consentement suffirait-il à rendre licites tous Les usages du sexe, ou bien l'État doit-il protéger les personnes contre elles-mêmes?


La Morale  SELON L'ARTICLE 227 DU CODE PÉNAL FRANÇAIS, coucher avec un (ou une] adolescent[e] de plus de 15 ans et de moins de 18 ans n'est, a priori, pas un délit Sauf si l'acte comporte une «tentative de corruption », c'est-à-dire ne se Limite pas au coït hétérosexuel standard. Tout Le reste peut valoir à L'adulte (enfin, le majeur de 18 ans) cinq ans de prison et 75000 euros d'amende, peines aggravées depuis 1998 si Le corrupteur a eu recours à Internet pour contacter sa victime. Voilà Le genre de disposition pénale qui fait bondir la juriste Marcela Lacub sur son stylo et dénoncer La prétention des Lois à dicter Les règles de La bonne sexualité. Simple exemple, ce cas illustre Le débat sur tes mœurs qui, depuis quelques années déjà, occupe tes tribunes de quotidiens et s'enrichit de nouveaux épisodes chaque fois qu'une affaire éclate ou qu'une Loi est modifiée. L'éventail des sujets est Large: caractérisation du viol et du harcèlement, répression de la pédophilie e et de La prostitution, encadrement de la pornographie, des pratiques sadomasochistes, de L'échangisme, du mariage homosexuel, Liste à laquelle on peut ajouter divers aspects de la procréation non standard (fécondation sans sexualité, mères porteuses, clonage].

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La rentrée littéraireRentrée littéraire :
30 romans à ne pas manquer

 

Auteurs connus, reconnus ou inconnus, ils font la rentrée littéraire 2008.

 

Guerrier zoulou en costume cravate

Afrique du Sud/Ndumiso Ngcobo. " Some of my Best Friends Are White " a été écrit par un Noir qui avait envie de s'amuser avec un portrait drôle et satirique de l'Afrique du Sud. Le livre a connu une diffusion inespérée et son auteur a définitivement quitté le monde de l'entreprise, où il s'ennuyait à mourir

  Ndumiso Ngcobo sait ce qu'il aurait aimé faire dans la vie : " Etre assis au centre d'une pièce très confortable, avec une bière fraîche, recevoir des gens et leur donner mon avis. J'ai un avis sur tout. " Il y est presque arrivé.

Depuis trois mois, après le succès de son premier livre Some of My Best Friends Are White (Certains de mes meilleurs amis sont Blancs), il a quitté le monde de l'entreprise, où il étouffait, pour écrire, donner son opinion, raconter son Afrique du Sud, commenter l'actualité et boire de la bière.

Il porte sur son pays et ses congénères un regard sans concession, dénonçant leurs travers, leurs manies, leurs préjugés et parfois leur bêtise. Il manie la satire, parfois le sarcasme, avec ce qu'il faut d'humanité et de tendresse, pour que son humour ne soit jamais blessant.

Ndumiso Ngcobo, 36 ans, père de trois enfants, est un guerrier zoulou en costume-cravate, un pur produit de la culture traditionnelle rurale échoué dans la bouillonnante et cosmopolite Johannesburg. Pendant des années, il a essayé de comprendre les autres Sud-Africains, les Blancs en particulier, " les gens les plus étranges " qu'il a rencontrés.

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Une jeunesse indienne

Inde/Chetan Bhagat. Les romans du banquier, installé à Bombay, offrent le portrait d'une Inde occidentalisée, en décalage avec la société. L'auteur enchaîne les succès et a vendu plus de 1,5 million de livres. " The 3 Mistakes of My Life " a totalisé 500 000 ventes dès sa parution. Du jamais-vu dans le pays

 

  Ses deux spécialités sont les actifs financiers à haut risque et les happy ends. Chaque matin, avant de partir travailler dans une grande banque d'affaires allemande, Chetan Bhagat consacre quelques heures à l'écriture. Des dialogues à chaque paragraphe, de l'érotisme qui ne va jamais au-delà des frôlements de main, des histoires d'amour tourmentées qui finissent toujours bien : Chetan Bhagat a inventé les romans de Bollywood que l'Inde s'arrache. Son dernier ouvrage publié chez Rupa and co, The 3 Mistakes of My Life (" Les Trois Erreurs de ma vie "), s'est vendu à 500 000 exemplaires en l'espace de cinquante jours. Du jamais-vu dans l'histoire du pays.

" Ceux qui achètent ses romans n'avaient jamais ouvert un livre de leur vie. Tout son génie est là ", estime Hari Menon, critique littéraire de l'hebdomadaire Outlook. Les héros de Chetan Bhagat appartiennent à cette nouvelle classe moyenne, oubliée de la littérature et symbole de l'Inde émergente. Les journaux vantent le miracle économique de l'Inde. Lui préfère montrer, dans ses romans écrits en anglais, les ravages de la pression au travail et les pesanteurs d'une société indienne qui freinent les ambitions de la jeune génération.

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Présentation de l’ouvrage de Dominique Berthet

André Breton, L’éloge de la rencontre.
Antilles, Amérique, Océanie
.

par

Cécile BERTIN-ELISABETH

 

Notre rapport à la langue

Les langues

par Fernand Fortuné

  Selon ULLMAN, « tout système linguistique renferme une analyse du monde extérieur qui lui est propre et qui diffère de celles d'autres langues ou d'autres étapes de la même langue. Dépositaire de l'expérience accumulée de générations passées, il fournit à la génération future une façon de voir, une interprétation de l'univers ». (1)

C'est pourquoi, selon nous, la relation à notre langue est une relation à la terre, donc à la poésie, donc à la création. Elle est par conséquent une relation à la mère, un cordon ombilical essentiel qui nous singularise, et en même temps nous préserve de la solitude.

La langue s'exprime alors comme patrimoine, c'est-à-dire comme un lieu non clos où s'engrangent drus, les temps forts de notre vécu. Dans ce contexte, le parler d'un peuple signifie volonté d'amour et acte de fidélité.

La langue, c'est nous-mêmes , mais c'est encore le contact, la présence, l'existence même de l'Autre. En effet, toute langue est à un certain degré ce mouvement multiforme vers une fraternité partageable, une communauté à essentialiser.


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Taslima Nasreen, éternelle proscrite

Taslima Nasreen

Bannie en 1994 de son pays, le Bangladesh, sous la menace des islamistes, l'écrivain féministe pensait avoir trouvé refuge en Inde. Bref répit. Elle vient à nouveau d'être contrainte à l'exil

  Voilà quatorze ans qu'elle est apatride. Du Bangladesh - d'où elle a été bannie en 1994 - à Stockholm, de Calcutta à Paris, elle est rompue au jeu de l'errance, aux passages fugaces dans les hôtels, aéroports et festivals littéraires. Alors, Taslima Nasreen s'y est faite. L'écrivain bangladais, féministe pourchassée par les fondamentalistes musulmans, s'est coulé dans la figure de l'exilé permanent. A la voir dans ce restaurant de Saint-Germain, à Paris, commander un verre de vin, élégante dans sa veste noire, le cou ceint d'un châle vert, on la trouve fort à l'aise. Eloquence maîtrisée, enjouée parfois jusqu'à faire tressaillir sa frange aux reflets roux.

Elle sacrifie à tout. Aux séances de photos dans la lumière tamisée d'un salon. Au programme de rendez-vous au pas de course concocté par son éditeur parisien. Aux deux gardes du corps - imposés par le gouvernement français - qui l'embarquent dans une voiture blindée pour parcourir trois cents petits mètres. Sans rechigner, Taslima Nasreen se plie au rituel de la proscrite de marque.

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 L'obscurantisme de
Victor-Lévy Beaulieu  :
un scandale

Joël Des Rosiers Poète et psychiatre

Dans un pamphlet paru le 23 mai dernier, intitulé « La Reine-Nègre» le plus grand écrivain québécois Victor-Lévy Beaulieu, dont l'oeuvre prolifique et majeure est citée pour le Nobel, s'attaque à Michaëlle Jean, la Gouverneure générale du Canada, d'origine haïtienne. Un débat d'une ampleur inattendue fait rage dans les médias canadiens et québécois.
Je vous soumets ici ma réplique .
 Le texte a paru dans le journal Le Devoir hier et a fait l'objet d'une émission d'affaires publiques à Radio-Canada.

Par Joël Des Rosiers

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De la croyance en politique

La croyance

  par Bernard Stiegler  

   Le scepticisme ...  [n'est]  que l'un des résultats les plus lamentables de la mécréance politique qui ravage le monde contemporain. Cet effondrement de la croyance en politique a une histoire, qu'il faut désormais analyser.

Après que la révolution industrielle eut transformé en prolétaires les ouvreurs de monde qu'étaient, à leur manière, et à l'écart des clercs, les ouvriers - ceux qui opèrent avec leur main- d'œuvre, les travailleurs et les producteurs en général -, le XXe siècle a accompli la mondialisation du capitalisme en imposant la prolétarisation du consommateur. Ce prolétariat total, exproprié de tout savoir, qu'il s'agisse de ses savoir-faire ou de ses savoir-vivre, est à présent condamné à une vie-sans-savoirs, c'est-à-dire sans saveurs. Il est jeté dans un monde insipide, et parfois immonde : à la fois économiquement, symboliquement et libidinalement misérable.

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De l’antiterrorisme à la guerre
La violence de la mondialisation
 

Par Jean Baudrillard

Violence et mondialisationPhilosophe, auteur, entre autres, de La guerre du Golfe n’a pas eu lieu (1991), Le Crime parfait (1994) et L’Esprit du terrorisme (2002), tous parus chez Galilée. Ce texte est tiré de son essai, Power Inferno (Galilée, Paris, 96 pages, 12 €),  Editions Galilée
 

Y a-t-il une fatalité de la mondialisation ? Toutes les cultures autres que la nôtre échappaient de quelque façon à la fatalité de l’échange indifférent. Où est le seuil critique de passage à l’universel, puis au mondial ? Quel est ce vertige qui pousse le monde à l’abstraction de l’Idée, et cet autre vertige qui pousse à la réalisation inconditionnelle de l’Idée ?

Car l’universel était une Idée. Lorsqu’elle se réalise dans le mondial, elle se suicide comme Idée, comme fin idéale. L’humain devenu seule instance de référence, l’humanité immanente à elle-même ayant occupé la place vide du Dieu mort, l’humain règne seul désormais, mais il n’a plus de raison finale. N’ayant plus d’ennemi, il le génère de l’intérieur, et sécrète toutes sortes de métastases inhumaines.

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Jean Genet, sa part d'ombre
L'écrivain de toutes les colères ne cachait pas son admiration pour l'aventure fasciste

Jean Genet par Brassaï

[...]dans la nuit du 14 au 15 avril 1986, Jean Genet s'éteignait dans une chambre d'hôtel du 13e arrondissement de Paris. Il mourait comme il avait vécu : seul, sans domicile fixe, à quelques rues de la prison de la Santé. L'enfant de l'Assistance publique, jeune délinquant précoce, ami de Jean-Paul Sartre et des macs de Pigalle, disparaissait en catimini ; la mort de Simone de Beauvoir, survenue un jour plus tôt, émut davantage.

Deux décennies plus tard, Jean Genet est entré au panthéon des auteurs consacrés. Son oeuvre fait l'objet d'études savantes et de colloques, Le Balcon a été adapté pour l'opéra, son théâtre est publié aux prestigieuses éditions de la Pléiade. Surtout, Jean Genet est devenu le porte-drapeau de toutes les luttes. Jean Cocteau en 1943 devant les juges, Jean-Paul Sartre en 1952 dans son monumental Saint Genet comédien et martyr, André Malraux en 1966 à l'Assemblée nationale avaient déjà, avec diverses arrière-pensées, brossé le portrait d'un marginal maudit, victime de la société et implacable ennemi des puissants.

Par la suite, Genet a été enrôlé dans un nombre incalculable de causes : la lutte prolétarienne, la dénonciation du carcéral fascisant, la défense du tiers-monde, les droits des Palestiniens, la dignité des gays, etc. Celui qui se définissait comme « le lâche, le traître, le voleur, le pédé » est devenu un personnage consensuel. Pourtant, tout au long de sa vie, Genet a été l'apôtre du mal et de ses servants, depuis les indics jusqu'aux terroristes, en passant par les traîtres, les assassins d'enfants, les kamikazes et les nazis.

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Haïti, point focal de la Caraïbe

Édouard Glissant*

Drapeau haïtien    La question que je me pose est double. Je ne voudrais pas que nous regardions Haïti seulement sous l’angle du passé, quoique ce passé soit glorieux. Nous savons tous que Haïti, du point de vue de l’importance historique, est la terre mère des Antilles et de la Caraïbe, mais il me semble qu’il faut dépasser cette perspective et je suis plutôt intéressé par les énormes potentiels artistiques et culturels d’un pays qui a tellement souffert de la misère et de l’absence d’infrastructures. Il me semble qu’il y a là un miracle permanent sur lequel il faut jouer et, par conséquent, célébrer l’histoire d’Haïti, mais aussi la dépasser et voir les perspectives de création et peut-être aussi les capacités de fédération d’Haïti. Car ce qui est, peut être, un des points, un des principes qui réunit tous les acteurs de la Caraïbe est la reconnaissance d’Haïti comme point focal de la région.

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Comment se fabriquent les saints

Gisant de Saint Nicolas, à Tolentino. the art archive/gianni dagli orti

  Qu'est-ce qu'une source ? Et quelle vérité peut-on atteindre par son examen scientifique ? Cette question de base, tout historien se doit de se la poser. Sans cesse. Et immanquablement il risque de renverser les causalités, victime des " évidences " héritées des traditions historiographiques.

En reprenant les pièces de l'enquête qui ouvre à l'été 1325 le procès en canonisation d'un ermite de la marche d'Ancône, vingt ans après sa mort, enquête commandée par le pape avignonnais Jean XXII (1316-1334), Didier Lett entend faire de cette " trace de l'histoire " le vrai sujet de son étude.

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«Le monde tel qu'il est»

de Monchoachi

une invite au débat

par Roland Sabra

   Le débat commence. Monchoachi publie ces jours- ci un petit opuscule " Le monde tel qu'il est", d'un cinquantaine de pages qui se veut une réponse à celui de Chaoiseau et Glissant " Quand les murs tombent". Ce dernier écrit dans l'urgence d'une situation politique que le nécessitait, la création ignominieuse, d'un "Ministère de l'Immigration et de l'Identité Nationale" présentait les avantages et les imperfections d'un long tract qui permettait d'organiser des débats. Ce qui avait été le cas, dans plusieurs endroits du monde et notamment en Martinique. On se souvient en effet que des élèves du lycée Schoelcher, des étudiants de l'IUFM, des syndicalistes s'étaient emparés du texte et en avaient débattu avec les auteurs. A partir de la dénonciation de ce qu'ils considéraient comme une infamie, Glissant et Chamoiseau portaient sur la place publique la question de la nature d'un futur état  pour la Martinique. Etat-Nation ou Etat-Relation?

La contribution de Monchoachi est d'une autre facture. Il s'agit d'un texte réfléchi, construit autour de quelques questions que l'auteur se posent à lui-même. C'est bien évidemment la réponse préétablie qui suscite la question ! Mais cet artifice de rhétorique ne nuit nullement à l'exposé, même si la compréhension du texte peut difficilement faire l'économie d'une lecture préalable de la revue LaKouZémi, dirigée par l'auteur et qui porte comme titre "Éloge de la Servilité".

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Hommages à :
Jean-Claude Charles, écrivain et journaliste est décédé le 08 mai 2008

« Des petits juges » ballotés au gré de l'Histoire

Un ouvrage de Caroline Oudin-Bastide.

par Roland Sabra
 

Des nègres et des juges  Caroline Oudin-Bastide est historienne, spécialiste de l'histoire de l'esclavage aux Antilles françaises. Après avoir publié en 2005 «  Travail, capitalisme et société esclavagiste », elle nous livre aujourd'hui, en un peu moins de deux cents pages une étude sur l'affaire Spoutourne qui défraya la chronique martiniquaise entre 1831 et 1834. Elle montre combien les colons martiniquais, dont l'opportunisme politique les conduisit à se « faire anglais » ou français selon le moment afin de préserver au plus près de ses origines le système esclavagiste, ont été incapables de prévenir et d'anticiper sur les mouvements de fonds qui allaient conduire à l'effondrement de l'exploitation servile. Pour échapper à l'abolition le refuge dans le giron anglais n'aura fait que retarder, trop longtemps certes, l'inéluctable. L'abolition de la Traite avant celle de l'esclavage était annonciatrice de la fin. Les engagements de la France, vaincue à Waterloo, auprès des autres puissances européennes, l'ont contrainte dans un premier temps à tenter de reprendre en main la justice coloniale, jusqu'alors totalement sous la coupe des colons. Un des moyens utilisés a été l'envoi aux colonies de jeunes magistrats sur lesquels la métropole a eu l'espoir de s 'appuyer pour mettre en application l'ordonnance du 28 septembre1828, qui visait à accroitre un tant soit peu l'autonomie des magistrats vis à vis de la caste béké. Le livre décrit comment celle-ci tentait dans un premier temps de

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Dominique Berthet publie :
« André Breton, l'éloge de la rencontre »
Le lieu, la rencontre, le lieu de la rencontre, la rencontre du lieu...

par Roland Sabra
 

André Breton par Max Ernst   Le lieu est au cœur de l'œuvre de Dominique Berthet. Ses deux derniers ouvrages » Hélénon, Lieux de peinture, préface d'Edouard Glissant en 2006 et « André Breton, l'éloge de la rencontre » en 2008. Le lieu n'est pas un territoire, un enracinement. Il apparaît comme une bande Moebius abolissant un dedans et un dehors, un intérieur et un extérieur puisqu'à parcourir sa surface la rupture est effacée. Cet espace ouvert en résonance irraisonnée sur d'autres lieux avec lesquels il forme réseaux, est intensité pure, fragmentations en infinie recomposition, disjonctions inclusives. La spécificité d'un haut lieu comme Dominique Berthet le définit tient à l'épreuve de la rencontre que l'on y fait avec la multitude des objets, des êtres et des choses, du vent et des parfums, des jouissances et des peines. Le lieu et la rencontre avec soi-même dans l'image diffractée d'un kaléidoscope. Dominique Berthet travaillait depuis une douzaine d'années sur ce thème dans l'entrecroisement de voyages entre States et Eros, entre Quebec et Arizona entre esthétique et sciences de l'Art. Dans ce tissage métis la trace de Breton en Martinique, Gaspésie, Arizona, Nouveau Mexique et Haïti germait comme un rhizome dans l'insistance d'un retour qui se voulait écart, distance, différence absolue. C'est une des histoires, mais il en est d'autres, de la naissance de cet essai qu'il publie, comme le précédent chez HC Editions.

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Patrice Louis et les possibles de la non-rencontre.
A propos de son dernier livre
"Le ruban de la fille du pape"
« Je ne dois rien à personne et personne ne me doit rien »

Le ruban de la fille du pape  Il est en avance au rendez-vous. De noir vêtu à la ville comme à la télévision avec cette cravate à rayures jaunes dont il doit avoir moult exemplaires. Il est plongé dans la presse, qu'il vient d'acheter. On ne se départ pas d'une vieille maîtresse aussi facilement. Il est avenant, persuadé qu'il y a toujours à apprendre de l'autre et que la rencontre est une richesse. Dans un entretien il se comporte en vrai professionnel. Il connaît les ficelles du métier. L'interview, c'est son quotidien. Difficile de l'emmener là où il ne veut pas aller; il se dérobera prétextant la question ou le thème trop difficile pour lui. Il est venu parler de son dernier livre, de sa première fiction. Et si Breton à la recherche dans Fort-de-France en avril 1941, d'un ruban pour sa fille n'avait pas aperçu dans la vitrine de la mercerie que tenait la sœur de  René Ménil un exemplaire de la revue « Tropiques »? L'histoire en aurait-elle été changée? Probablement pas car Breton connaissait sans doute l'existence de Césaire dès 1932 comme le rappelle Dominique Berthet dans « André Breton, l'éloge de la rencontre » que nous évoquons ci-après. René Ménil avait participé à la revue « Légitime défense » et il aurait été, d'une manière ou d'une autre, à l'interface d'une rencontre obligée, entre Césaire et Breton. Mais c'est la liberté du romancier que d'imaginer une autre issue. L'écriture est limpide, sans fioritures, destinée à être lue par le plus grand nombre et elle est documentée...

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Manga : la longue filiation d'un genre devenu universel

par Philippe Pons

Manga La bande dessinée japonaise a désormais un musée international. Et pas n'importe où : à Kyoto, ancienne capitale et reposoir de la grande culture nationale. Ce musée, ouvert en 2006, situé au coeur de la ville, attire un nombre considérable de visiteurs, dont beaucoup d'étrangers. Il existe certes deux autres musées du manga, à Hiroshima et à Osaka, et une soixantaine d'autres plus petits, mais celui de Kyoto, né de l'initiative conjointe de l'université Seika et de la municipalité, est le plus riche, avec 200 000 titres. Il accueillera en septembre prochain le Sommet international du manga.

Le " mur des mangas ", du premier au troisième étage, compte quelque 50 000 albums, publiés depuis les années 1970, que les visiteurs peuvent consulter à loisir. Les " archives " recèlent des mangas publiés antérieurement, dont le plus ancien date de 1874. Dans sa forme actuelle, le manga est certes apparu au début de l'ère Meiji (1868-1912), mais il est dommage que le musée ne fasse qu'esquisser une filiation beaucoup plus ancienne.

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Frédéric Régent : un historien antillais à l'honneur !

Esclavage, colonisation Blessures françaises

 Qualifié par le Parlement de " crime contre l'humanité ", l'esclavage devient un sujet de société - sans cesser d'être un objet d'histoire. Frédéric Régent publie une synthèse magistrale de ce douloureux passé. Parallèlement, un dictionnaire passe en revue tous les aspects de la vie quotidienne dans la France coloniale. Longtemps occultée, la question de la servitude en terre d'islam commence à intéresser des chercheurs. Qualifié par le Parlement de " crime contre l'humanité ", l'esclavage devient un sujet de société - sans cesser d'être un objet d'histoire. Frédéric Régent publie une synthèse magistrale de ce douloureux passé. Parallèlement, un dictionnaire passe en revue tous les aspects de la vie quotidienne dans la France coloniale. Longtemps occultée, la question de la servitude en terre d'islam commence à intéresser des chercheurs.

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Centenaire de Joseph Lagro Suréna
 

photo de Joseph Lagrao Suréna  Le poète Joseph SURENA, connu partout sous le nom de LAGRO, aurait eu cent ans cette année. Il est né le 19 mars 1908 et il a été enterré le 7 avril 1998 à Case-Pilote.

Cet homme est venu au monde dans une famille modeste dont la légende raconte qu’elle est, dans sa lignée paternelle, d’origine caraïbe. Ceci semble se confirmer, chez chacun de ses membres par leur esprit libre et indépendant ainsi que par leur refus de toute soumission ; ce qui nous rend si insupportables aux yeux d’un certain nombre de personnes.

Ce discours a été prononcé à son enterrement par son neveu le 7 avril 1998.

L’ancien maire de Case-Pilote, Monsieur Augustin BONBOIS, a décidé avec son équipe municipale de donner le nom de JOSEPH LAGRO SURENA à la rue qui descend, à gauche de sa maison, de la Batterie à l’Autre Bord.

Nous saluons cette initiative.

G.S.

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Un candidat, américain du tiers-monde

Les Rêves de mon père

Barack Obama

Presses de la Cité, 454 pages, 21 €

 

Les Rêves de mon père de Barack Obama

  La particularité de Barack Obama est d'être un candidat " mondialisé " à la présidence des Etats-Unis. Avant lui, d'autres Africains-Américains ont concouru pour l'investiture démocrate. Une première différence est que Jesse Jackson, en 1984 et en 1988, voulait surtout augmenter l'influence de la communauté noire dans le parti, alors que M. Obama est en mesure de remporter la candidature avec, s'il y parvient, une chance sérieuse d'être élu président en novembre. La deuxième différence est que ses origines familiales et son parcours, de l'enfance à l'âge adulte, font de lui un personnage politique nouveau : un Américain du tiers-monde, qui voit les Etats-Unis de l'intérieur, mais aussi de l'extérieur. Par ses relations personnelles et intimes avec d'autres continents, il a une expérience inhabituelle, chez la plupart des Américains et singulièrement chez leurs responsables politiques, de l'existence de peuples et de cultures différents.

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L'historien Georges Bensoussan déconstruit avec force une idée reçue

  L'historien, disait Paul Veyne, est celui qui se méfie  de "ce qui va de soi ". Or il se trouve que parmi les stéréotypes les mieux partagés sur la naissance de l'Etat d'Israël - et Dieu sait s'ils sont légion ! -, il en est des plus coriaces. Notamment celui qui voudrait que l'Etat juif soit né de la Shoah, comme si la destruction du judaïsme européen en avait constitué la matrice. C'est François Mauriac, plein de bons sentiments, s'exclamant dans les années 1950 : " Sion a ressurgi des crématoires et des charniers. La nation juive est ressuscitée d'entre ces millions de morts. " C'est précisément cette fausse évidence que réfute ici avec force Georges Bensoussan, l'un des meilleurs spécialistes de l'histoire intellectuelle du sionisme en France. L'historien, qui est aussi le rédacteur en chef de la Revue d'histoire de la Shoah et directeur de l'excellente collection du " Mémorial de la Shoah " aux éditions Calmann-Lévy, était donc particulièrement bien placé pour analyser cette illusion rétrospective. Illusion d'autant plus brûlante qu'on la voit aujourd'hui réapparaître, sous des variantes nettement moins bienveillantes, dans le monde arabe comme au sein de l'ultragauche.

 

L’Afrique répond à Sarkozy

Contre le discours de Dakar

Ul Livre collectif14,5 x 22 cm, 480 pages, 19,80 € ISBN : 978-2-84876-110-7

Le 26 juillet 2007 à Dakar, lors de sa première visite en Afrique  subsaharienne, Nicolas Sarkozy a profondément blessé les Africains par un discours qui se voulait pourtant amical. Son adresse « fraternelle » à la jeunesse du continent, supposée fonder la nouvelle politique africaine de la France, n’a en effet trompé personne. Elle est vite apparue comme une grossière tentative de maquiller publiquement en œuvre de bienfaisance les crimes de ses ancêtres.

Les paroles de Nicolas Sarkozy, émaillées de clichés racistes, ont été centrées sur un mythique homme africain, sur l’âme de l’Afrique, sur la Renaissance africaine, dont il fait du reste une lecture bien suspecte.

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Histoire sensible des jouissances

   Alain Corbin explore les discours sur le plaisir, depuis l'époque des libertins jusqu'à l'avènement du discours scientifique

Une peinture, mais faite d'abord de mots, d'idées, de suggestions. Car les images, dans le domaine de la sexualité et de l'érotisme, ne sont pas tout. Les gravures libertines du XVIIIe siècle ou polissonnes du XIXe, quelle que soit leur audace, ne disent qu'une infime partie de ce tout dont l'esprit s'échauffe ou s'enflamme mais qu'il peine toujours à embrasser. A la perspicacité du chercheur, à son esprit de classement et à son art des croisements s'offre une masse de textes - précis de médecine, romans pornographiques, traités de morale, manuels conjugaux ou " arts de foutre ", écrits intimes, divagations diverses...

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Alexis Wright. Cette romancière remue l’Australie blanche en évoquant le destin tragique de son peuple, laminé par l’assimilation forcée.

par Catherine Coroller

Alexis Wright

  C’est un tournant dans sa vie. Voilà que l’Australie blanche, celle qui mène depuis deux cents ans une politique d’anéantissement de ses ancêtres aborigènes, a décerné à Alexis Wright le plus prestigieux prix littéraire du pays. Et voilà aussi queCarpentaria est un phénomène littéraire. Publié par un petit éditeur après avoir été refusé par tous les gros, il en est à sa septième réimpression et s’est vendu à 30 000 exemplaires contre 2 000 à 3 000 habituellement en Australie. Et voilà enfin que certains lecteurs représentant cette même Australie blanche sont venus lui demander pardon lors des rencontres organisées pour la présentation de son roman à travers tout le pays.

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Postures de Mailer

 

Par Pierre Assouline

La mort de Norman Mailer  Il y a comme ça des rencontres qu’on s’en veut de n’avoir pas photographiées. Non seulement des rencontres de personnes remarquables, mais des rencontres de croisements d’évènements qui valent d’être fixées en une image. Ainsi tout à l’heure, en débarquant à l’aéroport JFK de New York, je poursuivais ma lecture d’un essai passionnant tout en faisant la queue devant les guichets de l’immigration, un livre de Jérôme Meizoz intitulé Postures littéraires et sous-titré Mises en scène modernes de l’auteur (205 pages, Slatkine, Genève). Une analyse brillante non seulement de la mise en scène médiatique d’un trait physique ou d’un geste d’un auteur, mais encore, sans aucune connotation péjorative, une façon de faire face, de faire bonne ou mauvaise figure aux avantages et inconvénients de la position qu’il occupe sur la scène littéraire.

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Georges Castéra, Prix Carbet 2006

Un langage à double canon pour dire l’indifférence

 par Jean Durosier DESRIVIERES

 Ces rencontres organisées en ce mois de novembre, ayant pour thème ou problématique : « Marcher sur nos morts », coïncident harmonieusement au mois des Guédés, en Haïti. Pour ceux qui l’ignorent, je dirai succinctement que les guédés sont des loas, des génies ou des esprits du Vaudou : ce sont des loas de la mort, mais aussi de la vie, car de la putréfaction renaît la vie immortelle. Ce sont les loas les plus étranges du panthéon vaudou, dit-on : leur rituel dévoile le tragique le plus macabre et l’érotisme le plus débridé. Barron Samedi, aussi dénommé Barron Cimetière ou Barron Lacroix, serait la figure la plus représentative des guédés. En effet la croix de Barron, symbole des guédés, indique la croisée des chemins qui guette tout un chacun. Et on y parvient tous, chacun à son heure. La croix de Barron, c’est ce pieu vertical qui renvoie au phallus (éros, la vie) et cette bande horizontale qui renvoie au tombeau (thanatos, la mort).

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Le sexe, le sexe, le sexe...
C'est l'Enfer !
Eros Secret à la Bibliothèque nationale

 

  Enfer n'existe pas. Pouvez vous dissiper. " Le télégramme, signé André Gide, avait été adressé à François Mauriac, quelques jours après la mort de l'auteur de Corydon. Si l'enfer n'existe plus dans l'au-delà, il est toujours présent ici-bas : la Bibliothèque nationale de France le montre, en une exposition qui fera date. Sous-titrée " Eros au secret ", elle présente son département le plus sulfureux. Car, à l'heure du porno à la télévision et sur le Net, l'" enfer " de la BN traîne toujours une aura scandaleuse : la manifestation n'est-elle pas interdite aux moins de 16 ans ? Une mesure suffisamment rare pour être soulignée.

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La littérature au corps

 

Jean-Yves Cendrey  D'emblée, quelque chose dit que cet homme-là pourrait faire le coup de poing. C'est

 qu'il a un physique de lutteur, Jean-Yves Cendrey - pas très grand mais compact, avec un crâne rasé de mercenaire et des yeux brillants qui se plantent droit dans les vôtres. A l'opposé des écrivains romantiques, délicats, vite effarouchés, lui pratique l'écriture comme un sport de combat : ne jamais céder un pouce de terrain au consensus, ne jamais s'incliner devant la bienséance ou les vérités toutes faites.

Un esprit de résistance qui s'est manifesté dès son premier livre, Principes du cochon (POL, 1988), et encore plus depuis que ses romans, Les Jouets vivants (L'Olivier, 2005), puis Corps ensaignant (Gallimard, 118 p., 11,50 euros), ont semé le trouble dans l'univers de la fiction française. En dénonçant des affaires de pédophilie à l'école, l'écrivain a sorti la littérature des bibliothèques pour en faire une bombe dirigée contre les abus de pouvoir et la lâcheté.

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La réception littéraire et politique de René Maran par l'Amérique Noire:
influences ou malentendus?

par Anthony Mangeon

René Maran et l'Amérique noire  Pour illustrer l'importance de René Maran dans l'histoire littéraire, les critiques ont souvent, et à fort juste titre, souligné son rôle de médiateur entre les mouvements culturels de l'Amérique Noire et de la Négritude francophone (Fabre: 1985, Edwards: 2003). Les écrivains de la Renaissance de Harlem le revendiquent comme un modèle, les théoriciens de la Négritude s'en réclament comme d'un précurseur, et Maran occupe cette intéressante position d'être tout à la fois un repère et un trait d'union, un intermédiaire et un inspirateur. Dès qu'on examine cependant quelle fut la véritable réception de ses textes, de ses positions esthétiques, et de ses engagements politiques par les uns et par les autres, ce sont d'emblée certains quiproquos qui se laissent découvrir, par-delà l'hagiographie et les filiations proclamées. Lorsque l'œuvre de René Maran fait l'objet, dans l'Amérique Noire des années vingt, d'une bruyante publicité, ce sont moins les qualités littéraires d'un "véritable roman nègre", Batouala, que l'accomplissement et la reconnaissance d'un "écrivain noir" qu'on célèbre chez le lauréat du Prix Goncourt 1921; et alors que Léopold Sédar Senghor salue de son côté, dès son premier article de L'Étudiant Noir, ce qu'il appelle L'Humanisme Noir de René Maran (1935: 2), c'est précisément en s'inscrivant en porte-à-faux avec "l'anthroponégrisme" -qu'il reconnaît et déplore chez les écrivains et penseurs noirs américains- que René Maran prendra, quant à lui, la parole dans Présence Africaine.

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Qui était vraiment René Maran, le premier Goncourt Noir ?

par Selim Lander

     Le 14 décembre 1921, l’Académie Goncourt a couronné un jeune écrivain de 34 ans, René Maran, pour son roman Batouala. Au cinquième tour de scrutin ne restaient plus en lice que L’Épithalame de Jacques Chardonne et Batouala. Avec cinq voix contre cinq les deux romans étaient à égalité. Le second l’a emporté grâce à la voix prépondérante du président Gustave Geoffroy. Les autres candidats de cette année-là n’ont guère marqué l’histoire littéraire, à l’exception de Pierre Mac-Orlan qui concourrait avec La Cavalière d’Elsa. Comme le nom l’indique, Batouala est un roman africain. Par contre le nom de l’auteur ne révèle pas qu’il s’agit d’un noir, « le premier Goncourt noir ».

René Maran est né le 5 novembre 1887 sur le bateau qui menait ses parents d’origine guyanaise à Fort-de-France. Comme c’est là où sa naissance a été enregistrée, on le présente souvent comme un écrivain de Martinique. En réalité, il n’est resté sur cette île que les trois premières années de sa vie, avant de déménager avec sa famille au Gabon où son père devait poursuivre sa carrière d’administrateur colonial. Il est resté peu de temps là aussi puisque, dès l’âge de sept ans, on le retrouve pensionnaire au petit lycée de Talence, en Gironde. Il connut ainsi la jeunesse mélancolique des enfants de coloniaux, des quasi-orphelins qui n’avaient droit à la présence de leurs parents que pendant un semestre tous les trois ans, au rythme des congés administratifs…

 

Le Réveil de la diaspora créole

La pan-créolité : une identité à conquérir…

par Rodolf Etienne

Intervention de Rodol Etienne

 

Récemment à la Martinique, plus précisément à l’Université des Antilles-Guyane, avait lieu un colloque intitulé « Les approches interculturelles en langues, en littérature et en civilisation : quelles heuristiques ? ». Durant trois jours, plusieurs spécialistes européens et caribéens proposaient leurs réflexions, offrant à l’auditoire une riche étude de la question.
Pour avoir effectué quelques recherches sur la notion de l’interculturalité, je sais que dans les Mascareignes, à la Réunion, l’île Maurice et les Seychelles cette notion, très impliqués dans le développement culturel et identitaire des populations, a également fait l’objet de nombreuses analyses. Ces analyses, ici, ont permis de mieux envisager un phénomène qui, aujourd’hui, touchant au monde dans son ensemble, le bouleverse et le transforme. Edouard Glissant, développant le concept du Tout-Monde, nomme ce phénomène « Relation » ou « Créolisation ».
De nombreuses questions posées lors de ce colloque trouveraient un écho favorable ici. Je vous en propose quelques-unes, qui vous sont certainement familières : Peut-on comprendre une autre culture ? (sous-entendu, dans notre cas, une autre culture « créole »). Ou encore : Communautés linguistiques et communautés culturelles : quelles parallèles ? Encore : Les paradoxes de l’interculturalité dans un monde globalisé.

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De l'orthographe du créole

par Serge Harpin

Serge Harpin dans son bureau  L’agitation médiatique autour de « la dictée créole » et les commentaires de quelques-uns des promoteurs de l’opération ne sauraient être analysés autrement que comme l’offensive d’un petit groupe pour imposer son point de vue sur l’orthographe du créole ; ceci dans un contexte d’évolution institutionnelle « annoncée » sur les langues régionales.
La manœuvre s’accompagne, il fallait s’y attendre, d’une tentative subreptice de mettre fin à tout débat sous le couvert d’un unanimisme de façade.
Au risque de subir les foudres des gardiens du temple, il nous a paru moralement et intellectuellement indispensable de lever l’interdit pour interroger quelques-uns des présupposés sous-jacents à la conception de l’orthographe du créole du GEREC.
QUI A AUTORITE SUR LE CHOIX DE L’ORTHOGRAPHE D’UNE LANGUE ?

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