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Sommaire

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Mémoires d’Haïti : voix d’intérieur, voix d’extérieur : Consultez la rubrique de Jean-Durosier Desrivières

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

La question du créole dans la Caraïbe francophone :
querelles de chapelle en la chapelle

   Note : Cet article-compte-rendu, légèrement modifié, a été publié dans les colonnes du quotidien haïtien Le Nouvelliste en 2001. Presque onze (11) ans après, je prends plaisir à le diffuser sur ce site, une façon de le partager à un plus large public, pour montrer que les questions liées à la langue créole en espace caribéen qui y sont évoquées, ce sont quasiment les mêmes qui alimentent actuellement le débat houleux sur la langue créole en Haïti, voire en Martinique, dans une incompréhension presque totale entre écrivains, linguistes, intellectuels et défenseurs de cette langue.

A Fonds Saint-Jacques, Centre des cultures et des arts de la caraïbe, situé à Sainte-Marie, commune du nord caraïbe de la Martinique, s’est tenu, dans le cadre d’un « Atelier de traduction et d’interprétation d’œuvres caribéennes et contemporaines », un ensemble de conférences-débats, les vendredi 20 et samedi 21 avril 2001, autour du thème : « Langue et traduction : passage, ouverture, transmission ». Sur les douze communications, les unes plus percutantes que les autres, qui ont alimenté les réflexions et réactions de plus d’un, celles de Georges Castera, « Traduire dans une langue aminorée » (le créole), et de Lyonel Trouillot, « Créole, langue réelle, langue imaginée », s’opposent à toute idéologie démagogique de la langue, et à toute démarche de technocrate se posant comme « des gourous de la langue créole ». Dans un tel contexte, toutes les déviations par rapport au thème central replongent les intervenants dans un vieux débat, non sans de sérieuses polémiques, dont l’issue reste encore à trouver : français langue dominante / créole langue dominée. Ajouté à tout cela, un malentendu fondamental, problème que chaque partie doit résoudre : tendance vers une vision pan-créole de la réalité sociolinguistique des îles en question (Haïti, Guadeloupe, Martinique…), faute d’un manque de précision de situation quelquefois de chaque interlocuteur.

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Eïa pour notre « Frère Volcan »

Vincent Placoly

par Rodolf Etienne

  Un mémoire simple de Vincent Placoly consisterait à le présenter comme suit : enseignant, écrivain, dramaturge, militant politique, membre fondateur du Groupe Révolutionnaire Socialiste (GRS).

Une telle présentation expliquerait à elle seule, à bien des égards, le silence qui règne autour de l'œuvre de Vincent Placoly. Pourquoi une telle affirmation ? Il suffit pour s'en convaincre de se remémorer la Martinique du temps de Placoly et notamment la Martinique politique. On l'a dit Vincent Placoly était militant au sein du GRS, une organisation politique d'obédience trotskiste, qui donc d'extrême gauche. Mais encore ?

Gilbert Pago, membre co-fondateur du GRS, dans une présentation posthume de son ami nous dit : "En 1969, de retour en Martinique, Vincent Placoly partage avec ses camarades de Génération 46, les déconvenues du Parti Communiste Martiniquais". Ceux de Génération 46, comme il les appelait lui-même, sont ces amis intimes, ceux qu'il avait rencontrés sur les bancs du Lycée Schœlcher et avec qui il partageait de nombreux points de vue politiques. Gilbert Pago poursuit : "Les bases pour créer un organe révolutionnaire sont jetées et Vincent Placoly avec quelques-uns de ses amis de Génération 46 et quelques amis de la Guadeloupe créent un mouvement Trotskystes qui développera pendant les années 70, à travers les syndicats ouvriers et les Comités de lutte lycéens, l'idéologie trotskistes et le concept d'indépendance : le Groupe Révolutionnaire Socialiste (GRS) et son organe de Jeunes Trotskystes, Jeunesse d'Avant-Garde (JAG) dont Vincent Placoly aura la charge et l'éducation politique, intellectuelle et littéraire". Vincent Placoly sera dès lors présent sur tous les fronts de la justice sociale, inspiré par l'idéologie révolutionnaire communiste. Et c'est justement là que le bât blesse. Pourquoi ? Tout simplement, parce qu’en la matière, il est un pionnier… Mais remontons le fil de l’histoire…

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Khmers rouges sang

Par TOBIE NATHAN Professeur de psychologie clinique et pathologique, université Paris-VIII



    Avec l’Elimination publié ces jours-ci chez Grasset, Rithy Panh, cinéaste cambodgien, survivant des massacres khmers rouges des années terribles 1975-1979, nous donne, aidé par Christophe Bataille, un livre terriblement puissant. Un livre ? Un coup de poing dans l’estomac, plutôt ! Vous le prenez là, vous vous pliez en deux et ensuite vous réagissez… ou pas ! Mais alors, tant pis pour vous, parce qu’il vous travaille, pénètre les méandres de votre âme et s’assoit là, tout au fond, comme un léopard à l’affût. Car il ne s’agit pas seulement d’un long hurlement ; c’est aussi un livre à l’intelligence décapante, la lente déconstruction d’un système fou.

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Fanon, côté cœur, coté sève

 

 Par Patrick Chamoiseau


   Il faut recommencer Fanon au point exact où l’on a tendance à l’arrêter. Son œuvre ne s’arrête pas à l’effondrement colonialiste, avec quelques lumières sur l’ère des indépendances et du post-colonialisme. C’est justement à partir de ces frontières-là que sa pensée s’ouvre, et qu’elle nous offre, sinon le seul Fanon qui vaille, mais le plus riche de tous : celui qui est en devenir.


Je ne crois pas aux vérités de lectures et d’interprétation, je crois à la richesse des « expériences », en ce que l’expérience déserte toute Vérité, laquelle ne fait que figer les choses en dehors du réel. L’expérience personnelle –– ce que l’on fait de ce que la vie nous réserve –– nous instruit des tremblements d’une conscience individuelle : une conscience solitaire (mais solidaire) qui cherche sa voie dans l’imprévisible et l’impensable du monde. C’est tout ce que nous pouvons transmettre : notre propre expérience.


Dans mes rencontres avec Fanon – cette expérience – je distingue quatre niveaux.

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PRIX CARBET 2011

DECLARATION DU JURY
 

  Le roman que le jury du Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-monde a décidé d’honorer cette année, illustre plusieurs des préoccupations de celui qui fut notre président durant plus de 20 ans, et auquel cette 22ème édition rend un hommage où le sentiment de l’irremplaçable et l’infinie reconnaissance, tiennent des places égales ;
Edouard Glissant aurait aimé entendre cette voix qui s’empare d’une des idéologies du XXème siècle, non pour en articuler une critique postérieure et facile, mais pour montrer combien elle a constitué le lieu même du plus beau des soleils et de la pire des ombres, et combien elle a façonné les faces contemporaines les plus visibles et les plus invisibles de notre Caraïbe :
cette dérive d’une belle générosité érigée en système de pensée, ou pensée de système, et à laquelle Edouard glissant a opposé une poétique du tremblement et de la relation, se retrouve au cœur de ce roman, entre Staline et Trotski, leurs soldats et leurs chiens, ouverte en plein cœur du Cuba d’aujourd’hui, sur les défaites et les réalités humaines les plus sensibles, les plus tragiques, les plus irrémédiables et les plus rémanentes ;
Dès lors,
CONSIDERANT que sans haine ou autre acrimonie, le romancier a su dresser le compte de ces erreurs, de ces excès et absolus aveugles qui n’en finissaient pas de se durcir de mensonges en mensonges, d’aller aux trahisons et à la vilénie, de fréquenter la peur, et l’usure des illusions devenues mécaniques, jusqu’à constituer des perversions quasi inéluctables ;
CONSIDERANT qu’il a su affecter un talent des plus exceptionnels à la description d’un assassinat dont la force symbolique apparaît sans limites, éclaboussant toutes les îles, toutes les âmes, et tous les continents ; un assassinat où les bourreaux et les victimes, directes ou indirectes, relevaient des mêmes rêves et des mêmes mensonges, des même élévations et de l’abîme d’une même défaite qui nous concerne tous ;
CONSIDERANT qu’il a su conserver son lieu incontournable, et que c’est au plus quotidien de son île qu’il dissèque le grandiose mensonge, les paysages de ses lentes perversions, et qu’il installe tout cela dans le tragique indémêlable de ses personnages, nous démontrant ainsi que les rêves et les échecs, les stérilités et les brusques jaillissements, ont constitué des volontés, des ardeurs, des destins et des hommes, et que tout cela a fondé un pays, Cuba, une nation considérable, Cuba, tout autant chahuté par ce qui provient du fond de son histoire que par ce que lui ont asséné les vieux vents, les cyclones, les idéologies, tous ces cataclysmes qui sont d’une même violence ;
CONSIDERANT que la dénonciation des pensées de système est ici radicale, sans que jamais ne se voient désertés l’élégance du verbe, la pertinence des explorations existentielles, l’éclat de la métaphore, les détours très subtils du dévoilement qui ne se formule pas, et la beauté -- la beauté littéraire, la beauté signifiante -- qui terrasse un à un les chiens des certitudes et le troupeau des absolus ;
CONSIDERANT à quel point la grande Histoire rejoint l’intime, combien la grande espérance peuple les désespérances, et combien le crime sordide se nourrit d’une noble illusion, et combien tout cela transformé en système ne fleurit qu’en erreurs, petites fatalités, certitudes sans sortie et vérités empoisonnées ;
CONSIDERANT combien le brassage alterné des histoires, des époques et des lieux, se retrouvent à convoquer le monde dans la matière la plus déterminante de l’île, et combien la dérive d’un écrivain raté qui symbolise Cuba, se conjure, et se dépasse, dans l’ironie d’une narration tout à fait exemplaire ;
CONSIDERANT combien la réalité cubaine est soumise aux acuités d’une vigilance qui jamais ne renonce, et combien la critique de la soviétisation, des censures, des silences imposés, des empêchements, des manques et restrictions, ne déserte jamais une éthique élégante de la complexité, toute pleine de mesure et de délicatesse, tant et si bien que c’est juste la beauté implacable du refus qui souligne à jamais, et la condamne autant, l’irrecevable des renoncements ;
CONSIDERANT que cette voix provient de l’intérieur, qu’elle n’a pas choisi les possibles de l’exil, et que sa lucidité maintenue au cœur de Mantilla, dans une banlieue de la Havane, rejoint celles de Pedro Juan Gutierrez, de Wendy Guerra, Ena Lucian Portela, ou Nancy Morejon… ;
CONSIDERANT qu’il y a là comme un hommage rendu à des millions de morts, et à tout autant d’illusions, d’espoirs et de rêves échoués, et à toute une charge de souffrance et de sang, et cela sans qu’aucune aigreur ne porte atteinte à ce talent qui, par sa simple autorité, nous fait soleil et horizon, et nous laisse entrevoir le beau chant des possibles et la vigueur d’un devenir ;
CONSIDERANT ENFIN qu’il y a là une somptueuse occasion d’un salut à Cuba, au Cuba de nos plus beaux espoirs, au Cuba de nos justes et profondes inquiétudes, au grand Cuba de nos attentes, et de nos exigences, à ce Cuba qu’il nous appartient d’exhorter, de soutenir et de construire ensemble,
le jury décerne à la majorité des voix

le prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-monde de l’année 2011 à
Monsieur LEONARDO PADURA
pour son roman
« L’HOMME QUI AIMAIT LES CHIENS »
 
 

Frantz Fanon, la colère vive

 

par Louis-Georges Tin

   "Sur le colonialisme, sur les conséquences humaines de la colonisation et du racisme, le livre essentiel est un livre de Fanon : Peau noire, masques blancs. Sur la décolonisation, ses aspects et ses problèmes, le livre essentiel est un livre de Fanon : Les Damnés de la terre. Toujours, partout, la même lucidité, la même force, la même intrépidité dans l'analyse, le même esprit de "scandale démystificateur"." Cet hommage d'Aimé Césaire dit assez la place qu'occupe Frantz Fanon (1925-1961) dans la conscience universelle. Dans le panthéon révolutionnaire qui s'élabore dès le milieu des années 1950, Fanon se situe clairement aux côtés d'Ho Chi Minh, de Che Guevara et des autres grandes figures du monde nouveau. Les Damnés de la terre (Maspero, 1961) ont été, et sont encore, la Bible des mouvements tiers-mondistes.
 
Frantz Fanon et les Antilles
 

L'empreinte d'une pensée 
 Essai 
 André Lucrèce 
 

Frantz Fanon et les Antilles, André Lucrèce • Sept. 2011 • 166 Pages • Format 110x190mm • ISBN 9782918141174 • Le teneur • 20 €.

Frantz Fanon et les Antilles 

 

   Il est question dans ce livre de répondre à l'oubli inconcevable qui frappe la pensée de Frantz Fanon. Cet oubli ne relève ni d'une distraction ni d'une étourderie. Elle est la marque d'un parti pris qui prend la forme d'un ajournement et d'un aveuglement, venant d'une part de gens qui voudraient nous faire croire qu'il s'agit d'une pensée fragilisée par l'obsolescence, venant d'autre part d'auteurs qu'une telle pensée dérange et qui pratiquent une hostilité soigneusement distillée. Le scandale que constitue l'incommensurable éclipse d'une pensée conçue dans l'acte et la vérité d'une réalité concrète nous ordonne la réinscription de l'oeuvre de Frantz Fanon au coeur de la réflexion sur la réalité d'aujourd'hui. En premier lieu, sur la réalité antillaise.
 
 
 
André Lucrèce publie «Frantz Fanon et les Antilles – L’empreinte d’une pensée»
 

Les bienveillants


par Marc Weitzmann, écrivain

 

  En dépit ou plutôt à cause d'une réputation sulfureuse, l'écrivain Marc-Edouard Nabe a toujours bénéficié d'un certain nombre de fans, et non des moindres, dans le milieu éclairé des littérateurs. S'être fait taper dessus en 1985 par le journaliste Georges-Marc Benamou, à la suite d'un passage à l'émission "Apostrophes", pour son premier livre taxé d'antisémitisme, constituait, semble-t-il, une sorte d'adoubement. On l'a dit "mauvais garçon" (Eric Naulleau), "non consensuel" (Patrick Besson), et, depuis son renvoi des Editions du Rocher (suite au rachat de la maison), le fait qu'il s'autoédite sur Internet et s'autodistribue dans divers magasins et bars parisiens lui confère une sorte d'aura culte de marginal maudit. Qu'il ait fait l'éloge de Ben Laden n'est pas mal non plus. Les écrivains polis de Saint-Germain-des-Prés aiment bien, de temps à autre, s'encanailler avec ce que Nabe appelait dans son premier livre, non sans lucidité d'ailleurs, ses "recueils de frissons". En 2010, il a même failli recevoir le prestigieux prix Renaudot pour L'Homme qui arrêta d'écrire.

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L’héritage explosif de Frantz Fanon 

  
par Max Rustal

   La disparition de David Macey dont nous apprenons le décès ce 7 octobre 2011 par un message de la fondation Frantz Fanon m’a choqué. Pourtant, il y a peu encore, j’ignorais jusqu’à l’existence de ce consciencieux biographe qui s’en va à soixante-deux ans, sans avoir vu la parution en français de son œuvre magistrale, « Frantz Fanon, Une vie »1, prévue dans quelques jours. Ce sentiment diffus de tragédie mêlée d’injustice vient peut-être d’un rapprochement plus ou moins conscient avec de fâcheux événements, similaires ou proches. Á commencer par la lutte opiniâtre de Fanon lui-même pour terminer « Les damnés de la terre », tout en se sachant irrémédiablement condamné. Vient ensuite son décès trois mois et demi avant les accords d’Evian mettant fin à la sale guerre d’Algérie, en mars 1962. Sur le même registre, le troublant assassinat d’Amilcar Cabral, six mois avant l’indépendance de la Guinée-Bissau, le combat de sa vie. Bref, autant de coïncidences générant une ultime frustration qui laisse l’homme amer, impuissant et solitaire, face à la terrible inéluctabilité de sa destinée personnelle.
L’approche de David Macey révèle le souci d’exactitude du détail et de la pertinence de l’analyse, passant en revue nombre de récentes contributions sur le même sujet, allant même à décortiquer l'actualité politique martiniquaise pour mieux comprendre, de sorte qu’elle nous force à nous interroger sur l’opportunité, voire l’utilité, d’une publication de plus sur la vie et l’œuvre de Frantz Fanon.

 

Mai 1989 : les chars écrasent Tiananmen


  
Zhao Ziyang était le numéro un chinois au moment de la révolte des étudiants, place Tiananmen, en 1989. Il s'opposa à la répression et fut limogé. Ses Mémoires secrets constituent un témoignage historique En Chine, la presse et les livres d'histoire évitent toute mention de Zhao Ziyang, le secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC) et numéro un chinois qui refusa d'appliquer la loi martiale contre les étudiants de la place Tiananmen en mai 1989. Et fut pour cela limogé au terme d'un coup de force de la ligne dure du PCC, sanctionné par Deng Xiaoping, le patriarche qui l'avait mis en selle et chargé des réformes économiques. Assumant sa décision, Zhao Ziyang est placé en résidence surveillée à Pékin, ou il mourra en janvier 2005. Pourtant, jusqu'au bout, il défendra sa version des faits, qui resurgira en mai 2009, pour le 20e anniversaire du massacre, sous la forme d'un journal secret publié à Hongkong par le fils de Bao Tong, son ancien bras droit.

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Le « système » linguistique d’Yves Dejean conduit à une impasse

 

Par Robert Berrouët-Oriol

Linguiste-terminologue

Montréal, le 31 juillet 2011

«...tu sembles ne pas arriver à te convaincre

et tu multiplies ton objection, toujours la même,

tu t'épuises dans la redondance

(Jacques Derrida, Le Monolinguisme de l'autre)

      Dans sa thèse de doctorat soutenue à la Sorbonne le 9 décembre 1961, « La langue française en Haïti » (Paris, Institut des hautes études de l'Amérique latine (Travaux et mémoires, VII), thèse publiée en 1981 aux Éditions Fardin, à Port-au-Prince, et dans l’étude, trop peu connue, « Le problème linguistique haïtien » (Éditions Far  din, Port-au-Prince, 1985), l’éminent linguiste Pradel Pompilus nous a confié un legs d’une inestimable valeur. Il nous a notamment appris à travailler sur la configuration linguistique haïtienne par l’analyse, sans préjugés dogmatiques et sectaires, des deux langues du patrimoine linguistique du pays, le créole et le français. L’œuvre de Pradel Pompilus constitue un monumental édifice de la pensée haïtienne du XXe siècle tant sur son versant linguistique que sur l’archipel fécond de la littérature. On en mesurera l’amplitude en rappelant qu’il est l’auteur, avec le Frère Raphael Berrou, de la célèbre « Histoire de la littérature haïtienne illustrée par les textes » (volumes 1 et 2, 1975 et volume 3, 1977, Éditions Caraïbes, Port-au-Prince), ouvrage de référence de dizaines de milliers d’écoliers haïtiens depuis des décennies –et cette œuvre témoigne de l’étendue du patrimoine littéraire francophone haïtien depuis 1804. À propos de l’œuvre de Pradel Pompilus, le lecteur curieux lira avec intérêt le récent texte de Hugues St-Fort, docteur en linguistique et chroniqueur réputé du Haïtien Times de New York, daté du 22 juillet 2011, « Revisiter ‘La langue française en Haïti’ »i. Le linguiste Hugues St-Fort est aussi l’auteur d’un livre fort instructif « Haïti : questions de langue, les langues en question » (Éditions de l’Université d’État d’Haïti, juin 2011), livre construit avec la passion de l’intelligence et une exemplaire maîtrise des sujets abordés.
 

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Tèks envante, tèks lide ak tèks tradwi!

Par Jean-Durosier DESRIVIERES

  En dehors d’autres outils sans doute de grandes valeurs, les haïtiens disposent, de façon légitime et légale, de deux langues – le créole et le français – pour investir pleinement leur imaginaire. A l’instar des vrais bilingues se permettant de passer d’un territoire linguistique à l’autre sans failles, notamment sur le plan oral, je m’autorise un exercice similaire dans ce texte (ainsi commandé), dépourvu pourtant de tout esprit démagogique et de toute sensibilité au quota. En ce sens, je ne saurais ignorer mon adhésion aux concepts et notions largement mis en valeur par Robert Berrouët-Oriol dans ce lumineux ouvrage collectif (autres collaborateurs: Darline Cothière, Robert Fournier et Hugues St-Fort), d’une extrême rigueur méthodologique, qu’il a coordonné: L’aménagement linguistique en Haïti: enjeux, défis et propositions tFootnotes]> [1] , lequel fait l’éloge de la francocréolophonie haïtienne et propose une convergence linguistique dans l’enseignement et la pratique des langues au pays. J’y reviendrai.

 

   Par Yves Dejean  [1]
 

  Les recherches et les progrès en linguistique de la seconde moitié du vingtième siècle ont mis en lumière l’acquisition naturelle et rapide de la ou des langues de leur environnement par tous les enfants normaux dès leur naissance (et même avant, à en juger par les recherches récentes de Jacques Mehler and Emmanuel Dupoux sur l’acquisition in utero ; voir Mehler J, Dupoux E. 1994. What Infants Know : The New Cognitive Science of Early Development. Cambridge, MA : Blackwell). La réalité et la nature de ce phénomène humain universel contrastent vivement avec l’apprentissage d’une langue étrangère par des personnes qui se donnent la peine de l’étudier. Cet apprentissage est souvent laborieux, lent, incomplet, boiteux et sujet à régression.

Quand on propose l’apprentissage du français à plus de huit millions de créolophones unilingues d’Haïti comme une entreprise obligatoire dans un système scolaire, il est nécessaire de réfléchir sérieusement à sa possibilité, sa praticabilité et son coût en temps, efforts, matériel, argent et enseignants. L’examen de cet aspect du problème semble totalement ignoré ou escamoté par les auteurs d’un livre récent L’Aménagement linguistique en Haïti : Enjeux, défis et propositions (par Robert Berrouët-Oriol, Darline Cothière, Robert Fournier et Hugues St-Fort, Éditions du CIDHICA et de l’Université d’État d’Haïti, 2011). Ces auteurs semblent considérer cet apprentissage obligatoire du français comme quelque chose qui va de soi, comme la vaccination de toute une population menacée par une épidémie pour laquelle on possède un vaccin efficace.

Les auteurs du livre annoncent « l’entrée dans la plénitude des langues », créole et français. C’est une belle formule pittoresque, mais sans contenu substantiel et qui minimise ou méconnaît la différence radicale de deux processus dont l’un, l’acquisition d’une langue maternelle, n’est et ne peut être l’objet d’aucune législation, faisant partie du développement naturel de tout organisme humain.

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Mot-dit, Haïti: une piste des failles…*

par Jean Durosier DESRIVIÈRES

Désastre
parlez-moi de désastre
parlez-m’en

Léon-Gontran Damas, «Hoquet».
Les hommes qui pensent en rond ont des idées courbes.
Léo Ferré, «Préface».


Mot-dit, tel un lieu-dit pour énoncer un espace en marge du monde, négligé pendant longtemps par une bonne partie du monde et les propres mandataires du lieu (gouvernants, intellectuels), alors qu’ils ont toujours cru bon au fil de l’histoire d’inscrire avec intelligence ce lieu au cœur du monde. Haïti, ce pays mien, s’est enlisé trop et s’enlise encore dans des pratiques idéologiques les plus surannées de ses élites diversifiées, perpétuellement changeantes donc. Inaptes, face au reste de la grande communauté humaine qui manipule et expérimente maints concepts et systèmes socio-politico-économiques fluctuants – Démocratie, Communisme, Libéralisme, Capitalisme… – s’accommodant mal à l’ordre de la société désaxée que demeure continuellement la société haïtienne. Toutes tentatives d’adoption ou de détournement de ces systèmes à des moments distincts de notre histoire, dans une dépense et une dispense d’énergie tanguant entre hésitation et précipitation, aboutissent à l’étouffement de notre développement conditionné par myopie avérée, voire l’aveuglement, vis-à-vis des spécificités de notre espace-temps et par déni de nos composantes socioculturelles intégrales, réelles.

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Hanétha Vété-Congolo

Avoir et Etre : Ce que j’Ai, ce que je Suis

par Roger PARSEMAIN

  Devrais-je feindre la modestie ? Ou exprimer le plaisir lié d’un brin de vanité d’ancien enseignant heureux de présenter l’élève aujourd’hui écrivain et menant une remarquable carrière universitaire ?

Hanétha Vété-Congolo me ramène en ces années 80 au collège La Jetée au François de la Martinique.

A l’époque c’était l’adolescente, ointe d’une rêverie intérieure. Cela maintenait droite la tête au regard fixe vers le plus lointain horizon. Quels rêves éveillés animaient le sourire à peine amorcé dans ce visage haute proue en sa tranquille traversée de la cour et la remontée vers sa classe, dans l’escalier et tout au long des galeries ?

Pourtant nulle ostentation dans l’allure faussement détachée. Je devinais, en elle, l’écoute de voix arrivant du monde qui l’environnait et de plus loin. Soit une sorte d’attention qui portait la tête légèrement en avant, obliquant légèrement le cou très fin. C’était une attention à la tranquille vigilance adornée d’une naïveté ténue. On dirait une sorte de disposition à la surprise. Aujourd’hui encore, l’œil s’allume du privilège de ce charme. Peut-être recevait-elle, déjà, les chants de la terre, les renfonçait en elle-même, se vidant en eux pour mieux faire le mot qui nous sauve.

Aujourd’hui, je constate peu de changement. Après plus de deux décennies, à la lecture de ses œuvres, une cohérence se précise. Cette allure en proue fine de yole martiniquaise en régate conserve la fixité chercheuse du regard. Et cela lui fait la même naïveté d’une intelligence simplement disponible. Le corps, la flamme intérieure que l’on pressent, disent l’attente qui est aussi offrande. Offrande vers l’humain, avec soi-même l’humain et sa condition questionnante.

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La panse du chacal
de Raphaël CONFIANT
ou la part indienne de la créolité antillaise en Martinique. Entre mer Caraïbe et Golfe du Bengale.

 

Lu par Jean-Yves CHANDAVOINE.

Termine-t-on la lecture d’un livre comme on termine un voyage?

Un peu, surtout que La panse du chacal de Raphaël CONFIANT, (Folio, Mercure de France, 2004) fait voyager son lecteur, entre l’Inde du Sud ou le Coromandel et la Martinique par la force de la mémoire, de la nostalgie voire de la mélancolie : ce qui vous fait partir, traverser les océans, vivre l’enracinement en Martinique des migrants indiens du Tamil Nadu dans l’univers impitoyable de l’Habitation et de la coupe de la canne à sucre…

Pas tout à fait, néanmoins, car le récit imaginaire et réel de la migration des «coolies» aux Antilles, histoire de la traite et de l’installation indienne au goût amer, n’a rien de commun avec nos voyages touristiques contemporains.

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« Puis le choix de l’atome » : Pour une Poétique des Possibles.

 par Scarlett JESUS

  Voici un ouvrage qui mériterait d’être lu par d’autres que les quelques rares privilégiés qui ont eu la faveur d’acquérir ce recueil sorti fin 2010. Un ouvrage qui révèle, à travers une écriture poétique contemporaine originale, un poète guadeloupéen s’inscrivant dans la lignée de MALLARMÉ, le père de la modernité poétique, et de SAINT-JOHN PERSE. Comme lui, ce poète écrit sous un pseudonyme. Il emprunte à MALLARMÉ son prénom, Stéphane, et se dote d’un patronyme quelque peu sibyllin « Od-Ray Gaïac ». Aux prénoms de ses deux parents et au nom d’un arbre des forêts guyanaises, au bois très dur, le gaïac, le poète associe d’autres éléments : un prénom féminin, Audrey, en référence possible avec une muse du 7ème art, Audrey Hepburn ; le nom d’un jazzman, Ray Charles,  précédé d’un curieux Od, peut-être l’abréviation médicale du latin oculus dexter (œil droit). Dans ce recueil, édité symboliquement par « le poète et son double », Patrice GANOT en se dédoublant en Stéphane Od-Ray GAÏAC cherche moins, semble-t-il, à se cacher qu’à avoir la possibilité ainsi de se regarder « à travers le miroir ». De jouer à cache-cache avec son double, en commentant les poésies de l’Autre, via une note ou une explication, sans que l’on sache très bien alors qui parle.

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Recension du roman de Yann Garvoz

 

Flagellation d’une femme esclave. Surinam. 1770

par Michèle Bigot*,

Plantation Massa-Lanmaux est le premier roman d’un jeune écrivain qui ne manque pas de verve. La dimension romanesque de cet ouvrage le dispute à sa fibre poétique et à sa force réaliste.

L’originalité de l’ouvrage consiste avant tout dans le contexte qu’il met en place ; l’univers est celui d’une plantation dans une des îles de Guadeloupe à la veille de la révolution. Dans ce cadre propice à tous les débordements, vont s’affronter les idéologies progressiste et conservatrice autour des enjeux moraux et matériels spécifiques de l’exploitation des esclaves dans une économie de plantation. Chacun de ces courants de pensée est incarné par les deux protagonistes, père et fils, M de Massa et son fils Donatien. Celui-ci est le digne héritier du divin marquis dont il porte le prénom, épigone aussi ambigu que son maître, comme lui philosophe des lumières, anticlérical, athée, porteur des idées de progrès et comme lui porteur d’un érotisme associé à des actes impunis de violence et de cruauté (fustigations, tortures, meurtres, incestes, viols, etc.). Celui-là incarne une figure de maître débonnaire et hypocrite, surtout versé dans un scientisme mathématique (nouveau d’Alembert exploitant les données du calcul infinitésimal) qui fait bon ménage avec le clergé tant que celui-ci protège ses intérêts d’esclavagiste. Les deux figures représentent avec justesse les contradictions de la morale chrétienne dont le verbe philanthropique est au service d’une pratique inhumaine, en totale contradiction avec la morale de l’Évangile.

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Max JEANNE : Honneur et respect pour HAÏTI.
 

par Scarlett JESUS

   Haïti est l’objet d’un intérêt tout particulier en Guadeloupe. En décembre, Evelyne TROUILLOT recevait le Prix CARBET pour son roman La Mémoire aux abois. Le mois suivant, le public était invité à applaudir Ayiti, écrit et interprété par Daniel MARCELIN. Enfin, la semaine dernière, Max JEANNE publiait aux éditions NESTOR son quatrième recueil de poésies : Borlette. Ce titre, qui désigne un jeu de hasard à deux chiffres très prisé par les Haïtiens, est une métaphore pour désigner le destin d’un pays sur lequel s’abattent tous les malheurs : misère, cyclones et tremblement de terre meurtrier du 12 janvier 2010.
Le genre poétique auquel se rattache ce recueil est ouvertement affiché : il s’agit de « géopoésie ». Ce terme n’est pas tout à fait nouveau. Utilisé par Italo CARVINO en 1984, il a été repris par un autre écrivain Guadeloupéen, Daniel MAXIMIN, dans un essai, publié au Seuil en 2006, Les Fruits du cyclone, une géopoétique de la Caraïbe. Il désigne une volonté d’exprimer la culture d’une région en rendant compte du rapport particulier des habitants de celle-ci avec leur terre, le « paysage » sur lequel ils vivent. Une telle démarche pose, pour un écrivain, qu’il soit romancier comme HOUELLEBECQ ou poète comme Max JEANNE, la question de la représentation d’un univers caribéen à partir d’éléments empruntés à la réalité. En clair, Max JEANNE nous le dit : « le poète / une fois de plus/ à la barre des témoins » entreprend de rendre compte du « clair-obscur de notre présence au monde » (p.72).
 
A la Bibliothèque  Schoelcher
 
 
Par Christian Antourel
         

Le Printemps des Poètes Chaque année au mois de mars, nous revient cette manifestation attendue dans tout l’hexagone. Intitulé cette année »Année de l’Outre-mer français » chez nous, c’est l’occasion de présenter cinq rencontres littéraires et poétiques, afin de célébrer et faire découvrir la poésie à travers cinq univers  d’auteurs.
Travelling annuel dans  l’histoire de la poésie. Le Printemps des Poètes 13 ème édition, est cette expression sans laquelle des œuvres du plus grand intérêt, resteraient cantonnées au  rôle accessoire et ornemental dans le paysage  littéraire. Au lieu de ce destin auquel  les condamnait le désengagement  d’une certaine presse spécialisée et des lecteurs non informés : Le Printemps des Poètes,  véritable ballet des mots et du geste poétique, s’impose comme le rendez-vous incontournable et promotionnel de la poésie.

 

Yann Garvoz, "Plantation Massa-Lanmaux"

L'art de la démesure

 par Maurice Mourier

YANN GARVOZ, "PLANTATION MASSA-LANMAUX" Maurice Nadeau, 312 p., 24 €

Au XVIIIe siècle, le jeune fils d’un planteur des « colonies », après des études en France qui l’ont mis au contact des idées philanthropiques des Lumières, rentre au pays. La plantation de canne à sucre de son père fonctionne, selon l’ancien système éprouvé, sur la soumission absolue des esclaves au maître. Imprégné d’utopie rousseauiste, Donatien, qui porte le prénom du Divin Marquis, va essayer de moderniser et d’humaniser le domaine. Ce livre étrange, aux deux tiers réussi, raconte son échec.

Voyons d’abord les éléments de la réussite littéraire, qui est souvent très notable. S’agissant d’un texte et non d’une étude historico- sociologique, cette réussite repose, comme il fallait s’y attendre, sur le style. Yann Garvoz, qui est clairement perfectionniste, s’est proposé une gageure : travailler la pâte verbale, abondante et riche, de son livre, en imitant, transposant, pastichant à la fois l’œuvre sadienne et la prose précise de l’Encyclopédie, de La Nouvelle Héloïse ou (parfois) de Bernardin de Saint- Pierre. Mais cela n’est rien. Il s’est agi aussi pour lui de mêler à ces influences en partie revendiquées une manière tout à fait personnelle, hyper-romantique ou carrément fin-de-siècle (Lautréamont, Octave Mirbeau surtout, Jean Lorrain), de traduire les chocs conjoints qu’ont produits en sa vive sensibilité d’écrivain la découverte de la luxuriance végétale propre à la nature caraïbe et celle de la sensualité particulière née, aux Antilles, du contact des épidermes noir et blanc. Gageure relevée, dans l’ensemble, la mention la plus laudative devant être attribuée – pour notre goût – à l’exactitude nuancée de la peinture des lieux : habitats, forêts, pentes des terrains volcaniques si abruptes sur la mer, quiconque a visité et aimé ces paysages à la fois charmants et inquiétants, a baigné dans cette exubérance florale et apprécié la fraîcheur sucrée d’un carbet aux heures de soleil noyé, là où l’ombre est toujours plus dense d’être gorgée d’eau, s’écriera : cela est peint !

 

"De la dictature à la démocratie"

Gene Sharp, auteur de "De la dictature à la démocratie", l'ouvrage qui a inspiré les révolutions arabes. (Sipa) Gene Sharp, auteur de "De la dictature à la démocratie", l'ouvrage qui a inspiré les révolutions arabes. (Sipa)

  Avec un petit bouquin de 130 pages ( Télécharger ici), Gene Sharp, ancien professeur à Harvard, a inspiré bon nombre d'insurrections pacifiques, d'Ukraine en Birmanie. Il serait aujourd'hui le théoricien des soulèvements arabes.

On raconte que les photocopies d’un livre circulaient sur la place Tahrir du Caire, pendant le grand sitting où la foule enjoignait Moubarak de dégager. Il s’agissait de «De la dictature à la démocratie», de l’Américain Gene Sharp. Le vieux prof de Harvard, aujourd’hui retraité, explique qu’il s’agit plus d’un «livret» que d’un livre. Il fait tout de même 137 pages. Les universitaires, déformation professionnelle, surestiment souvent les capacités de lecture des hommes du commun.

Cent trente-sept pages pour dire quoi? «De la dictature à la démocratie» se présente comme un manuel de révolution non-violente. Les chapitres s’intitulent «Faire face avec réalisme aux dictatures», «les Dangers de la négociation», «l’Application de la défiance politique» ou «Désintégrer la dictature». Ils composent un exposé méthodique et systématique de la marche à suivre pour piétiner un tyran, du premier rassemblement insurrectionnel improvisé à la rédaction d’une nouvelle constitution.

Gene Sharp puise autant ses sources dans l’histoire que dans les livres. Il cite Aristophane, Aristote, Machiavel, jusqu’au très pointu Karl Deutsch, qui utilisa les modèles cybernétiques pour théoriser les sciences sociales. On trouve un sage chinois, aussi: la fable du «Maître Singe», contée par Liu-Ji au XIVème siècle, qui montre une horde de singes cessant d’aller cueillir des fruits pour le compte d’un vieux tyran. Sharp dresse des typologies d’actions non-violentes, distinguant les «méthodes de protestation et de persuasion» (il y en a 54, parmi lesquelles on notera les «prix satiriques», les «gestes grossiers», les «fausses funérailles» ou les «visites récurrentes à un fonctionnaire») des «méthodes de non-coopération» (il en dénombre 107; on retiendra la «grève du sexe»)..

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Ernesto Sábato, la mort d'un géant

L'écrivain Ernesto Sábato, dernier géant de la littérature argentine, est décédé. © Victor Rojas / AFP

L'écrivain Ernesto Sábato, décédé samedi à l'âge de 99 ans, physicien, peintre et intellectuel engagé, était le dernier des géants de la littérature argentine du XXe siècle, aux côtés de Jorge Luis Borges, Adolfo Bioy Casares et Julio Cortázar. Trois romans, traduits dans plus de 30 langues, lui apportent la consécration internationale : Le tunnel (1948), salué par Albert Camus et Graham Greene, Héros et tombes (1961, publié en français sous le titre Alejandra) et L'ange des ténèbres (1974).

Il ne cessera plus de publier tout au long de sa vie, obtenant le prix Cervantes de littérature en 1984, la plus haute distinction de la littérature en langue espagnole. Son essai Avant la fin (1999), considéré comme son testament spirituel, balance entre la foi et le scepticisme. Dans sa jeunesse, il avait été secrétaire des Jeunesses Communistes : il avait cru "à la Révolution". Mais son scepticisme avait fini par l'emporter. Il se définissait parfois comme "anarchiste chrétien", ou comme "athée".

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Alioune Diop, pensée noire

Alioune Diop. (Présence africaine / Communauté africaine de culture.)

Expo. Dakar rend hommage au fondateur de la revue «Présence africaine», creuset de l’émancipation.


Par VINCENT NOCE Envoyé spécial à Dakar
Alioune Diop.


   Présence africaine Université Cheikh Anta Diop, bibliothèque centrale, Dakar (Sénégal). Jusqu’au 26 juin.

Tôt le matin, des centaines d’étudiants, sagement rangés en file, attendent une place en bibliothèque. Au cœur du campus de Dakar, ils vont trouver, jusqu’à fin juin, une manifestation inattendue : une exposition consacrée à la revue Présence africaine, qui fut le creuset de l’émancipation noire à travers le monde.

La Fondation Total, qui a entièrement pris en charge cette opération (lire ci-dessous), a choisi la plus grande université d’Afrique pour reprendre un hommage au fondateur de la revue, Alioune Diop (1910-1980), monté par le musée du Quai-Branly. La Fondation a aussi fait venir des chercheurs d’Afrique, de France et des Etats-Unis, pour un colloque sur la situation de l’édition dans le continent. Ou faut-il dire : l’effondrement ?

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L’émerveil potager.

 par Kenjah


   Il se pourrait que le dernier opus de Jacqueline Labbé, « Madame Poule prend la plume », passe pour un livre de « contes » (comme on dit parfois pour ces auteurs retombés en enfance et qui béatifient leur innocence artificielle d’un plat moralisme), Mme Labbé étant connue pour ses bwabwa et sa simplicité. Il se pourrait même que ce petit ouvrage de 120 pages passe pour un bouquin de plus, au sein d’une production antillaise pléthorique, mais ô combien inégale. C’est là, qu’à mont tour, il me faut prendre la plume. Pour dire, « Attention, petite merveille ! ». Le coup du fakir qui tient son naja et ne le lâche plus. Un pur plaisir de lecteur flâneur. Entre du Bach et du Max Cilla, avec des plages de Fall Frèt et de Féfé Maholany, Mona et Chico Jehelman tout semblés, itou Hurard et Barrel en léger fond… Quelque chose d’inclassable, qui relève autant de l’anthropologie que de la poésie. Un art de la rencontre qui est, en vérité, celui du raconter.

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Extension du domaine du plagiat

Par TIPHAINE SAMOYAULT Ecrivain, enseigne la littérature comparée à l'université paris-VIII



   Le plagiat est une pratique ambiguë : assimilé à un délit de vol, il peut être aussi valorisé par les écrivains qui en font un lieu de révérence ou un jeu transgressif. Pour Sartre enfant dans les Mots, le «plagiat délibéré me délivrait de mes dernières inquiétudes : tout était forcément vrai puisque je n’inventais rien». Le libre jeu de la mémoire et de l’imagination donne à la littérature sa puissance d’expression et de déflagration. Si la frontière est parfois difficile à établir entre emprunt concerté et plagiat pur et simple, susceptible de faire l’objet d’une condamnation juridique, il arrive aussi que ce soit un faux problème, ou qu’on l’exagère à dessein.

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Hommage à Gérald Bloncourt 

 

par Widad Amra, poétesse

  Je connais votre pays. J’aime votre pays dans ce qu’ il offre de créativité dans une grande diversité, dans ce qu’il offre de résistance dans le temps, dans ce qu’il offre de dignité, et dans ce qu’il dit de l’humanité. Et cela, au delà, de tous les Malgré. Passés et présents.

Mais vous, Monsieur Bloncourt, avec tout le respect que je vous dois, je ne vous connaissais pas.
Jusqu’à ce livre…Jusqu’au hasard amical qui a mis ce livre entre mes mains.
Et je dirais comme Jean Claude Charles, qui a écrit votre préface, mon étonnement.
«  A la fin des années 60, en Haïti, je ne connaissais pas l’existence de Gérald Bloncourt.
Au début des années 70, à Montréal, Québec, un ami m’a dit - Je vais te montrer le travail de quelqu’un que tu devrais absolument connaître, à Paris. Il m’a conduit devant une photo accrochée à un mur de la maison, signée par Gérald Bloncourt.
Année 80, je rencontre le photographe. Il parle beaucoup de son itinéraire : en gros l’appareil – photo dans l’appareil du parti communiste Français. Il est vif, drôle, précis. Le genre d’être énergique dont j’aime la présence.
Années 90. Il me semble avoir entendu parler de Gérald Bloncourt en tant qu’écrivain. Années, années, après années, je découvre le photographe qui aura traversé un demi siècle du mouvement social Français. Puis, le peintre. Tiens, il peignait ? Yes my dear. Quant à l’écrivain., vous tenez quelques uns des textes dans vos mains. Ce sont les bonnes nouvelles de la création Haïtienne. Et que ce dialogue au bout des vagues ait lieu sur les décombres d’une longue dictature, fleurs écloses sur le fumier ». Fin de la préface

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Nostalgie quand tu nous tiens.

«Les Antilles antan lontan»
d’Ernest Pépin.

 

 Par Michel Herland.

   Les éditions HC (comme Hervé Chopin), bien connues en Martinique, ont fait appel à Ernest Pépin pour commenter des cartes postales anciennes des Antilles dont la plupart avait déjà été présentées au public dans un livre publié en 2001 sous le titre « Antilles d’antan ». D’une édition à l’autre, le nombre de pages a augmenté, la maquette s’est aérée et, surtout, la taille et la qualité de la reproduction des images se sont grandement accrues, certaines photographies faisant même l’objet d’une présentation pleine page (24,5 x 32 cm) sans que cela nuise en rien à la netteté de l’image.

Beaucoup de photos valent surtout en tant que témoignage d’une époque disparue. Même les moins pittoresques nous touchent, par exemple celles qui présentent simplement les bâtiments d’une usine à sucre, parce qu’elles nous montrent à quoi ressemblaient vraiment, lorsqu’ils étaient en activité, ces bâtiments dont nous découvrons les vestiges envahis par la végétation au gré de nos promenades dominicales. Nous mesurons alors combien ces constructions industrielles, censées matérialiser la richesse des planteurs, étaient en réalité modestes. « Un manque d’ambition qui fait comprendre que nous n’avons pas à faire avec des capitaines d’industrie… À voir les bâtiments, l’on pressent l’agonie à venir », commente E. Pépin (dans une curieuse syntaxe)

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Une anthologie de la poésie d'outremer

 

par Bruno Doucey

Outremer : trois océans en poésie Aussi curieux que cela puisse paraître, aucune anthologie de poésie n’avait jusqu’alors été consacrée aux territoires de l’Outre-mer français. Bien sûr, depuis des années, des livres nous permettent de découvrir les poètes de Tahiti, de la Réunion ou des Antilles, mais aucun tour du monde en poésie n’avait encore été entrepris. C’est désormais chose faite : Outremer, trois océans en poésie se veut une invitation au voyage et à la rencontre. Celle qui permettra au lecteur de découvrir les richesses insoupçonnées des contrées ultra-marines.

Mais de quels territoires parle-t-on ? De ceux qui constituent, avec 2,6 millions d’habitants pour 120 000 km2, la France d’outre-mer. Départements, collectivités, territoires… les mots ont un sens, un passé, une histoire qui nous convient à découvrir la part métisse de nos identités, sans cesser d’élargir le champ de nos représentations.

L’ouverture que revendique ce livre est d’abord géographique puisqu’il faut une carte du monde pour pouvoir embrasser, d’un seul regard, les territoires de l’Outre-mer français. Deux hémisphères, trois océans, onze départements ou collectivités répartis sur toute la surface de la terre. Chacun sait que ces territoires présentent, sur le plan administratif, de notables différences : les uns ont un statut très proche des départements et des régions de l’Hexagone ; d’autres disposent d’un gouvernement local doté de larges compétences territoriales. Mais encore faut-il savoir les nommer et les situer à la surface du globe.

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Hommage à Gérald Bloncourt

 

par Widad Amra, poétesse

  Je connais votre pays. J’aime votre pays dans ce qu’ il offre de créativité dans une grande diversité, dans ce qu’il offre de résistance dans le temps, dans ce qu’il offre de dignité, et dans ce qu’il dit de l’humanité. Et cela, au delà, de tous les Malgré. Passés et présents.

Mais vous, Monsieur Bloncourt, avec tout le respect que je vous dois, je ne vous connaissais pas.
Jusqu’à ce livre…Jusqu’au hasard amical qui a mis ce livre entre mes mains.
Et je dirais comme Jean Claude Charles, qui a écrit votre préface, mon étonnement.
«  A la fin des années 60, en Haïti, je ne connaissais pas l’existence de Gérald Bloncourt.
Au début des années 70, à Montréal, Québec, un ami m’a dit - Je vais te montrer le travail de quelqu’un que tu devrais absolument connaître, à Paris. Il m’a conduit devant une photo accrochée à un mur de la maison, signée par Gérald Bloncourt.
Année 80, je rencontre le photographe. Il parle beaucoup de son itinéraire : en gros l’appareil – photo dans l’appareil du parti communiste Français. Il est vif, drôle, précis. Le genre d’être énergique dont j’aime la présence.
Années 90. Il me semble avoir entendu parler de Gérald Bloncourt en tant qu’écrivain. Années, années, après années, je découvre le photographe qui aura traversé un demi siècle du mouvement social Français. Puis, le peintre. Tiens, il peignait ? Yes my dear. Quant à l’écrivain., vous tenez quelques uns des textes dans vos mains. Ce sont les bonnes nouvelles de la création Haïtienne. Et que ce dialogue au bout des vagues ait lieu sur les décombres d’une longue dictature, fleurs écloses sur le fumier ». Fin de la préface

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Édouard Glissant pour tous

Édouard Glissant, poète martiniquais et penseur du "Tout-monde", est à l'honneur au théâtre de l'Odéon © Sipa

Par Valérie Marin La Meslée

  Novembre est vraiment le mois d'Édouard Glissant. Au théâtre, à la télévision, en librairie, les portes s'ouvrent largement sur le "Tout-monde", vision du monde que défend le poète philosophe martiniquais.

Entouré de comédiens, Denis Lavant, Sapho, Marianne Basler, Greg Germain et bien d'autres, le poète et philosophe martiniquais investit la scène de l'Odéon (le 3 novembre à 20 heures) pour une soirée de voyages inouïs dans la littérature mondiale, de tous les temps et de toutes les cultures, de Rimbaud à la poésie bambara, de Montaigne aux poèmes mayas, en passant par L'Odyssée et les présocratiques grecs, autant de chefs-d'oeuvre réunis dans La terre, le feu, l'eau et les vents, une anthologie poétique du Tout-monde (éditions Galaade). On le retrouve sur France 5 (le 19 novembre à 20 h 35, puis le 21 à 7 h 55) dans un documentaire d'Yves Billy de la série "Empreintes", Édouard Glissant, la créolisation du monde, où il revient, en compagnie de son plus jeune fils Mathieu, sur les lieux et les thèmes de son oeuvre d'une façon si naturelle que tout s'éclaire à son contact.

Au même moment paraît en librairie un recueil de ses entretiens avec Lise Gauvin (de 1991 à 2009), L'imaginaire des langues, entretien avec Édouard Glissant (Le 18 novembre, éd. Gallimard, 14,90 euros), sésame aussi passionnant que lumineux pour mesurer la pensée d'un des plus grands esprits de notre temps.

Renseignements : Théâtre de l'Odéon, grande salle (tarifs de 6 à 18 euros). Location : 01 44 85 40 40. www.theatre-odeon.eu

*Lepoint.fr 

Furcy, libre et esclave
Le Renaudot essai à Mohammed Aïssaoui
Par David Caviglioli

  Il a fallu onze tours de scrutin au jury Renaudot pour décerner le prix du roman à Virginie Despentes, mais un seul a suffi pour attribuer le Renaudot de l'essai au remarquable récit signé, au printemps dernier, par Mohammed Aïssaoui

On rencontre parfois d'étranges juges, qui pensent que le droit est fait pour être appliqué. C'est ce qui est arrivé à l'esclave Furcy, sur cette île Bourbon, ancien nom de la Réunion, un soir d'octobre 1817 lorsque Sully-Brunet et Gilbert Boucher, deux magistrats blancs, lui assurent qu'en vertu du droit il devrait être libre - ajoutant qu'il sera difficile de le faire reconnaître. Furcy est obnubilé par la pensée qu'il est le seul esclave dans la pièce. Comme l'amour et la bonne santé, la liberté obsède d'abord ceux qui n'en jouissent pas. « Vous êtes libre. Vous l'avez toujours été.» Par ces mots, le procureur Boucher pousse l'esclave à assigner son maître en justice et lance une affaire qui durera vingt-six ans.

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De Rafael Lucas

   Je suis étonné de voir reproduire ici un article de Pascal Laîné disculpant l'antisémitisme de Céline, comme si c'était une "bagatelle". Si vous accordez le droit de réponse, pourriez-vous publier cet extrait de quelques perles du soi-disant "plus grand écrivain du XX° siècle".
Rafael Lucas*
* Rafaël LUCAS, Universitaire haïtien.

Après une licence d'espagnol, une agrégation de portugais et une thèse sur la représentation du peuple dans l'œuvre de Jorge Amado, Rafaël Lucas, d'origine haïtienne, maître de conférences à l'Université de Bordeaux 3 (Institut Ibéro-Américain), a effectué des travaux de recherche dans le domaine caribéen, en étudiant les relations entre littérature, histoire et anthropologie dans le domaine caribéen.

Il enseigne les littératures et cultures lusophones, ainsi que l'interculturalité.

Eminent spécialiste de l'esclavage européen et des diasporas africaines, il parle plusieurs langues: créole, français, swahili, anglais, wolof, portugais, peul, espagnol, arabe, hébreu.

Rafaël Lucas est l'auteur de plusieurs articles et conférences.
Il est rédacteur en chef du magazine Afiavi (Bordeaux).
mondesfrancophones.com/author/rlucas

CELINE BAGATELLES


Etre un écrivain ne dégage pas de ses obligations vis-à-vis du reste de l'humanité. Céline, en toute connaissance de cause, a diffusé une haine raciste contre les Juifs. Il l'a fait avant la guerre, dans un roman odieux d'un bout à l'autre : "Bagatelles pour un massacre".
 Il le présente lui-même, avec jubilation, comme une oeuvre antisémite :

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Marilyn Monroe : "Je ne suis pas celle que vous croyez"

Une blonde idiote ? Non, une femme de mots, explique Michel Schneider*, à l'heure où l'on publie des fragments des carnets de l'actrice.

Par Michel Schneider

 Que cherchaient donc ceux qui, à Las Vegas, au printemps dernier, ont participé aux enchères pour des radiographies thoraciques de Marilyn Monroe faites en 1954 : une image ? Celle que masquaient les vêtements et la chair ? L'image des os et des organes ? Le secret de sa vraie-fausse poitrine ou le secret du coeur qui battait derrière ?

Marilyn, ses emblèmes, ses attributs. Une chevelure inondant des épaules lumineuses sur lesquelles glissent les pattes d'un soutien-gorge, des lèvres scabreuses, la tension rythmique de volumes toujours en mouvement luttant pour plus d'espace dans son décolleté ou sous sa jupe, ces signes, si près de la caricature qu'ils l'ont rendue identifiable dans le monde entier, ont fait d'elle l'icône sexuelle du XXe siècle. Marilyn, c'est tout cela.

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 Larry Clark : censure ou précaution ?

 Première rétrospective en France du photographe et réalisateur Larry Clark, né en 1943 à Tulsa aux Etats-Unis. L’exposition, conçue en étroite collaboration avec l’artiste, revient sur 50 années de création à travers plus de 200 tirages d’origine, pour la plupart inédits.

De ses clichés noir et blanc du début des années 1960 aux longs métrages qu’il réalise depuis 1995 tels que Kids (1995), Bully (2001) ou Ken Park (2002), Larry Clark, internationalement reconnu pour son travail, traduit sans concession la perte de repères et les dérives de l’adolescence.

Donc, l’exposition Larry Clark, , qui ouvre dans quelques jours au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (et dont je rendrai compte alors) est interdite aux moins de dix-huit ans, et on entend de toutes parts les cris de ‘censure’, ‘censure !’. Les Verts profitent de l’aubaine pour attaquer Delanoë et bien des journalistes politiquement corrects en rajoutent, critiquant la direction du Musée et la Mairie de Paris. Mais c’est au pied d’un autre arbre qu’il faudrait aboyer, comme on dit en anglais, une autre cible qu’il faudrait viser, me semble-t-il.

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Rodolf Etienne :
« Pour moi, cela a été une traduction très enrichissante... »


   T
raduire Césaire en créole, cela relève du défi. Pourquoi une telle initiative ?
– Traduire Césaire en créole et faire publier l’ouvrage est effectivement un défi. D’autant plus qu’il s’agit là de la première traduction créole de l’une des oeuvres de Césaire. La rumeur a longtemps couru d’un Césaire très loin des réalités créoles. Il s’avère qu’il n’en est rien. Tropiques, par exemple, dès 1941, montre un Césaire très au fait des interrogations créoles. Cette traduction, qui avait d’ailleurs reçu son accord, est là pour prouver que sa littérature est très proche de la langue créole. Le créole habite l’oeuvre de Césaire. Cette traduction a pour premier objectif d’en rendre compte.
– Vous dites que la langue de Césaire est très proche du créole. Pouvez-vous nous expliquer ?
– Ce travail de traduction a donné lieu de ma part à une recherche très poussée de la syntaxe césairienne. Incontestablement, cette syntaxe a maille à partir avec le bagage culturel et langagier qu’Aimé Césaire a côtoyé durant les premières périodes de sa vie. Césaire vivait sur une habitation et était immergé dans un environnement créole. Ses parents, instruits par rapport au reste de la population, n’en étaient pas moins créolophones. Ce bagage, on le retrouvera dans l’oeuvre du Chantre, insidieusement. Le créole, dans l’oeuvre générale de Césaire, et certainement de manière plus évidente encore dans La tragédie, est sous-jacent. Il est présent constamment et de nombreuses études le prouvent. Césaire lui-même disait : «j’ai voulu donner au français la couleur du créole». On ne peut être plus explicite.

– La Tragédie du roi Christophe revient sur un évènement politique majeur de la région Caraïbe. Cela a-t-il influencé votre choix pour cet ouvrage en particulier ?
– Certainement. Avec La Tragédie, Césaire nous propose une pièce de théâtre inspirée toujours du théâtre shakespearien, qui nous plonge en Haïti, après la révolution de 1791, durant le règne de Christophe. Christophe est un despote, un roi fou qui contraint son peuple. Mais au-delà de cette structure, la pièce est un plaidoyer en faveur des droits de l’homme et une mise en garde contre les dérives du pouvoir. On y retrouve tous les traits de la littérature et de la pensée césairienne où histoire, moralité et génie se côtoient. Le peuple haïtien, dans ce cas, n’est plus oppressé par le régime esclavagiste, mais par son propre leader, ancien libérateur. Il y a là, de la part de Césaire, une sacrée
leçon : la négritude est un véritable humanisme et non pas seulement un cri de nègre en colère. Il y a une véritable réflexion d’homme face au monde et même au monde noir, n’hésitant pas à manifester ses dérives. Ce texte est d’une extrême lucidité, tant littéraire que philosophique. C’est surtout cela qui a dirigé mon choix.
– On sait que le créole pèche parfois du côté du vocabulaire littéraire. Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour cette traduction ?
– Cette traduction a été pour moi un véritable plaisir intellectuel. Je n’ai pas rencontré de difficultés particulières. Bien au contraire, c’était comme si le texte avait été pensé en créole par l’auteur. Dès lors le travail du traducteur en a été facilité. Et cela a été pour moi une révélation. En dépit de la pertinence du texte français (rendons à Césaire ce qui lui appartient), c’était comme s’il était «habité» par la langue créole. Ce qui, d’ailleurs, contribue à sa dimension magistrale. En fait, j’ai plutôt eu le sentiment d’être un révélateur. Vous savez, en dehors des petites connotations personnelles de style, c’était comme si le texte créole que j’écrivais émanait véritablement du texte césairien. Pour moi, cela a été une traduction très enrichissante, et même au niveau humain, qui m’inspire tous les jours. J’appréhende mieux la notion de négritude, qui je le rappelle, pour Césaire, est un véritable «humanisme nègre», une vision du monde par le prisme des valeurs nègres qui finalement rejoignent les valeurs universelles.

 

Hommage à Mohammed Arkoun

Par le Dr Ursula Gunther

Mohammed Arkoun, passeur entre les cultures, pionnier d’une islamologie contemporaine critique et de lectures nouvelles de l’Islam a tiré sa révérence dans la nuit du 14 au 15 septembre à Paris. Un personnage clef d’une conscience islamique contemporaine a quitté la scène. Avec lui, une voix importante s’éteint. Une voix, qui invitait ses interlocuteurs de toutes confessions à changer de perspective, les confrontant avec leur propre impensé, avec le domaine de l’ombre, leur posant des questions tues depuis longtemps.

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Une anthropologie d’une séquelle de l’esclavage aux Antilles-Guyane

La blessure du nom

Ouvrage de Philippe Chanson

 Anonyme – Passavoir – Crétinoir – Trouabal – Dément – Comestible – Macabre – Zéro – Malcousu – Savon – Gouacide – Négrobar – Satan – Peccatus – Dangeros… Tels sont quelques-uns des centaines de noms d’Etat civil saugrenus, dégradants et injurieux, redonnés aux esclaves africains des Antilles et de la Guyane françaises libérés en 1848. Cette blessure identitaire, largement et curieusement occultée, suinte encore sur ces terres créoles travaillées par trois siècles d’histoire coloniale traumatique.

Mais comment donc de tels noms ont-ils pu être attribués ?

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 Eliane Marqués-Larade
 

Un expressionnisme réinventé
 par Christian Antourel

 En littérature, comme dans de multiples domaines artistiques, l’expressionnisme est une manière de présenter une œuvre, qui tend a déformer la réalité, pour inspirer au lecteur une réaction émotionnelle. De nos jours on parle plus facilement des états d’âme de l’artiste.

Si le roman antillais est aujourd’hui un acte acquis, quantifiable et forcément incontestable. Les poètes français de la Caraïbes se retrouvent moins souvent sous les feux de l’actualité. Méconnus, parfois oubliés, ils sont pourtant pourvoyeurs d’un langage poétique d’une expression rare, oh combien aiguisé et coloré, souvent blessé des séismes d’une indicible mémoire, ou simplement riche d’instants tourmentés saisis d’entre les flammes du soleil . Délaissée par certains, méconnue du grand public, alors même qu’Eliane Marquès-Larade, est reconnue par les instances littéraires et des maîtres a penser tels que Eric Mansfield, docteur es lettre, qui dans son livre «  la symbolique du regard, regardants et regards dans la poésie antillaise d’expression française » lui rend hommage et insiste sur le potentiel particulièrement lyrique et riche de sa plume.

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Une anthologie de la poésie du Tout-Monde

 

 réunie par Edouard Glissant (La Terre, le Feu, l’Eau et les Vents, Paris, Galaade, 2010, 350 p.).

par Michel Herland.

   « L’imaginaire est un champ de fleuves et de replis qui sans cesse bougent », écrit Edouard Glissant dans la préface à cette anthologie poétique d’un nouveau genre. Elle est nouvelle en effet en ce qu’elle ne fixe pas de bornes géographiques ou linguistiques au choix des auteurs (même si les versions originales des textes non francophones sont rarement reproduites) et en ce qu’elle ne suit aucun ordre : ni temporel, ni spatial, ni même thématique. Il y a néanmoins un fil conducteur, labyrinthique ou plutôt – pour mieux coller aux concepts glissantiens – rhizomatique, celui qu’a trouvé Glissant, poète lui-même, à travers le champ immense qu’il nous propose d’explorer à sa suite.

Il y a des embranchements inopinés, des retours vers des auteurs déjà rencontrés, la reprise de thèmes qu’on croyait épuisés. Libre à chacun de suivre le guide dans son cheminement, de parcourir après lui les thèmes qui semblent organiser la succession des poèmes (ou extraits de poèmes) retenus dans l’anthologie : la mort, l’humanité dans sa diversité, l’esclavage et la traite négrière, le dépaysement, la poésie, le paradis terrestre et la chute, les intermittences du cœur, la fusion de l’homme dans l’univers, la succession des âges et des saisons, la négritude, les sans-papiers, etc. Ou de parcourir le recueil à son gré, en s’arrêtant au gré de sa fantaisie pour relire un poème su par cœur ou découvrir un auteur exotique dont on ignorait jusqu’au nom.

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La fureur est tombée sur la ville écarlate

 par Michel Lercoulois



La fureur est tombée sur la ville écarlate
La fièvre se recuit dans des bouges saumâtres
Un gamin négligent asperge le trottoir
Exhibant sans pudeur un sexe minuscule
Des hommes apeurés reluquent les mamelles
Des filles blondes aux longues jambes nues
Les mendiants se disputent quelques reliefs pourris
Des voleurs farouches jouent leur butin aux dés
Dans les palais les ministres corrompus comptent leur or
Un roi sans joie besogne la chambrière de la reine
Un cul de jatte hagard est posé contre un mur
Les aveugles en passant le piquent de leur canne
Des bourgeoises esseulées pleurent les jours d’antan
Les maris repus de trop de chère bedonnent au fumoir
De jeunes loups naïfs aiguisent leurs couteaux
Sans savoir qu’ils seront les premiers transpercés
Les tendres demoiselles découvrent l’art du stupre
Elles veulent les mâles mûrs affamés et brutaux
Pour cultiver l’obscène entre gens de bon goût
Ailleurs dans les fabriques un vain peuple s’agite
Gens de peu pauvres et puants
Qui triment pour le pain le vin et le taudis
Où s’entasse une marmaille infâme
Aigres parfums de bouffe de merde et de pisse
Avec des cris parfois ou des vagissements
Une vieille à l’article gémit sur son grabat
Peut-être entend-elle les râles du coït
Elle qui aimait tant jadis foutre avec fougue
En bas dans la rue deux ivrognes s’embrassent
Ils mélangent leurs langues sans s’embarrasser
Des relents du pinard
La piquette des dieux
Le nectar des vieux cons
Partout dans la ville la vermine grouille
On est tous frères en Jésus-Christ, pas vrai ?
Sauf que Lui a laissé sa vie dans un film gore
Alors que nous mourrons dans un chenil crasseux
Parce que nous sommes bien des chiens, n’est-ce pas darling ?
Dis-je en la prenant par derrière

[mai 2010]

 

L'Afrique en toutes lettres
 

  CINQUANTE ANS après la décolonisation, où en est la littérature africaine francophone ? La question de l'indépendance a peu à peu déserté les romans, laissant la place à des problèmes plus contemporains, tels que la pauvreté ou la corruption. Les auteurs de la nouvelle génération, dont beaucoup vivent aux Etats-Unis ou en Europe, sont écartelés entre l'attachement à leurs pays d'origine et le faible écho que peuvent y trouver leurs ouvrages. " Le Monde des livres " fait le point sur ce continent littéraire souvent méconnu et pourtant riche de nombreux auteurs comme le rappelle l'écrivain Alain Mabanckou.

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Le francophone est-il une langue étrangère ?

 par Hubert Haddad
 

   Même si la pesanteur et les réflexes néocoloniaux demeurent inhérents à toute position dominante, on ne peut guère affirmer que les médias, l'édition, le public, bref la France dite métropolitaine, ait une représentation post-coloniale de ce qui se passe dans le vaste ailleurs de la langue française. C'est davantage d'une perception et d'un positionnement élitistes qu'il s'agit, celui d'un certain jacobinisme intellectuel, du parisianisme pour tout dire, mode sélectif d'exaltation des différences cher au protectionnisme, à l'occasion caudataire de la bourgeoisie éclairée.

Le désaveu implicite pour les expressions littéraires extra-territoriales rappelle celui qui avait cours naguère, en direction des provinces françaises : un écrivain isolé dans le Cantal ou l'Ardenne avait peu de chances d'exister un jour s'il ne montait pas à Paris, dans la foulée d'un Lucien de Rubempré. Rimbaud était considéré comme un rustre par Banville et sa coterie. Les poètes maudits sont presque tous des horsains, des provinciaux présomptueux.

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Un besoin d'ailleurs très partagé

 


  Dans la série des définitions possibles de l'ailleurs en littérature, distinguons la plus simple, celle qui dit qu'ailleurs, ce n'est pas ici - et que l'autre, ce n'est pas moi. A ce titre, quelques auteurs explorent aujourd'hui de nouvelles dimensions de l'ailleurs, parfois dans un cousinage étroit avec les écrivains voyageurs, mais pas toujours. Loin d'une irréductible nouveauté ou d'une mode, il s'agit d'un mouvement de fond, jamais interrompu depuis le romantisme et les cosmopolites. Ce courant, toujours puissant, charrie les alluvions de l'époque, remodèle les frontières de nos imaginaires et renouvelle nos fantasmes de cartographes amateurs. Il déjoue nos habitudes et déplace nos réflexes de lecteurs, comme pour nous rappeler que c'est le lecteur qui voyage. Jusqu'à se perdre.

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C'est la question qui importe


 par Dany Laferrière


  Dans quelle langue écrivez-vous ?, me demande Le Monde. Bien sûr le mot langue qui tient un certain nombre d'écrivains, ceux du Tiers-monde notamment, à la porte de la littérature - on arrivera un jour à la question du style -, est encore là, mais la vieille question a changé si radicalement de forme que j'ai dû la relire trois fois pour bien la comprendre.

J'étais habitué à ce qu'on me fasse le reproche de ne pas écrire dans ma langue maternelle. Comme si un huissier m'indiquait brutalement que le terrain sur lequel je venais de construire ma maison ne m'appartenait pas. Avec cette dernière question, j'ai l'impression d'avoir enfin le choix. Un vent frais. Et si je la garde un peu dans ma main, la retournant dans tous les sens, comme un enfant fait avec un objet étrange et beau qu'il vient de trouver et dont il se demande à quoi ça peut bien servir, c'est que je veux savourer le moment. En vingt-cinq ans de présence sur la scène littéraire, c'est la première fois que je ne me gratte pas l'avant-bras avant de répondre à une question.

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Ecriture de soi et questionnement du monde

par Thomas Clerc

  Il faut d'abord refuser l'antienne pénible du "déclin" de la littérature française. Il existe aujourd'hui d'excellents écrivains en France, mais leur visibilité est incertaine. Ce n'est pas la littérature qui est en crise, mais sa légitimité. Centrale dans la formation des élites du passé, elle ne l'est plus ; mais la littérature exigeante, contrairement à ce qu'affirment les néoconservateurs, n'a jamais été populaire qu'au sein d'un groupe social restreint : Gide tirait souvent à 500 exemplaires, mais il était lu par les gens-qui-comptent. La croyance d'une universalité de la littérature est donc une imposture française qui s'est écroulée avec l'élévation du niveau et la diversification de l'offre culturelle.

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Pour une littérature en langues françaises

Où en est-on deux ans après le manifeste
"
Pour une littérature-monde ",
qui mettait en question la notion de francophonie ?


 

 par Christine Rousseau

Où classer Dany Laferriere, Canadien originaire d’Haiti, ou YasminaTraboulsi, Libanaise du Bresil ?

 
André Schwarz-Bart, le Juif de nulle part

Par Francine Kaufmann


   André Schwarz-Bart a choisi de ne laisser de son passage charnel sur cette terre qu’un mince filet de fumée blanche et quelques cendres. Il a été incinéré au lendemain de Kippour, le 3 octobre 2006, sur l’île de Grande-Terre, dans cette Guadeloupe qu’il avait choisie pour demeure. On se souvient de la dernière page de son chef d’oeuvre, Le dernier des Justes, consacré au massacre des communautés juives d’Europe : « Ainsi donc cette histoire ne s’achèvera pas sur quelque tombe à visiter en souvenir. Car la fumée qui sort des crématoires obéit tout comme une autre aux lois physiques : les particules s’assemblent et se dispersent au vent, qui les pousse. Le seul pèlerinage serait, estimable lecteur, de regarder parfois un ciel d’orage avec mélancolie. »
Il est parti sur la pointe des pieds, comme il avait vécu. Rien d’étonnant, donc, si les jeunes générations connaissent à peine son nom et si les adolescents d’après-guerre se souviennent de lui comme de l’homme d’un seul livre, ce Dernier des Justes qui s’imposa avec évidence comme prix Goncourt 1959.

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L'Apocalypse selon Jacob Taubes



Le Cavalier de l'Apocalypse, écorché d'Honoré Fragonard, Ecole nationale vétérinaire d'Alfort (Val-de-Marne). P. FORGET/SAGAPHOTO.COM

  Lueurs d'espoirs face aux lumières...

Y a-t-il une continuité entre l'espérance eschatologique née dans l'Antiquité et l'élan révolutionnaire moderne ? La traduction de deux ouvrages importants permet de redécouvrir les travaux de ce philosophe controversé

Un paradoxe habite l'oeuvre du philosophe et théologien juif et allemand Jacob Taubes (1923-1987), qu'un remarquable effort de traduction a fini par rendre enfin accessible en français. Ce penseur, dont la réflexion se confond avec l'histoire de l'après-guerre, et qui se revendiquait comme " archi-juif ", se montre étrangement peu loquace sur la Shoah. Constat d'autant plus bizarre qu'il incarne l'une des ultimes figures du " Doktor Rabbiner " que les pays de langue allemande produisaient à foison avant l'arrivée d'Hitler au pouvoir.

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La ruse de l’imprévisible

par Manuel NORVAT

 On ne présente plus l’imprévisible : il s’invite par définition sans prévenir. On peut seulement tenter de l’approcher. En vérité, l’imprévisible nous apparaît sous les aspects les plus incroyables du quotidien et de l’imaginaire, sans compter les méditations savantes, peu être trop savantes, ou encore les expressions non-conventionnelles, et pas forcément iconoclastes, des œuvres d’art que sont les installations. Les exemples fourmillent : l’inopiné des tremblés de la terre ; l’apparition d’un cheval à trois pattes ; une grève générale en colonie de surconsommation ; les fureurs poétiques des conteurs et autres tireurs de merveilles ; les bougres-à-livres habités de « cadavres exquis » dans un univers de baroque naturel (où de réel-merveilleux si vous voulez) que nous criions tout bonnement créole ; appellation dont nul peuple ne devrait détenir le monopole. Et puis, l’imprévisible, d’universaux en lieu commun, c’est bien là son paradoxe, cela devient du réchauffé avec, à présent, le carême au mitan de l’hivernage.

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La sociologie s'amuse

Sociologie

Le bêtisier du sociologue
Nathalie Heinich
Éditeur : Klincksieck
160 pages / 14,25 € sur
Résumé : Les sociologues ne sont pas exempts de bêtises comme le souligne cet ouvrage qui ne manquera pas de faire polémique.



Peut-on s'amuser en lisant un(e) sociologue parlant de son quotidien professionnel ? Assurément avec ce recueil portant sur des erreurs de raisonnement pris dans le domaine de la sociologie. Voilà une occasion de se détendre en savourant le dernier ouvrage de Nathalie Heinich, ou l'offrir, à l'approche de Noël, à un collègue sociologue familier des sorties de route professionnelles dans l'espoir d'un pilotage plus sûr après sa lecture.

 

" Fonder la sociologie en tant que science "

 Emile Durkheim, " Les Règles de la méthode sociologique ". En 1895, la discipline sociologique n'a encore trouvé ni son ancrage universitaire ni son canon conceptuel. Cet ouvrage va fournir l'un et l'autre aux chercheurs français. Dominique Schnapper explique son importance pour tous ceux qui étudient la vie en commun


Les Règles de la méthode sociologique ont-elles assuré à la sociologie des bases solides ?

C'est un texte qui entend fonder la sociologie en tant que science, distinguée de la psychologie ou de l'économie. Mais l'ouvrage doit aussi être compris et lu en relation avec le livre que Durkheim avait écrit peu de temps auparavant, De la division sociale du travail (1893), et avec celui auquel il travaillait tout en écrivant LesRègles..., Le Suicide (1897). Dans un véritable manifeste, il a voulu formaliser sa pratique de sociologue restée, selon lui, implicite dans son livre précédent. La sociologie doit être la discipline intellectuelle susceptible de répondre aux problèmes que la philosophie politique se pose, depuis Aristote, sur l'organisation des hommes en société et sur la nature des hommes. Comme l'avait déjà avancé Auguste Comte, l'expérience des cités grecques ne suffit plus pour penser le monde de la modernité, né de la double révolution scientifique et démocratique.

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La source miraculeuse et autres contes des Caraïbes

d’Olivier Larizza, éditions Oskar jeunesse, Paris, collection « Contes d’ici et d’ailleurs ».


  Loin d’être un genre mineur, le conte nous renvoie à l’origine de la transmission orale, lorsque la parole constituait encore le véhicule de l’information, titillant l’imaginaire de l’homme. Olivier Larizza, écrivain complet, a déjà publié dans un certain nombre de domaines de la littérature : roman, essai, récit de sport, ainsi que plusieurs recueils de contes (dont « 24 contes des Antilles » chez Flammarion). Oralité, disions-nous, et nous ne pensions pas si bien dire car le livre le présente comme parolier. Soulignons qu’il se trouve accompagné par l’illustratrice Florence Koenig. L’auteur nous rappelle, fort judicieusement, que le conte créole était dit lors des veillées mortuaires afin de soutenir la famille du défunt, laissant place aussi à l’au-delà et au fantastique, rajoutant que « sous ses airs désinvoltes, le conte aborde donc des thèmes sérieux ». Force est de constater qu’Olivier Larizza excelle dans cet art, qui demande tout de même une sacrée dextérité. Il s’affranchit avec talent de cet exercice de haut vol qui offre à la parole, la plénitude de sa voix. Dans ces histoires, il est question de lapin et d’éléphant, de poisson-volant et de « vaseux », de « quimboiseurs » (sorciers pratiquant le vaudou) de ravets (grands cafards volants), de commères qui jettent des sorts « aux puissants grâce à des pattes de poulet », de zombis, revenants d’anciens maîtres qui avaient asservis des dizaines d’esclaves, de criquets et d’un drôle de Géronimo qui traite un énorme porc de « gros lard », ainsi que de fontaine de jouvence… On revient à ce monde magique et inquiétant qui se consumait par l’alchimie de l’étrange.

L’ambiance de veillée de ce livre nous offre un instant de merveilleux, en nous rappelant qu’avant le mot était la parole suspendue à la langue de ces inquiétants chamans que sont les conteurs. ute; par l’illustratrice Florence Koenig. L’auteur nous rappelle, fort judicieusement, que le conte créole était dit lors des veillées mortuaires afin de soutenir la famille du défunt, laissant place aussi à l’au-delà et au fantastique, rajoutant que « sous ses airs désinvoltes, le conte aborde donc des thèmes sérieux ». Force est de constater qu’Olivier Larizza excelle dans cet art, qui demande tout de même une sacrée dextérité. Il s’affranchit avec talent de cet exercice de haut vol qui offre à la parole, la plénitude de sa voix. Dans ces histoires, il est question de lapin et d’éléphant, de poisson-volant et de « vaseux », de « quimboiseurs » (sorciers pratiquant le vaudou) de ravets (grands cafards volants), de commères qui jettent des sorts « aux puissants grâce à des pattes de poulet », de zombis, revenants d’anciens maîtres qui avaient asservis des dizaines d’esclaves, de criquets et d’un drôle de Géronimo qui traite un énorme porc de « gros lard », ainsi que de fontaine de jouvence… On revient à ce monde magique et inquiétant qui se consumait par l’alchimie de l’étrange.

L’ambiance de veillée de ce livre nous offre un instant de merveilleux, en nous rappelant qu’avant le mot était la parole suspendue à la langue de ces inquiétants chamans que sont les conteurs.

Laurent BAYART

 

Le déclin de l'Occident,

par Thérèse Delpech

  Le thème du déclin de l'Occident est utilisé de plus en plus fréquemment par ceux qui cultivent à son égard ressentiment, désir de revanche, ou franche hostilité : c'est le cas de la Russie, dont tous les Occidentaux cultivés intègrent pourtant le génie artistique dans le patrimoine occidental ; de la Chine, qui attend son moment historique avec une impatience qu'elle a du mal à dissimuler ; ou du régime de Téhéran, dépositaire autoproclamé d'une mission d'expansion de l'islam dans le monde.

Quels que soient les arguments utilisés par ces pays, ils méritent qu'on leur fasse au moins une concession : ils disposent pour étayer leur thèse de solides appuis, et notamment de la répugnance croissante du monde occidental, Etats-Unis compris, à continuer d'être des sujets de l'histoire.

En revanche, ces adversaires ignorent une chose aussi importante que ce qu'ils comprennent : le déclin est un des plus grands thèmes de la culture occidentale, depuis le récit d'Hésiode Les Travaux et les Jours à l'orée de la civilisation grecque, jusqu'à l'ouvrage, médiocre celui-ci mais beaucoup plus connu, d'Oswald Spengler au début du XXe siècle Le Déclin de l'Occident.

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L'Interallié attribué à Yannick Haenel pour «Jan Karski»

Fin de la saison des prix littéraires avec ce roman sur la transmission et les relations entre fiction et Shoah, déjà beau succès en librairie.

 Le prix Interallié, qui clôt la saison des prix littéraires, a été attribué mardi à Yannick Haenel pour Jan Karski (Gallimard), récompensé au 4e tour par 6 voix contre 5 à Bernard Chapuis pour Le rêve entouré d'eau.

D'abord professeur de français, Yannick Haenel, 42 ans, co-anime la revue de recherche littéraire Ligne de risque. Il est notamment l'auteur d'Introduction à la mort française (2001) et de Evoluer parmi les avalanches (2003). Cercle, son précédent roman a obtenu en 2007 le prix Décembre et le prix Roger Nimier. Le narrateur, double de l'auteur, décidait un matin de ne pas se rendre à son travail et de dire «non» à une vie rétrécie.

Dans Jan Karski, il évoque une figure de la résistance polonaise au nazisme, avec un récit qui tient à la fois du documentaire et de la fiction. Héros tragique et méconnu hors de Pologne, Karski tenta sans succès d'alerter l'Occident sur l'extermination des Juifs de l'est de l'Europe.

Salué pour ses qualités formelles, le livre a suscité un débat sur les conditions dans lesquelles un auteur peut mêler fiction et réalité. Le livre avait d'ailleurs été retenu en septembre par le jury du Prix Médicis dans la catégorie Essais.

A écouter sur Liberation.fr, un extrait lu par l'auteur, et à lire, une interview.

(Source AFP)

 

Marie Ndiaye prend les gens pour des cons


  Sur le site Stalker, Jean-Gérard Lapacherie livre son point de vue sur le roman qui a valu à Marie NDiaye d'obtenir le Goncourt. Féroce !

Il est de notoriété publique que les membres de l’Académie Goncourt priment chaque année un livre, non pas parce qu’il serait «bon», mais en fonction de considérations financières ou de vanité éditoriale, ce qui explique qu’en un peu plus d’un siècle, n’aient été primés que des navets, qui sont, ironie de la chose, à l’image de ces académiciens.

Certes, les navets se vendent bien. Mais alors pourquoi ne pas laisser aux représentants des organisations de maraîchers le soin de choisir le plus beau navet ? Ils feraient un meilleur choix que les dix de chez Drouant. Le seul intérêt que la littérature retire de ces mômeries, et qui n’est pas mince, est que l’argent des navets sert à éditer des écrivains qui ne font pas dans la tératologie navetière.

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Capitalisme " made in China "

 Pour l'économiste Giovanni Arrighi, le nouveau modèle chinois emprunte beaucoup à la théorie d'Adam Smith, selon laquelle le marché constitue un instrument de gouvernement. Avantage décisif par rapport aux Etats-Unis ?

Un court passage au Japon, une rencontre avec les dirigeants du Forum de coopération Asie-Pacifique (APEC) à Singapour, une étape-clé en Chine et un saut en Corée du Sud... Le voyage que Barack Obama vient d'effectuer en Asie illustre à merveille le nouvel équilibre du monde que l'économiste Giovanni Arrighi décrit dans son dernier essai, Adam Smith à Pékin.

Ignoré jusqu'alors par les éditeurs français, Giovanni Arrighi est un universitaire italien né en 1937 qui, après un séjour dans la Rhodésie raciste des années 1960, puis en Tanzanie, milite au sein de la gauche italienne dans les années 1970 avant de partir aux Etats-Unis. Spécialiste de l'économie politique, il rejoint en 1979 le Centre Fernand Braudel pour l'étude de l'économie des systèmes historiques et des civilisations, que dirige, à New York, son ami Immanuel Wallerstein, avant d'enseigner la sociologie à la John Hopkins University (Maryland). On lui doit trois oeuvres majeures : The Long Twentieth Century (1994), Chaos and Governance in the Modern World System (1999) et Adam Smith in Beijing (2007), le seul, donc, à être traduit en français, quelques mois après la mort de l'auteur, décédé en juin.

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La peur de l'homme nu

 

L'anthropologue Julien Bonhomme décrypte avec brio la diffusion de la rumeur des " voleurs de sexe " au Gabon


  Si l'anthropologie donne maintenant lieu à de grandes commémorations officielles, elle n'en demeure pas moins capable de se saisir de petites questions excitantes. Elle porte son regard sur des faits insolites et conduit à les penser autrement, prolongeant l'excitation de départ en stimulation intellectuelle. Elle dispose pour cela de deux " techniques de dépaysement ", pour reprendre une formule de Claude Lévi-Strauss : l'enquête de terrain, qui implique l'immersion longue dans un lieu, et le déplacement contrôlé, qui permet la généralisation par comparaison avec d'autres sites.

Prenons un jeune ethnologue et une nouvelle affriolante. Julien Bonhomme a fait sa thèse sur l'initiation rituelle au Gabon. Alors qu'il se trouve sur le terrain, en 2001, il découvre ce titre dans un quotidien local : " Les "voleurs de sexe" plongent Port-Gentil dans la psychose. "

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Une certaine idée de la démocratie


Une nouvelle traduction permet de redécouvrir la philosophie politique de John Stuart Mill, dont certaines propositions sont d'une grande modernité
 

  Dans la catégorie " méconnus célèbres ", John Stuart Mill (1806-1873) occupe en France une place de choix. Bien qu'il figure dans la liste officielle des auteurs du baccalauréat, mieux vaut ne pas imaginer ce que pourrait donner une interro écrite dans le grand public, même cultivé. Si l'on connaît son nom, si on l'associe à l'utilitarisme, à l'économie politique ou à l'émancipation des femmes, le fait est qu'on le lit assez peu. Pire : on ignore trop souvent l'ampleur et la puissance de son oeuvre.

Pourtant, dans le monde anglophone, sa culture et son intelligence, hors norme toutes deux, ont marqué la seconde moitié du XIXe siècle, et conservent toujours une forte influence. En témoignent les nombreuses études qui lui sont consacrées et la récente réédition, en 33 volumes, du texte anglais de ses Œuvres complètes (1). Le contraste est net avec le versant francophone : peu d'ouvrages disponibles, un penseur aux traits vagues, gris, estompés.

En réalité, pourtant, John Stuart Mill est une figure très étonnante. Avant même sa naissance, les rouages de la philosophie s'emparèrent de son destin : James Mill, son père, Jeremy Bentham, son parrain, et David Ricardo se sont ligués pour faire de cet enfant un génie, fruit de l'éducation inspirée par leurs doctrines.

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Quand les homosexuels sortaient de l'ombre


Julian Jackson retrace l'histoire du mouvement Arcadie, né à Paris au lendemain de la deuxième guerre mondiale

  Pour beaucoup d'homosexuels, Arcadie évoque le souvenir un peu désuet d'un club aux accents moralisateurs qui fut, dans l'après-guerre, la seule expression de ceux que l'on a longtemps appelés les " invertis ". Réunis dans un salon parisien - le seul où les hommes pouvaient danser ensemble -, les " Arcadiens " assistaient à des conférences sur le " couple homophile ", se faisaient dédicacer des livres de Roger Peyrefitte ou écoutaient les sermons enflammés du fondateur du mouvement, André Baudry, un professeur de philosophie qui avait failli entrer dans les ordres. Pour les gays radicaux et exubérants des années 1970, Arcadie incarnait l'" homosexualité de papa ".

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Il n'existe pas d'amour libre

 

 par Jean Sévillia
 

 Dans «Le Paradoxe amoureux», le philosophe Pascal Bruckner, en ex de Mai 68, explore le nouveau visage du sentiment amoureux, pendant qu'un groupe d'historiens se penche sur l'institution du mariage.

De Roman Polanski à Frédéric Mitterrand, de récentes affaires ont illustré combien, en dépit du bouleversement des mœurs, il est impossible de cantonner la vie amoureuse au strict plan privé. Rien d'étonnant à cela : l'amour, étant un lien entre individus, possède par nature une dimension sociale. Et cette dimension appelle des règles, des codes et des lois, fût-ce pour les transgresser.

C'est donc avec raison que Pascal Bruckner, dans son dernier essai (1), relève un paradoxe : «Les années 60-70 auront accouché de cette étrangeté conceptuelle, l'amour libre.» L'amour libre, précise-t-il, c'est un oxymore : l'amour attache, alors que la liberté sépare. Comment résoudre cette contradiction ? L'auteur s'emploie à répondre à la question, reprenant à frais nouveaux un sujet exploré en 1977, dans un ouvrage coécrit avec Alain Finkielkraut (Le Nouveau Désordre amoureux). Depuis cette date, cependant, la société a changé, et Bruckner lui-même a connu quelques désenchantements.

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 Mathias Zschokke obtient le Fémina "étranger"

Pour son roman "Maurice à la poule".

 Dans la catégorie des essais, le prix va à Michelle Perrot pour Histoire de chambres.

  Nouvelle victoire pour Gallimard qui remporte, ce lundi 9 novembre, via sa filiale Le Mercure de France, le prix Femina avec Gwenaëlle Aubry pour Personne (Mercure de France), a annoncé ce lundi le jury.
Gwenaëlle Aubry a été récompensée au 2è tour avec 7 voix, Brigitte Giraud pour Une année étrangère (Stock) et Yannick Haenel pour Jan Karski (Gallimard) ont obtenu des voix, a indiqué le jury.

Le prix Femina du roman étranger est revenu à l’Allemand Mathias Zschokke pour Maurice à la poule (Zoé) et celui de l’essai à Michèle Perrot pour Histoire de chambres (Seuil), a annoncé le jury.

Gwenaëlle Aubry, née en 1971, est l’auteur de plusieurs romans et récits, dont Le diable détacheur (1999), L’isolée (2002), L’isolement (2003) et Notre vie s’use en transfiguration (2007).

A la fois roman et récit familial, «Personne» est le portrait du père psychotique de la romancière, un homme qui n’a «jamais fait bloc avec lui-même».

A sa mort, Gwenaëlle Aubry a découvert dans des cartons des cahiers et manuscrits dans lesquels son père, brillant juriste, racontait l’histoire de sa maladie. A partie de ce matériel brut, elle a écrit un portrait en forme d’alphabet, de A comme Antonin Artaud à Z comme Zelig.

(Source AFP) 

 
Le prix Femina décerné à Gwenaëlle Aubry

Elle est récompensée pour son roman Personne.

Au nom du père

  On dit qu'à Tokyo, sur la tombe du cinéaste Ozu, n'est gravé qu'un signe, un idéogramme chinois qui signifie « rien ». A Paris, le plus beau livre de cet automne romanesque, legs d'une fille à son père disparu dans les méandres de sa folie, est aussi un tombeau. Il s'intitule Personne. Rien ni personne, donc, si ce n'est sans doute un immense désastre et une infinie beauté.
 

François-Xavier Aubry, brillant juriste, professeur à la Sorbonne, spécialiste incontesté de la décentralisation, était un garçon bien né et qui ne sut pas vivre. Cet homme, dont l'absence à soi et aux siens fut la seule constance, souffrait de ce que les psychiatres appelleraient une psychose maniaco-dépressive. La littérature, qui sait des choses qu'ignore la médecine (les abîmes, les ombres...), lui préfère le mot de mélancolie. Celle d'un égaré, colonisé par les doubles qu'il s'invente (fils de roi, espion, James Bond, Prince Eric...) et incapable de faire se rejoindre son identité délétère et la force des désirs d'autrui envers lui. Vivre le tue. Gwenaëlle Aubry, sa fille, nous le rend, nous rend ses souffrances, sa volonté d'expulser le réel jusqu'à le rendre insupportable, et son chagrin à elle, sa colère, tamisés par une écriture où domine, in fine, non l'apaisement, mais la douceur. L'égarement des pères qui ne surent être autre chose que des fils, la crainte et l'amour de leurs filles, ces histoires-là ne nous regardent sans doute pas. Celle-ci nous bouleverse.

OLIVIER MONY
16/10/2009 Le figaro

 
 Le prix Médicis à Danny Laferrière



 
Le prix Médicis 2009 du roman a été attribué à l'écrivain canadien d'origine haïtienne Danny Laferrière pour "L'énigme du retour" (Grasset), a annoncé aujourd'hui le jury.

Dany Laferrière a été récompensé au 1er tour par 4 voix contre une voix à Alain Blottière pour le "Le tombeau de Tommy". Le prix du roman étranger a été attribué à Dave Eggers pour "Le grand quoi" (Gallimard) au 1er tour à l'unanimité. Le Médicis Essais est venu récompenser Alain Ferry pour "Mémoire d'un fou d'Emma" (Seuil).

Dany Laferrière, est né en 1953 à Port-au-Prince et vit entre Montréal et Miami. Intellectuel lié à l'espace nord-américain, il est à la fois romancier, essayiste, scénariste et cinéaste. Son oeuvre pose la question de l'identité et de l'exil.

Dany Laferrière a publié depuis une vingtaine de livres, dont "Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit ?", prix RFO 2002, "Pays sans chapeau" ou "Vers le sud" (2006), également adapté au cinéma.

 

Identité nationale ou identité républicaine ?
 
 
par Jacky Dahomay


  La proposition d’Eric Besson d’ouvrir un débat organisé par l’Etat sur l’identité nationale, est bien évidemment inacceptable. Car, d’une part, il n’appartient pas à l’Etat de vouloir gouverner un mouvement dont la dynamique appartient surtout à la société civile. Pourquoi donc faudrait-il que l’Etat dirige le débat sur l’identité française, avec contrôle des préfectures de surcroit ? Quel est le sens de cette police du débat ?

D’autre part, l’insolite ministre, venu de la gauche, qui a pour tache surprenante d’administrer l’identité nationale, s’arrange, dans ses propos et propositions, pour réduire l’identité collective à l’identité nationale, oblitérant ainsi la conception républicaine de l’identité. Il rejoint par là une tradition nationaliste antirépublicaine, celle de l’extrême-droite française. Or, tout nationalisme, quel qu’il soit et d’où qu’il soit, pense l’unité de la nation de façon totalitaire en lui donnant une unité substantielle, une racine unique, introuvables par ailleurs. Le nationalisme postule une unité entre identité culturelle et identité politique, refuse la tension nécessaire qui existe forcément entre les deux, et l’éloge des « valeurs françaises » n’est rien d’autre que l’apologie des valeurs culturelles de la majorité des Français dit de souche. Le nationalisme a donc en horreur la diversité et il lui est nécessaire, soit d’assimiler soit d’exclure. Surtout, il lui faut constamment un bouc émissaire, hier le Juif, aujourd’hui l’immigré. Toute affirmation d’une « mêmeté » qui exclut la diversité est toujours du cannibalisme de l’autre. Certes les sarkozystes jureront qu’ils sont pour les principes républicains, qu’ils ont même des ministres issus de la diversité, tout en contredisant de tels principes dans leurs pratiques étatiques et administratives quotidiennes. Telle est leur ruse.

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Un admirable " éclat de conscience "

par Patrick Chamoiseau

 

  Ecrit en 1781 pour dénoncer une pratique qui ne sera définitivement abolie par la France qu'en 1848, ce texte témoigne, selon l'écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau, de la clairvoyance du philosophe, qui sut s'affranchir des structures de l'imaginaire dominant


Dans quelles circonstances avez-vous découvert ce texte ?

C'est une découverte un peu neutralisée, comme le système scolaire sait en produire. Un extrait quelconque dans un cours d'histoire ou de philo, je ne sais plus très bien. Mais, en ce temps, je n'avais pas de problématique particulière. L'humanisme des Lumières, pour moi, restait quelque chose d'un peu désincarné, en tout cas pas directement fonctionnel. Plus tard, les livres se sont réveillés, et je n'arrête pas de m'émerveiller de la clairvoyance de ces esprits magnifiques. Malgré des aveuglements liés à leur époque, ils sont étonnants de lucidité et surtout de générosité. Et puis cette capacité à sortir de soi, de sa quiétude et de sa prééminence, pour s'ouvrir à une altérité, lointaine, invisible, incompréhensible ou méprisable... C'est mon angoisse quotidienne que de me demander sur quoi je suis aveugle, quel est le grand crime actuel que je ne dénonce pas, dont je m'accommode...
 

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Renaudot 2009

Sous le capot de Frédéric Beigbeder

 
«Un roman français», autobio complaisante du plus célèbre des gardés à vue.
Par PHILIPPE LANÇON
Frédéric Beigbeder Un roman français Grasset, 282 pp., 18 euros.

  Il y a deux sortes de complaisance. L’une consiste à se peindre à son avantage ; l’autre, à son désavantage. Si les deux sont également pénibles, il n’est pas certain que la seconde soit la plus profonde, mais c’est la plus orgueilleuse et la plus à la mode : tout le mal qu’une célébrité (ou se croyant telle) dit d’elle-même alimente son compte en bien par la modestie qu’il suppose, et qui est généralement aussi fausse qu’un assignat. Comme Frédéric Beigbeder est un homme à la mode, c’est cette solution-ci qu’il choisit pour évoquer, dans Un roman français, son histoire familiale et son enfance. Du moins, apparemment.

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Prix Goncourt 2009

NDiaye, la soif des maux

«Trois Femmes puissantes», trois destins entre la France et le Sénégal.

Par Claire Devarrieux

Marie NDiaye Trois Femmes puissantes Gallimard, 316 pp., 19 euros.
 

  Le mal est toujours un bon sujet de roman, c’est le sujet préféré de Marie NDiaye qui n’a pas écrit que de très bons romans, elle a aussi écrit des pièces de théâtre. Papa doit manger (Minuit, 2003), avec quoi elle est entrée au répertoire de la Comédie française, est d’ailleurs le texte qui évoque le plus son nouveau livre, Trois Femmes puissantes. Dans les deux cas, il est question de peaux noires et blanches, de malentendu induit par ces couleurs. Et puis il y est question de manquement paternel : le père absent effectue un détestable retour en force dans la vie de ses filles, qu’il ne trouve pas trop à son goût. Tel est l’argument de la pièce et, ici, de la première histoire.

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Télécharger un extrait de “Trois Femmes puissantes”, de Marie Ndiaye

 

 

Aimé Césaire

Précurseur d’une métamorphose
Tracé d’une aliénation

 par Rodolf Etienne

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 André Schwarz-Bart, le Juif de nulle part

Par Francine Kaufmann


   André Schwarz-Bart a choisi de ne laisser de son passage charnel sur cette terre qu’un mince filet de fumée blanche et quelques cendres. Il a été incinéré au lendemain de Kippour, le 3 octobre 2006, sur l’île de Grande-Terre, dans cette Guadeloupe qu’il avait choisie pour demeure. On se souvient de la dernière page de son chef d’oeuvre, Le dernier des Justes, consacré au massacre des communautés juives d’Europe : « Ainsi donc cette histoire ne s’achèvera pas sur quelque tombe à visiter en souvenir. Car la fumée qui sort des crématoires obéit tout comme une autre aux lois physiques : les particules s’assemblent et se dispersent au vent, qui les pousse. Le seul pèlerinage serait, estimable lecteur, de regarder parfois un ciel d’orage avec mélancolie. »
Il est parti sur la pointe des pieds, comme il avait vécu. Rien d’étonnant, donc, si les jeunes générations connaissent à peine son nom et si les adolescents d’après-guerre se souviennent de lui comme de l’homme d’un seul livre, ce Dernier des Justes qui s’imposa avec évidence comme prix Goncourt 1959.

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L'adieu à la vie 
 
 par Yann Moix
 

Voici, pour la fin du monde, le livre le plus noir des dix dernières années. Un monument de cendres post-11 Septembre, fait de vieillesse et de peur de la mort, mais dont le sujet n'est pas seulement l'incontinence ou l'impuissance de Nathan Zuckerman, le narrateur. C'est une cathédrale détruite, dont le chœur est l'humiliation.

L'humiliation est un des plus grands sujets littéraires qui soit, et le plus grand, le plus beau peut-être : regardez Stendhal, Bloy, Kraus. Est humilié, bien sûr, celui qui, après avoir écrit des livres inoubliables, est condamné à porter des couches-culottes. Mais est humilié, d'abord, l'homme entouré de livres et possédé par la pensée, condamné, de retour à New York, c'est-à-dire au monde et au présent, à vivre dans les enfers d'une autre incontinence : celle de la brutalité consommatrice, de la vitesse abrutie des shows ; d'une autre impuissance : celle à concevoir des dieux lucides, créatifs, et tournés vers la mémoire, l'art.

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Prix Nobel de littérature

Herta Müller, du Banat roumain à Hambourg

" Nous sommes partis de chez nous avec notre tête, mais avec nos pieds nous sommes encore dans un autre village. " Un art de la fugue.

À sa parution en français (1988), juste après l’arrivée d’Herta Müller en Allemagne (mars 1987), l’Homme est un grand faisan sur terre avait été pour le public français une révélation. Celui-ci découvrait des vérités cachées sur une minorité allemande, les Souabes de la Roumanie " communiste ", et un auteur doué d’un style incomparable, qui creusait toutes les possibilités d’expression d’une naïveté acide. Six ans auparavant, Herta Müller avait déchaîné les colères et les tracasseries de la Securitate et de ses instruments en publiant Niederungen, une chronique impitoyable d’un village, d’une famille, d’une enfance traumatisée du Banat, province roumaine peuplée d’Allemands installés dans cette région danubienne depuis sa reconquête au XVIIIe siècle par le régime habsbourgeois ; la chronique d’un monde marqué par la peur et la haine, l’intolérance et la violence, d’un monde retardataire, rétrograde, muselé par un catholicisme putride et superstitieux, sur fond de gestion politique et économique calamiteuse pratiquée par un régime " communiste " corrompu ; de répressions et de survivance d’un passé fasciste à peine déguisé. Si la presse de langue allemande locale imprimée à Timisoara cria à la diffamation, la critique occidentale (ouest-allemande) chanta les mérites d’un écrivain qui faisait sortir sa province de son localisme étroit.

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Les vies d'un homme nommé Marquez 
 

"Une vie» de Gerald Martin - Cette biographie de Gabo a nécessité dix-sept années de travail.

 En 1957, Gabriel Garcia Marquez est à Paris. Il vit dans la dèche, inconnu, désespéré de ne pouvoir s'adonner à ce vice impuni, l'écriture. Il erre dans les milieux latinos du Quartier latin. Un jour, il croise un colosse barbu qui porte jean et chemise de bûcheron et une casquette de base-ball. C'est Ernest Hemingway, son idole, qu'il apostrophe : «Maestro !» L'écrivain lève la main et lui répond d'une voix juvénile : «Adios, amigo !» L'anecdote comme tant d'autres est rapportée par le biographe de Garcia Marquez, Gerald Martin, dans un ouvrage dont le titre, Une vie, à la sobriété «maupassante», dit mal l'abondance de faits et d'analyses qu'il contient de bout en bout.

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Pourquoi le Nobel de littérature n’est pas très important

  Pour le gagnant, concrètement, cela signifie empocher près de 1,3 million de dollars. Belle somme, certes, mais au-delà, les bénéfices sont plus nébuleux.
> Cet article a été publié le 8 octobre sur le site internet de Newsweek

Que signifie exactement de remporter le prix Nobel de littérature ? Pour le gagnant, concrètement, cela signifie empocher près de 1,3 million de dollars. Belle somme, certes, mais au-delà, les bénéfices sont plus nébuleux. Si vous vous languissiez jusque-là dans une semi-obscurité, le prix vous rapportera une brève période de célébrité instantanée, au cours de laquelle la critique va rattraper son retard sur votre œuvre et les éditeurs assez chanceux pour avoir acquis en des temps plus maigres les droits de vos ouvrages se précipitent pour les faire éditer, s’ils ne le sont pas déjà.

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La mort du grand auteur dramatique jamaïcain Trevor Rhone

Rhone - voice of the ordinary Jamaican

by Michael Reckord*

  The late multi-talented theatre practitioner Trevor Rhone was planning at least a couple of big projects before he died of a massive heart attack on Tuesday.

One was a December production of his most admired play, Old Story Time. The other was the formation of a standing company of actors whose repertory would be Rhone’s plays and who would be able to play anywhere in the world at short notice.

This the Sunday Gleaner learnt from Director of Studies at the School of Drama Eugene Williams the day after Rhone, an internationally acclaimed playwright, producer, director, actor, screenwriter and teacher, died, aged 69. He had suffered a minor heart attack some years ago.        

*Reckord est un des critiques de théâtre le plus important en Jamaïque, Il a publie ses commentaires dans The Gleaner pendant de nombreuses années. Il est aussi membre de l'Association des critiques de théâtre de la Caraïbe affiliée à l'Association internationale des critiques de théâtre (AICT).

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NDiaye: La cause des femmes

Norah, Fanta, Khady... Trois histoires entre France et Sénégal, trois combats... Un événement littéraire tant par le style que par la force du propos.

 

 

Marie NDiaye

Trois femmes puissantes, de Marie NDiaye, Gallimard, 320 p., 19 euros. 

  Elle est une écriture de soie froissée, précieuse et provocante, bâtissant un monde d’âmes murées. C’est son style. Elle hurle des chuchotements, elle chuchote des hurlements. La romancière Marie NDiaye compose une œuvre engagée sur une société désengagée. Lutte des classes, des origines, des âges, des sentiments. Affrontements entre riches et pauvres, parents et enfants. Ecrivain de la marginalité et de la normalité, de la bonté et de la cruauté. Elle dresse trois portraits de femmes. Elles ne sont rien socialement; elles sont tout humainement. Le malheur grignote leur peau sans réussir à atteindre leur noyau. Elles persistent et résistent sous une pluie de coups du sort.

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« Le Tremble »
 de Denise Bernhardt

La forêt est si dense
Que les chemins serpentaires
Se coulent sous les feuillages
Et des berceaux de lumière
Ont fait leurs nids dans les ronciers.
Le tremble des acacias
Veillera sur nos étreintes blotties
Sous les surgeons des châtaigniers.
Viens, l'herbe est si douce
Et ton sexe de jeune daguet
Se fait velours sous mes doigts.

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« Avec Franz Fanon : percevoir, écouter, écrire, dire l’humain. »

  De nombreux mots pour dire que les textes de Franz Fanon, ceux que chaque lectrice, lecteur, rencontre en librairie, en bibliothèque, en discussion, témoignent d’une vive perception, écoute, écriture, et diction des violences et silences, impunités, qui, à travers les séparations, apartheids, mises à l’écart, viols, forclusions, destitutions structurales et singulières des civilités, ont marqué l’histoire, les sociétés, les individus d’aujourd’hui,  ne laissant nulle personne contemporaine, enfants, nouveaux-nés, femmes, hommes, personnes agées, nulle formation politique, dictature, tyrannie, démocratie, république, à l’abri des conséquences et reconstructions mémorielles et historiques qu’exigent de telles destructions et exclusions  historico- psychiques. Individus et sociétés sont marquées à la surface d’eux-mêmes, d’elles-mêmes et dans les profondeurs, strates, couches, de cette réalité historique et psychique liée : celle-ci étant plurielle, multiple, de surface lisible ou dite, par exemple, par la mise en ghettos, les différences territoriales de logements, de salubrité, les stigmatisations langagières et coutumières, les différences affirmées par la richesse et la pauvreté, les accès ou non aux soins, à la culture, auc cultures, les mises en retard, en question, refus, des langues, leurs acquisitions bénéfiques et différenciées, les ostracismes et anathèmes raciaux sous des légitimations religieuses porteuses de pensées, idéologies faillibles, les mises à mort et enfermements dits exemplaires, les destitutions et inégalités des représentations et histoires, les perturbations et aliénations de soi par des représentations et affirmations, dominations issues de l’Autre par introjection et précipitation du bourreau, du justicier, du vengeur héroïque, d’un maitre, essentiellement dominateur et cruel,  entrainant abandon et chute, détresse de ce que serait une prise en compte affirmation et protection de l’humain.

 

Fragments d’une enfance  saintoise,


Récit.

Raymond JOYEUX, Editions « Les Ateliers de la Lucarne », Terre de Haut, 2009.



 Raymond JOYEUX n’est pas un inconnu. Il écrit et publie des recueils de poésies[i], depuis plus de vingt ans. Le « Récit » qu’il publie aujourd’hui s’inscrit dans la lignée des « récits de vie », inaugurés aux Antilles en 1950 par Joseph ZOBEL, avec La rue Casse-Nègres. Roman autobiographique, ZOBEL y racontait la vie de la Martinique rurale de son enfance. Raymond JOYEUX, nous raconte à son tour son enfance saintoise, après Coulée d’Or d’Ernest PEPIN et Le Cœur à rire et à pleurer de Maryse Condé en 1999, et après Tu c’est l’enfance de Daniel MAXIMIN en 2004, pour la Guadeloupe. Ce récit fait le pendant en quelque sorte de l’enfance marie-galantaise que Max PIPPON a brossé avec Le Dernier matin en 2000. Pourquoi une telle abondance de ce type de récit dans nos îles ?

Les « récits de vie » relèvent d’un genre littéraire autobiographique, les Confessions, dont les racines anciennes remontent à SAINT-AUGUSTIN, et qu’à illustré J-J ROUSSEAU. Mais, s’ils disent le MOI d’un écrivain, ils le font à travers une « création » littéraire dans laquelle l’imagination joue un rôle non négligeable. La part d’authenticité et celle de la fiction sont toujours difficiles à démêler. En dépit de l’affichage d’une tendance ethnographique visant à rendre compte de la culture d’une communauté, celle des Saintois, nous nous demanderons en quoi ces Fragments d’une enfance saintoise restent une « fiction de l’enfance ». Une enfance qui a été reconstruite à partir de fragments, et donc réinterprétée

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Suzanne l’aimée de Césaire

 

Dissidence. «Le Grand Camouflage», recueil d’essais poético-politiques de la femme de l’écrivain martiniquais.

  Tout commence quand un bateau faisant route pour New York et transportant des dizaines d’exilés (dont Claude Lévi-Strauss, Anna Seghers, Wifredo Lam, André Breton…) fait escale en Martinique. Breton, qui cherche un ruban pour la petite Aube, entre dans une mercerie de Fort-de-France, il tombe sur la revue et y lit des poèmes qui le bouleversent. Il demande à rencontrer son auteur, Aimé Césaire. La mercière, qui se trouve être la sœur du philosophe René Ménil, un des cofondateurs de la revue avec Aimé Césaire et sa femme Suzanne, met tout le monde en contact. C’est le début d’un réseau d’amitiés croisées et d’influences artistiques étonnamment fécondes.
«Le grand camouflage», l’essai qui donne son nom au livre rassemblé par l’écrivain Daniel Maximin, a été écrit par Suzanne Césaire en 1945, c’est un écho de cette journée, un texte poético-politique d’une grande énergie, à la fois lyrique et ancré dans la géographie et l’anthropologie de la Martinique. Daniel Maximin dit que c’est peut-être  Peau noire, masques blancs 

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Au nègre fondamental

par

Patrick Mathelié-Guinlet


 
Le père du nègre est mort !
Je vous parle pas de Cham.
Aujourd’hui dans mon slam
j’ai mis toute mon âme :
qu’il emporte mes mots
au loin jusqu’à son corps.
Du nègre Orphée
s’est tue la lyre,
dans les bras de Morphée
dirait-on pas qu’il dort ?
Car un poète ne peut être mort :
tant qu’on continue de le lire
il continue de vivre encore
au cœur de notre souvenir
pour les nombreux siècles à venir.
Certes tu fus aimé,
Aimé, comme ces airs,
Césaire, de liberté
que tu nous a chantés
et qui nous ont charmés.
Jamais nous te laisserons partir.
Tant qu’un enfant pourra te lire
il se sentira fier,
il se sentira nègre
quelque soit sa couleur,
quelque soit sa douleur,
tellement fier d’être nègre !
Ta pensée est un aigle
s’envolant dans les airs
et filant sur son erre.

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Pierre Pinalie , une passion pour les langues

  Polyglotte accompli, il publie ces jours ci une septième édition, entièrement revisitée  de son dictionnaire français créole que par modestie il qualifie d'élémentaire. Comme en témoigne l'entretien qu'il nous a accordé, au cours duquel on sent la retenue imposée par l'idée même de publication, Pierre Pinalie n'est pas l'homme de la moitié du gué. Et ce n'est pas là la moindre de ses qualités.

Pierre Pinalie comment vous présenter?

1/ Je suis toujours touché mais un peu gêné d’être interviewé, mais si je le suis, ce n’est pas parce que je l’ai demandé. Par ailleurs, j’ai forcément beaucoup de choses à dire sur mon séjour en Martinique, puisque je suis ici depuis une trentaine d’années, alors que j’avais en France passé 20 ans en province, et 20 ans à Paris. Je me permets donc de m’imaginer quelque peu martiniquais, même si on m’appelle le petit blanc des dernières colonies. Et si je vis dans ce pays, c’est que j’y étais venu pour découvrir le pays d’une épouse. J’ai d’ailleurs été marié deux fois avec une martiniquaise, ce qui m’a donné deux fils métis, et j’ai rapidement découvert le plaisir de vivre dans ce pays avec un intérêt et une passion pour la culture locale, en n’oubliant jamais l’histoire du pays avec ce que cela comporte comme drames et comme horreurs dans le passé. J’ai d’abord résidé au Vert-Pré, dans la campagne, avant de venir m’installer à Fort-de-France pour aller plus aisément à l’université, et j’ai enseigné longtemps au lycée de Trinité avant de faire des recherches à l’UAG, sur le créole.

En effet, c’est l’espagnol que j’enseignais au lycée, et le créole qui est devenu ma passion et mon activité professionnelle, et cela m’a donné une profonde connaissance des problèmes du créole, et la merveilleuse possibilité de rencontrer encore aujourd’hui des centaines d’élèves et d’étudiants avec lesquels j’ai toujours eu d’excellents et de charmants rapports.

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DICTIONNAIRE ÉLEMENTAIRE FRANCAIS/CRÉOLE

de Pierre Pinalie, Éditions L’harmattan, 2009

 

BIEN MÈSI MISIÉ PINALIE !

 

par Serge HARPIN

Il n’y a rien de plus humain que la tendance à « naturaliser » les acquis des luttes passées, à les appréhender comme s’ils allaient de soi, comme s’ils avaient toujours été. La « naturalisation » se fait le plus souvent par oubli ou ignorance. Elle est aussi quelquefois produite à dessein par la substitution du mythe à l’histoire : on raconte alors des histoires, ses désirs. On instrumentalise le passé. Il en est ainsi du combat pour la reconnaissance des Créoles en tant que langues comme pour tout le reste. D’où un devoir d’histoire qui commence toujours par un rappel des faits :

 

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Saskia Sassen sociologue " globale "

Saskia Sassen enseigne à l'université Columbia (New York) et à la London School of Economics (Londres).

Connue pour ses travaux sur les " villes globales " - Londres, New York et Tokyo - où bat le pouls humain et financier de la mondialisation, Saskia Sassen enseigne à l'université Columbia (New York) et à la London School of Economics (Londres).

Aller à la rencontre de cette grande figure de la sociologie contemporaine, c'est faire connaissance avec une intellectuelle cosmopolite, invitée à siéger dans les plus grands concours internationaux d'urbanisme, et qui ne se départit jamais de la distance amusée propre à ceux qui sont, le mot est d'elle, " partout chez eux et partout des étrangers ".

Née en 1949 dans une famille polyglotte, éduquée à Buenos Aires et à Rome, entrée aux Etats-Unis illégalement avant d'y poursuivre ses études, Saskia Sassen se définit elle-même comme une " excentrique ". Le parcours de cette intellectuelle engagée, dont le premier manuscrit fut refusé par treize maisons d'édition, est fait de chemins de traverse.

Traversée des savoirs, entre sociologie, économie et sciences politiques. Traversée de son objet lui-même, cette globalisation qu'elle s'obstine à saisir par chacune de ses facettes, livre après livre : les parcours des migrants, les échanges monétaires entre entreprises, les structures des villes et, aujourd'hui, le destin ambigu des Etats. A rebours, à la fois, de l'essayisme des experts et du " radical chic " hypercritique, deux postures fréquentes dans ce champ d'études, Sassen n'ambitionne rien moins, dans son dernier livre, La Globalisation, une sociologie, que d'inscrire ce processus dans l'histoire des sciences sociales.

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La fabuleuse aventure
des romans sur grand écran

Slumdog (multi) millionnaire !  Le récit qui a donné naissance au film Slumdog Millionaire, coiffé d'un drôle de titre - Les Fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire, de Vikas Swarup, chez «10/18» - s'est écoulé à plus de 140 000 exemplaires après ses récompenses à Los Angeles.  

Un film primé peut multiplier par dix les ventes du livre adapté au cinéma.

Lors de la remise des césars ou des oscars, il n'y a pas que les acteurs ou les producteurs qui sont tendus. Les éditeurs, aussi. Car pour eux, également, l'enjeu est crucial : le film primé dope les ventes du roman adapté sur grand écran. Une réussite au cinéma peut multiplier les ventes par dix, rappelle-t-on au «Livre de poche».

L'impact est tel que l'édition de poche de l'Étrange histoire de Benjamin Button se retrouve deux fois dans la liste des meilleures ventes ! Le premier paru chez Pocket (L'Étrange… suivi de Un diamant gros comme le Ritz) et le second, édité par la collection «Folio». Au total, plus de 150 000 exemplaires ont été vendus après la sortie en salle. Scott Fitzgerald, qui a couru après le succès commercial toute sa vie, n'en serait pas revenu.

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  Quoi de neuf ? Montaigne !   

Michel de Montaigne

   Lecteur neuf, ce livre de bonne foi est pour toi : voilà Montaigne adapté, "traduit" en français moderne ! Tu t'y trouveras de plain-pied avec le caracolant auteur des Essais. Finis, comme l'écrivait Marc Fumaroli ("Le Monde des Livres" du 15 juin 2007), "l'orthographe escogriffe" et les "Himalayas de notes" des éditions savantes, dont on ne déniera sûrement pas l'intérêt scientifique. Mais il y a du profit au change. 

D'abord dans le bonheur de la lecture, son confort. Car ici, rien n'arrête la promenade, dont l'allure n'est plus contrainte. Ainsi escorte-t-on le cavalier bordelais à sa guise, au pas, au galop, au trot, c'est selon. Nous le suivons de bonne grâce dans ses vagabondages. Sa liberté nous emballe et nous semble plus éclatante, plus vive. Qu'il procède par "sauts", par "gambades", c'est tant mieux : la balade a du caractère.  

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PAS…

Pas tan-a ka vin pou pèp-la lévé doubout,
pas lavi an nonm two kout, fout !
kouté’y an lari-a palé épi an sèl vwa
pou mandé tousa i ni dwa.
Pas mépri bétjé-a lévé kòlè pèp-la,
pas i ni mà épi pwofitasyon,
pas Gwadloup èk Matnik sé dé nasyon,
pas lè ni an volonté ni an lawout,
pas nou vlé dinité nou épi sé tout,
pas lavi nou sé an konba ki pa jen bout,
pas sé solidarité ka pòté lèspwa,
di tousa,
divini ich nou ké plen épi lajwa !
 
Patrick MATHELIÉ-GUINLET
 (19-02-09)

Lire d'autres poèmes

L'intraitable beauté du monde : adresse à Barak Obama   Patrick Chamoiseau Voir tout son univers, Edouard Glissant Voir tout son univers

  Toute l’œuvre d’Édouard Glissant a appelé de ses vœux un événement comme celui qui vient de se produire aux Etats-Unis : Barack Obama est l'incarnation de ce qu’il nomme depuis trente ans la « créolisation » du monde.

Son élection est un fait sur lequel on ne peut désormais plus revenir. Qu’est-ce que Barack Obama fera de cette victoire ? C’est aujourd’hui impossible à dire.

Dans cette lettre ouverte écrite un an après Quand les murs tombent, Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau s’adressent au 44e président des États-Unis, premier Africain-américain à accéder à la Maison Blanche, et appellent à une réflexion entre poétique et politique sur ce que pourrait être demain l’action d’Obama, président de la première puissance mondiale.

Lire un extrait et écouter l'interview de Patrick Chamoiseau et Edouard Glissant

John Updike, le peintre
de l'Amérique moyenne

 par Christophe Mercier

Le prolifique écrivain américain John Updike, connu notamment pour sa série de romans mettant en scène le personnage Rabbit, est mort à 76 ans.

Il était le peintre de l'Amérique.Il était le peintre de l'Amérique. Lauréat à deux reprises du prestigieux prix Pulitzer, auteur de dizaines de livres, nouvelles, critiques, essais, romans pour enfants, poèmes, John Updike est surtout célèbre pour ses séries des «Rabbit» et «Bech».

En France, sa fortune a été fluctuante, culminant avec l'énorme succès de Couples, à la fin des années 1960. Mais même si les Français semblaient lui préférer Philip Roth (pour prendre un auteur de sa génération), John Updike fut une star de sa génération. Plus qu'une star, un mythe. Ses aficionados lui ont consacré un site Internet, The Centaurus, particulièrement impressionnant mentionnant jusqu'au moindre texte publié par Updike dans le New Yorker (dont il était un chroniqueur régulier) ou donnant à lire des nouvelles encore inédites. Adoubé par Vladimir Nabokov dès ses premiers écrits, Updike a toujours été un «writer's writer». Un monument.

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La NRF, cent ans de littérature et de succès

La Nouvelle Revue française, attire toujours autant de lecteurs, et reste au centre de la planète littérature

  C'est un cas d'école : depuis un siècle, une couverture invariablement crème, sobre, sans photo aguicheuse ; pas de récit «trash» ; et ce sigle au graphisme désuet - NRF. Et, en cent ans, le succès ne s'est jamais démenti. Comment expliquer que la maison d'édition Gallimard, née de la création de La Nouvelle Revue française, attire toujours autant de lecteurs, et reste au centre de la planète littérature, ne serait-ce que parce qu'il est le premier éditeur indépendant en France ? «Oui, c'est vrai, cela reste mystérieux, une maison qui n'a pas perdu son âme en cent ans. Je crois que l'une des explications est que l'entreprise est restée familiale, l'actuel patron (Antoine Gallimard) est le petit-fils du fondateur», souligne Roger Grenier, écrivain et éditeur chez Gallimard depuis 1964. La petite revue créée en 1909 par une poignée de jeunes gens passionnés est aujourd'hui un groupe qui emploie 1 300 personnes et réalise près de 300 millions d'euros de chiffre d'affaires ; celui-ci a échappé aux concentrations et jouit toujours d'un prestige inégalé. Ces dernières années encore, Jonathan Littell, Muriel Barbery et Jean-Marie Le Clézio ont incarné, chacun à sa manière, la gloire de Gallimard. Raisons de ce succès ? «On a gardé l'esprit NRF», résume Grenier.

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Les " ailes noires " de la mondialisation

Au XIXe siècle, certains colonisés trouvèrent leurs meilleurs alliés parmi les anarchistes européens. Benedict Anderson raconte comment

un essai qui retrace à grands traits le destin de l'impérialisme et de ses opposants à travers les siècles.  Les systèmes de domination sont souvent mal compris par ceux qui les soutiennent. Afin d'en avoir une description pertinente, mieux vaut se tourner vers leurs plus violents détracteurs.

Ainsi des politiques impériales : " Pour trouver une interprétation théorique, c'est aux adversaires de l'impérialisme qu'il faut s'adresser. D'une certaine manière, ce sont eux qui ont tenté d'en construire l'idée ", écrit Henry Laurens dans L'Empire et ses ennemis, un essai qui retrace à grands traits le destin de l'impérialisme et de ses opposants à travers les siècles.

L'historien y rappelle notamment que si le thème d'une " mondialisation conquérante " est déjà présent chez Karl Marx, celui-ci ne misait guère sur les soulèvements anticoloniaux : pour lui, ces révoltes reposaient certes sur une juste colère d'un point de vue moral, mais elles étaient vaines ; en effet, elles venaient entraver la marche du progrès, c'est-à-dire l'unification de la planète par les forces du capital, nécessaire préalable à la construction d'un avenir socialiste.

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John Burnside face à la paternullité

par Mathieu Lindon

«ce livre gagne à être considéré comme un roman»  Pedro Almodovar a filmé Tout sur ma mère, John Burnside écrit Un mensonge sur mon père. C’est que la volonté du poète écossais né en 1955, dont c’est le quatrième roman («ce livre gagne à être considéré comme un roman») traduit après la Maison muette, Une vie nulle part et les Empreintes du diable, est plus autobiographique que celle du cinéaste espagnol. Un mensonge, quoi de plus réel ? C’est parce qu’il a d’abord menti à un auto-stoppeur américain que le narrateur déroule ce qui devient le livre. La manière d’être écrivain de John Burnside consiste à traquer le récit partout, aussi bien sa nécessité que sa fatalité. «Chaque vie est un récit plus ou moins secret, mais quand un homme devient père, l’histoire est vécue non pas au service, mais dans la conscience permanente d’un autre individu, ou de plusieurs. Quel que soit le mal qu’on se donne pour éviter ça, la paternité est un récit, une chose racontée non seulement à, mais aussi par les autres en question.» A la fin du livre, le narrateur est père lui aussi. Mais, la plupart du temps, il est un fils, avec une mère «labyrinthe de contradictions» et un père qui est un enfant trouvé («nul ne découvrit jamais d’où provenait mon père») qui ne s’en est jamais remis et le fait lourdement peser sur sa famille où la mortalité infantile a déjà fait des ravages. On y manque d’argent et d’affection, et l’enfant devenu adolescent estimera la drogue (et même l’alcool dont son père est si friand) tout à fait capable de remplacer cette cellule plus agressive que protectrice. La troisième partie de cette aventure paternelle est intitulée «Paternul». La vérité sur le père du narrateur, c’est que le narrateur n’a pas été loin de l’assassiner.

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Le 28 janvier, Nicolas Sarkozy [1] aura 54 ans, et il souffre d'une maladie, l'allergie à la littérature. C'est pourquoi nous lançons une grande opération thérapeutique: redonner le goût de la lecture à l'ennemi personnel de Mme de La Fayette [2]

 Monsieur le Président,

sarkozy.jpgSerait-ce à force d’admirer les chiffres sur le cadran de votre Breitling que vous avez pris les lettres en horreur? Vous nous rappelez sans cesse que le but de notre vie, c’est de gagner plus. Hélas, sous votre présidence, les Français n’ont plus d’argent. Des «cinq ou six cerveaux» que vous prête votre moitié, aucun ne semble stimulé par la chose écrite. La chose comptée vous importe seule, et il n’est pas jusqu’aux sans-papiers, êtres humains parmi les êtres humains, que vous ne dénombriez par paquets de mille. Un texte, semblez-vous demander, combien de divisions? Les richesses d’un livre, la multiplicité des tons et des voix sont lettre morte pour vous. Pourquoi reconduire à la frontière de votre conscience cette diversité-là?

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"Cuba. Mémoires d'un naufrage",

de Jacobo Machover :

Cuba, paroles de rescapés

 

 
   Jacobo Machover, professeur de littérature latino-américaine à l'université d'Avignon, est un académique peu conventionnel. Né à Cuba en 1954, émigré en France avec sa famille en 1963, il suit, avec l'énergie d'un mord-la-faim, l'actualité de l'île des Caraïbes depuis sa plus tendre enfance.
Il collecte les récits de ceux qui, il y a cinquante ans, ont vécu la révolution cubaine ou qui survivent aujourd'hui dans l'un des derniers régimes communistes de la planète. Ces paroles forment la substance de son dernier livre. Dans ses précédents textes, il avait choisi le registre de la polémique argumentée, en particulier avec La Face cachée du Che (Buchet-Chastel, 2007), dans lequel il s'employait à démystifier l'image christique du révolutionnaire argentin, tout à l'inverse des brouets naïfs ou militants qui font de l'Argentin un héros romantique.

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La part de l'autre

 

  Ce livre, où se mêlent histoire et mythologie, est écrit du coeur de notre présent - présent des Antilles, de la France, de ce monde ouvert à de multiples transversalités qui est le nôtre. Marlène Parize y défend une proposition radicale contre tous les nationalismes et communautarismes, contre tous les mépris de soi: il est temps, il est grand temps de reconnaître, au sein même de notre modernité, de notre république, de nos valeurs, la trace de ces « lieux creusets » où est née, et naît encore, l'énergie qui nous porte à présent.

Jean Bourgault, professeur de philosophie au lycée Jeanne d'Arc, Rouen.

 

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Prix Carbet de la Caraïbe à
Simone et André
Schwarz-Bart

 La 19e édition du prix Carbet de la Caraïbe a été décerné, vendredi soir à l'hôtel de la Région Ile de France, à Simone Schwarz-Bart et à son époux, André Schwarz-Bart, à titre posthume « pour la beauté douloureuse de leur œuvre particulière et la réussite de leur œuvre commune ». Ernest Pépin, juré du prix Carbet, a rendu hommage « au couple littéraire, incendié de solitude et qui fît de la Guadeloupe une terre palimpseste où les contes ne meurent pas ». Simone Schwarz-Bart a évoqué ce prix tel « un îlot habité par des individus aux mémoires mêlées, habité par des individus placés et déplacés par des gens dont on dit qu'ils sont de toutes couleurs et qui sont poreux au souffle de la terre ». « Je vous suis reconnaissante de le recevoir pour nous deux qui sommes un pour longtemps. » ; « Après son Goncourt, André est allé vivre en Guyane chez son frère, Serge Patient, puis en Martinique auprès d'Alex Bertrand, puis il passa à Paris, ou il signa le manifeste des 121, et finalement en Afrique. Le premier livre qu'il a écrit, après le Dernier des justes, a été Un plat de porc aux bananes vertes. Ce n'est pas ce qu'on attendait de lui et il s'est coupé de sa communauté, puis il a écrit La Mulâtresse Solitude, et là , il s'est coupé de sa deuxième communauté. Il était en avance et l'a payé très cher : traversée du désert et 100 ans de solitude. Ce prix rompt la solitude. Nous sommes de nouveau visibles, de nouveau, camarades ! ".Le premier à briser cette solitude fût Senghor qui a vu qu'André Schwarz-Bart avait posé justement « la problématique de la symbiose des races et des civilisations nécessaire à l'universel ».

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Simone Schwarz-Bart : « Il y a tout simplement la reconnaissance de cet homme qui a voué toute sa vie à ce combat, la reconnaissance de cet homme comme faisant partie des nôtres. C'est cela qui est important, qui est capital pour moi. C'est un prix qui m'a été remis mais moi je l'adresse d'abord à lui puisqu'il n'est pas là. »
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Mention spéciale du Jury à Jean-Marc Rosier
Le jury, par la voix de Maximilien Laroche, a rendu hommage à un jeune auteur martiniquais, Jean-Marc Rosier pour son roman Noir Néons, paru chez Alphée-Jean-Paul Bertrand.
"Le Jury tient particulièrement à signaler un premier roman.
Il s'agit de Noirs Néons de Jean-Marc ROSIER, (éditions Alphée).
Dans une langue originale et moderne, s'inspirant des procédés de la photographie et du cinéma, ce jeune auteur martiniquais met en scène et interroge vivement les déshumanisations visibles et invisibles de la société urbaine contemporaine."
Mention très spéciale du jury au recueil 25 Rue Bayardin (édition du Manuscrit 2008) de Joseph Poliu sen hommage à son ton novateur et à sa force d'expression."
"Pour l'éclat d'une écriture qui décentre les données du réel en cadences heurtées et en images retenues.
Pour la tonalité des révoltes postulées et des mémoires à vif qui permettent de conférer du sens à notre présent et de nourrir ainsi l'imprévisibilité du chaos poétique ;

 

Traite des blancs, traites des noirs,

par Rosa Amelia Plumelle-Uribe,
l’Harmattan, octobre 2008, 230 p.

Rosa Amelia Plumelle-Uribe en conférence  Sur l’origine de l’humanité, faute de la moindre science, on ne doit s’appuyer que sur la phylogenèse de nos mythes fondateurs. Ainsi, au lieu d’en rester à l’histoire médusante de la pomme et du serpent, qui fait que l’on soupçonne Dieu de malveillance imméritée en nous interdisant les fruits de l’arbre de la science, on devrait plutôt écouter sa conscience, et reconnaître que c’est le crime de cannibalisme contre nos semblables qui nous rassemble tous dans l’humanité pécheresse et à juste titre chassée du paradis. Comme les rats, comme les cochons, mais de façon bien plus systématique qu’eux, ce qui nous a rendus plus forts que d’autres espèces animales c’est que nous ne reculons pas devant le crime contre nos frères, et que c’est même notre nourriture hallucinogène, notre drogue vitale.

Les préhistoriens africains vont plus loin dans le dévoilement de notre inconscient coupable : ils affirment que du tronc noir, dans les contrées paradisiaques où l’on peut vivre nu et se nourrir simplement des fruits qui pendent aux branches, se sont détachés de pauvres types, des erreurs de la nature, blanchâtres et mauvais, probablement le fruit de quelque péché de leurs parents. Maléfiques, ils ont été chassés, maléfiques, ils ont dans leur errance survécu à force de crimes, maléfiques ils gardent une rancune sans fond contre la matrie-patrie chaude et noire. Leur malfaisance spécifique a inventé un outil spécifique : l’arme à feu, qui continue à répugner aux noirs.

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Widad Amra à la Bibliothèque Schoelcher

 la poétesse assassinée

par Selim Lander

Ma voix ténue de femme

en oriflamme

tremble de si peu de lumière.


  Widad Amra est professeur de lettres au couvent de Cluny. Elle y préside aux destinées des classes à option théâtre dont on a pu admirer quelques remarquables productions lors des dernières rencontres académiques, au mois de juin dernier. Elle est aussi poète et présentait son dernier opus, Salam Shalom (L’Harmattan, 2008) à la Bibliothèque Schoelcher, le vendredi 14 novembre 2008. Alors que tant de poètes ne parviennent pas à communiquer oralement leurs œuvres, Widad Amra sait dire la poésie comme une comédienne confirmée, ce qui ne l’a pas empêché de donner de son texte une lecture pleine d’émotion et de sincérité.

Elle pratique une poésie sans contrainte de mètre ou de rime, une absence de règle qui se révèle trop souvent pleine de risque, comme le démontent tant de textes contemporains qui n’ont d’autre mérite que la bonne volonté (ou la naïveté) de leurs auteurs. Ce n’est nullement le cas ici, même si l’on doit admettre avec humilité que la poésie contemporaine présente tout autant de risque pour le critique que pour l’auteur. Faute de critères formels irréfutables, le commentaire a tendance à privilégier le fond du discours alors que la poésie – même moderne – devrait valoir avant tout par la manière de dire plutôt que par ce qu’elle dit. La critique se résume alors fréquemment à une simple explication de texte, généralement superfétatoire, là où il faudrait plutôt mettre l’accent sur ce qui distingue l’expression proprement poétique du langage courant. La longue glose, par un philosophe qu’on nous a dit patenté, qui a suivi la lecture de Widad Amra, a fourni une illustration de ce travers de la critique, … dont le public se serait volontiers passé : … poésie assassinée !

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Blas de Roblès obtient le Médicis

  Et de deux ! Après le prix du roman Fnac, Jean-Marie Blas de Roblès, auteur de Là où les tigres sont chez eux, publié aux éditions Zulma, est en passe de devenir un des grands gagnants de la rentrée littéraire 2008. Le jury Médicis lui a décerné son Prix du roman français, mercredi 5 novembre, par 6 voix contre 5 à Ce que nous avons eu de meilleur, de Jean-Paul Enthoven (Grasset).

Là où les tigres sont chez eux (" Le Monde des livres " du 19 septembre) est un roman de près de 800 pages dont l'action se situe au Brésil, et a pour personnage central Athanase Kircher, un jésuite qui vivait au XVIIe siècle. Le livre figure toujours parmi les quatre titres en compétition pour le prix Goncourt, qui sera remis lundi 10 novembre chez Drouant, à Paris. En 1995, Le Testament français, d'Andreï Makine, édité au Mercure de France, avait fait un doublé, Goncourt et Médicis.

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Catherine Cusset remporte
le Goncourt des lycéens

 

Crédits photo : AFP

Mathias Enard est le lauréat du prix Décembre.

    Le 21e prix Goncourt des lycéens a été décerné hier à Catherine Cusset pour Un brillant avenir (Gallimard). Il n'a fallu au jury, réuni dans une brasserie de Rennes, qu'un seul tour de scrutin pour faire son choix. Patrick Rambaud, membre de l'académie Goncourt, était sur place. « Les lycéens apportent une certaine fraîcheur, une spontanéité », a-t-il déclaré. Anne-Sophie Voyer, lycéenne et présidente du jury 2008, a loué la « structure narrative originale et les thèmes à la fois actuels et intemporels » du récit

Ce roman a devancé Syngué sabour d'Atiq Rahimi (P.O.L), qui a remporté le Goncourt, et Une éducation libertine de Jean-Baptiste Del Amo (Gallimard). Neuvième roman de Catherine Cusset, Un brillant avenir conte sur un demi-siècle la saga familiale de plusieurs générations déracinées et ballottées entre la Roumanie antisémite des Ceausescu et les États-Unis, en passant par Israël et l'Italie. Avec, au centre, le trio infernal constitué par la mère, le fils et la bru. Agée de 45 ans, Catherine Cusset vit aux États-Unis, où elle enseigne la littérature du XVIIIe siècle.

En lice pour le Goncourt des lycéens, Mathias Enard (36 ans) a, lui, décroché le prix Décembre, également au premier tour avec huit voix pour son roman Zone (Actes Sud), face à Denis Podalydès (quatre voix), déjà lauréat du Femina essai pour Voix off. Sur plus de 500 pages, Zone déroule le monologue intérieur d'un agent secret évoquant les violences, les guerres et les charniers du XXe siècle, le tout en une seule phrase, un seul souffle. Époustouflant, selon certains critiques. Avec 30 000 euros de récompense, le Décembre compte parmi les prix littéraires les plus richement dotés.
Le Figaro 13/11/2008

 

Le Guinéen Tierno Monénembo reçoit le prix Renaudot
 

  Y aurait-il eu comme un effet Obama sur les prix littéraires français ? On pourrait le penser, vu la double distinction du prix Goncourt attribué lundi 10 novembre à un Afghan, Atiq Rahimi, et du prix Renaudot à Tierno Monénembo, écrivain guinéen francophone, pour Le Roi de Kahel (264 p., 19 €). Mais, "s'il y a eu un effet Obama, il est bien antérieur", constate Bertrand Visage, l'éditeur au Seuil de Tierno Monénembo, car "la littérature joue ici un rôle d'éclaireur : le prix Renaudot a été attribué au cours de ces dernières années à trois auteurs africains,Ahmadou Kourouma, en 2000, avec Allah n'est pas obligé ; Alain Mabanckou, en 2006, avec Mémoires de porc-épic, et maintenant à Tierno Monénembo".

  Pourtant, c'est peu dire que ce résultat a été obtenu à l'arraché. Le Roi de Kahel a été choisi, au 11e tour de scrutin, avec cinq voix, contre quatre à Elie Wiesel pour Le Cas Sonderberg (Grasset) et une voix à Olivier Rolin pour Un chasseur de lions (Seuil). Après la défaite de Michel Le Bris au Goncourt, il s'agit d'un second échec enregistré par Grasset, une maison pourtant habituée aux lauriers automnaux. 

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La guerre des prix littéraires

Par Mohammed Aïssaoui


Jorge Semprun, l'un des dix jurés du prix Goncourt 2008. Crédits photo : AP

Naguère, les récompenses faisaient découvrir des auteurs et des œuvres. Désormais, les jurys choisissent très souvent leur lauréat parmi les best-sellers.

Jorge Semprun, l'un des dix jurés du prix Goncourt 2008. Les gens de lettres n'ont jamais été tendres entre eux. Mais il fut un temps où ils exprimaient leurs inimitiés dans une langue châtiée. De nos jours, certains ne font plus tant de manières. Les propos qui suivent sont pour le moins inélégants, qu'on nous pardonne. Ils ont pourtant été tenus par un membre éminent du jury Renaudot. Il a affirmé, le poing serré, comme s'il se trouvait sur un terrain de football : «On va niquer le Goncourt !» Ces mots en disent long sur la guéguerre que se livrent les différents jurys littéraires.

Il y a eu la rivalité historique qui opposa le prix Goncourt au Femina - le premier est né en 1903, le second a été créé en 1720 par une «académie féminine» qui voulait dénoncer la misogynie de ces messieurs. Désormais, c'est la concurrence entre le Goncourt et le Renaudot qui est la plus vive. Par tradition, les membres de ces deux jurys doivent, chaque année, annoncer le nom de leur lauréat le même jour, à la même heure, au même endroit, après avoir déjeuné dans le même restaurant, au Drouant, place Gaillon à Paris, mais pas à la même table ! Cette année, ce sera le 10 novembre. Cette convivialité de façade n'empêche pas les coups bas…

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Les poèmes entretiennent l'amitié !

Jean-Louis Fournier, lauréat du prix Femina 2008

Photo de Jean-Louis Fournier Un portrait de cet ancien complice de Pierre Desproges, réalisateur et écrivain, qui raconte dans "Où on va, papa ?", l'histoire de ses deux fils handicapés.

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Louis-Georges Tin
"L'invention de la culture hétérosexuelle"
(Ed. Autrement)

 

L'amour courtois Pour éclaircir le propos, on pourrait établir une comparaison avec la nourriture. Dans toutes les sociétés humaines, il y a bien sûr des pratiques alimentaires, et elles sont indispensables à la survie des individus. Pour autant, toutes les sociétés ne construisent pas nécessairement une culture gastronomique, comme c'est le cas en France. L'art de la table, du vin et des fromages, les rituels, le service, la convivialité, les livres de recettes, les guides, les classements et les étoiles pour les bons restaurants, les émissions culinaires à la télé, sont autant d'éléments qui définissent la gastronomie à la française. D'autres sociétés développent des pratiques alimentaires moins diverses et moins ritualisées, elles se fondent sur les ressources matérielles nécessaires pour vivre. Certes, ces pratiques s'organisent selon des principes et des codes, et  elles s'inscrivent parfois dans des célébrations où l'alimentation occupe une place particulière. Pour autant, elles ne produisent pas ce que l'on pourrait appeler véritablement une culture de la gastronomie. Dans ces contextes nombreux, et pas seulement dans les sociétés anciennes ou éloignées, en Amazonie ou en Nouvelle Guinée, l'alimentation est à la fois nécessaire et secondaire, et on ne se croit pas obligé d'en faire un objet d'euphorie, un rite permanent, une exaltation collective. En ce sens, la pratique alimentaire est universelle, la culture gastronomique, elle, ne l'est pas.

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Lire aussi de Louis-Georges Tin :

"Notre société est largement hétérosexiste"

 

 

  Il n'est pas correct politiquement, me dit-on, de réfuter ou critiquer Le Clézio, tellement porteur, en ces temps de grande confusion, de bons sentiments, de nobles causes. Il fait donc l'unanimité. Or les bons sentiments et les causes justes ne produisent pas nécessairement de bonnes phrases, et la littérature n'appartient pas au domaine du sentiment.

Quelqu'un que je n'estime pas a publié en 1985 dans L'Express un article dont le sens était que le Nobel de cette année-là (Claude Simon) était une honte pour la littérature française. Entendons-nous sur le sens des mots. La France a produit depuis cinquante ans de grands écrivains (Gracq, Sarraute, Simon, Des Forêts, Blanchot, Duras, Butor, Pinget, Cixous, Michon, Ernaux, Bergounioux, et quelques autres), auteurs d'oeuvres universelles et reconnues comme telles. Elle exporte aussi un certain nombre d'auteurs français ou de langue française, publiés par des éditeurs parisiens, qui se vendent et se traduisent bien : Amélie Nothomb, JMG Le Clézio, Alexandre Jardin, bien d'autres. Ces auteurs franchissent sans encombre les frontières et véhiculent des idées plus ou moins honorables mais sont-ils pour autant nobélisables ? En quoi distinguez-vous, me dira-t-on, un grand écrivain d'un petit, ou d'un simple best-seller, et qui suis-je pour déclarer que Michon ou Cixous méritaient le Nobel alors que Le Clézio en est indigne ?

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Entretien avec JMG Le Clézio prix  : prix Nobel de littérature 2008
“La littérature, c’est du bruit, ce ne sont pas des idées.”

Jean-Marie Gustave Le Clézio, en 2007 au Festival de Cannes. - Frantz Bouton/Nice Matin/MaxPPP

Jean Marie Gustave Le Clézio Resté, depuis plus de quarante ans, en marge des courants littéraires et des modes, Jean-Marie Gustave Le Clézio occupe une place à part dans le paysage littéraire. Poète, humaniste, rêveur plus qu’utopiste, parfois visionnaire : c’est le mélange de tout cela qui fait la saveur et la grandeur de ses écrits, depuis Le Procès-Verbal qui, en 1963, alors qu’il avait 23 ans, propulsa sur le devant de la scène ce jeune romancier prodige au charisme et à l’intégrité hors du commun. J.M.G. Le Clézio est né à Nice, mais ses attaches familiales sont ailleurs. Du côté de l’île Maurice, d’où sont originaires ses parents. De façon plus lointaine, du côté de la Bretagne, qu’à la fin du XVIIIe siècle un aïeul prénommé François Alexis quitta pour cette île au large de l’Afrique qui s’appelait alors l’île de France. Le Clézio, lui, ne se sent véritablement de nulle part, et a vécu tour à tour en Europe, au Mexique, aux Etats-Unis. Partout écrivant, construisant cette œuvre qui frappe par sa force et sa magistrale unité, riche de près de cinquante titres, romans, récits ou méditations – citons L’Extase matérielle, Peuple du ciel, Onitsha, La Quarantaine, L’Africain, Ourania, et le récent Raga, Approche du continent invisible (1). Des ouvrages qui tous, et chacun à sa façon, parlent du monde tel qu’il est – violent, conflictuel, parcouru de tensions – et tel que l’écrivain le rêve – généreux, fluide, harmonieux, hommes et éléments en paix, enfin réconciliés.

 

Houellebecq moraliste malgré lui :

 "Houellebecq au laser" de Bruno Viard

Compte-rendu de Michel Herland

« La pratique du bien est une liaison, la pratique du mal une déliaison »,

M. Houellebecq, Les Particules élémentaires, p. 377.

 photo de Michel Houellebecq La publication récente des mémoires de la mère de Michel Houellebecq (MH) a permis de mesurer combien l’œuvre de MH était marquée par l’expérience personnelle de l’auteur. Dans un petit livre que l’on ne saurait trop recommander à tous les admirateurs de MH, Bruno Viard (BV), professeur de littérature française à l’Université de Provence, spécialiste des dix-neuvième et vingtième siècles, rapproche la souffrance filiale de MH de celle d’un Balzac : « Si vous saviez ce qu’est ma mère, écrivait ce dernier à madame d’Abrantès, c’est à la fois un monstre et une monstruosité » (BV p. 96). Les Particules élémentaires, le roman sans doute le plus abouti de MH, peut être lu ainsi comme le cri d’un fils abandonné qui n’en peut plus de cracher sa haine à la face de celle qui lui a refusé l’amour que pourtant elle lui devait, et qui, par extension, s’en prend à l’humanité tout entière dont il noircit à plaisir le tableau.

Il serait pourtant dommage de réduire l’œuvre de MH à cette seule dimension personnelle. Dans son livre, Bruno Viard (BV) rappelle justement que la critique, certes excessive et unilatérale de la société moderne qui se développe d’un livre de MH à l’autre, n’en fait pas moins souvent mouche.

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SALAM SHALOM

(de Widad AMRA)

 

 Il s’agit d’une belle poésie qui s’étire et se chante comme une cantate longue et fine, une expression émise par une femme apparaissant en tant que symbole ethnique, linguistique et géographique. Sous sa plume, on se sent quelque peu au centre du monde, comme si la terre avait un axe autour duquel nous tournons tous, et le désir de l’auteur s’envole vers un espoir de paix. La série de jugements politiquement exprimés révèle une atmosphère difficile où le fanatisme crée des horreurs à l’image des doigts d’un artiste chilien coupés par l’abominable dictateur d’un pays où la liberté fut muselée pendant longtemps.

Il y a dans le titre un très émouvant bilinguisme fondamental dans lequel deux langues, deux sociétés, deux philosophies expriment la paix entre les humains. Il y a là, donc, la plus profonde prière pour l’amour des uns pour les autres sur une planète où, malheureusement, l’attentat et la haine se répètent dans la quotidienneté. Widad, l’auteur, est le fruit d’un métissage réalisé sur une île où flotte, chez certains incurables malades, un racisme aussi condamnable que celui que pratiquaient les esclavagistes d’hier.

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Le choix des âmes, un roman de Olivier Larizza  C'est une histoire d'hommes. Une histoire d'hommes dans la tourmente de la Première Guerre Mondiale. Une montagne d'Alsace, le Viel-Armand, surnommée HWK pour "Hartmannswillerkopf", est l'enjeu d'un combat aussi absurde, que meurtrier. Des milliers de soldats de chaque coté du front vont mourir là sans que les positions d'un des deux camps aient fini par bouger à la fin du conflit. Le narrateur, qui parle à la première personne du singulier est un horloger de trente-deux ans qui, dans la boucherie, fait figure de survivant et donc de vétéran.  A quoi rêve Gaspar? Á sa Doudou martiniquaise, grosse de ses œuvres et qui l'attend dans la maison familiale. L'attente est longue, à l'arrière comme au front. La mort est là omniprésente et le cœur de hommes se donne à dire sur les présences plutôt que sur les absences. Il y a là d'autres hommes dont les vies, comètes dans le ciel de la guerre, ne pèseront pas plus que la lumière éphémère qui les soutient. Surtout il y a Louis. "Parce que c'était Louis, parce que c'était moi" "Lui le Royal et moi le Just". Entre Montaigne et la Boétie, Olivier Larizza nous conte une belle histoire d'amour, toujours pudique, toujours réservée, entre deux hommes, qui pour survivre s'inventent des lendemains de communion. La Doudou, aussi improbable que le prénom qu'elle porte, Natacha, apparait comme un personnage secondaire, dont la trace dans la construction du récit, tient plus aux attaches martiniquaises de l'auteur qu'à une réelle nécessité littéraire. Elle fonctionne comme un contrepoids, un paravent, un garde-fou à cet élan qui pousse Gaspar et Louis l'un vers l'autre pour survivre. L'acte douloureux par lequel Gaspar va s'extraire de l'enfer s'il lui permet de retrouver sa douce et leur fils Noé fera de lui "un demi homme, mais un père à part entière" comme Larizza l'écrit joliment. A méditer en ces lieux où les hommes à part entière (c'est-à-dire s'imaginant non castrés) sont à peine des demi-pères.

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par Roland Sabra

 

Métamorphoses de la haine

Comment les discours " anti-occidentaux " recyclent de vieux clichés judéophobes

  Depuis de longues années Pierre-André Taguieff construit une œuvre imposante, au carrefour de l'histoire des idées, de la sociologie et de l'intervention politique. Directeur de recherches au CNRS, enseignant à Sciences-Po, il a contribué, en une trentaine de livres, à renouveler l'analyse du racisme dans la société contemporaine. Il a notamment souligné les insuffisances de l'antiracisme, montrant qu'on se trompe d'adversaire et de combat, si l'on croit vivre dans les années 1930 et n'avoir affaire qu'à des répétitions du nazisme.

Travaillant sur des sujets conflictuels, porteurs de querelles passionnées, ne répugnant pas à la polémique, Taguieff suscite critiques et controverses. La somme tout à fait remarquable qu'il publie aujourd'hui, La judéophobie des modernes, ne fera pas exception. Car le politologue s'y emploie à démontrer comment fonctionne le changement majeur intervenu au cours des dernières décennies : la haine envers les juifs passe désormais par la détestation de l'Occident. Autrefois, les racistes européens haïssaient dans le juif celui qu'ils jugeaient extérieur (non chrétien, oriental, sémite...). Aujourd'hui, c'est au contraire en détestant l'Occident qu'on va haïr le peuple juif, car il symbolise désormais ce qu'on veut détruire (judéo-christianisme, capitalisme, libéralisme, impérialisme). " Le peuple juif a été désorientalisé ou désémitisé, pour être radicalement occidentalisé ", souligne Taguieff.

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Huis clos. Au risque de toutes les ambiguïtés, Pierre Bisiou tente un éloge de la sodomie.

 Enculée Stock,154 pp., 15,50 euros.

  D’abord, en page de titre, il y a ce qualificatif ou ce substantif - disons, cet adjectif substantivé - qui n’est pas innocent et qui fait mouche, évidemment, tant, par goût ou par curiosité (à moins que l’un et l’autre ne soient qu’alibis), on s’obstine à chercher de la littérature dans un texte de cul. Rien de précision sous le titre, mais, en quatrième de couverture, avec la mention de «premier roman», la sollicitation des «jeunes filles modernes» (sic) et de leur «grande fascination» pour diverses sortes de «transgressions». Ainsi le premier item de Pierre Bisiou suggère-t-il l’ambition d’un manifeste vaguement féministe, à la façon dont les magazines «féminins» affichent la sodomie comme pratique sexuelle désormais banalisée chez lesdites «jeunes filles», catégorie floue que Proust le premier déniaisa. A moins que pour l’auteur aussi, il faille un alibi…

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Mœurs la bataille des morales

Le consentement suffirait-il à rendre licites tous Les usages du sexe, ou bien l'État doit-il protéger les personnes contre elles-mêmes?


La Morale  SELON L'ARTICLE 227 DU CODE PÉNAL FRANÇAIS, coucher avec un (ou une] adolescent[e] de plus de 15 ans et de moins de 18 ans n'est, a priori, pas un délit Sauf si l'acte comporte une «tentative de corruption », c'est-à-dire ne se Limite pas au coït hétérosexuel standard. Tout Le reste peut valoir à L'adulte (enfin, le majeur de 18 ans) cinq ans de prison et 75000 euros d'amende, peines aggravées depuis 1998 si Le corrupteur a eu recours à Internet pour contacter sa victime. Voilà Le genre de disposition pénale qui fait bondir la juriste Marcela Lacub sur son stylo et dénoncer La prétention des Lois à dicter Les règles de La bonne sexualité. Simple exemple, ce cas illustre Le débat sur tes mœurs qui, depuis quelques années déjà, occupe tes tribunes de quotidiens et s'enrichit de nouveaux épisodes chaque fois qu'une affaire éclate ou qu'une Loi est modifiée. L'éventail des sujets est Large: caractérisation du viol et du harcèlement, répression de la pédophilie e et de La prostitution, encadrement de la pornographie, des pratiques sadomasochistes, de L'échangisme, du mariage homosexuel, Liste à laquelle on peut ajouter divers aspects de la procréation non standard (fécondation sans sexualité, mères porteuses, clonage].

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La rentrée littéraireRentrée littéraire :
30 romans à ne pas manquer

 

Auteurs connus, reconnus ou inconnus, ils font la rentrée littéraire 2008.

 

Guerrier zoulou en costume cravate

Afrique du Sud/Ndumiso Ngcobo. " Some of my Best Friends Are White " a été écrit par un Noir qui avait envie de s'amuser avec un portrait drôle et satirique de l'Afrique du Sud. Le livre a connu une diffusion inespérée et son auteur a définitivement quitté le monde de l'entreprise, où il s'ennuyait à mourir

  Ndumiso Ngcobo sait ce qu'il aurait aimé faire dans la vie : " Etre assis au centre d'une pièce très confortable, avec une bière fraîche, recevoir des gens et leur donner mon avis. J'ai un avis sur tout. " Il y est presque arrivé.

Depuis trois mois, après le succès de son premier livre Some of My Best Friends Are White (Certains de mes meilleurs amis sont Blancs), il a quitté le monde de l'entreprise, où il étouffait, pour écrire, donner son opinion, raconter son Afrique du Sud, commenter l'actualité et boire de la bière.

Il porte sur son pays et ses congénères un regard sans concession, dénonçant leurs travers, leurs manies, leurs préjugés et parfois leur bêtise. Il manie la satire, parfois le sarcasme, avec ce qu'il faut d'humanité et de tendresse, pour que son humour ne soit jamais blessant.

Ndumiso Ngcobo, 36 ans, père de trois enfants, est un guerrier zoulou en costume-cravate, un pur produit de la culture traditionnelle rurale échoué dans la bouillonnante et cosmopolite Johannesburg. Pendant des années, il a essayé de comprendre les autres Sud-Africains, les Blancs en particulier, " les gens les plus étranges " qu'il a rencontrés.

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Une jeunesse indienne

Inde/Chetan Bhagat. Les romans du banquier, installé à Bombay, offrent le portrait d'une Inde occidentalisée, en décalage avec la société. L'auteur enchaîne les succès et a vendu plus de 1,5 million de livres. " The 3 Mistakes of My Life " a totalisé 500 000 ventes dès sa parution. Du jamais-vu dans le pays

 

  Ses deux spécialités sont les actifs financiers à haut risque et les happy ends. Chaque matin, avant de partir travailler dans une grande banque d'affaires allemande, Chetan Bhagat consacre quelques heures à l'écriture. Des dialogues à chaque paragraphe, de l'érotisme qui ne va jamais au-delà des frôlements de main, des histoires d'amour tourmentées qui finissent toujours bien : Chetan Bhagat a inventé les romans de Bollywood que l'Inde s'arrache. Son dernier ouvrage publié chez Rupa and co, The 3 Mistakes of My Life (" Les Trois Erreurs de ma vie "), s'est vendu à 500 000 exemplaires en l'espace de cinquante jours. Du jamais-vu dans l'histoire du pays.

" Ceux qui achètent ses romans n'avaient jamais ouvert un livre de leur vie. Tout son génie est là ", estime Hari Menon, critique littéraire de l'hebdomadaire Outlook. Les héros de Chetan Bhagat appartiennent à cette nouvelle classe moyenne, oubliée de la littérature et symbole de l'Inde émergente. Les journaux vantent le miracle économique de l'Inde. Lui préfère montrer, dans ses romans écrits en anglais, les ravages de la pression au travail et les pesanteurs d'une société indienne qui freinent les ambitions de la jeune génération.

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Présentation de l’ouvrage de Dominique Berthet

André Breton, L’éloge de la rencontre.
Antilles, Amérique, Océanie
.

par

Cécile BERTIN-ELISABETH

 

Notre rapport à la langue

Les langues

par Fernand Fortuné

  Selon ULLMAN, « tout système linguistique renferme une analyse du monde extérieur qui lui est propre et qui diffère de celles d'autres langues ou d'autres étapes de la même langue. Dépositaire de l'expérience accumulée de générations passées, il fournit à la génération future une façon de voir, une interprétation de l'univers ». (1)

C'est pourquoi, selon nous, la relation à notre langue est une relation à la terre, donc à la poésie, donc à la création. Elle est par conséquent une relation à la mère, un cordon ombilical essentiel qui nous singularise, et en même temps nous préserve de la solitude.

La langue s'exprime alors comme patrimoine, c'est-à-dire comme un lieu non clos où s'engrangent drus, les temps forts de notre vécu. Dans ce contexte, le parler d'un peuple signifie volonté d'amour et acte de fidélité.

La langue, c'est nous-mêmes , mais c'est encore le contact, la présence, l'existence même de l'Autre. En effet, toute langue est à un certain degré ce mouvement multiforme vers une fraternité partageable, une communauté à essentialiser.


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Taslima Nasreen, éternelle proscrite

Taslima Nasreen

Bannie en 1994 de son pays, le Bangladesh, sous la menace des islamistes, l'écrivain féministe pensait avoir trouvé refuge en Inde. Bref répit. Elle vient à nouveau d'être contrainte à l'exil

  Voilà quatorze ans qu'elle est apatride. Du Bangladesh - d'où elle a été bannie en 1994 - à Stockholm, de Calcutta à Paris, elle est rompue au jeu de l'errance, aux passages fugaces dans les hôtels, aéroports et festivals littéraires. Alors, Taslima Nasreen s'y est faite. L'écrivain bangladais, féministe pourchassée par les fondamentalistes musulmans, s'est coulé dans la figure de l'exilé permanent. A la voir dans ce restaurant de Saint-Germain, à Paris, commander un verre de vin, élégante dans sa veste noire, le cou ceint d'un châle vert, on la trouve fort à l'aise. Eloquence maîtrisée, enjouée parfois jusqu'à faire tressaillir sa frange aux reflets roux.

Elle sacrifie à tout. Aux séances de photos dans la lumière tamisée d'un salon. Au programme de rendez-vous au pas de course concocté par son éditeur parisien. Aux deux gardes du corps - imposés par le gouvernement français - qui l'embarquent dans une voiture blindée pour parcourir trois cents petits mètres. Sans rechigner, Taslima Nasreen se plie au rituel de la proscrite de marque.

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 L'obscurantisme de
Victor-Lévy Beaulieu  :
un scandale

Joël Des Rosiers Poète et psychiatre

Dans un pamphlet paru le 23 mai dernier, intitulé « La Reine-Nègre» le plus grand écrivain québécois Victor-Lévy Beaulieu, dont l'oeuvre prolifique et majeure est citée pour le Nobel, s'attaque à Michaëlle Jean, la Gouverneure générale du Canada, d'origine haïtienne. Un débat d'une ampleur inattendue fait rage dans les médias canadiens et québécois.
Je vous soumets ici ma réplique .
 Le texte a paru dans le journal Le Devoir hier et a fait l'objet d'une émission d'affaires publiques à Radio-Canada.

Par Joël Des Rosiers

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De la croyance en politique

La croyance

  par Bernard Stiegler  

   Le scepticisme ...  [n'est]  que l'un des résultats les plus lamentables de la mécréance politique qui ravage le monde contemporain. Cet effondrement de la croyance en politique a une histoire, qu'il faut désormais analyser.

Après que la révolution industrielle eut transformé en prolétaires les ouvreurs de monde qu'étaient, à leur manière, et à l'écart des clercs, les ouvriers - ceux qui opèrent avec leur main- d'œuvre, les travailleurs et les producteurs en général -, le XXe siècle a accompli la mondialisation du capitalisme en imposant la prolétarisation du consommateur. Ce prolétariat total, exproprié de tout savoir, qu'il s'agisse de ses savoir-faire ou de ses savoir-vivre, est à présent condamné à une vie-sans-savoirs, c'est-à-dire sans saveurs. Il est jeté dans un monde insipide, et parfois immonde : à la fois économiquement, symboliquement et libidinalement misérable.

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De l’antiterrorisme à la guerre
La violence de la mondialisation
 

Par Jean Baudrillard

Violence et mondialisationPhilosophe, auteur, entre autres, de La guerre du Golfe n’a pas eu lieu (1991), Le Crime parfait (1994) et L’Esprit du terrorisme (2002), tous parus chez Galilée. Ce texte est tiré de son essai, Power Inferno (Galilée, Paris, 96 pages, 12 €),  Editions Galilée
 

Y a-t-il une fatalité de la mondialisation ? Toutes les cultures autres que la nôtre échappaient de quelque façon à la fatalité de l’échange indifférent. Où est le seuil critique de passage à l’universel, puis au mondial ? Quel est ce vertige qui pousse le monde à l’abstraction de l’Idée, et cet autre vertige qui pousse à la réalisation inconditionnelle de l’Idée ?

Car l’universel était une Idée. Lorsqu’elle se réalise dans le mondial, elle se suicide comme Idée, comme fin idéale. L’humain devenu seule instance de référence, l’humanité immanente à elle-même ayant occupé la place vide du Dieu mort, l’humain règne seul désormais, mais il n’a plus de raison finale. N’ayant plus d’ennemi, il le génère de l’intérieur, et sécrète toutes sortes de métastases inhumaines.

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Jean Genet, sa part d'ombre
L'écrivain de toutes les colères ne cachait pas son admiration pour l'aventure fasciste

Jean Genet par Brassaï

[...]dans la nuit du 14 au 15 avril 1986, Jean Genet s'éteignait dans une chambre d'hôtel du 13e arrondissement de Paris. Il mourait comme il avait vécu : seul, sans domicile fixe, à quelques rues de la prison de la Santé. L'enfant de l'Assistance publique, jeune délinquant précoce, ami de Jean-Paul Sartre et des macs de Pigalle, disparaissait en catimini ; la mort de Simone de Beauvoir, survenue un jour plus tôt, émut davantage.

Deux décennies plus tard, Jean Genet est entré au panthéon des auteurs consacrés. Son oeuvre fait l'objet d'études savantes et de colloques, Le Balcon a été adapté pour l'opéra, son théâtre est publié aux prestigieuses éditions de la Pléiade. Surtout, Jean Genet est devenu le porte-drapeau de toutes les luttes. Jean Cocteau en 1943 devant les juges, Jean-Paul Sartre en 1952 dans son monumental Saint Genet comédien et martyr, André Malraux en 1966 à l'Assemblée nationale avaient déjà, avec diverses arrière-pensées, brossé le portrait d'un marginal maudit, victime de la société et implacable ennemi des puissants.

Par la suite, Genet a été enrôlé dans un nombre incalculable de causes : la lutte prolétarienne, la dénonciation du carcéral fascisant, la défense du tiers-monde, les droits des Palestiniens, la dignité des gays, etc. Celui qui se définissait comme « le lâche, le traître, le voleur, le pédé » est devenu un personnage consensuel. Pourtant, tout au long de sa vie, Genet a été l'apôtre du mal et de ses servants, depuis les indics jusqu'aux terroristes, en passant par les traîtres, les assassins d'enfants, les kamikazes et les nazis.

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Haïti, point focal de la Caraïbe

Édouard Glissant*

Drapeau haïtien    La question que je me pose est double. Je ne voudrais pas que nous regardions Haïti seulement sous l’angle du passé, quoique ce passé soit glorieux. Nous savons tous que Haïti, du point de vue de l’importance historique, est la terre mère des Antilles et de la Caraïbe, mais il me semble qu’il faut dépasser cette perspective et je suis plutôt intéressé par les énormes potentiels artistiques et culturels d’un pays qui a tellement souffert de la misère et de l’absence d’infrastructures. Il me semble qu’il y a là un miracle permanent sur lequel il faut jouer et, par conséquent, célébrer l’histoire d’Haïti, mais aussi la dépasser et voir les perspectives de création et peut-être aussi les capacités de fédération d’Haïti. Car ce qui est, peut être, un des points, un des principes qui réunit tous les acteurs de la Caraïbe est la reconnaissance d’Haïti comme point focal de la région.

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Comment se fabriquent les saints

Gisant de Saint Nicolas, à Tolentino. the art archive/gianni dagli orti

  Qu'est-ce qu'une source ? Et quelle vérité peut-on atteindre par son examen scientifique ? Cette question de base, tout historien se doit de se la poser. Sans cesse. Et immanquablement il risque de renverser les causalités, victime des " évidences " héritées des traditions historiographiques.

En reprenant les pièces de l'enquête qui ouvre à l'été 1325 le procès en canonisation d'un ermite de la marche d'Ancône, vingt ans après sa mort, enquête commandée par le pape avignonnais Jean XXII (1316-1334), Didier Lett entend faire de cette " trace de l'histoire " le vrai sujet de son étude.

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«Le monde tel qu'il est»

de Monchoachi

une invite au débat

par Roland Sabra

   Le débat commence. Monchoachi publie ces jours- ci un petit opuscule " Le monde tel qu'il est", d'un cinquantaine de pages qui se veut une réponse à celui de Chaoiseau et Glissant " Quand les murs tombent". Ce dernier écrit dans l'urgence d'une situation politique que le nécessitait, la création ignominieuse, d'un "Ministère de l'Immigration et de l'Identité Nationale" présentait les avantages et les imperfections d'un long tract qui permettait d'organiser des débats. Ce qui avait été le cas, dans plusieurs endroits du monde et notamment en Martinique. On se souvient en effet que des élèves du lycée Schoelcher, des étudiants de l'IUFM, des syndicalistes s'étaient emparés du texte et en avaient débattu avec les auteurs. A partir de la dénonciation de ce qu'ils considéraient comme une infamie, Glissant et Chamoiseau portaient sur la place publique la question de la nature d'un futur état  pour la Martinique. Etat-Nation ou Etat-Relation?

La contribution de Monchoachi est d'une autre facture. Il s'agit d'un texte réfléchi, construit autour de quelques questions que l'auteur se posent à lui-même. C'est bien évidemment la réponse préétablie qui suscite la question ! Mais cet artifice de rhétorique ne nuit nullement à l'exposé, même si la compréhension du texte peut difficilement faire l'économie d'une lecture préalable de la revue LaKouZémi, dirigée par l'auteur et qui porte comme titre "Éloge de la Servilité".

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Hommages à :
Jean-Claude Charles, écrivain et journaliste est décédé le 08 mai 2008

« Des petits juges » ballotés au gré de l'Histoire

Un ouvrage de Caroline Oudin-Bastide.

par Roland Sabra
 

Des nègres et des juges  Caroline Oudin-Bastide est historienne, spécialiste de l'histoire de l'esclavage aux Antilles françaises. Après avoir publié en 2005 «  Travail, capitalisme et société esclavagiste », elle nous livre aujourd'hui, en un peu moins de deux cents pages une étude sur l'affaire Spoutourne qui défraya la chronique martiniquaise entre 1831 et 1834. Elle montre combien les colons martiniquais, dont l'opportunisme politique les conduisit à se « faire anglais » ou français selon le moment afin de préserver au plus près de ses origines le système esclavagiste, ont été incapables de prévenir et d'anticiper sur les mouvements de fonds qui allaient conduire à l'effondrement de l'exploitation servile. Pour échapper à l'abolition le refuge dans le giron anglais n'aura fait que retarder, trop longtemps certes, l'inéluctable. L'abolition de la Traite avant celle de l'esclavage était annonciatrice de la fin. Les engagements de la France, vaincue à Waterloo, auprès des autres puissances européennes, l'ont contrainte dans un premier temps à tenter de reprendre en main la justice coloniale, jusqu'alors totalement sous la coupe des colons. Un des moyens utilisés a été l'envoi aux colonies de jeunes magistrats sur lesquels la métropole a eu l'espoir de s 'appuyer pour mettre en application l'ordonnance du 28 septembre1828, qui visait à accroitre un tant soit peu l'autonomie des magistrats vis à vis de la caste béké. Le livre décrit comment celle-ci tentait dans un premier temps de

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Dominique Berthet publie :
« André Breton, l'éloge de la rencontre »
Le lieu, la rencontre, le lieu de la rencontre, la rencontre du lieu...

par Roland Sabra
 

André Breton par Max Ernst   Le lieu est au cœur de l'œuvre de Dominique Berthet. Ses deux derniers ouvrages » Hélénon, Lieux de peinture, préface d'Edouard Glissant en 2006 et « André Breton, l'éloge de la rencontre » en 2008. Le lieu n'est pas un territoire, un enracinement. Il apparaît comme une bande Moebius abolissant un dedans et un dehors, un intérieur et un extérieur puisqu'à parcourir sa surface la rupture est effacée. Cet espace ouvert en résonance irraisonnée sur d'autres lieux avec lesquels il forme réseaux, est intensité pure, fragmentations en infinie recomposition, disjonctions inclusives. La spécificité d'un haut lieu comme Dominique Berthet le définit tient à l'épreuve de la rencontre que l'on y fait avec la multitude des objets, des êtres et des choses, du vent et des parfums, des jouissances et des peines. Le lieu et la rencontre avec soi-même dans l'image diffractée d'un kaléidoscope. Dominique Berthet travaillait depuis une douzaine d'années sur ce thème dans l'entrecroisement de voyages entre States et Eros, entre Quebec et Arizona entre esthétique et sciences de l'Art. Dans ce tissage métis la trace de Breton en Martinique, Gaspésie, Arizona, Nouveau Mexique et Haïti germait comme un rhizome dans l'insistance d'un retour qui se voulait écart, distance, différence absolue. C'est une des histoires, mais il en est d'autres, de la naissance de cet essai qu'il publie, comme le précédent chez HC Editions.

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Patrice Louis et les possibles de la non-rencontre.
A propos de son dernier livre
"Le ruban de la fille du pape"
« Je ne dois rien à personne et personne ne me doit rien »

Le ruban de la fille du pape  Il est en avance au rendez-vous. De noir vêtu à la ville comme à la télévision avec cette cravate à rayures jaunes dont il doit avoir moult exemplaires. Il est plongé dans la presse, qu'il vient d'acheter. On ne se départ pas d'une vieille maîtresse aussi facilement. Il est avenant, persuadé qu'il y a toujours à apprendre de l'autre et que la rencontre est une richesse. Dans un entretien il se comporte en vrai professionnel. Il connaît les ficelles du métier. L'interview, c'est son quotidien. Difficile de l'emmener là où il ne veut pas aller; il se dérobera prétextant la question ou le thème trop difficile pour lui. Il est venu parler de son dernier livre, de sa première fiction. Et si Breton à la recherche dans Fort-de-France en avril 1941, d'un ruban pour sa fille n'avait pas aperçu dans la vitrine de la mercerie que tenait la sœur de  René Ménil un exemplaire de la revue « Tropiques »? L'histoire en aurait-elle été changée? Probablement pas car Breton connaissait sans doute l'existence de Césaire dès 1932 comme le rappelle Dominique Berthet dans « André Breton, l'éloge de la rencontre » que nous évoquons ci-après. René Ménil avait participé à la revue « Légitime défense » et il aurait été, d'une manière ou d'une autre, à l'interface d'une rencontre obligée, entre Césaire et Breton. Mais c'est la liberté du romancier que d'imaginer une autre issue. L'écriture est limpide, sans fioritures, destinée à être lue par le plus grand nombre et elle est documentée...

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Manga : la longue filiation d'un genre devenu universel

par Philippe Pons

Manga La bande dessinée japonaise a désormais un musée international. Et pas n'importe où : à Kyoto, ancienne capitale et reposoir de la grande culture nationale. Ce musée, ouvert en 2006, situé au coeur de la ville, attire un nombre considérable de visiteurs, dont beaucoup d'étrangers. Il existe certes deux autres musées du manga, à Hiroshima et à Osaka, et une soixantaine d'autres plus petits, mais celui de Kyoto, né de l'initiative conjointe de l'université Seika et de la municipalité, est le plus riche, avec 200 000 titres. Il accueillera en septembre prochain le Sommet international du manga.

Le " mur des mangas ", du premier au troisième étage, compte quelque 50 000 albums, publiés depuis les années 1970, que les visiteurs peuvent consulter à loisir. Les " archives " recèlent des mangas publiés antérieurement, dont le plus ancien date de 1874. Dans sa forme actuelle, le manga est certes apparu au début de l'ère Meiji (1868-1912), mais il est dommage que le musée ne fasse qu'esquisser une filiation beaucoup plus ancienne.

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Frédéric Régent : un historien antillais à l'honneur !

Esclavage, colonisation Blessures françaises

 Qualifié par le Parlement de " crime contre l'humanité ", l'esclavage devient un sujet de société - sans cesser d'être un objet d'histoire. Frédéric Régent publie une synthèse magistrale de ce douloureux passé. Parallèlement, un dictionnaire passe en revue tous les aspects de la vie quotidienne dans la France coloniale. Longtemps occultée, la question de la servitude en terre d'islam commence à intéresser des chercheurs. Qualifié par le Parlement de " crime contre l'humanité ", l'esclavage devient un sujet de société - sans cesser d'être un objet d'histoire. Frédéric Régent publie une synthèse magistrale de ce douloureux passé. Parallèlement, un dictionnaire passe en revue tous les aspects de la vie quotidienne dans la France coloniale. Longtemps occultée, la question de la servitude en terre d'islam commence à intéresser des chercheurs.

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Centenaire de Joseph Lagro Suréna
 

photo de Joseph Lagrao Suréna  Le poète Joseph SURENA, connu partout sous le nom de LAGRO, aurait eu cent ans cette année. Il est né le 19 mars 1908 et il a été enterré le 7 avril 1998 à Case-Pilote.

Cet homme est venu au monde dans une famille modeste dont la légende raconte qu’elle est, dans sa lignée paternelle, d’origine caraïbe. Ceci semble se confirmer, chez chacun de ses membres par leur esprit libre et indépendant ainsi que par leur refus de toute soumission ; ce qui nous rend si insupportables aux yeux d’un certain nombre de personnes.

Ce discours a été prononcé à son enterrement par son neveu le 7 avril 1998.

L’ancien maire de Case-Pilote, Monsieur Augustin BONBOIS, a décidé avec son équipe municipale de donner le nom de JOSEPH LAGRO SURENA à la rue qui descend, à gauche de sa maison, de la Batterie à l’Autre Bord.

Nous saluons cette initiative.

G.S.

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Un candidat, américain du tiers-monde

Les Rêves de mon père

Barack Obama

Presses de la Cité, 454 pages, 21 €

 

Les Rêves de mon père de Barack Obama

  La particularité de Barack Obama est d'être un candidat " mondialisé " à la présidence des Etats-Unis. Avant lui, d'autres Africains-Américains ont concouru pour l'investiture démocrate. Une première différence est que Jesse Jackson, en 1984 et en 1988, voulait surtout augmenter l'influence de la communauté noire dans le parti, alors que M. Obama est en mesure de remporter la candidature avec, s'il y parvient, une chance sérieuse d'être élu président en novembre. La deuxième différence est que ses origines familiales et son parcours, de l'enfance à l'âge adulte, font de lui un personnage politique nouveau : un Américain du tiers-monde, qui voit les Etats-Unis de l'intérieur, mais aussi de l'extérieur. Par ses relations personnelles et intimes avec d'autres continents, il a une expérience inhabituelle, chez la plupart des Américains et singulièrement chez leurs responsables politiques, de l'existence de peuples et de cultures différents.

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L'historien Georges Bensoussan déconstruit avec force une idée reçue

  L'historien, disait Paul Veyne, est celui qui se méfie  de "ce qui va de soi ". Or il se trouve que parmi les stéréotypes les mieux partagés sur la naissance de l'Etat d'Israël - et Dieu sait s'ils sont légion ! -, il en est des plus coriaces. Notamment celui qui voudrait que l'Etat juif soit né de la Shoah, comme si la destruction du judaïsme européen en avait constitué la matrice. C'est François Mauriac, plein de bons sentiments, s'exclamant dans les années 1950 : " Sion a ressurgi des crématoires et des charniers. La nation juive est ressuscitée d'entre ces millions de morts. " C'est précisément cette fausse évidence que réfute ici avec force Georges Bensoussan, l'un des meilleurs spécialistes de l'histoire intellectuelle du sionisme en France. L'historien, qui est aussi le rédacteur en chef de la Revue d'histoire de la Shoah et directeur de l'excellente collection du " Mémorial de la Shoah " aux éditions Calmann-Lévy, était donc particulièrement bien placé pour analyser cette illusion rétrospective. Illusion d'autant plus brûlante qu'on la voit aujourd'hui réapparaître, sous des variantes nettement moins bienveillantes, dans le monde arabe comme au sein de l'ultragauche.

 

L’Afrique répond à Sarkozy

Contre le discours de Dakar

Ul Livre collectif14,5 x 22 cm, 480 pages, 19,80 € ISBN : 978-2-84876-110-7

Le 26 juillet 2007 à Dakar, lors de sa première visite en Afrique  subsaharienne, Nicolas Sarkozy a profondément blessé les Africains par un discours qui se voulait pourtant amical. Son adresse « fraternelle » à la jeunesse du continent, supposée fonder la nouvelle politique africaine de la France, n’a en effet trompé personne. Elle est vite apparue comme une grossière tentative de maquiller publiquement en œuvre de bienfaisance les crimes de ses ancêtres.

Les paroles de Nicolas Sarkozy, émaillées de clichés racistes, ont été centrées sur un mythique homme africain, sur l’âme de l’Afrique, sur la Renaissance africaine, dont il fait du reste une lecture bien suspecte.

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Histoire sensible des jouissances

   Alain Corbin explore les discours sur le plaisir, depuis l'époque des libertins jusqu'à l'avènement du discours scientifique

Une peinture, mais faite d'abord de mots, d'idées, de suggestions. Car les images, dans le domaine de la sexualité et de l'érotisme, ne sont pas tout. Les gravures libertines du XVIIIe siècle ou polissonnes du XIXe, quelle que soit leur audace, ne disent qu'une infime partie de ce tout dont l'esprit s'échauffe ou s'enflamme mais qu'il peine toujours à embrasser. A la perspicacité du chercheur, à son esprit de classement et à son art des croisements s'offre une masse de textes - précis de médecine, romans pornographiques, traités de morale, manuels conjugaux ou " arts de foutre ", écrits intimes, divagations diverses...

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Alexis Wright. Cette romancière remue l’Australie blanche en évoquant le destin tragique de son peuple, laminé par l’assimilation forcée.

par Catherine Coroller

Alexis Wright

  C’est un tournant dans sa vie. Voilà que l’Australie blanche, celle qui mène depuis deux cents ans une politique d’anéantissement de ses ancêtres aborigènes, a décerné à Alexis Wright le plus prestigieux prix littéraire du pays. Et voilà aussi queCarpentaria est un phénomène littéraire. Publié par un petit éditeur après avoir été refusé par tous les gros, il en est à sa septième réimpression et s’est vendu à 30 000 exemplaires contre 2 000 à 3 000 habituellement en Australie. Et voilà enfin que certains lecteurs représentant cette même Australie blanche sont venus lui demander pardon lors des rencontres organisées pour la présentation de son roman à travers tout le pays.

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Postures de Mailer

 

Par Pierre Assouline

La mort de Norman Mailer  Il y a comme ça des rencontres qu’on s’en veut de n’avoir pas photographiées. Non seulement des rencontres de personnes remarquables, mais des rencontres de croisements d’évènements qui valent d’être fixées en une image. Ainsi tout à l’heure, en débarquant à l’aéroport JFK de New York, je poursuivais ma lecture d’un essai passionnant tout en faisant la queue devant les guichets de l’immigration, un livre de Jérôme Meizoz intitulé Postures littéraires et sous-titré Mises en scène modernes de l’auteur (205 pages, Slatkine, Genève). Une analyse brillante non seulement de la mise en scène médiatique d’un trait physique ou d’un geste d’un auteur, mais encore, sans aucune connotation péjorative, une façon de faire face, de faire bonne ou mauvaise figure aux avantages et inconvénients de la position qu’il occupe sur la scène littéraire.

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Georges Castéra, Prix Carbet 2006

Un langage à double canon pour dire l’indifférence

 par Jean Durosier DESRIVIERES

 Ces rencontres organisées en ce mois de novembre, ayant pour thème ou problématique : « Marcher sur nos morts », coïncident harmonieusement au mois des Guédés, en Haïti. Pour ceux qui l’ignorent, je dirai succinctement que les guédés sont des loas, des génies ou des esprits du Vaudou : ce sont des loas de la mort, mais aussi de la vie, car de la putréfaction renaît la vie immortelle. Ce sont les loas les plus étranges du panthéon vaudou, dit-on : leur rituel dévoile le tragique le plus macabre et l’érotisme le plus débridé. Barron Samedi, aussi dénommé Barron Cimetière ou Barron Lacroix, serait la figure la plus représentative des guédés. En effet la croix de Barron, symbole des guédés, indique la croisée des chemins qui guette tout un chacun. Et on y parvient tous, chacun à son heure. La croix de Barron, c’est ce pieu vertical qui renvoie au phallus (éros, la vie) et cette bande horizontale qui renvoie au tombeau (thanatos, la mort).

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Le sexe, le sexe, le sexe...
C'est l'Enfer !
Eros Secret à la Bibliothèque nationale

 

  Enfer n'existe pas. Pouvez vous dissiper. " Le télégramme, signé André Gide, avait été adressé à François Mauriac, quelques jours après la mort de l'auteur de Corydon. Si l'enfer n'existe plus dans l'au-delà, il est toujours présent ici-bas : la Bibliothèque nationale de France le montre, en une exposition qui fera date. Sous-titrée " Eros au secret ", elle présente son département le plus sulfureux. Car, à l'heure du porno à la télévision et sur le Net, l'" enfer " de la BN traîne toujours une aura scandaleuse : la manifestation n'est-elle pas interdite aux moins de 16 ans ? Une mesure suffisamment rare pour être soulignée.

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La littérature au corps

 

Jean-Yves Cendrey  D'emblée, quelque chose dit que cet homme-là pourrait faire le coup de poing. C'est

 qu'il a un physique de lutteur, Jean-Yves Cendrey - pas très grand mais compact, avec un crâne rasé de mercenaire et des yeux brillants qui se plantent droit dans les vôtres. A l'opposé des écrivains romantiques, délicats, vite effarouchés, lui pratique l'écriture comme un sport de combat : ne jamais céder un pouce de terrain au consensus, ne jamais s'incliner devant la bienséance ou les vérités toutes faites.

Un esprit de résistance qui s'est manifesté dès son premier livre, Principes du cochon (POL, 1988), et encore plus depuis que ses romans, Les Jouets vivants (L'Olivier, 2005), puis Corps ensaignant (Gallimard, 118 p., 11,50 euros), ont semé le trouble dans l'univers de la fiction française. En dénonçant des affaires de pédophilie à l'école, l'écrivain a sorti la littérature des bibliothèques pour en faire une bombe dirigée contre les abus de pouvoir et la lâcheté.

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La réception littéraire et politique de René Maran par l'Amérique Noire:
influences ou malentendus?

par Anthony Mangeon

René Maran et l'Amérique noire  Pour illustrer l'importance de René Maran dans l'histoire littéraire, les critiques ont souvent, et à fort juste titre, souligné son rôle de médiateur entre les mouvements culturels de l'Amérique Noire et de la Négritude francophone (Fabre: 1985, Edwards: 2003). Les écrivains de la Renaissance de Harlem le revendiquent comme un modèle, les théoriciens de la Négritude s'en réclament comme d'un précurseur, et Maran occupe cette intéressante position d'être tout à la fois un repère et un trait d'union, un intermédiaire et un inspirateur. Dès qu'on examine cependant quelle fut la véritable réception de ses textes, de ses positions esthétiques, et de ses engagements politiques par les uns et par les autres, ce sont d'emblée certains quiproquos qui se laissent découvrir, par-delà l'hagiographie et les filiations proclamées. Lorsque l'œuvre de René Maran fait l'objet, dans l'Amérique Noire des années vingt, d'une bruyante publicité, ce sont moins les qualités littéraires d'un "véritable roman nègre", Batouala, que l'accomplissement et la reconnaissance d'un "écrivain noir" qu'on célèbre chez le lauréat du Prix Goncourt 1921; et alors que Léopold Sédar Senghor salue de son côté, dès son premier article de L'Étudiant Noir, ce qu'il appelle L'Humanisme Noir de René Maran (1935: 2), c'est précisément en s'inscrivant en porte-à-faux avec "l'anthroponégrisme" -qu'il reconnaît et déplore chez les écrivains et penseurs noirs américains- que René Maran prendra, quant à lui, la parole dans Présence Africaine.

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Qui était vraiment René Maran, le premier Goncourt Noir ?

par Selim Lander

     Le 14 décembre 1921, l’Académie Goncourt a couronné un jeune écrivain de 34 ans, René Maran, pour son roman Batouala. Au cinquième tour de scrutin ne restaient plus en lice que L’Épithalame de Jacques Chardonne et Batouala. Avec cinq voix contre cinq les deux romans étaient à égalité. Le second l’a emporté grâce à la voix prépondérante du président Gustave Geoffroy. Les autres candidats de cette année-là n’ont guère marqué l’histoire littéraire, à l’exception de Pierre Mac-Orlan qui concourrait avec La Cavalière d’Elsa. Comme le nom l’indique, Batouala est un roman africain. Par contre le nom de l’auteur ne révèle pas qu’il s’agit d’un noir, « le premier Goncourt noir ».

René Maran est né le 5 novembre 1887 sur le bateau qui menait ses parents d’origine guyanaise à Fort-de-France. Comme c’est là où sa naissance a été enregistrée, on le présente souvent comme un écrivain de Martinique. En réalité, il n’est resté sur cette île que les trois premières années de sa vie, avant de déménager avec sa famille au Gabon où son père devait poursuivre sa carrière d’administrateur colonial. Il est resté peu de temps là aussi puisque, dès l’âge de sept ans, on le retrouve pensionnaire au petit lycée de Talence, en Gironde. Il connut ainsi la jeunesse mélancolique des enfants de coloniaux, des quasi-orphelins qui n’avaient droit à la présence de leurs parents que pendant un semestre tous les trois ans, au rythme des congés administratifs…

 

Le Réveil de la diaspora créole

La pan-créolité : une identité à conquérir…

par Rodolf Etienne

Intervention de Rodol Etienne

 

Récemment à la Martinique, plus précisément à l’Université des Antilles-Guyane, avait lieu un colloque intitulé « Les approches interculturelles en langues, en littérature et en civilisation : quelles heuristiques ? ». Durant trois jours, plusieurs spécialistes européens et caribéens proposaient leurs réflexions, offrant à l’auditoire une riche étude de la question.
Pour avoir effectué quelques recherches sur la notion de l’interculturalité, je sais que dans les Mascareignes, à la Réunion, l’île Maurice et les Seychelles cette notion, très impliqués dans le développement culturel et identitaire des populations, a également fait l’objet de nombreuses analyses. Ces analyses, ici, ont permis de mieux envisager un phénomène qui, aujourd’hui, touchant au monde dans son ensemble, le bouleverse et le transforme. Edouard Glissant, développant le concept du Tout-Monde, nomme ce phénomène « Relation » ou « Créolisation ».
De nombreuses questions posées lors de ce colloque trouveraient un écho favorable ici. Je vous en propose quelques-unes, qui vous sont certainement familières : Peut-on comprendre une autre culture ? (sous-entendu, dans notre cas, une autre culture « créole »). Ou encore : Communautés linguistiques et communautés culturelles : quelles parallèles ? Encore : Les paradoxes de l’interculturalité dans un monde globalisé.

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De l'orthographe du créole

par Serge Harpin

Serge Harpin dans son bureau  L’agitation médiatique autour de « la dictée créole » et les commentaires de quelques-uns des promoteurs de l’opération ne sauraient être analysés autrement que comme l’offensive d’un petit groupe pour imposer son point de vue sur l’orthographe du créole ; ceci dans un contexte d’évolution institutionnelle « annoncée » sur les langues régionales.
La manœuvre s’accompagne, il fallait s’y attendre, d’une tentative subreptice de mettre fin à tout débat sous le couvert d’un unanimisme de façade.
Au risque de subir les foudres des gardiens du temple, il nous a paru moralement et intellectuellement indispensable de lever l’interdit pour interroger quelques-uns des présupposés sous-jacents à la conception de l’orthographe du créole du GEREC.
QUI A AUTORITE SUR LE CHOIX DE L’ORTHOGRAPHE D’UNE LANGUE ?

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