Ernesto Sábato, la mort d'un géant
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L'écrivain, monstre sacré de la littérature argentine,
est décédé le 30 avril, à 99 ans.
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L'écrivain Ernesto Sábato, décédé samedi à l'âge de 99
ans, physicien, peintre et intellectuel engagé, était le
dernier des géants de la littérature argentine du XXe
siècle, aux côtés de Jorge Luis Borges, Adolfo Bioy
Casares et Julio Cortázar. Trois romans, traduits dans
plus de 30 langues, lui apportent la consécration
internationale : Le tunnel (1948), salué par Albert
Camus et Graham Greene, Héros et tombes (1961, publié en
français sous le titre Alejandra) et L'ange des ténèbres
(1974).
Il ne cessera plus de publier tout au long de sa vie,
obtenant le prix Cervantes de littérature en 1984, la
plus haute distinction de la littérature en langue
espagnole. Son essai Avant la fin (1999), considéré
comme son testament spirituel, balance entre la foi et
le scepticisme. Dans sa jeunesse, il avait été
secrétaire des Jeunesses Communistes : il avait cru "à
la Révolution". Mais son scepticisme avait fini par
l'emporter. Il se définissait parfois comme "anarchiste
chrétien", ou comme "athée".
Paris
Il naît le 24 juin 1911 à Rojas (province de Buenos
Aires), dixième d'une famille de onze enfants. Pour ses
biographes, sa personnalité torturée devait beaucoup au
fait qu'il portait le même nom que son aîné, mort en bas
âge. Sábato se consacre d'abord à la physique, tout en
suivant des cours de philosophie à l'Université de la
Plata. Après l'obtention de son doctorat, il travaille à
Paris au laboratoire des Curie. Il mène une double vie :
le soir, à Montparnasse, il fréquente les surréalistes
et se veut poète. Le jour, il se passionne pour la
fission de l'atome.
Sábato disait qu'il avait vécu à Paris trois crises de
son existence : lorsque, militant communiste, il s'y
était réfugié pour échapper à un stage de rééducation à
l'École léniniste de Moscou, quand il travaillait avec
les Curie et craignait de déclencher l'Apocalypse et
lorsqu'un ami surréaliste lui avait proposé un suicide
conjoint. Une fois rentré en Argentine, après un passage
au Massachusetts Institute of Technology (MIT,
Cambridge, États-Unis), il reprend ses travaux sur la
relativité.
"Jamais plus"
À partir de 1945, toutefois, il se consacre entièrement
à la littérature. Son oeuvre se partage entre le roman
et l'essai. "J'écris car autrement je serais mort : pour
chercher le sens de l'existence", a-t-il dit. Sábato,
qui aimait peindre, se voulait avant tout un homme
engagé.
Au retour de la démocratie, en 1984, il est nommé par le
gouvernement de Raul Alfonsín président de la Commission
d'enquête sur les quelque 30 000 personnes disparues en
Argentine pendant la dictature (1976-1983). La
commission publie le rapport "Nunca más" ("Jamais
plus"), dont il écrit le prologue. Il parle alors de
"descente aux enfers". À propos d'un autre géant des
lettres argentines, Jorge Luis Borges, il disait : "Nous
fûmes amis, mais la politique nous sépara." "J'ai
toujours été également antipéroniste, mais apparemment
pour des motifs très différents", a-t-il ironisé.
Dans les années 1990, il a souvent pris la défense des
trains dont le réseau public était démantelé dans le
cadre de la vague ultralibérale lancée par le président
Carlos Menem. "Seuls ceux capables d'incarner une
utopie, avait-il dit à la jeunesse, pourront prendre
part au combat décisif pour récupérer l'humanité
perdue." En dépit de sa célébrité, Sábato a vécu
modestement ses dernières années dans sa petite maison
de Santos Lugares, avec sa fidèle secrétaire devenue sa
compagne, Elvira González Fraga.
Le Point.fr - Publié le 02/05/2011 à
12:28 - Modifié le 02/05/2011 à 12:29
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