
LA
HAVANE, le 29 novembre (Jorge Diego
Rodriguez, Cuba Press) – «Cuba:
La faillite d’une utopie»,
d’Olivier Languepin, est une
livre qui vient d’être
publié en France par les Editions
Gallimard.
L’œuvre
comprend une interview avec Elizardo
Sanchez Santa Cruz, président
de la Commission Cubaine des Droits
de l’Homme et de la Réconciliation
Nationale, sur la situation cubaine
actuelle, le rôle de l’opposition
et la possibilité d’une
transition.
Le
livre relate aussi une conversation
entre son auteur et le poète
et journaliste indépendant
Raul Rivero, directeur de l’agence
alternative de nouvelles Cuba Press.
«Cuba:
La faillite d’une utopie»,
publié en français,
passe en revue le débâcle
économique des années
90, plusieurs sujets d’aspect
religieux et le traitement du gouvernement
de phénomènes comme
l’homosexualité, la prostitution
et le sida, parmi tant d’autres.
Olivier
Languepin, licencié en Sciences
Politiques et journaliste, pénètre
plus profondément les faits
et processus qui ont servi de modèle
depuis l’arrivée au pouvoir
du castrisme. Il s’arrête
ainsi sur le rôle du Che Guevara,
la Crise des Missiles, l’exportation
de la révolution, la copie
du modèle soviétique
et le cas Ochoa, parmi d’autres
événements.
Dans
cet essai, le journaliste français
offre de la même manière
une vision objective et mesurée
de l’étape de la dictature
de Batista.
Il
présente en plus un portrait
des personnalités du régime
castriste, et une interview accordée
par Ricardo Alarcon, président
de l’Assemblée Nationale,
au journal français La Tribune.
Traduction:
Genevieve Tejera
CubaNet
News, Inc.
145 Madeira Ave, Suite 207
Coral Gables, FL 33134
(305) 774-1887
Publié
sur Cubantrip.com
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INSTITUT
DE RELATIONS INTERNATIONALES ET STRATEGIQUES
Cuba.
La faillite d’une utopie
Olivier Languepin - Paris, Gallimard,
coll. Folio et Le Monde Actuel, 1999,
270 p.
Cuba
est à la mode. Les touristes
s’y pressent ; ils devraient
atteindre, cette année, la
barre des deux millions. Les diplomates
aussi : la direction du personnel
du Quai d’Orsay croule sous
les demandes de mutation à
destination de La Havane.
C’est
que l’île caraïbe
semble vivre une délicate transition.
La chute de l’empire soviétique,
la désintégration du
Comecon (auquel Cuba avait adhéré
en 1972) n’ont pas eu raison
de la révolution castriste.
Malgré la terrible récession
qui a frappé l’île
entre 1989 et 1993 (le PIB cubain
n’a pas encore rattrapé
son niveau de 1989), le Lider maximo
tient toujours solidement les rênes
du pouvoirs. Mieux : il semble avoir
renforcé son autorité
en effectuant, sur la scène
internationale, une remarquable percée
diplomatique. Après le pape
en janvier 1998 et le premier ministre
canadien, Jean Chrétien, en
avril (le premier chef d’État
en exercice du G7 à se rendre
à Cuba), Castro a accueilli
le roi d’Espagne lors du sommet
ibéro-américain de La
Havane de novembre 1999. Si le retour
au sein de l’OEA (Organisation
des États américains)
se heurte au veto américain,
l’adhésion de Cuba à
l’Aladi (Association latino-américaine
d’intégration) et au
Caricom (Communauté des Caraïbes)
n’est plus qu’une question
de temps. Et Cuba devrait bientôt
être admis au sein du groupe
des pays ACP (Afrique, Caraïbes,
Pacifique) éligibles aux régimes
préférentiels communautaires
définis par la Convention de
Lomé.
Pour
autant, cette remarquable percée
diplomatique ne doit pas cacher la
crise que traverse un régime
véritablement à bout
de souffle. Pour faire face à
la crise économique les dirigeants
cubains ont mis en place, à
la faveur de la «période
spéciale en temps de paix»,
un processus dangereux. Non sans hésitations
(la politique économique cubaine
de cette dernière décennie
a pu être comparée à
la conga, une danse populaire où
l’on alterne un pas en avant
et un pas en arrière) s’est
mise en place une timide libéralisation
économique. La circulation
du dollar a été autorisée,
consacrant la dollarisation de fait
de l’économie. Les capitaux
étrangers sont acceptés
et même attirés : la
participation étrangère
peut atteindre 100 % du capital des
entreprises (mais avec l’accord
de l’État à qui
les salaires doivent être versés).
L’initiative privée a
été reconnue : des paladares,
petits restaurants familiaux, se sont
multipliés tandis que les petites
professions indépendantes (plombiers,
menuisiers, coiffeurs, taxis ...),
les cuentapropistas, se sont vus autorisées.
Cette libéralisation économique,
aussi timide soit-elle, a donné
naissance à une classe moyenne
(l’agence de presse officielle
Granma préfère parler
de «strate parasitaire qui s’enrichit
et vit comme des bourgeois»),
dont l’expression politique
fragilisera inévitablement
l’État.
La
seconde inconnue qui pèse sur
l’avenir cubain est celle de
l’inévitable succession
castriste. Né en 1926, Castro
cumule les fonctions de président
du Conseil d’État, de
premier secrétaire du PCC et
de commandant en chef des armées.
Il n’est pas, à proprement
parler, haï par son peuple. «Il
est plus une sorte de grand-père
encombrant dont on n’arrive
pas à se défaire et
dont on attend avec résignation
la mort pour pouvoir enfin s’amuser
un peu ...» (Languepin, p. 239).
Si personne n’ose évoquer
l’après-castrisme, la
question est dans tous les esprits.
Une génération montante
de technocrates émerge, timidement.
Elle est entraînée par
Carlos Lage, actuel vice-président
du Conseil des ministres. Coqueluche
de la presse occidentale, il est l’homme
de l’ouverture économique
de Cuba aux investisseurs étrangers.
Derrière lui se profilent la
silhouette de Ricardo Alarcon, qui
a longtemps occupé les fonctions
de représentant permanent auprès
de l’Onu, aujourd’hui
président de l’assemblée
nationale du pouvoir populaire, et
de Roberto Robaina, l’ancien
dirigeant de l’Union des jeunes
communistes, ministre des Affaires
étrangères de 1993 à
1999.
Quelles
sont les options possibles pour cette
jeune garde ? Le constat d’Olivier
Languepin est plutôt pessimiste.
Cuba incarne pour lui «la faillite
d’une utopie» : une économie
«dans la tourmente», une
société «sans
certitudes» et, au bout du compte,
une introuvable alternative pour une
opposition émiettée.
André Linard est à la
fois plus optimiste et plus utopiste.
Il fait d’abord, objectivement,
le constat paradoxal de l’échec
du régime et de l’absence
d’une «attitude généralisée
de révolte» (Linard,
p. 50). Il parie ensuite sur l’émergence
d’une société
civile autonome (organisations de
défense des droits de l’homme,
Églises, coopératives,
bibliothèques privées,
embryons de presse et de syndicats
indépendants...) brisant le
monopole du PC.
Parier
sur la capacité du régime
cubain à se réformer
de l’intérieur est sans
doute pertinent et sage. Cela vaut
incontestablement mieux que le désir
de vengeance que nourrit la diaspora
cubaine à Miami, il est vrai
affaiblie par la disparition de son
chef charismatique, Jorge Mas Canosa.
Pour autant, ces analyses ressemblent
trop à celles que nourrissait
l’URSS dans les années
70 pour convaincre totalement. À
l’époque, les kremlinologues
avaient eux-aussi compté sur
la capacité du communisme soviétique
à se réformer de l’intérieur.
N’était-ce pas là
le pari de Mikhaïl Gorbachev
? Pourtant, l’Histoire allait
montrer que le marxisme-léninisme
n’était pas réformable
(sauf à limiter, comme la Chine
et le Vietnam en font l’expérience,
les libertés au seul champ
économique) et que les aspirations
de la population à plus de
liberté et de richesse l’emportent
sans peine sur le gradualisme des
équipes dirigeantes.
Note
rédigée par : Yves Gounin
- été 2000