Article à paraître dans le
numéro 15 de KAZ A SYANS,
bulletin du Centre de culture
scientifique, technique et
industrielle de la Guadeloupe
ARCHIPEL DES SCIENCES.
UNE PRESENTATION MEDIATIQUE
DE L’AFFAIRE
DU CHLORDECONE :
LA SESSION DU GREPP (*) DU 28
FEVRIER 2007
VUE PAR France-ANTILLES DU 2
MARS 2007
_______
La une est barrée au quatre
cinquième avec, en gros
caractère « CHLORDECONE TOUS
CONTAMINES ! » Mais il y a
un petit encart, au dessus du
gros titre, qui énumère des
thèmes, et là on lit : « Une
étude confirme qu’une forte
proportion de la population est
imprégnée par la molécule du
pesticide ». Donc, en gros :
« TOUS », en petit : « une
forte proportion ». Il ne
faut pas faire dans la nuance
pour ameuter les lecteurs ! Où
est la vérité ?
A la page 2, autour de dessins
de Pancho, style « alliens » ou
fantômes d’Halloween, ça
continue avec, en gros : « CHLORDECONE
La contamination plus large
qu’on le craignait » Mais
c’est au dessus d’un texte où on
peut lire :
1. Une bonne nouvelle : les
niveaux de contamination relevés
restent acceptables.
2. De nouveaux aliments ont été
identifiés comme touchés par les
pesticides, mais leur taux de
contamination ne dépasse pas les
limites maximales en vigueur.
3. Les légumes racines sont
contaminés au chlordécone, mais
vraisemblablement avec des
niveaux moyens inférieurs à ce
qu’on avait vu par le passé.
4. Il n’y a pas de signaux
d’alertes particuliers par
rapport à ces nouvelles
informations.
5. Des centaines d’analyses sont
diligentées chaque année pour
contrôler la teneur en
chlordécone des eaux et des
denrées destinées à la
consommation : les résultats de
ces analyses sont plutôt
rassurants, puisque seuls deux
prélèvements – l’un pour de
l’eau, l’autre pour de l’igname
– ont été déclarés non
conformes.
6. On sait, après étude, que le
chlordécone n’agit pas sur la
fertilité masculine.
Donc, on sait relativiser, mais
le lecteur pressé, qui se
contente des titres, ne le saura
pas.
A cela s’ajoute un amalgame
entre la fréquence des
contaminations dans les
échantillons d’individus
observés et la dangerosité des
doses individuelles. Il est
exact que 100 % des individus de
l’échantillon des femmes
observées a du chlordécone dans
la graisse abdominale ; et on ne
saurait s’en étonner en sachant
que les captages du
Sud-Basse-Terre ont alimenté
toute la Guadeloupe pendant bien
des années avant l’alerte
officielle de 1999-2000 et la
mise en place des filtres à
charbon actif. ; mais il est
aussi important de dire, d’une
part, que les doses maximales
observées sont de 0,104
milligramme par litre dans
l’échantillon des hommes et
0,032 milligramme par litre
dans celui des femmes et,
d’autre part, que c’est au
dessus de 1 milligramme par
litre que des symptômes de
maladies ont été observés
( USA, Hopewell, 1977) (**). De
plus, ne devrait-on signaler,
qu’à cette même session du 28
février 2007, le Dr MULTINIER
(INSERM) a indiqué qu’au bout de
15 ans aucun symptôme de cancer
n’avait été observé chez les
victimes de Hopewell, et que les
symptômes de maladies
régressaient ? Cela ne préjuge
pas des évolutions ultérieures
ici ou là, mais le plus négatif
doit-il amener à taire des
vérités ?
Enfin, faute sans doute d’une
connaissance du dossier
suffisante par le rédacteur, et
notamment de la session
précédente, celle du 17 mars
2006, il souligne dans un encart
les risques accrus pour des
consommateurs de légumes des
jardins familiaux. Or, en mars
2006, le résultat d’une étude de
78 jardins de la zone contaminée
a montré une contamination de
leur sol trois fois moins élevée
que celle des sols agricoles de
la zone, et n’a pas trouvé trace
de chlordécone dans les
productions récoltées. On ne
saurait généraliser à partir
d’un si faible échantillon,
certes, mais faut-il cacher ce
résultat ?
A travers ces exemples il est
clair que la tendance de
« l’information » médiatisée est
de maximiser le négatif, en
faire la base du sensationnel,
d’où un effet d’hypnose et de
découragement du lecteur face
aux malheurs actuels et
obligatoirement prochains, qui
en fait un « accro » du
feuilleton de la saga des
horreurs et lui ôte tout esprit
critique. Alors qu’à user de
celui-ci, il s’apercevrait que
bien de bons articles de ce même
France-Antilles peuvent
contribuer efficacement à son
information, par exemple ceux du
11 mars 2003 (Banane et
pollution durable) et du 9
janvier 2003 (Non aux
agriculteurs pollueurs)….
Lucien Degras
(*) GREPP : Groupe Régional
d’Etudes sur le Produits
Phytosanitaires (GUADELOUPE) ;
en MARTINIQUE c’est le GREPHY.
(**) On peut argumenter, avec le
Pr Dominique Belpomme (Ces
maladies créées par l’homme,
2004), que l’accumulation de
petites doses peut être plus
néfaste que l’intoxication aigue
d’une forte dose ; mais il y a
aussi chez l’homme comme chez
tous les êtres vivants, des
capacités d’accoutumance, plus
précisément ici d’accoutumance
pharmacodynamique qui réduisent
ou suppriment les effets
négatifs des toxines. On connaît
une analyse démonstrative de ce
processus et de réactions
apparentées dans le cas de la
détoxification à l’égard la
toxine du manioc ( Fatimah L. C.
Jackson, Les conséquences
bioculturelles de la
consommation du manioc sur le
métabolisme et la
micro-évolution de l’Homme,
1996)