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Je suis étonné de voir reproduire ici un article de Pascal Laîné disculpant l'antisémitisme de Céline, comme si c'était une "bagatelle". Si vous accordez le droit de réponse, pourriez-vous publier cet extrait de quelques perles du soi-disant "plus grand écrivain du XX° siècle".

Rafael Lucas*

* Rafaël LUCAS, Universitaire haïtien.

Après une licence d'espagnol, une agrégation de portugais et une thèse sur la représentation du peuple dans l'œuvre de Jorge Amado, Rafaël Lucas, d'origine haïtienne, maître de conférences à l'Université de Bordeaux 3 (Institut Ibéro-Américain), a effectué des travaux de recherche dans le domaine caribéen, en étudiant les relations entre littérature, histoire et anthropologie dans le domaine caribéen.

Il enseigne les littératures et cultures lusophones, ainsi que l'interculturalité.

Eminent spécialiste de l'esclavage européen et des diasporas africaines, il parle plusieurs langues: créole, français, swahili, anglais, wolof, portugais, peul, espagnol, arabe, hébreu.

Rafaël Lucas est l'auteur de plusieurs articles et conférences.
Il est rédacteur en chef du magazine Afiavi (Bordeaux).

mondesfrancophones.com/author/rlucas

 

 

CELINE BAGATELLES



Etre un écrivain ne dégage pas de ses obligations vis-à-vis du reste de l'humanité. Céline, en toute connaissance de cause, a diffusé une haine raciste contre les Juifs. Il l'a fait avant la guerre, dans un roman odieux d'un bout à l'autre : "Bagatelles pour un massacre".
     Il le présente lui-même, avec jubilation, comme une oeuvre antisémite :


Avant même la parution de l'ouvrage, l'écrivain évoque dans sa correspondance le thème de Bagatellesqu'il considère central, à savoir les juifs et son antisémitisme :
- "Je vais sortir un livre : Bagatelles pour un massacre un livre sur les juifs" (lettre à E. Pollet)
- "Je viens de publier un livre abominablement antisémite, je vous l'envoie. Je suis l'ennemi n°1 des juifs" (lettre au Docteur W. Strauss)
- "Vous allez recevoir par la poste mon nouveau livre. Bagatelles pour un massacre, très fortement antijuif." (lettre à John Marks, son éditeur américain)

L'ouvrage est très diffusé : 
plus de 20.000 exemplaires pour le premier tirage, très vite épuisé, et autour de75.000 vers la fin de la guerre





Examinons le "style" de cet écrivain :

 "Les 15 millions de juifs enculeront les 500 millions d'Aryens." 

Bagatelles pour un massacre, 1937, p.127.


 "Personnellement je trouve Hitler, Franco, Mussolini fabuleusement débonnaires, admirablement magnanimes, infiniment trop à mon sens, pacifistes bêlants pour tout dire, à 250 prix Nobel, hors concours, par acclamations ! Ça durera peut-être pas toujours. Les glaves ça retombe quelquefois."

 L'École des cadavres, 1938, p.62


 " Racisme d'abord ! Racisme avant tout ! [...] Désinfection ! Nettoyage ! Une seule race en France : l'Aryenne. [...] Trois groupes aryens ! Les Alpins (les plus nombreux), les Nordiques, les Méditerranéens : Aryens tous ! Et c'est marre, et c'est tout."

L'École des cadavres, 1938


 " Nous nous débarrasserons des Juifs, ou bien nous crèverons des juifs, par guerres, hybridations burlesques, négrifications mortelles. Le problème racial domine, efface et oblitère tous les autres." 

L'École des cadavres, 1938


 " Distinction entre les bons Juifs et le mauvais Juifs ? Ça rime à rien. Les Juifs possibles, patriotes, et les Juifs impossibles, pas patriotes ? Rigolade ! Séparer l'ivraie du bon grain. [...] Le chirurgien fait-il la distinction entre les bons et les mauvais microbes ?"

L'École des cadavres, 1938


Voici comment l'historien Robert Soucy, professeur émérite à Obelin College (Ohio, Etats-Unis), analyse l'antisémitisme de Céline :

 

       Après 1936, [Céline] écrivit trois ouvrages antisémites qui, eux, n'ont pas droit à des critiques dithyrambiques : Bagatelles pour un massacre (1937), L'Ecole des cadavres (1938) et Les Beaux Draps (1941). Ils mettent en lumière son admiration pour l'Allemagne nazie et, en outre, son attachement à un grand nombre d'idées que les fascistes français propageaient depuis 1924, y compris un réalisme "viril" qui fulmine contre le marxisme, le libéralisme, la franc-maçonnerie, la démocratie, le matérialisme, l'hédonisme, le rationalisme et le féminisme.
     Dan son cas, ces opinions s'accompagnent d'un antisémitisme de bas étage des plus haineux, même s'il s'exprime d'une manière très moderne. Selon Céline, les Juifs ne se bornent pas à dominer la france sur les plans politiques, économique, social et culturel ;  ils constituent en plus une menace sur le plan sexuel, et plus précisément homosexuel. Selon Céline, les Juifs sont des "enculés" qui prennent de force les Aryens par derrière. Se montrer docile avec les Juifs, c'est courir le risque de se faire violer par eux.



Il explique que les Juifs sont des sodomites brutaux, des fornicateurs sans retenue, « hybrides afro-asiatiques, un quart ou à moitié nègres et métèques ». « Les Juifs, racialement, sont des monstres, des hybrides loupés, tiraillés, qui doivent disparaître. [...] Le Juif n'a jamais été persécuté par les Aryens. Il s'est persécuté lui-même. Il est le damné de sa propre substance, des tiraillements de viande d'hybride. [...]  Les Youtres c'est comme les punaises. [...] Quand t'en prends une seule dans un plume, c'est qu'elles sont dix mille à l'étage ! Un million dans toute la crèche. [...] Ohé ! Oyez la Juiverie ! [...] Je vous entend branler ! fouiller ! foutriquer vos poubelles ! [...] Plus vils que le banc des rhinos dans la fiente en panique ! » Il juge l'antisémitisme de l'Action Française trop tiède, trop "feutré", trop littéraire : « Si vous voulez dératiser un navire, dépunaiser votre maison, vous n'allez pas dératiser à demi, dépunaiser seulement votre premier étage ? Vous seriez certains d'être envahis dans un mois, par dix fois plus de rats, vingt fois plus de punaises. »



Une des grandes caractéristiques de la pensée de Céline est sa fierté d'être un réaliste dur, son mépris pour tout ce qui a un relent d'hypocrisie victorienne, de sensibilité humanitaire ou de tendresse libérale. [...] Céline présente son antisémitisme comme une forme de bravoure personnelle, une preuve qu'il a plus de "couilles" que la plupart des écrivains de son temps. Ce genre de virilité est caractéristique des fascistes : elle ne tient pas compte de la douleur qu'elle inflige, ou qu'elle espère infliger aux victimes. Pour Céline, la compassion est faiblesse et la brutalité est force. Etre faible, c'est courir le risque de se faire sodomiser par le Juif ou d'être réduit en esclavage par le marxiste. [...]


Robert Soucy,
Fascismes français ? 1933-1939, Mouvements antidémocratiques
,
Collection Mémoires, Editions Autrement, 2004,
pp 415-420