La
légende en prend un coup, et
l'image du dernier grand dictateur
communiste en exercice sort sérieusement
malmenée de cet exercice salutaire.
On s'y attendait un peu, mais cette
fois les choses sont claires : Castro
est bien ce dictateur maniaque, manipulateur,
cynique et obsédé du
pouvoir, loin, très loin de
cette image de justicier luttant seul
contre l'agression américaine.
Fidel Castro a constamment menti sur
ses réelles intentions, et
ce dès les premiers jours de
la Révolution. Il a toujours
été communiste, et il
a délibérément
"offert sur un plateau"
son pays aux soviétiques, qui
se méfiaient pourtant, au départ,
de son caractère imprévisible.
Les agents du KGB ont débarqué
sur l'ile dès 1959 pour organiser
le G2 (la police politique de Castro),
et l'arrestation des opposants. Le
mythe d'un Castro contraint de se
jeter dans les bras de l'URSS par
l'instransigeance des américains
ne tient plus.
En
bon disciple de Staline, Castro a
méthodiquement éliminé
ou emprisonné tout ceux qui
avaient lutté à ses
cotés pour la liberté
et la démocratie, mais pas
pour le communisme dont personne ne
voulait à Cuba. L'assassinat
de Camilo Cienfuegos, l'enfant chéri
de la Révolution, qui a toujours
résisté à Castro,
et relaté par Serge Raffy avec
un luxe de détails qui ne laisse
plus beaucoup de place au doute. La
résistance désespérée
d'Huber Matos, un autre commandant
de la Révolution, lui aussi
susceptible de faire de l'ombre au
tyran, est aussi révélatrice.
La cruauté de Castro qui l'offre
en pâture à une opinion
manipulée par les medias qu'il
a lui-même colonisé un
par un, son obsession du complot et
de la trahison : tout concorde a brosser
le portrait d'un dictateur paranoïaque
et sans pitié pour ses rivaux.
Concernant
le procès Ochoa (l'élimination
de 4 hauts fonctionnaires de l'armée
et du ministère de l'intérieur
en 1989 à la suite d'un procès
monté de toutes pièces),
Raffy adopte la thèse de la
purge anti gorbatchevienne. Le général
Ochoa ne serait pas seulement une
"grande gueule" detesté
par Raul Castro, mais il aurait aussi
été fasciné par
Gorbatchev et ses réformes
en Union Soviétique. Au passage,
Raffy rapporte une anecdote sordide
sur Garcia Marquez : celui-ci aurait
suivi le procès Ochoa en compagnie
de Fidel Castro derrière une
glace sans tain. C'est d'ailleurs
la principale critique que l'on peut
faire à Serge Raffy : il ne
cite jamais ses sources, et dans certains
cas (comme celui-ci), ça peut
être gênant pour le lecteur.
Les
anecdotes abondent dans ce portait
au vitriol du maître de Cuba,
et notamment sur ses relations avec
les femmes : Castro s'est montré
d'un "marxisme" intransigeant
à leur égard, sacrifiant
toutes ses conquêtes à
la politique. Si le titre n'était
pas déjà pris (par un
autre "marxiste", en l'occurence
Groucho Marx), l'histoire de Castro
pourrait aussi s'appeller "Mémoires
d'un amant lamentable".
Le
commentaire de l'éditeur
Roman
hallucinant mais vrai, entre thriller
politique, chanson de geste et réalisme
magique à la Garcia Màrquez
: cette biographie de Fidel Castro,
résultat de longues années
d'enquête, de centaines d'entretiens
et de témoignages exclusifs
sur un personnage historique "
monumental ", tyran, missionnaire,
marxiste, jésuite, regorge
de révélations. Sur
ses amours tumultueuses, officielles
et interdites, ses enfants secrets,
sa haine viscérale de la famille
et des homosexuels. Révélations
aussi sur ses relations très
précoces avec les services
secrets soviétiques, sur son
terrifiant système répressif,
sur les coulisses de la " crise
des missiles ", sur la véritable
histoire de l'assassinat du président
Kennedy, sur la mort du Che, enfin
expliquée, sur le rôle
de Cuba dans le dossier chilien qui
a abouti à la chute et la mort
de Salvador Allende, sur l'affaire
Ochoa, sur la peur de Gorbatchev d'être
victime d'un attentat à Cuba,
sur le jeu tortueux des USA qui, après
avoir tenté de l'assassiner
à de multiples reprises dans
les années soixante, ont fini
par tolérer ce dictateur "
pas comme les autres " afin d'avoir,
à leur porte, un " échantillon
communiste inoffensif ". Pour
la première fois, un livre
plonge au cœur de la légende
du Comandante, homme caméléon,
stalinien tropical, génie ou
psychopathe, qui a inventé
un nouveau genre littéraire
malheureusement appliqué au
peuple cubain : l'irréalisme
tragique
L'auteur vu par l'éditeur
Serge
Raffy, 50 ans, a été
rédacteur en chef du magazine
Elle et rédacteur en chef adjoint
du Nouvel Observateur. Journaliste,
écrivain, scénariste,
il est l'auteur des Enfants de Gaston
(Lattès 1989), La Veuve (Fayard,
1994), Monsieur Gendre (Fayard, 1995),
Jospin, secrets de famille (Fayard,
2001), et a également publié,
aux éditions Pauvert (1999),
Lignes de fuite, un recueil de poésie