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LU pour vous par CLA

 


FAUT-IL BRULER LE MODELE SOCIAL FRANÇAIS ? de Dominique Meda et d’Alain Lefebvre, Seuil, Paris, 2006, 9 euros Lu pour vous par CLA
 
 
Oui, Oui, Oui, trois Oui répondent en chœur les thuriféraires de Sarkozy, le MEDEF, l’OMC, le FMI, l’OCDE et la Banque Mondiale.

Cent fois oui reprennent à l’unisson les entrepreneurs du monde entier, en particulier les petits , ceux de la Martinique par exemple , qui n’ont pas encore fait fortune et n’aspirent pour commencer qu’à un revenu net mensuel autour de 8000 euros par tête pour leur ménage afin d’être en mesure d’afficher les éléments d’un train de vie qui à coup sûr leur donnera l’impression qu’ils pourront être, enfin, considérés comme des membres attitrés des classes sociales dominantes.

Il existe en ce moment une Sainte- Alliance qui fonctionne à l’échelon international pour diaboliser le modèle social français accusé de tous les maux possibles et imaginables.

En ce qui concerne la France, il est reproché à ce modèle social de favoriser l’existence d’un chômage massif puisqu’il qu’il paralyse les entrepreneurs qui ont peur d’embaucher, bridés qu’ils le sont par un Code du Travail d’un autre temps qui les empêche de licencier librement une main d’œuvre par ailleurs beaucoup trop coûteuse et souvent rouspéteuse.

Ce discours contre la France et les valeurs de 1789,- LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE-, combattu avec acharnement et opiniâtreté depuis le début du 18ème siècle par les idéologues élitistes du monde entier, (blancs, noirs, chinois, arabes, musulmans, catholiques, protestants nationalistes, racistes etc.) est d’une efficacité redoutable. Il est en train de parvenir à transformer les cerveaux les mieux disposés qui en viennent à oublier la saine compréhension qui leur avait été inculquée dans les écoles de la République des règles qui président au bon fonctionnement d’une société salariale où les rapports de production capitalistes dominants ne sont pas remis fondamentalement en question par la grande majorité de la population.

Quelles sont ces règles à propos de l’emploi ?

On reconnaît aux entrepreneurs privés le droit de gagner légalement autant d’argent qu’ils le souhaitent en assumant le rôle qui est le leur au sein de la société : produire les biens et services marchands nécessaires à la satisfaction d’une demande solvable privée et publique.

Si à l’occasion de la production de ces biens ils créent des emplois salariés, tant mieux pour ceux et celles qui auront été embauchés. Il ne faut jamais oublier cette évidence rappelée par le grand économiste du 20ème siècle Piero Sraffa : si les entrepreneurs privés pouvaient faire appel aux services de boeufs ou de chevaux pour faire fonctionner leurs entreprises, ils le feraient sans hésiter.

C’est dire que la création d’emplois n’est pas la priorité des entreprises.

Si pour gagner davantage, ils estiment devoir supprimer des emplois, ils le feront allègrement

Mais, comme l’a expliqué Keynes de manière définitive depuis 1936, ce serait vraiment par le plus pur hasard que la population active occupée par les entrepreneurs privés coïncide avec la population active totale. C’est dire que des entrepreneurs performants, efficaces, « en équilibre », puissent évoluer au sein d’une société où règne un chômage massif.

Ces entrepreneurs qui assument leur rôle correctement savent qu’il faut payer des impôts afin que les administrations publiques puissent produire les biens collectifs qui sont par ailleurs nécessaires au bon fonctionnement de l’entreprise.

Des infrastructures modernes et bien entretenues, une main d’œuvre qualifiée et en bonne santé pouvant travailler en toute sécurité, des crèches, un transport public de qualité, sont autant d’externalités positives pour des entreprises qui bénéficient des retombées d’une école publique et gratuite, d’un système de santé de qualité, d’une Police avec des effectifs suffisants et d’un système judiciaire efficace pour arbitrer les conflits normaux voire nécessaires au sein d’une société démocratique qui est en permanence en train d’inventer des règles nouvelles pour vivre ensemble en évitant autant faire que faire se peut le recours à la violence physique.

Il faut donc construire et entretenir des écoles publiques, payer des enseignants, faire fonctionner des hôpitaux publics, construire et entretenir des routes, des ports, payer des policiers, des juges et bien sûr des militaires pour assurer la protection de l’ensemble des citoyens contre une éventuelle agression étrangère.

Le rôle des Administrations publiques, Commune, Département, Région et Etat sera bien sûr de produire ces biens collectifs. A cette occasion, des emplois seront crées, et tant mieux pour ceux et celles qui pourront en bénéficier.

L’idéal serait que la somme des emplois salariés, privés et publics se rapproche du chiffre population active totale, la différence étant constituée par les non salariés qui produisent également des biens des biens et services dans l’espoir de gagner eux aussi le maximum d’argent et acceptant de supporter les prélèvements obligatoires nécessaires au bon fonctionnement des administrations publiques, ce qui est à leur avantage.[i]

Etant donné que la liste des besoins individuels et collectifs augmente en relation directe avec l’élévation du niveau de vie moyen, et que le mode vie de la population change régulièrement, d’autres emplois peuvent être crées par des structures qui ne sont pas motivées par la recherche du profit, comme par exemple les services aux personnes âgées, l’entretien des espaces verts, des plages etc.

Le mode de production capitaliste est très dynamique .Mais il est instable, souvent inhumain. Il crée et supprime en permanence des emplois. Schumpeter a dit ce qu’il faut savoir sur ce phénomène de destruction créatrice. ..Ses victimes qui sont nombreuses ont besoin d’être aidées, soutenues, pour ne point subir les méfaits d’un système qui génère en permanence des injustices, des inégalités, des pauvretés nouvelles.

D’où la nécessité de créer des emplois en quantité suffisante dans les agences pour l’emploi, les centres d’aide, de formation etc. C’est le rôle des administrations publiques, des différentes associations qu’il faut aider. La Solidarité est une valeur qu’il faut cultiver au sein de la société

Par ailleurs, les entrepreneurs privés n’ayant pas une forte propension à vouloir respecter les règles communes, une démocratie doit se donner les moyens de payer des Inspecteurs du travail, des contrôleurs des impôts, de la sécurité sociale etc., pour faire fonctionner au mieux le système.

Si malgré toutes ces possibilités de création d’emploi il y a encore du chômage qui frappe un grand nombre de citoyens, il faut chercher ensemble des solutions

Faut-il brûler le modèle social français ?

Non répond sans hésiter Madame Meda, il convient simplement de le changer et de tout mettre en œuvre pour adopter le modèle nordique. Mais « cela ne soit pas se faire contre les français, en détruisant progressivement le système de protection sociale et en aménageant sans contrepartie de droit du travail ».

Dominique Méda, Ancienne élève de l’ENS et de l’ENA, agrégée de philosophie, Inspectrice des affaires sociales qui roule par ailleurs pour Ségolène Royale fait partie de ces sociaux libéraux de bonne volonté, peu pressés d’affronter les véritables maîtres du monde, les marchés financiers, a publié un livre qui mérite d’être lu et médité par tout un chacun. Si par hasard ses idées arrivaient à prendre corps en France, il s’agirait manifestement d’un plus pour les salariés français

Madame Meda considère qu’il est nécessaire de pouvoir concilier flexibilité et sécurité.

Elle sait très bien que « ce sont principalement la croissance, l’innovation, la découverte de nouveaux marchés et la consommation qui poussent les entreprises à embaucher et non le code du travail » ( Libération du 20/04/06).

Rien donc à voir avec les idéologues du Medef qui pilotent Sarkozy et qui sont fascinés par le modèle américain où le salarié est traité avec le maximum de mépris quand sa force de travail n’est plus un besoin pour l’employeur.

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Elle sait qu’en matière d’embauche, à partir du moment où le chef d’entreprise anticipe une demande solvable suffisante, il créera des emplois, même, si comme on l’a parfois observé aux Etats-Unis, il lui faut « payer » pour cela (avantages divers accordés aux salariés afin de les attacher à l’entreprise)

En effet, ont peut difficilement imposer à un chef d’entreprise de supporter des coûts salariaux à propos d’une force de travail dont l’usage ne lui convient plus..

Mais, au sein d’une société démocratique, le salarié ne doit pas être le seul à subir les contrecoups de retournements de conjoncture par définition imprévisibles.

Correctement informé par son syndicat des problèmes réels qui se posent à l’entreprise, le salarié qui perd son emploi doit pouvoir compter sur des revenus réguliers qui lui seront versés par des institutions prévues pour gérer ce genre de problème et pouvoir s’appuyer sur d’autres institutions prévues à cet effet pour l’aider à trouver une autre activité

Mais dans un pays comme la France où le taux de syndicalisation est proche de 8 % contre 80% dans les pays nordiques, il sera difficile pour ne pas dire plus de mener à bien ce genre de réforme.

En effet, le patronat français qui est particulièrement hostile à l’existence de syndicats représentatifs au sein des entreprises ne donne pas l’impression, fortement influencé qu’il est par les idées du MEDEF, d’avoir l’intention dans la période qui vient d’adopter collectivement un comportement de nature à faire disparaître « la peur de se syndiquer » chez les salariés.

Mais si l’on s’interroge sérieusement sur le rôle néfaste des marchés financiers qui sont pour l’essentiel responsables des contre performances de l’économie française et de l’économie mondiale ; si de manière résolue on se met à la recherche de solutions pour réguler l’économie mondiale en adoptant des méthodes radicalement différentes de celles qui sont imposées au monde par les idéologues du FMI et de l’OMC qui se contentent de répercuter les discours élaborés par le département d’Etat des Etats-Unis qui veulent dominer le monde, on pourrait non seulement préserver le modèle social français mais se fixer pour objectif de l’étendre à la planète entière au cours du 21ème siècle.

Mais les entrepreneurs, petits, moyens et grands ne seront pas d’accord.

Ils sont tellement fascinés par le modèle chinois : bas salaires ; absence de syndicats ; grèves interdites, profits élevés.

Pas de Liberté. Au diable l’Egalité. Absurde la Fraternité. Les révolutionnaires e 1789 étaient des fous à lier. Leurs idées pourrissent le monde.

Mais, acharnés qu’ils sont à dévaloriser les idéaux de la Grande Révolution, les idéologues de la droite sont également obligés d’envoyer au diable la logique économique élémentaire : le salaire n’est pas seulement un coût qu’il faut réduire au maximum, mais un revenu, une demande solvable qui permet l’acquisition des biens et services produits. A trop compresser les salaires, on réduit la demande, on entretient la crise.

CLA le 24/04/06