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Ernest Breleur

Untitled (face 2 of 2) Sem título [face 2 de 2] 1998 colagem em papel e raio X [paper and x-ray collage] 251x193x200cm

Les corps énigmatiques d’Ernest Breleur,

par Dominique Berthet,

 

 

La rencontre de deux hommes, Dominique Berthet et Ernest Breleur. Durant dix ans (1996-2006), le premier universitaire et critique d’art, l’autre artiste plasticien entament un parcours dans un lieu où ils vivent et travaillent : la Martinique. Un dialogue qu’ils nourriront et qui enrichira l’analyse de l’esthéticien dans ce livre. Des propos repris par l’auteur dans la dernière partie des corps énigmatiques d’Ernest Breleur. Trois interviews majeures qui tracent les pistes empruntées par l’artiste pour sculpter pas à pas sa propre contemporanéité avec comme principale préoccupation la problématique du corps.

Ce corps à corps avec l’œuvre, Dominique Berthet nous l’offre dans la première partie de l’ouvrage. Des fragments, des traces, des écarts. Une série d’éclats, de petits textes-fragments (une ou deux, deux ou trois pages), qui nous projettent et qui nous immergent dans la pratique d’Ernest Breleur. L’écriture de l’esthéticien colle avec celle de l’artiste ; fiction, immatérialité, présence-absence de corps : « la peau chez Ernest Breleur est envisagée de façon métaphorique ».

Comment se représenter cet invisible, cet intangible, ce vide dans les assemblages du plasticien ; ces sortes de foules si denses, voire impénétrables comme la jungle de Wifredo Lam (« frontalité de l’œuvre, absence de perspective »). Plongeons alors comme l’artiste qui, à ses heures gagnées, pratique la plongée sous-marine dans cet entre-deux et cherchons du regard les coulées, les espaces, les traces de lumière et d’ombre, découvrons le jeu des couleurs du nouveau coloriste qu’est Ernest Breleur. Dominique Berthet dans cette errance nous emmène à la découverte des profondeurs. Au cœur de l’œuvre, aux croisées du toucher, du sensible, de la poétique des mondes, de la relation.
Passer de la toile, à un autre support la radiographie médicale (1992) ; abandonner la peinture, les pleins, et préférer l’écart et la sculpture. Se tenir à distance de l’idéologie identitaire, suivre la ligne. Préférer la démesure, la monumentalité ; être cet insulaire-continental. Dominique Berthet analyse ce support principal irradié (la radiographie) qu’utilise l’artiste ; une ballade riche de commentaires, donnant du tournis au regard. On passe dans l’atelier, ou plutôt la visite des ateliers (jusqu’à 400 m2 de surface), une ambiance, un « décor » théâtral semblable à une salle d’un bloc opératoire ; l’artiste joue du scalpel. Lamelles de radiographies, découpes photographiques, sutures et agrafes-signes… Selon Breleur, c’est l’élaboration d’un langage plastique composé de signes, sortes de pixels (+, -, =, x), une « infographie manuelle ».

Dominique Berthet, maître de conférences à l’IUFM de la Martinique, en bon pédagogue, après l’antre, le lieu de la création, nous conduit dans d’autres espaces de monstration (biennales, galerie) où on assiste à la métamorphose des corps ; les fragments-assemblages qui se dressent en une myriade hiératique de formes suspendues. Dans ses ensembles, l’artiste nous donne à voir des corps reconstruits. Le plasticien privilégie dans sa composition le vide, il sculpte l’âme. Ces corps flottants se tiennent à l’écart de la symétrie.

Le mitan du livre est un beau cahier de couleur. Seize photographies de Jean-Philippe Breleur qui facilitent le va-et-vient, la découverte, l’évolution ; qui restituent un parcours autour du corps métaphorique. Un entre-deux que Breleur explore, qu’il questionne, un lieu fertile fait de doutes, d’expérimentations, d’échecs, de trouvailles. Un entre-deux ouvert qui « invente un peuple qui manque », qui se tient à distance de la pensée frontière ; au regard manichéen. Une relecture du corps, des corps énigmatiques de cette tribu perdue reconstituée.

Jean-Marc Terrine

 


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Cet ouvrage est placé sous le signe de la rencontre. Rencontre d’un artiste, d’une œuvre, d’une démarche, d’un lieu. En art, la question du lieu n’est jamais anecdotique. Le fait qu’Ernest Breleur vive et travaille en Martinique n’est pas sans conséquences.
Fréquenter l’atelier d’un artiste, suivre son cheminement, débattre avec lui, interroger sa pratique : cette relation encourage à écrire. L’œuvre de Breleur nourrit cette réflexion qui, à son tour, propose des interprétations.
L’œuvre de cet artiste est singulière et marquante à bien des égards. C’est ce que tente de montrer l’auteur de ce livre. Le choix qu’a fait cet artiste d’abandonner la peinture au profit de la radiographie comme support, ouvre sur la question du corps, un corps interrogé de façon inhabituelle, un corps énigmatique, anonyme, reconstitué. Bref, un corps qui ne cesse de nous intriguer.
Par ailleurs, cette réflexion est accompagnée de trois entretiens, dans lesquels l’artiste livre ses préoccupations, ses prises de position, ses craintes et ses espoirs. Ainsi ces témoignages permettent-ils aussi de mieux cerner la personnalité d’Ernest Breleur.


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Dominique Berthet, Docteur en Esthétique et Sciences de l’Art. Docteur en Philosophie. Maître de Conférences à l’IUFM de la Martinique. Critique d’art, membre de l’AICA. A publié récemment : Proudhon et l’art, éd. L’Harmattan, 2001, Les bois sacrés d’Hélénon (avec Patrick Chamoiseau), éd. Musée Dapper, 2002.

 


Édition –Diffusion
5-7, rue de l’École Polytechnique 75005 Paris
Tél : 01 40 46 79 20 / Fax : 01 43 25 82 03
http://www.editions-harmattan.fr
Collection : Les Arts d’ailleurs
ISBN : 2-296-00687-6• Prix : 15 € • 136 pages

 

TABLE DES MATIERES

Première partie: De l’irradiation à l’œuvre

Deuxième partie: São Paulo

Troisième partie: L’atelier

Quatrième partie : La traversée des corps

Cinquième partie : L’entre-deux et l’immersion

Entretiens

« Suture du corps, suture du monde »

« Il faut que l’art surprenne, qu’il soit imprévisible »

« Reconstitution d’une tribu perdue »

 

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