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Eliane Marqués-Larade
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Un expressionnisme réinventé
En littérature, comme dans de multiples
domaines artistiques, l’expressionnisme est
une manière de présenter une œuvre, qui tend
a déformer la réalité, pour inspirer au
lecteur une réaction émotionnelle. De nos
jours on parle plus facilement des états
d’âme de l’artiste.
Si le roman antillais est aujourd’hui un
acte acquis, quantifiable et forcément
incontestable. Les poètes français de la
Caraïbes se retrouvent moins souvent sous
les feux de l’actualité. Méconnus, parfois
oubliés, ils sont pourtant pourvoyeurs d’un
langage poétique d’une expression rare, oh
combien aiguisé et coloré, souvent blessé
des séismes d’une indicible mémoire, ou
simplement riche d’instants tourmentés
saisis d’entre les flammes du soleil .
Délaissée par certains, méconnue du grand
public, alors même qu’Eliane Marquès-Larade,
est reconnue par les instances littéraires
et des maîtres a penser tels que Eric
Mansfield, docteur es lettre, qui dans son
livre « la symbolique du regard, regardants
et regards dans la poésie antillaise
d’expression française » lui rend hommage et
insiste sur le potentiel particulièrement
lyrique et riche de sa plume. Liliane Fardin,
agrégée de lettres classiques et maître de
conférence, dans son anthologie « Douze
poètes antillais contemporains » ne manque
pas de souligner la ponctuation d’une
écriture souvent baroque et brusquement
contemporaine. Elle débusque la langue
jugulée du poète qui dit des mots
volontairement bariolés, dans le choc de son
imaginaire et du réel ; Nous constatons une
demande accrue de l’œuvre d’Eliane à la
bibliothèque Schœlcher, autant que dans les
librairies. Une réédition est en cours. En
confidence, l’artiste nous a montré des
volumes entiers, inédits de son écriture
troublante qui s’accumulent dans un coin de
sa pièce de travail. Ni bureau, ni couloir :
un lieu de passage où ondule son imagination
et son âme de bohémienne, qui cherche à
attraper le destin au filet à papillon ou
par les cheveux au gré de son tempérament.
Ce trésor enfouit sera enfin édité.
Successible de passer de l’insu à l’excès.
Eliane, échappe mystérieusement a la
reconnaissance de son œuvre, du fait sans
doute, que la lumière qui en émane est
d’étrange et peu commune nature. Dans la
maison familiale, du grenier de son enfance,
elle fixe souvent la rade aux mille
souvenirs tel un puma difficile à observer
et solitaire. Les artistes expressionnistes
restent souvent isolés. La dame de Saint
Pierre pénètre l’art comme un viol, agissant
par mots magiques de silences en silences,
de vérités en mensonges sucrés. Elle va de
la nature des femmes, de l’absence de
l’autre, a la nature des passions. Elle est
instinctive successible de passer de l’insu
a l’excès. Une artiste vraie avec ses
fêlures et ses désespérances, mais aussi ses
rires éclaboussés de bleu. Eliane Marquès-Larade
nous trouble, nous surprend, et ranime cette
parcelle de perception irraisonnée, en
sommeil dans nos consciences. Dans cette
passion qu’elle recouvre a la fois de la
transparence des mots et de l’opacité des
sentiments, Eliane cherche des effets
vibratoires en elle, un quotidien où
extraire le meilleur de soi même. Dans une
jubilation du raisonnement elle sait
féconder la langue, dont elle fume les mots
et s’enivre de leur géométrie. Selon la
poétesse, la violence, comme la fluidité des
émotions doit être contenue sous le masque
du mystère. En fait, elle ne sait faire que
ça : se taire ou exulter. Seul le masque
change. Parfois le rêve n’est qu’une source
tarie, qu’elle réveille de sursauts
linguistiques dans l’extraordinaire présence
des images miroirs qui s’inscrivent à son
vocabulaire. Ainsi, cette impression de
fragmentation de son écriture existe dans la
rigueur cruelle d’une mise en scène
fabuleusement calculée. Cette généreuse
substance qui nait d’un éclat de négatif,
n’est rien d’autre qu’un instinct de vie,
caressant dans un rayonnement hors-sens, des
vérités particulières. Eliane est de ces
poètes obscurs qui jouent de paroles
d’ironie et de taquinerie.
Rester en contact avec son trouble.
C’est au cœur du paradoxe que la belle veut
se maintenir, dans une incomplétude
fondamentale. L’écriture seule lui donne
cette opportunité de toujours rester en
contact avec son trouble. Elle secrète des
nouvelles possibilités, des alternatives du
dire, en faisant advenir l’écriture, la
prépondérance du verbe comme seule étreinte,
comme seule ponctuation. Une poésie privée
qui titille le lecteur. Elle désigne ainsi qu’il y a un ailleurs, un
au-delà qu’elle ne peut assigner a aucune
place, sinon celle d’un dépassement
permanent. Un imaginaire jamais fixé, comme
bousculé dans les vomissures d’un volcan. Et
c’est cette présence qui est réveillée,
transcendée et magnifiée par le regard de
l’artiste. Dans son effort pour appréhender
la fatalité il lui faut restaurer la
laideur, l’obstacle et l’altération et
l’introduire au monde de l’excès, du désir,
du vide et de la beauté. Elle affirme que
seule la décomposition permanente de toute
limite, est le mouvement perpétuel de la
nature, en cela, elle rejoint Joby Bernabé
dans sa « logique du pourrissement ». Ce
qui ne l’empêche pas de restituer chaque
fois au verbe aimer, son rôle a l’écoute des
sources. Elle n’a que peut d’illusions sur
la vie, c’est sa lucidité, pas du
pessimisme. Avoir peur, et avancer. Mais a
partir où les maux sociaux ne sont pas
identifiés comme émanant de la société,
l’artiste les accepte comme provenant
d’elle. Et de derrière ses mots nus, ou
courts vêtus de vibrations spirituelles,
elle ose de fulgurants morceaux de bravoure
libertins : l’amour meurtri, quand ses
attentes, ses fantasmes peuvent, dans
l’entrave au bonheur, rencontrer ceux du
lecteur. Processus de séduction dans un
voyage inter- sidérant, infrarouge de honte
positive. On croit souvent qu’il faut
choisir entre le brut et le subtil…..ses
textes subtils, sont souvent brutaux ; donc
sophistiqués. Parfois, le soir venu, lorsque son profil de
tragédienne : silhouette de cristal et de
force têtue, librement opposée, vole au
sommeil, des heures de repos cérébral…… et
qu’elle pense revoir son innocence. Pas un
battement de ciel ne trouble cette nuit de
carnaval.
Christian Antourel
Bibliographie Le bal des lucioles, Editions Saint
–Germain- des- près. Paris. Soleil glacé, Editons Saint-Germain-des-
Près. Paris. Les oiseaux en Enfer, Editions
Saint-Germain-des-Prés. Paris
Eliane Marquès-Larade est aussi auteur
compositeur interprète. Son album CD
intitulé « Volcan » présenté au public en
1994 a reçu un très favorable accueil de la
SACEM.
Août 2010.
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