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« Les écrivains sont des menteurs », un entretien avec Elias Khoury

Marion Dumand et Christophe Kantcheff

Dans l’éblouissant « Yalo », le romancier libanais Elias Khoury bat en brèche les notions de pureté et d’identité pour mieux souligner la richesse du mélange. Entretien.

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La Martinique vue du ciel

Textes de Patrick Chamoiseau
Photographies de Anne Chopin

Trésors cachés et patrimoine naturel de la Martinique vue du ciel   C'était il y a vingt ans de cela Yann Arthus-Bertrand publiait son premier album de vues du ciel. C'était Venise en l'occurrence. Depuis le genre a fait florès et le livre le plus connu, le plus vendu est sans doute l'album publié en 2002, ré-édité plusieurs fois depuis et qui portait comme nom « La terre vue du ciel ». Trois millions d'exemplaires plus tard et en 24 langues s'il vous plaît, le concept a fait son chemin. Le célèbre photographe, journaliste, reporter, homme d'affaire et militant écologiste a en effet multiplié les publications. Pas sûr que la Martinique ait été à l'honneur. Peu importe, la chose a été faite puisque HC Editions édite ces jours-ci « Une Martinique vue du ciel », très précisément les « Trésors cachés et patrimoine naturel de la Martinique vue du ciel ». Les photos sont prises par Anne Chopin qui « shoote » son pays d'adoption depuis quinze ans et les commentaires, excusez du peu, sont de Patrick Chamoiseau.

Lire la critique de Roland Sabra

 

Marcel Gauchet et le miracle démocratique

 L'avènement de la démocratie

   Peut-être étudiera-t-on un jour « L'avènement de la démocratie » comme on étudie aujourd'hui « La République » de Platon. Avec cette somme, dont les deux premiers tomes paraissent ces jours-ci, le penseur d'un monde délivré de ses dieux et déserté par eux entend découvrir l'ADN d'un régime politique dont nous oublions qu'il fait figure d'exception dans l'histoire humaine.

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Au-delà de la différence

LLa Distinction de sexe Une nouvelle approche de l'égalité d'Irène Théry

Irène Théry démontre que le sexe n'est pas l'origine du monde

  Le titre de cet ouvrage annonce d'emblée une option de fond : il est question ici de distinction de sexe et non de différence des sexes, autrement dit d'une approche relationnelle de la distinction masculin/féminin au sein de la vie sociale et non d'une approche substantielle renvoyant à deux sous-ensembles de l'humanité, dotés d'attributs spécifiques. L'erreur, nous avertit Irène Théry, serait justement de les confondre en considérant que la différence sexuelle est une évidence première. Rien de tel que d'aller voir au loin comment d'autres sociétés s'y prennent pour réexaminer nos façons de penser les plus assurées. En empruntant un vaste détour ethnologique, et en mettant ses pas dans ceux de Marcel Mauss, elle montre ainsi que l'homme et la femme ne sont pas deux " catégories universelles " à partir desquelles se serait constituée la diversité des mondes sociaux. Ce que l'on retrouve d'une société à l'autre, ce sont des modalités de relations (de sexe opposé, de même sexe, de sexe indifférent et de sexe combiné), ce ne sont pas des classes d'individus partageant une même identité.

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Postures de Mailer

 

Par Pierre Assouline

La mort de Norman Mailer  Il y a comme ça des rencontres qu’on s’en veut de n’avoir pas photographiées. Non seulement des rencontres de personnes remarquables, mais des rencontres de croisements d’évènements qui valent d’être fixées en une image. Ainsi tout à l’heure, en débarquant à l’aéroport JFK de New York, je poursuivais ma lecture d’un essai passionnant tout en faisant la queue devant les guichets de l’immigration, un livre de Jérôme Meizoz intitulé Postures littéraires et sous-titré Mises en scène modernes de l’auteur (205 pages, Slatkine, Genève). Une analyse brillante non seulement de la mise en scène médiatique d’un trait physique ou d’un geste d’un auteur, mais encore, sans aucune connotation péjorative, une façon de faire face, de faire bonne ou mauvaise figure aux avantages et inconvénients de la position qu’il occupe sur la scène littéraire.

Lire la suite et le dernier entretien accordé à Libération   

 

"La connaissance est une ascèse"

On a au moins trois "moi" différents, dit Maurice Godelier

  Selon l'anthropologue, formé par Braudel et Lévi-Strauss, les sciences sociales nous donnent des clés essentielles pour aborder les crises majeures de notre temps. Son nouveau livre en est l'illustration

Anthropologue, est-ce un métier ? Au premier abord, c'est une carte de visite énigmatique. Elle impressionne. Des intellectuels qui regardent l'humain sous toutes ses coutures, du sexuel au sacré, des manières de table aux façons de gouverner, savent peut-être des choses que les autres ignorent. En outre, leurs allers-retours dans le temps et l'espace rendent ces chercheurs singuliers. Aptes à vivre dans des mondes dissemblables, dormant sur une natte au sol ou à l'hôtel du colloque, mangeant avec les indigènes, selon les lieux, du manioc ou des McDo, gardant toujours un oeil sur les arrière-boutiques où s'élabore le fonctionnement des sociétés, ces gens-là forment en fin de compte une curieuse tribu.

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Le français est une langue créole

Le lexicologue Alain Rey

par Alain Rey
PROPOS RECUEILLIS PAR DOMINIQUE MATAILLET ET RENAUD DE ROCHEBRUNE

Père du dictionnaire Le Robert, le célèbre lexicologue part en lutte contre les puristes. Et se félicite des métissages de la langue de Molière. Interview.

Lire l'interview 

Le centenaire de Maurice Blanchot

"Faut-il blanchir Blanchot ?"

 et/ou

 "Un abêtissement typique de l'intellectuel européen"

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Harry Potter est-il de gauche ?

Harry Potter

Harry Potter et les Reliques de la mort est sorti en France cette nuit à 0h01. C’est le septième et dernier tome de la série de J.K. Rowling. Les lecteurs vont enfin savoir qui meurt et qui ne meurt pas. Jean-Claude Milner, linguiste et philosophe, a lu la saga. Il nous explique en quoi elle est très politique.

par Jean-Claude Milner

 Magie contre Maggie

«Ce qu’il faut dire d’abord c’est que Harry Potter est profondément politique et qu’il parle de l’Angleterre d’aujourd’hui. En le lisant, on a le sentiment que J.K. Rowling considère, comme beaucoup d’Anglais cultivés, qu’il y a eu une vraie révolution thatchérienne, catastrophique, et que la seule possibilité désormais pour la culture est de survivre comme science occulte. Ce que dit J.K. Rowling c’est qu’à côté de la mondialisation il y a autre chose, la culture n’est pas impuissante. La vision que J.K. Rowling a de l’Angleterre est liée au “moment élisabéthain”, ce moment essentiel où la Renaissance européenne s’est manifestée dans le monde anglais. C’est l’époque où le système anglais prend sa forme définitive, l’époque, notamment, où les public schools et les universités d’Oxford et de Cambridge échappent à la mainmise de l’Eglise.

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Le malaise de la société ne se réduit pas à la seule question des inégalités sociales

Combattre le mépris

  Lame de fond ou nouveau miroir aux alouettes ? " Les luttes politiques proprement modernes qui, pendant plus de deux siècles, avaient été des luttes de redistribution sont devenues prioritairement des luttes de reconnaissance ", écrit Alain Caillé, directeur de la Revue du Mauss (Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales), et professeur de sociologie à l'université Paris-X Nanterre. Certes, les conflits de répartition ne sont pas encore caducs. " Mais il devient chaque jour plus clair, poursuit M. Caillé, qu'il ne suffit pas de produire et de redistribuer des biens et des services objectifs, matériels, mesurables, pour espérer surmonter toute une série d'autres conflits sociaux qu'on avait crus longtemps secondaires, solubles dans la lutte des classes économiques, et qui y apparaissent désormais tout à fait irréductibles. "

 

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L’écrier, la nuit

A tous les Quashie

par Kenjah

      Eloge de la servilité. Là où loge la servilité. Non pas son bwabwa pitoyable, l’ancêtre esclave dérespecté dans son maintien et sa retenue, mais la résidence coloniale, au cœur (au corps, an kò’y menm) de nos élites. Déloger la servilité. La tracer, la traquer, la détraquer, tout à trac. Kri ! Est-ce que la cour dort ? Car il était temps de la réveiller de ce cauchemar académique et liturgique qui creuse nos renoncements, et notre abandon au pillage plutôt qu’à la Parole.

Ce qui habite Monchoachi c’est le cri. Monchoachi n’écrit pas, il é-crie (yékri) il est cri. Le cri est souffle, il est mantra, il est Nom. Kriyé c’est nommer. Le cri est Création (criation). Il figure un lieu, possiblement habitable et partageable, que nul ne possède en propre (malgré que les lieux communs soient toujours des noms propres). Le cri vient de l’envers des choses, il vibre sa vérité, et d’un saut nous révèle (i ka fè nou soté !). Poétique de l’événement, co-naissance à ce qui vient dans la fatalité tragique, ignorant l’inconnu qui déborde de toute sa grandeur (sa ou pa konnèt gran pasé’w). L’appel du yékri redouble le lieu nomade du guerrier, le géryé-géryé de Mona, autre initié à la réalité de l’envers. Monchoachi é-crie la langue créole dans sa posture grave et classique, dans sa dénonciation minutieuse, dans l’approfondissement de son frottement à la terre et du marquage des corps, dans son rapport circonstancié de la possession de l’île et de la dépossession des hommes qui réclament la voix-égale…

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La Mort du Colibri Madère

Roman

Claude-Michel PRIVAT

L’Harmattan

 par Fernand Tiburce FORTUNE, écrivain


Le premier contact avec Claude-Michel Privat eut lieu sur les hauteurs du Carbet, au lieu-dit Morne aux bœufs, chez un ami commun en vacances au Pays, et qui m’avait déjà présenté l’ouvrage dans son appartement parisien. Il est toujours agréable de mettre un visage sur celui qui a été habité par l’écriture, de la première idée à la conclusion d’un livre, de celui qui a été tourmenté par la première page qui n’en finit pas d’aboutir, qui a été désespéré par le stylo qui n’avance plus, alors qu’il y a tant à dire, mais comment ? Car ce jour-là, rien ne va, les mots ne s’emboîtent pas les uns aux autres pour faire apparaître le miracle attendu du lecteur. Il est agréable de rencontrer celui qui a maintenant peur de cette œuvre qui ne lui appartient plus et qui va être l’objet de toutes les attentions favorables, comme défavorables, l’objet de critiques, d’approbation, d’émerveillement. Ou alors qui subira une indifférence courtoise ou agacée.

Le problème de la première œuvre est celui aussi de l’anonymat. C’est encore la question du lectorat et par la suite la fidélisation puis l’accroissement de ce lectorat qui aura été agréablement surpris par le style, par le fond, par la personnalité aussi de l’auteur.

Dans ce Pays-nôtre, où la culture de l’écrit a progressé de façon considérable et où la lecture n’est plus une découverte, dans ce pays où les lecteurs ont acquis des goûts littéraire et ont leurs préférences, il n’est pas aisé de surgir dans le paysage des auteurs connus, surtout dans notre Pays-Martinique qui a produit des écrivains de renommée internationale.

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«Cendrillon»,
le carrosse des humiliés
 

Par Philippe Lançon  
 
   A travers trois personnages dérivés de lui-même et un autoportrait fantasmé, Eric Reinhardt, radical et puissant, décrit les piétinés de la classe moyenne et prêche l’évasion par l’instant et la littérature.
 
La «réalité» est un manque d’imagination comme un autre, plus efficace que les autres. Il est possible de la refaire du dedans en imaginant les vies qu’on aurait pu avoir, plutôt les pires et plutôt goyesques, ça soulage, si l’on n’était pas devenu le peu qu’on est. Dans son quatrième roman, Eric Reinhardt y parvient. Il invente une parade puissante à ce que l’existence semblait promettre à l’enfant de la petite bourgeoisie et à l’adolescent étouffé qu’il fut. Mieux, il en jouit : son texte est souvent comique, parfois ­bavard, toujours instructif, labouré à la charrue et composé avec soin.

 
Cendrillon met en scène, alternativement, un écrivain nommé Eric Reinhardt et trois de ses «avatars synthético-théoriques» : des êtres imaginaires fondés sur les mêmes souvenirs d’enfance et d’adolescence que les siens, ou inspirés par eux. En Inde, les avatars sont les multiples incarnations des dieux. Les dieux sont joueurs, ils sont morts, l’écrivain leur survit et il continue à se prendre pour l’un d’eux. Ce n’est ni sans vanité, ni sans énergie. L’écrivain rêve avec ces avatars. Il déploie en eux ses passions, ses fantaisies et ses peines. Ce sont des drapeaux d’un drap un peu lourd qui flottent au vent du récit.
 

Contes de l'âme antillaise

par Widad Amra

  La main se pose, tâtant le livre, le caressant, s’y promenant, comme l’on fait des objets d’art. Couverture noire et bleue, hiéroglyphes satisfaisant les yeux. Le livre s’appelle Contes de l’âme antillaise Kontè Kréyol, signé Jean-Mico et Léonie terrine, aux éditions Exbrayat. Traduction créole : Pierre Pinalie.

Le livre s’ouvre, la main tourne les pages. Le regard plonge dans l’univers magique de l’esthétique, happé par l’uniformité de l’ensemble en un concert de bleus variés. Bleu indigo, bleu ciel, bleu roi, bleu marine, bleu nuit, bleu azur, bleu outre-mer. D’une page à l’autre, le bleu varie, occupant presque tout l’espace, offrant son éventail, servant d’écrin, aux mots, aux dessins, aux couleurs. Servant de support à la langue du conte : le créole. En bordures blanches, le texte en français. Le livre est beau. S’en dégage le souffle étonnant d’une cosmogonie personnelle. Un lieu surréaliste .

Allant plus loin, la main le frôle, délicatement, l’apprivoisant, y revenant, cherchant le code, y découvrant sur fond marin, sur fond de ciel, sur fond de vie, le soleil, la lune, la divinité, et la terre. Sur la terre, il y a les oiseaux et les poissons, les fleurs, les bons et les méchants, les joueurs de tambour, la main de l’artiste, l’œil qui observe et tout ce que le lecteur n’a pas encore saisi. Tout le visible, tout l’ invisible de l’univers.

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Dicrimination négative. Citoyens ou indigènes?
Le spectre des origines

   Près de deux ans après les révoltes urbaines de l'automne 2005, plusieurs livres tentent d'en analyser la portée. Dans un jeu de miroirs avec l'expérience américaine, ces essais témoignent d'un phénomène de plus en plus net : la volonté de prendre en compte la dimension " ethnique " des problèmes sociaux, pour mieux lutter contre toutes les discriminations.

Le temps a passé, mais la sidération demeure. Près de deux ans après les émeutes urbaines de 2005, essayistes et chercheurs semblent toujours paralysés par l'événement. La gauche intellectuelle, en particulier, apparaît désorientée et divisée. Si certains de ses représentants se cramponnent à leur grille de lecture traditionnelle pour définir cette révolte comme un soulèvement populaire, d'autres y voient une rébellion inséparablement sociale et " ethnique ".

Là où les premiers continuent de mettre en avant le rôle décisif du facteur de classe, les seconds n'hésitent plus à y mêler les enjeux de la " race " : " La révolte des banlieues (...) témoigne à la fois de la profondeur d'un conflit racial soigneusement refoulé au coeur de la société française, et du développement de massives inégalités de classe devant l'emploi, la scolarisation, la sécurité... " écrivait le philosophe Etienne Balibar dans un numéro de la revue Lignes intitulé " Ruptures sociales, ruptures raciales ".

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François d'Assise militant de la paix : déconstruction d'un mythe

 

  Tous les médiévistes ne peuvent jouir du splendide isolement d'une discipline austère, à l'abri de la demande sociale et des débats mémoriels. Ainsi les spécialistes des croisades, fréquemment sommés de se prononcer sur l'historicité de la confrontation entre l'Orient et l'Occident. Certains refusent de répondre : établir un lien généalogique entre le djihad médiéval et le terrorisme, ou entre les croisés d'hier et les impérialistes d'aujourd'hui, c'est déjà céder sur l'essentiel, puisque tous les fanatiques de la confrontation armée ont en commun le recours à une histoire jugée inéluctable.

Auteur de travaux consacrés à la façon dont l'imaginaire de l'islam s'est construit au sein de l'Europe médiévale, John Tolan réplique dans son nouveau livre, Le Saint chez le Sultan, à un autre usage de l'histoire, apparemment mieux intentionné, mais tout aussi falsificateur. Celui qui consiste à chercher dans le Moyen Age des exemples édifiants de coexistence pacifique et de tolérance entre Islam et Occident chrétien.

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 Rwanda, la trahison de la vie

 

Jean Hatzfeld L'ancien reporter de " Libération " publie " La Stratégie des antilopes ", troisième volet de son exploration de la tragédie rwandaise. Une peinture de l'impossible réconciliation des victimes et des bourreaux

 Selon l'ONU, le génocide des Tutsis et des Hutus modérés, au Rwanda, a fait 800 000 victimes. Dans la seule région de Nyamata, où s'est rendu Jean Hatzfeld, entre le 11 avril et le 12 mai 1994, environ 50 000 Tutsis ont été massacrés à la machette par des milices hutues.


Vous avez déjà donné la parole aux tueurs et aux rescapés dans Dans le nu de la vie, récit des marais rwandais (Seuil, 2000) et Une saison de machettes (Seuil, 2003). Pourquoi avez-vous éprouvé le besoin d'écrire ce troisième livre, La Stratégie des antilopes ?

Après Une saison de machettes, j'avais déjà l'idée de revenir au Rwanda, mais sans bien savoir pourquoi. Et puis il y a eu, en mai 2003, cette libération des prisonniers du pénitencier de Rilima, à la surprise de tous, à commencer par des rescapés tutsis, des anciens tueurs rwandais parmi lesquels les huit que j'avais déjà interrogés. J'ai décidé d'accompagner leur sortie.

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Un essai de Marshall Sahlins

Bandes de sauvages !

Le grand anthropologue américain montre comment les sociétés exotiques, découvrant le mousquet ou le Walkman, ont tiré un profit inattendu de la civilisation occidentale

Comme beaucoup d'Américains de sa génération, Marshall Sahlins a été profondément marqué par la mobilisation des campus contre la guerre du Vietnam. Alors jeune professeur à l'Université du Michigan, il avait imaginé une forme originale de protestation, le teach-in . Telle Pénélope défaisant la nuit ce qu'elle avait tissé le jour, il s'agissait de passer au crible de la critique, dans des cours sauvages organisés de nuit, les concepts qui faisaient la substance de l'anthropologie enseignée le jour. Les anthropologues ne sont pas responsables de l'intervention américaine au Vietnam. Mais les théories qu'ils ont forgées pour penser l'altérité des cultures non européennes ne sont pas étrangères au complexe de supériorité de l'Occident à l'égard du reste du monde. La critique de ces théories pouvait donc aider à comprendre ce désastre militaire.
 

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Homosexualités théorie et pratiques

 

Dans un livre paru en 1970, le sociologue américain Laud Humphreys plongeait au cœur des pratiques homosexuelles dans les toilettes publiques. Ce classique paraît enfin en français, et c'est l'occasion de revenir sur la vitalité des études " gaies et lesbiennes ".

   Exquis. Le titre original, tout simplement exquis : Tearoom Trade. Vous vous attendez sans doute à un essai sur les salons de thé, les petits cakes et l'art de la conversation dans les îles britanniques. Vraiment ? Vous n'y êtes guère ! En argot anglais, " tearoom " désigne les " tasses ", c'est-à-dire les pissotières. L'ouvrage s'attache donc aux pratiques sexuelles entre hommes dans les toilettes publiques. En sociologue exact, Laud Humphreys décrit avec précision ces relations anonymes qu'il a observées dans les années 1960 aux Etats-Unis. Comme il le dit lui-même, il n'a " pas de préjugé moral ou intellectuel contre cette activité ", ce qui permet à l'analyse de se déployer avec justesse, dans la lignée des recherches des sociologues Howard Becker ou Erving Goffman.

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A travers trois personnages dérivés de lui-même et un autoportrait fantasmé, Eric Reinhardt, radical et puissant, décrit les piétinés de la classe moyenne et prêche l’évasion par l’instant et la littérature.

Par Philippe Lançon

La «réalité» est un manque d’imagination comme un autre, plus efficace que les autres. Il est possible de la refaire du dedans en imaginant les vies qu’on aurait pu avoir, plutôt les pires et plutôt goyesques, ça soulage, si l’on n’était pas devenu le peu qu’on est. Dans son quatrième roman, Eric Reinhardt y parvient. Il invente une parade puissante à ce que l’existence semblait promettre à l’enfant de la petite bourgeoisie et à l’adolescent étouffé qu’il fut. Mieux, il en jouit : son texte est souvent comique, parfois ­bavard, toujours instructif, labouré à la charrue et composé avec soin.

Cendrillon met en scène, alternativement, un écrivain nommé Eric Reinhardt et trois de ses «avatars synthético-théoriques» : des êtres imaginaires fondés sur les mêmes souvenirs d’enfance et d’adolescence que les siens, ou inspirés par eux. En Inde, les avatars sont les multiples incarnations des dieux. Les dieux sont joueurs, ils sont morts, l’écrivain leur survit et il continue à se prendre pour l’un d’eux. Ce n’est ni sans vanité, ni sans énergie. L’écrivain rêve avec ces avatars. Il déploie en eux ses passions, ses fantaisies et ses peines. Ce sont des drapeaux d’un drap un peu lourd qui flottent au vent du récit.

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   Plus tard, on dira peut-être que ce fut un moment historique : le Goncourt, le Grand Prix du roman de l'Académie française, le Renaudot, le Femina, le Goncourt des lycéens, décernés le même automne à des écrivains d'outre-France. Simple hasard d'une rentrée éditoriale concentrant par exception les talents venus de la « périphérie », simple détour vagabond avant que le fleuve revienne dans son lit ? Nous pensons, au contraire : révolution copernicienne. Copernicienne, parce qu'elle révèle ce que le milieu littéraire savait déjà sans l'admettre : le centre, ce point depuis lequel était supposée rayonner une littérature franco-française, n'est plus le centre. Le centre jusqu'ici, même si de moins en moins, avait eu cette capacité d'absorption qui contraignait les auteurs venus d'ailleurs à se dépouiller de leurs bagages avant de se fondre dans le creuset de la langue et de son histoire nationale : le centre, nous disent les prix d'automne, est désormais partout, aux quatre coins du monde. Fin de la francophonie. Et naissance d'une littérature-monde en français.

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Sexualité. Rosemonde Pujol, 89 ans, entend réhabiliter l’organe du plaisir féminin.

Par Ondine Millot

  Rosemonde Pujol a 89 ans, un passé de résistante et de militante de la cause féminine, une carrière de journaliste économique à France Inter et au Figaro,  une douzaine d’ouvrages de consommation et de santé publiés. Et, à l’orée de sa quatre-vingt-dixième année, un nouveau combat à mener : «la réhabilitation du clitoris».  L’œil qui brille et le sourire en coin, elle se délecte de l’étonnement de ses interlocuteurs lorsqu’elle évoque son dernier livre, Un petit bout de bonheur  (1). Avocate du plaisir féminin «jusqu’à 100 ans au moins»,  Rosemonde Pujol a proposé à 80 femmes de tous âges et milieux sociaux de papoter ensemble de leur «petite fleur».  Bilan : des insultes, des «A votre âge, vous n’avez pas honte !»  mais aussi des confidences qui font le sel de son ouvrage. Tour d’horizon en cinq volets d’un auteur et d’un sujet réjouissants.

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Avé l’assent (suite et fin)

Ecrire est un art de rencontres

par Marius Gottin

  Ecrire est un art de rencontres, tout à fait le genre d’évidences que rappelait le philosophe Alain (si ma mémoire restitue fidèlement ce que j’ai retenu de mes lectures d’avant mai 68, un petit livre de moins de 200 pages et qui devait s’appeler « Propos sur le bonheur ») et qui me permet d’écrire que passer des feux de la scène à l’abat jour d’une table d’écriture n’est point chose aisée. Même si l’on se dit que les comédiens sont les plus à même de bien écrire sur le théâtre voire même des pièces de théâtre, que les…cuisiniers par exemple. Rien n’est plus faux. Ecrire relève de la magie, de l’esbroufe, de la technique aussi et pour revenir aux cuisiniers, les meilleurs sont souvent des artistes et l’Art...

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Marius Gottin, avé l’assent*

Episode 1

par Marius Gottin

 Le Luberon est l’une des quatre montagnes sacrées de l’arrière pays d’Avignon ; le Mont Ventoux en est la plus haute, j’ai oublié le nom des deux autres mais je sais que le Luberon étend entre Forcalquier et Cavaillon ses 100 kms de montagnes bleues, comme un lézard et que c’est bien parce que les parisiens n’arrivaient pas à prononcer correctement le « e » neutre de Luberon qu’ils ont à un moment de leur fréquentation rapprochée de la région, eu l’idée d’écrire « Lubéron ».

Le Luberon peut s’enorgueillir de ses cigales, de son vin rosé, de ses maisons de pierre, de ses ocres et de ses poteries qui donnent de délicates petites choses sur le marché d’Apt le samedi matin et puis quelque part vers l’aube de l’été, entre Gargas, Viens, Saignon, Bonnieux, le moulin de Goult, Roussillon pour sa seizième édition, Les Soirées d’été en Luberon.
(*Le titre est de la rédaction)

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Amartya Sen : pour une identité multiple

    Le prix Nobel d'économie 1998 est l'un des plus grands penseurs actuels. Il publie aujourd'hui deux nouveaux livres, « Identité et violence » et « L'Inde. Histoire, culture et identité », chez Odile Jacob. L'occasion pour nous d'aborder ces thèmes brûlants d'actualité en sa compagnie.

Prix Nobel d'économie en 1998, Amartya Sen, 73 ans, est plus qu'un grand expert international. C'est un penseur d'envergure, dont l'œuvre se situe au carrefour de l'économie, de la philosophie, des sciences sociales et de la théorie politique. Sa démarche constante est de mettre l'accent sur les conditions morales, humaines et sociales des mécanismes économiques. Il n'a cessé d'insister sur le fait que « l'économie est une science morale » et que le développement est le point de départ de la liberté. Son originalité est aussi d'avoir toujours en vue les aspects pratiques de la vie politique : avoir le droit de voter ne sert à rien sans l'éducation nécessaire pour comprendre les choix proposés et sans les moyens de transport pour se rendre au bureau de vote...

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Le Surmoi poétique d'Aimé Césaire

par Guillaume Suréna, psychanalyste 

 Aimé CÉSAIRE est l'homme public le plus important de l'histoire du 20ème siècle martiniquais : il réalise à la fois l'aspiration profonde du peuple à l'assimilation et installe en son sein le ferment contraire, l'anti-assimilationnisme, le sentiment national martiniquais. Son influence dépasse la Martinique; sa démarche a aussi contribué' à la prise de conscience nationale en Guadeloupe et en Guyane.

La cohabitation dans l'esprit public de ces deux tendances correspond a une potentialité de la vie psychique : le clivage.

C'est Sigmund FREUD, l'un des plus grand novateur scientifique de tous les temps, avec GALLILEE et DARWIN, qui, à la fin de sa vie, en 1938, a théorisé ce fait clinique passionnant déjà repéré depuis les débuts de l'aventure psychanalytique : le Moi, au lieu de refouler purement et simplement comme sa faiblesse le poussait à le faire jusqu'alors va se cliver pour à la fois reconnaître la réalité désagréable et la nier. Un tel Moi capable de cette double opération simultanément est un Moi fort, qu'il faut bien appeler Surmoi, Uber-Ich... en allemand.

 

 

La philosophie dans le laboratoire

Une utile contribution de Pierre-André Taguieff pour clarifier le débat sur la bioéthique, identifier ses courants, poser ses limites

  En dépit - ou peut-être à cause - du pouvoir grandissant des biologistes sur l'humain, les philosophes hésitent aujourd'hui à user de leur savoir et de leurs techniques pour entrer dans le champ, chaque jour plus tourmenté, de la bioéthique. C'est dire tout l'intérêt que l'on peut accorder à la dernière initiative de l'historien des idées et politologue Pierre-André Taguieff, directeur de recherches au CNRS.
Ceux qui connaissent tout ou partie de l'oeuvre foisonnante de l'auteur (sur le racisme et la judéophobie, le populisme, le conservatisme ou encore les théories du complot...) ne seront pas surpris par le style, le bouillonnement intérieur, la guirlande infinie des références bibliographiques. Quant aux autres, ceux qui ne connaissent pas ces écrits souvent perçus comme provocateurs, ils découvriront bien vite qu'une petite période d'acclimatation et d'apprentissage leur sera nécessaire avant de pouvoir prendre la mesure du propos.

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Médias de masse, «cultural studies», histoire postcoloniale, politique de l'identité: les travaux pionniers du Britannique Stuart Hall

Par Jean-Baptiste MARONGIU

   Né en Jamaïque en 1932, Stuart Hall est un grand intellectuel britannique, pratiquement inconnu en France. Homme aux multiples origines (africaine, écossaise, indienne et juive portugaise), il se vit moins en métis que comme un hybride, ravi finalement qu'on puisse le prendre pour l'«autre», à partir de points d'attaque si variés. En effet, pour Hall, c'est en cultivant ses différences que l'on peut partager un monde commun. Lui même est venu en Grande-Bretagne au début des années 50, pour chercher dans les yeux du colonisateur ce que pouvait bien être un colonisé. Mais pris dans le vortex concomitant de la décolonisation et de l'avènement de la société de masse, il comprend vite qu'il faut renouveler les instruments d'analyse, à commencer par son propre marxisme.

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L'inusable commerce de la chair

Réédition de " La Dérobade ", l'effrayant témoignage de Jeanne Cordelier

   Il y a trente ans, en France, des femmes se prostituaient. L'information, troublante, est le premier enseignement à tirer de la réédition chez Phébus de La Dérobade, écrit en 1976 par Jeanne Cordelier, ex-fille publique. Se prostituer signifiait alors, selon le Larousse de 1975, " se livrer à la débauche contre de l'argent ". L'équivalent du " Avale, pense aux deux cents sacs sur le coin de la table ", attesté par Jeanne Cordelier, page 132. Rappel choquant d'une France que Mai 68 vient de livrer au " Jouir sans entraves " (quoique) ; rappel pourtant incontestable. Mais pourquoi ?

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Olivier Larizza publie :
"16 Contes de Grande-Bretagne"

par Laurent Bayart

   Après plusieurs ouvrages littéro-sportifs consacrés au Tour de France, quelques romans et un recueil de contes des Antilles, Olivier Larizza, jeune écrivain né à Thionville mais qui a déjà résidé en Angleterre, aux Etats-Unis ainsi qu’en Martinique, revient avec un nouveau recueil de contes, cette fois-ci issus de Grande-Bretagne. Difficile d’appréhender pareil registre lorsqu’on sait que pour nombre de Britanniques, les contes de leur pays restent un domaine méconnu. Les spécialistes font référence aux contes féériques d’Ecosse ou aux épopées irlandaises mais le véridique conte d’Angleterre demeure denrée rare, d’autant que le conte traditionnel anglais, celui qui se transmet oralement et n’existe que dans la mémoire collective, le récit sans forme fixe que l’on raconte le soir au coin du feu, demeurait une énigme...

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Widad Amra publie

"Regards d’errance"
Drive poétique

Par Pierre PINALIE

   Ce ne sont pas des cris, mais tout est dit fortement, et la langue est belle, qui sait glisser du classique au familier sans repousser un seul instant l’intérêt du lecteur. À tel point que les phrases qui font allusion à un dieu restent aimables et séduisantes, sans choquer et sans repousser ceux qui n’entrent pas dans les croyances. D’ailleurs, l’apparition des « vendredi » pourrait même enchanter d’autres croyants venus d’autres lieux. Et sur l’enchaînement des thèmes et des allusions, une dialectique permanente retient l’attention du militant qui déplore la colonisation et du camarade qui aime qu’on le nomme ainsi.

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La question métisse, tout en nuances

Dans un impressionnant travail de recherche, Emmanuelle Saada analyse le sort réservé par la République à cette " catégorie " qui sapait la logique même  de la colonisation

  C'est sans doute à leurs marges que se définissent et se fixent l'identité, l'appartenance, voire le droit. Les réactions au " problème métis " qu'analyse si finement l'historienne et sociologue Emmanuelle Saada retiennent donc l'intérêt non pas tant pour le nombre de métis à l'échelle des colonies françaises (chiffres flous, au demeurant), mais bien parce que la catégorie même semait le trouble dans l'ordre colonial.
En effet, les métis ont longtemps brouillé les repères, sapant la logique fondatrice et justificatrice de la colonisation. Leur existence même remettait notamment en question les binômes colonisateur-colonisé et sujet-citoyen.
Qu'est-ce précisément qu'un " métis " ? ...

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Une utopie en enfer

Le poète Giuseppe Conte raconte une généreuse rébellion contre la traite des esclaves au temps de la Révolution

    Comme un hommage à Conrad et à Melville, Giuseppe Conte nous raconte l'histoire d'une utopie sanglante. L'action se situe peu après l'ouverture des états généraux à Versailles, en mai 1789, et donc durant ce qui prépare et suit la Révolution française. Les protagonistes de son roman ne seront pourtant pas les témoins de cette Révolution, mais ses contemporains, ses acteurs en d'autres lieux. C'est en mer, sur le Sainte-Anne, que le mousse Yann Kerguennec, jeune paysan breton originaire de Carnac, va découvrir à la fois le règne du mal et le combat que l'esprit libertaire peut entreprendre contre lui.
Lointainement inspiré du récit que Daniel Defoe publia en 1724, sous le nom de "Captain Johnson", dans son Histoire générale des plus fameux pyrates, ce roman d'un poète hanté par les voyages et les mythes imagine une suite à ce rêve d'une république libre, qui unirait les races et les peuples et appliquerait un code d'égalité, de respect mutuel des citoyens, de partage des biens et d'abolition des privilèges et des pouvoirs. Defoe-Johnson avait raconté la fondation, par Misson, de Libertalia, une communauté fouriériste avant la lettre, à Madagascar, et sa triste fin. De la même manière, le lieutenant déchu Floriano di Santaflora va créer une "république libre d'Aldebaran", en tentant vainement de mettre fin à l'esclavage.

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Mémoire du Yiddishland

    Plusieurs classiques de la littérature yiddish sont aujourd'hui redécouverts et traduits. Ils témoignent de la vivacité d'une culture juive européenne, meurtrie par la Shoah mais jamais éteinte, dont toute la splendeur reste à appréhender. Contrairement aux idées reçues, le yiddish est toujours une langue vivante, parlée par trois millions de personnes. Liée au destin glorieux et tragique d'un monde englouti, son avenir est devant elle. Plusieurs classiques de la littérature yiddish sont aujourd'hui redécouverts et traduits. Ils témoignent de la vivacité d'une culture juive européenne, meurtrie par la Shoah mais jamais éteinte, dont toute la splendeur reste à appréhender. Contrairement aux idées reçues, le yiddish est toujours une langue vivante, parlée par trois millions de personnes. Liée au destin glorieux et tragique d'un monde englouti, son avenir est devant elle.

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Romancier, un métier de pointe

Pour Hédi Kaddour, l'auteur de "Waltenberg", le roman est une aventure qui " rend le monde perceptible ". Un " viatique qui nous préserve du tragique "

 La journée est une bouchée. " J'ai ouvert Montedidio et, à la première phrase, je sais que je vais acheter et lire. Ça n'est pas : " La journée est belle. " Ni : " Ce fut une rude journée. " Cette bouchée, c'est la bonne désinvolture romanesque, la mise à l'écart de toutes les enveloppes déjà utilisées et l'invention par le livre d'une phrase qui n'appartient qu'à lui. Le roman se jette sur la journée, sur " les choses de la journée ", et la lecture en devient à son tour une bouchée.
Un homme raconte sa sortie de l'enfance à Naples, entre le travail, la mort de sa mère, le départ d'un vieux cordonnier bossu, la naissance du désir, ses amours et les affrontements avec le propriétaire de l'immeuble, entre le vacarme de la journée et le bruit du crayon le soir sur le papier. Il accumule, il distribue, il en devient une voix transparente, qui fait discrètement place à celle des autres, celle de Maria, sa compagne, " qui débarrasse, lave, range, même si la vie est triste, au moins il n'y a pas de saleté, qui est une humiliation de plus ". C'est de l'histoire personnelle, mais passée au crible d'une composition, ça ne vend pas son cul, c'est du roman.

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Etranges métamorphoses sentimentales d'un homme perdu, par la romancière libanaise Hoda Barakat.

Par Christophe AYAD

  Libanaise de Paris et de l'exil, Hoda Barakat est divisée à plusieurs titres. Journaliste à Radio Orient, elle vit au rythme d'une actualité violente, asphyxiante, tout en écrivant, à intervalle régulier, des livres lents, étranges et courts. «Je ne note rien, j'écris tous les jours dans ma tête, dans le métro, au travail, à la cuisine. Et quand je me sens prête, je couche tout sur le papier en quelques semaines, pendant des vacances.» 

Hoda Barakat appartient à cette génération de Libanais dont la vie a été cassée en deux par la guerre civile. Dans ce gouffre qui a englouti leurs plus belles années, ceux qui n'y ont pas laissé leur âme ­ ou leur vie ­ n'ont cessé de puiser leur sève. Hoda Barakat tisse des histoires singulières où l'individu est irrémédiablement seul.

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La voix des affranchis

L'actualité de W.E.B. Du Bois

  Malaise. Oui, un étrange malaise s'empare de ceux qui ouvrent Les Ames du peuple noir. La beauté langoureuse du livre que voici nous saisit malgré nous. De chapitre en chapitre, les negro spirituals, les partitions mélancoliques raniment la mémoire endolorie, qui tente de chanter le désenchantement.

En 1903, W.E.B. Du Bois (1868-1963) entreprend de briser la conspiration du silence qui entoure la question noire aux Etats-Unis. Selon lui, tout se passe comme si les Noirs vivaient " derrière le Voile ", dans un monde invisible. Certes, l'esclavage a été aboli. Certes, la liberté a été gagnée. Mais sans ressources, les affranchis ne peuvent pas grand-chose. La réforme agraire n'a pas eu lieu : " 40 acres et une mule ", ce n'était guère qu'une formule, une promesse avortée.

Dès lors, indique l'auteur, " une grande partie de ce qui est enfoui dans ces pages peut aider un lecteur patient à saisir dans toute son étrangeté ce que signifie être noir, ici, à l'aube du XXe siècle ; car le problème du XXe siècle est le problème de la ligne de partage des couleurs ".

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Abolir l'esclavage

  Il se sera écoulé soixante années entre la fondation de la Société des amis des Noirs, en 1788, et l'abolition définitive de l'esclavage dans les colonies françaises, par un décret du 27 avril 1848. Six décennies marquées par une première abolition, en 1794, le sanglant rétablissement de l'esclavage par Bonaparte, en 1802, la perte d'Haïti, et une interminable lutte, avant la victoire, aux premières heures de la IIe République.
Si cette grande cause humanitaire n'a jamais suscité un engouement public comparable aux grandes mobilisations anglo-saxonnes, le mouvement abolitionniste en France a eu pour lui d'être successivement porté par deux figures admirables, l'abbé Grégoire et Victor Schoelcher, dont reparaissent, à la faveur des commémorations officielles, des écrits sur l'esclavage.

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Une présentation médiatique de l'affaire du chlordécone.

 La une est barrée au quatre cinquième avec, en gros caractère « CHLORDECONE TOUS CONTAMINES ! » Mais il y a un petit encart, au dessus du gros titre, qui énumère des thèmes, et là on lit : « Une étude confirme qu’une forte proportion de la population est imprégnée par la molécule du pesticide ». Donc, en gros : « TOUS », en petit : « une forte proportion ». Il ne faut pas faire dans la nuance pour ameuter les lecteurs ! Où est la vérité ?
A la page 2, autour de dessins de Pancho, style « alliens » ou fantômes d’Halloween, ça continue avec, en gros : « CHLORDECONE La contamination plus large qu’on le craignait » Mais c’est au dessus d’un texte où on peut lire :

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A propos de "Chronique d'un empoisonnement annoncé"
Un réquisitoire enflammé et un peu brouillon

par Lucien Degras

 L’ouvrage comporte six chapitres : Chronologie d’un empoisonement, Le lobby des latifundistes békés, Une catastrophe écologique sans précédent, Une grave menace pour la santé publique, Responsables et coupables ?, Propositions… pour sortir de l’impasse ! Sa bibliographie s’étend sur dix pages avec une section Ouvrages : de Mandela, à Hulot en passant par Glissant, le cancérologue Belpomme, le climatologue Denhez et bien des spécialistes de la pollution ; une section Documentation et contributions : nombreux articles de Boutrin, rapports de l’Association Martiniquaise pour la Recherche Epidémiologique en Carcinologie, de l’INSEE, l’article de Snegaroft… ; une section Rapports et textes administratifs, dont les rapports de Ballan et Mestres, Joël Beaugendre, Bonan et Prime, A. Kermarrec, entre autres ; une section de Références bibliographiques étrangères et enfin une section Presse écrite donnant les titres de nombreux périodiques. Cet ouvrage s’appuie, on le voit, sur une large base documentaire.

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Lettres sur la Justice sociale à un ami de l’humanité

Le dernier ouvrage de Michel Herland, professeur à l’Université des Antilles-Guyane en Martinique, se présente comme une suite de onze lettres. Les dix premières présentent les principales théories concurrentes en matière de justice sociale. Sur la base de cette analyse comparée, la dernière lettre présente un certain nombre de propositions concrètes.

La méthode retenue par M.H. consiste à focaliser sur les quelques auteurs qui ont développé explicitement une théorie de la justice, à faire ressortir les logiques internes de chacune et le type de politiques qui en résulte. Il multiplie les citations, ce qui offre le double avantage de nous permettre de contrôler ses interprétations et de nous mettre en contact direct avec des manières d’écrire très diverses, suivant l’époque et le tempérament des auteurs considérés. Pour qui n’a jamais rien lu de l’« inventeur d’idées » génial que fut Charles Fourier, par exemple, la découverte de son style farfelu sera toute une expérience !

Le choix de la forme épistolaire permet en outre à M.H. d’instiller ici ou là dans son texte des anecdotes, des réflexions personnelles, sans rapport obligatoire avec le sujet principal de la lettre mais qui ont le mérite de détendre un moment le lecteur au milieu de raisonnements parfois un peu ardus.

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Mémoires des esclavages et voltige des langues

Par Edouard Glissant

A l'heure où la France célèbre pour la deuxième fois, le 10 mai, les " Mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions ", l'écrivain Edouard Glissant, chargé par le premier ministre, Dominique de Villepin, d'" une mission de préfiguration d'un centre national consacré à la traite, à l'esclavage et à leurs abolitions ", publie Mémoire des esclavages, chez Gallimard. Un ouvrage dans lequel il présente le projet qui lui a été confié, et repère les traces de cette histoire douloureuse. " Le Monde des livres " en publie un extrait.

La même douleur de l'arrachement, et la même totale spoliation. L'Africain déporté est dépouillé de ses langues, de ses dieux, de ses outils, de ses instruments quotidiens, de son savoir, de sa mesure du temps, de son imaginaire des paysages, tout cela s'est englouti et a été digéré dans le ventre du bateau négrier et, par opposition au migrant armé venu du nord-ouest de l'Europe, et qui entreprend tout de suite de forger les instruments de sa domination (qui sera le capitalisme industriel puis technologique et financier), ou ensuite au migrant domestique ou familial, venu d'Italie ou de Chine ou de la péninsule Ibérique, d'Ecosse ou d'Irlande, les régions pauvres des îles Britanniques, avec ses poêles et ses fourneaux, les portraits de tout son clan, et qui fait commerce (c'est le capitalisme marchand, soumis au premier), l'Africain est le migrant nu, et qui n'a plus même à nourrir l'espoir d'un retour au pays natal, sauf dans les obstinations suicidaires des Ibos. ..

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Claude Lefort
Une pensée à l'épreuve du siècle

Soixante années dans l'itinéraire d'un grand penseur du politique et du totalitarisme, qu'il a défini comme " le phénomène le plus important de notre temps ".

 En décembre 1994, alors que les sondages le favorisaient, Jacques Delors, ne voyant pas avec quelle majorité gouverner, refusa de se porter candidat à l'élection présidentielle du printemps suivant et déclara : " Je ne désire pas le pouvoir. " Claude Lefort éclaira cette formule dans un article de journal : " La notion d'un désir de pouvoir, si communément attribué à quiconque aspire à un rôle politique, laisse ignorer le côté par lequel le pouvoir - en régime démocratique - ne saurait consister en un objet de désir, car il n'est pas quelque chose de visible, dont on puisse s'emparer, ou qui soit délimité dans la société, à l'image du palais de l'Elysée. "

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Jacques Henric
" Combattre le déni de l'Histoire "

Sous le titre " Politique ", l'ancien militant communiste et proche du groupe Tel Quel livre ses mémoires où se mêlent les figures politiques et intellectuelles qui ont accompagné son parcours et ses engagements

  Né en décembre 1938, Jacques Henric a vécu sa petite enfance dans la guerre. A 20 ans l'attendait une autre guerre, qui ne disait pas son nom, celle d'Algérie. Il a été enseignant, et communiste jusqu'au début des années 1970. Il a été proche du groupe littéraire Tel Quel, et, depuis maintenant trente-cinq ans, participe à l'aventure d'Art Press, au côté de Catherine Millet, qui partage sa vie. Il a publié pour la première fois en 1969 (Archées, Seuil, " Tel Quel "). Vingt-deux livres ont suivi, romans et essais.

Celui qui paraît aujourd'hui, Politique, n'est ni un roman ni un essai. C'est un livre de mémoire éclatée - " je ne raconte pas toute ma vie ", dit-il -, mais pas infidèle. C'est un récit alerte, à la fois grave et drôle, un texte de combat aussi, ne dédaignant pas la veine pamphlétaire, marqué par un grand souci d'honnêteté, " un désir d'être le plus juste et le plus vrai possible ".

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Quelle mémoire de l'esclavage ?
(Table ronde)
MAXIMIN Daniel, POCRAIN Stéphane et TAUBIRA Christiane

  Pourquoi faire une loi instituant une commémoration de l’esclavage reconnu comme crime contre l’humanité ? En revenant sur l’origine de ce projet de loi, cette discussion contradictoire permet de comprendre les tenants et les aboutissants des demandes adressées au législateur.
 

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Périls sur l'Université

 Deux ouvrages collectifs constatent l'inexorable déclin qui entraîne les institutions du savoir dans la misère matérielle et morale
Peu avant l'élection présidentielle, la rumeur a couru tout Paris. Le monde intellectuel, disait-on, a basculé à droite. Jour après jour, philosophes et écrivains se sont trouvés convoqués dans les studios, bombardés de questions, sommés de cracher le morceau - " mais dites-le, avouez-le, bon sang, que vous votez Sarkozy ! " Après deux ou trois semaines, pourtant, l'opération s'est révélée décevante : les " ralliements " effectifs pouvaient se compter sur les doigts d'une main.
Cela signifie-t-il qu'il ne s'est rien passé ? Certes non. Car l'épisode aura rendu palpable le mépris quasi général dans lequel est tenu, désormais, l'intellectuel français.

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Vikram Seth

" Je vis en ricochets "

  Au premier plan, un petit jardin délicieusement british : pelouse vert salade et balancelle blanche, pas japonais, fleurs en pots - doux comme un coin du Devon. Et puis, juste à côté, presque appuyé contre la clôture, le fouillis sonore et visuel si familier en Inde : symphonie de klaxons, fils électriques lâchés en vrac le long des immeubles, tas de briques au bord des trottoirs, constructions éternellement en cours et, parfois même, suspendus aux avancées des toits, deux ou trois vilains singes beiges, qui montrent leur derrière pelé aux passants. Angleterre ? Inde ? A l'entrée d'un quartier résidentiel (et gardé) de Noida, ville mitoyenne de New Delhi, la demeure des parents de Vikram Seth fait partie de ces lieux innombrables où des mondes se chevauchent.

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Un érotisme singulier

Où l'on apprend que le " Kâma Sûtra " est avant tout une encyclopédie de tous les plaisirs

  Inutile d'insister sur la notoriété mondiale du Kâma Sûtra. On trouve, sous ce nom, d'innombrables recueils recensant les positions pour s'accoupler, des multitudes de conseils pour faire durer le plaisir et varier les sensations. L'étiquette Kâma Sûtra se retrouve aussi sur des parfums, onguents, cosmétiques, lingeries et autres accessoires dont l'inventaire excède le cadre de cet article. Mais, justement, ce n'est qu'une étiquette.

Car presque personne n'a lu, vraiment, l'original sanskrit et ses commentaires. L'antique traité ne fut traduit en anglais pour la première fois qu'en 1883, en français en 1885, en allemand en 1897. On découvre l'originalité de cette encyclopédie érotique grâce cette nouvelle édition, remarquablement présentée et annotée par un spécialiste des textes sanskrits, Wendy Doniger, professeur émérite à l'université de Chicago, et par le psychanalyste, anthropologue et romancier Sudhir Kakar.

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Charles Malamoud : " Des structures nouvelles ne cessent de s'ajouter "
 

  Dans la lignée des savants indianistes français qui se poursuit depuis bientôt deux siècles, Charles Malamoud occupe aujourd'hui une place éminente et internationalement reconnue. Spécialiste de l'Inde des Veda, la plus ancienne, aux origines de la religion brahmanique d'où provient l'hindouisme actuel, il travaille aux confins de la philologie, de l'anthropologie et de la psychanalyse. Directeur d'études honoraire à la section des sciences religieuses de l'Ecole pratique des hautes études, il a publié une série d'études indispensables à la compréhension de la culture indienne traditionnelle, notamment Cuire le monde. Rite et pensée dans l'Inde ancienne (La Découverte, 1989), Le Jumeau solaire (Seuil, 2002), Féminité de la parole (Albin Michel, 2005), La Danse des pierres (Seuil, 2005).

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Do you speak hindi ?

Surprenante pour un Occidental, la question des langues est déterminante pour les écrivains indiens

  Au tout début, ça ne se parle guère. Ils sont là gênés, un peu raides, guindés dans leurs habits de circonstance : les deux mères, l'une en face de l'autre, qui sourient pour se donner une contenance, et plus loin, au bout de la table, les pères, en costumes gris. Entre les deux, embarrassés ou peut-être vaguement ennuyés, les deux jeunes promis, qui se regardent sans se regarder, s'épiant du coin de l'oeil. Au restaurant Embassy, sur Connaught Place (le cœur de la circulation furieuse qui secoue New Delhi), les messieurs en chemise blanche, entrepreneurs ou commerçants, ne sont pas les seuls à faire des affaires. On peut y observer, comme ce jour-là, d'autres négociations - largement aussi serrées : une première confrontation en vue d'un mariage arrangé, chose très courante en Inde.

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Diversité linguistique et vitalités littéraires
Si l'anglais reste le principal facteur d'unité linguistique dans l'Union indienne, les littératures des nombreuses langues vernaculaires font montre d'un remarquable dynamisme

  On décrit souvent l'extraordinaire diversité indienne à partir de son aptitude - relative - à faire cohabiter un nombre record de religions sur son sol. Mais l'Inde est aussi plurielle au plan linguistique. Certes, les grammairiens ont identifié depuis le XVIIIe siècle deux familles de langue seulement, l'indo-européenne au Nord et la dravidienne au Sud - auxquelles s'ajoutent quelques locuteurs de langues austro-asiatiques et sino-tibétaines confinés dans les zones tribales. Mais cette simplification est trompeuse. Au sein de la famille dravidienne, on distingue en effet au moins quatre grandes langues régionales : le tamoul au Tamil Nadu (62 millions d'habitants d'après le recensement de 2001), le malayalam au Kerala (32 millions), le télougou en Andhra Pradesh (76 millions) et le kannada au Karnataka (53 millions).

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RENCONTRE L'auteur de " Nirvâna mode d'emploi " se joue des caricatures et des images toutes faites sur son pays dans un anti-roman initiatique subversif et réjouissant.

  C'est le livre le plus dérangeant de tous ceux que l'Inde a livrés ce printemps - et certainement l'un des meilleurs. Roman comique ou profondément désespéré, selon les interprétations, Nirvâna, mode d'emploi vient en tout cas mettre cul par-dessus tête une bonne partie des clichés associés à ce pays, à son histoire, à son folklore, à ses exotismes et, pour tout dire, à cette tentation de la " couleur locale " dont tant de romanciers indiens tentent de se défaire comme d'un poison. En examinant d'un ton désinvolte la dégringolade morale d'un très jeune homme, Upamanyu Chatterjee monte avec beaucoup de subtilité un roman initiatique à l'envers. Et bouscule sans précautions quelques-uns des codes et des hiérarchies les plus profondément enracinés de son pays.

 

Amitav Ghosh : " La question de la diaspora est fascinante "

Pour le romancier établi de longue date à New York, la littérature indienne contemporaine séduit parce qu'elle " n'a pas peur des émotions "

  Amitav Ghosh écrit tous les jours, neuf mois durant, dans son studio de Brooklyn. Mais, précise-t-il à la première occasion, il ne se définit pas comme un écrivain de la " diaspora ". Né à Calcutta en 1956, dans une famille de la moyenne bourgeoisie, Ghosh est de huit ans le cadet de Salman Rushdie, et il se sent pourtant d'une tout autre génération. Nul besoin, pour lui, de se frayer un chemin, de figurer en éclaireur d'une pléiade exotique et balbutiante. Sa génération est l'une des plus prolixes et des plus célébrées de la littérature mondiale contemporaine. Ghosh en a le cœur net. L'Inde sera le théâtre de la comédie humaine du XXIe siècle, le creuset littéraire de l'après-postmodernisme.

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Vers un " au-delà " postcolonial

  A la fin des années 1980, révolté par les tensions religieuses, un poète indien voulut rendre justice aux plus démunis. Issu de la communauté dalit, Prakash Jadhav faisait entendre les paroles des sans-abri qui survivent à même les trottoirs de Bombay. Dans Under Dadar Bridge, il écrivait ceci : " Hey, m'man, dis-moi ma religion. Qui suis-je ?/Que suis-je ?/Tu n'es ni hindou ni musulman ! Tu es une étincelle abandonnée/des feux lascifs du monde/La religion ? Voilà où je me mets la religion !/Les putes n'ont qu'une religion, mon fils/Si tu veux un trou à baiser, garde/Ta queue dans ta poche ! "

Quelques années plus tard, Homi Bhabha, professeur de littérature à l'université Harvard, lui-même né à Bombay en 1949, choisissait de commenter ces vers en ouverture d'un essai promis à un retentissement international : " Soudain, un pont de Bombay devient un lieu d'où un poème marathi est traduit en anglais par un poète qui parle à la fois la langue ornée d'un dialecte dévotionnel (une étincelle abandonnée des feux lascifs du monde) et l'argot local rappelant les poètes des Black Panthers qui ont une influence sur la poésie dalit. (...) Le langage du poème saisit quelque chose de l'étincelle du cosmopolitisme vernaculaire que j'ai cherché à explorer ", notait-il dans The Location of Culture, paru en 1994.

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Abha Dawesar, contre tous les tabous

Libre " : voilà le mot qu'Abha Dawesar pourrait afficher non seulement au fronton de ses livres, mais à celui de sa vie. Née en 1974, cette jeune Indienne originaire de New Delhi ne tient pas spécialement à enfreindre les règles, pas plus qu'elle ne se cantonne dans une posture agressive. Simplement, elle a décidé une bonne fois pour toutes que son comportement et son écriture ne seraient pas dictés par les interdits et les cloisonnements de la société dont elle est issue. Telle est aussi Anamika, surnommée Babyji, la jeune héroïne de son livre. A travers l'initiation sexuelle (et surtout homosexuelle) de cette adolescente intrépide, Abha Dawesar décrit à la fois son pays et les changements qui le travaillent, derrière son apparent immobilisme.

Aux marges de la citoyenneté

Plus d'un an après les émeutes qui ont enflammé certaines banlieues françaises, les retombées politiques de cette secousse sont encore incertaines. Si quelques esprits militants veulent croire qu'un tel embrasement annonce une prise de conscience collective, voire un authentique mouvement social, d'autres observateurs se montrent beaucoup plus circonspects quant au prolongement possible de cette " révolte protopolitique ", selon la formule utilisée ici par Gérard Mauger.

De ce point de vue, la prochaine élection présidentielle aura valeur de test. Pourra-t-on établir un lien, même fragile et indirect, entre le vaste soulèvement de 2005, d'un côté, et une éventuelle mobilisation électorale au sein des quartiers dits " sensibles ", de l'autre ? Ou bien ces zones péri-urbaines vont-elles continuer à s'enfoncer dans la spirale à la fois ségrégative et dépolitisante qui n'en finit plus de les marginaliser ?

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Roman époustouflant, inclassable et iconoclaste

Vénus et Adam

de Alain Foix

   Alain Foix, guadeloupéen, est écrivain, docteur en philosophie, directeur artistique, documentariste et consultant. Journaliste et critique de spectacles, il est également auteur d’un grand nombre d’articles et de courts essais, notamment sur l’art et le spectacle, il publie aujourd'hui Vénus et Adam aux Editions  Galaade, un roman à l'ancienne qui se révèle être un pur plaisir...

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Quelle mémoire de l'esclavage ?

(Table ronde)

MAXIMIN Daniel, POCRAIN Stéphane et TAUBIRA Christiane

  Pourquoi faire une loi instituant une commémoration de l’esclavage reconnu comme crime contre l’humanité ? En revenant sur l’origine de ce projet de loi, cette discussion contradictoire permet de comprendre les tenants et les aboutissants des demandes adressées au législateur.

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Un numéro d’"Esprit" sur les Antilles

par Selim Lander

  Le numéro de la revue Esprit de février 2007 consacre un dossier aux Antillais de France et d’outre-mer. Le titre : « Antilles : la République ignorée » est trompeur. On pourrait croire en effet que le dossier apporte des informations sur la manière dont le droit de la République est trop souvent bafoué aux Antilles, sur le paternalisme gouvernemental, sur les consignes passées aux préfets pour qu’ils ferment les yeux sur les pratiques des édiles locaux, sans parler de ce privilège hérité de l’époque coloniale qui fait que tous les fonctionnaires en poste dans les « DOM-TOM », donc en particulier aux Antilles, sont rémunérés davantage, pour un même travail, que leurs homologues métropolitains. Il n’en est rien. La plupart des contributions insistent plutôt sur les discriminations « négatives » dont les Antillais sont les victimes, à l’origine des revendications mémorielles qui se sont faites jour récemment et auxquelles a voulu rendre justice la loi du 21 mai 2001, dite loi Taubira, qualifiant l’esclavage et la traite négrière comme des crimes contre l’humanité.

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  Depuis des décennies, l'œuvre romanesque et poétique de ce « passeur d'écumes » s'accompagne d'une réflexion complexe, sur l'identité créole, miroir de compréhension de notre monde.
Edouard Glissant est né en 1928 à Sainte-Marie, en Martinique. Il entreprend des études de philosophie à la Sorbonne en 1946 et vivra à Paris jusqu'en 1965. Docteur ès lettres, il fonde l'Institut martiniquais d'études et une école selon un système alternatif d'éducation. Son premier recueil de poèmes, Un champ d'îles, paraît en 1953. Il publie dès lors régulièrement des pièces de théâtre, des poésies, des essais et des romans. La Lézarde (1958) lui vaut le Prix Renaudot. Il collabore à de nombreuses revues, Présence africaine, Critique, Les Lettres nouvelles. En 1971, il fonde la revue Acoma. De 1982 à 1988, il dirige le Courrier de l'Unesco. Il vit à New York où il tient une chaire de littérature.

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Être à sa place

par Pierre Pinalie


Membre de la petite communauté belge de Martinique, Marielle Cuvelier se sert du personnage central de son petit roman pour nous exposer sa vision de la vie, à travers une série de scènes tragi-comiques et émouvantes. Dans une langue non dépourvue de nerfs et de muscles, elle place la vie dans une vision littéraire, ce qui peut nous indiquer qu’elle pense parallèlement à sa propre existence. Rien que le nom de son héroïne, Luna, nous entraîne vers un au-delà céleste, même si les anecdotes décrites plongent dans un quotidien réaliste où les disputes et le feu voisinent avec des poupées dans une chambre et des orangers dans un jardin.

 

"Chronique d'un empoisonnement annoncé"

de Louis Boutrin et Raphaël Confiant

 aux Editions L'Harmattan

Après les scandales de l’amiante, du sang contaminé, de la vache folle et d’Outreau, voici qu’une nouvelle fois, de graves dysfonctionnements de l’administration française mettent en péril la vie d’un million de nos concitoyens, ceux de la Martinique et de la Guadeloupe, « départements d’Outre-Mer » que l’on à trop souvent tendance à percevoir à travers le filtre réducteur du soleil, de la mer bleue et des belles doudous. En effet, on pourrait résumer ce nouveau scandale en parodiant un célèbre slogan : « Sous la plage, le Chlordécone ». Ce nom barbare cache un puissant pesticide utilisé pendant trente ans dans les plantations de banane des Antilles françaises, cela au mépris de la législation puisqu’il était interdit dans l’Hexagone. De manière clandestine__et cela avec la complicité active ou passive des différentes administrations déconcentrées de l’Etat et des grands planteurs Békés (ou Blancs créoles)__les sols, les cours d’eau, les sources et les nappes phréatiques de la Martinique et de la Guadeloupe ont été polluées par l’utilisation à doses massives (parmi d’autres pesticides tout aussi dangereux) du Chlordécone. En bref, on a sciemment

 

 

"Tête haute"

  Née à l'île de la Réunion d'un père  indien et musulman et d'une mère créole d'origine bretonne et catholique, Memona Hintermann, grand reporter sur France 3, doit à l'école républicaine son ascension sociale. Elle fait le récit du combat qu'elle a mené pour réussir.À l’occasion de la sortie en librairie de Tête haute (Jean-Claude Lattès, 280 pages, 17 euros) qui retrace son parcours professionnel et personnel, nous avons rencontré Memona Hintermann. Journaliste singulière, femme spontanée, elle a accepté de s’exprimer sur des sujets de société comme l’école, l’intégration, la discrimination positive et de revenir sur son métier de journaliste.

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" Les monstres, c'est vous et moi "

 Avant de devenir le très fameux créateur du capitaine Alatriste, romancier à succès et membre de l'Académie royale espagnole, Arturo Pérez-Reverte était reporter de guerre. Pour le journal Pueblo, puis pour la Télévision publique espagnole, cet homme qui ressemble encore à un soldat (démarche, poignée de main et même coupe de cheveux) a couvert les conflits les plus sanglants. De passage à Paris juste avant la parution de son dernier roman, l'écrivain-navigateur (il passe une partie de sa vie en Méditerranée, sa " vraie patrie ", à bord d'un bateau où il a emmagasiné plus de 300 livres), né à Carthagène en 1951, évoque la manière dont l'horreur a transformé son regard sur le monde.

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L’aventure ambiguë d’une certaine Créolité

par  Rafael Lucas*

  "La boulimie de reconnaissance littéraire a transformé les majors créoles en apprentis sorciers, ou en apprentis quimboiseurs. Et c’est dommage. On peut regretter que les réels talents littéraires des écrivains créolistes aient été pervertis par les liaisons dangereuses avec l’idéologie."

 Le mouvement de la Créolité, popularisé en France métropolitaine par un manifeste de trois auteurs martiniquais publié en 1989 (Éloge de la Créolité) (1) et par un large succès éditorial, prétend redéfinir l’identité créole et codifier une nouvelle démarche littéraire. Or, qu’il s’agisse du contenu du manifeste ou de la stratégie pratiquée, il est facile d’observer chez les défenseurs de ce courant un ensemble confus de contradictions et de simplifications, qui est dû à au moins trois facteurs : l’obsession de la reconnaissance littéraire de la métropole française dont ils dénoncent la politique d’assimilation coloniale, l’attitude totalitaire parfaitement visible derrière le discours culturel, et une manipulation hâtive du concept de métissage, phénomène dont les Antilles représenteraient le modèle idéal… Notre propos ici n’est pas de mettre en question l’énorme travail de création et de novation de ce mouvement, mais de montrer comment la créativité des écrivains et l’élaboration de leurs œuvres ont été perverties par les diktats idéologiques et par un certain galimatias, ou « manger-cochon », théorique.

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" Le féminisme doit repenser la maternité "

par Yvonne Knibiehler

  Le féminisme, c'est l'autre face trop longtemps cachée de l'humanisme, doctrine qui prône l'épanouissement de la personne humaine. Car il se trouve que la personne humaine est sexuée, et que ce qui permet l'épanouissement d'un sujet de genre masculin ne suffit pas toujours à celui d'un sujet de genre féminin. En outre, on constate que la domination masculine, pour des raisons anthropologiques, ne cesse à travers toute l'histoire d'être présente. Elle se déplace chaque fois qu'il le faut, mais elle ne s'efface jamais. Dès l'instant où une femme peut accéder à une candidature politique de très haut niveau, cela ne signifie-t-il pas que le pouvoir est ailleurs, et que la domination masculine s'est réfugiée essentiellement dans le domaine économique ? Ne nous faisons pas d'illusions : le féminisme n'a pas supprimé, ni même beaucoup atténué la domination masculine. Il l'a seulement forcée à changer de place.

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La culture en pratique

  Un précieux recueil d'articles de l'anthropologue américain Marshall Sahlins, spécialiste des sociétés polynésiennes et de l'articulation entre histoire et systèmes symboliques.
Grand spécialiste des sociétés polynésiennes, auteur d'une oeuvre majeure, intellectuel engagé contre la guerre du Vietnam hier et la guerre en Irak aujourd'hui, Marshall Sahlins, professeur honoraire à l'université de Chicago, est sans doute le plus célèbre des anthropologues américains vivants. Nombre de ses ouvrages ont été traduits ici et lui-même, depuis son séjour à Paris à la fin des années 1960, a poursuivi un dialogue intellectuel avec Claude Lévi-Strauss et d'autres auteurs français, tels les historiens de la Grèce ancienne Pierre Vidal-Naquet et Jean-Pierre Vernant. De ces échanges et débats transatlantiques témoigne ce nouveau livre, un recueil d'articles qui donne un excellent panorama de ses thèmes de prédilection et situe son travail dans un parcours biographique.

 

Rêve et cauchemar africains

  Voici un grand et bel album, pour lequel il fallait bien deux tomes, une de ces BD dont les traits et les couleurs, les dialogues et les situations, qu'elles soient cocasses ou dramatiques, perdurent dans la mémoire et le cœur. Le Peuple des endormis est l'œuvre d'un duo, le romancier Frédéric Richaud et le scénariste-dessinateur Didier Tronchet.

Le premier, enseignant en collège, a déjà signé deux romans chez Grasset, dont Monsieur le jardinier, deux biographies sur Luc Dietrich et René Daumal, un album sur Boris Vian et une BD en trois volets avec Pierre Makyo, Le Maître de peinture (Glénat). Le second fut d'abord journaliste à l'édition lilloise du Matin de Paris avant de se lancer dans la BD. Il a conçu depuis une trentaine d'albums loufoques et truculents, comme Raymond Calbuth ou Jean-Claude Tergal, et dessiné des BD plus romanesques pour l'écrivain Anne Sibran, comme Là-bas (Dupuis) ou Le Quartier évanoui (éd. Vents d'ouest).

 

« À mes chers parents gaulois... »

La France vue du Sénégal... par un Sénégalais : Fadel Dia

  [...] parallèlement à la domination militaire, politique et économique que la France coloniale a exercé et exerce sur l’Afrique noire, s’est mis en place un ordre symbolique qui répercute la division sociale du travail sur le terrain linguistique, en instituant les Français Blancs dans le rôle de sujet ou d’agent d’énonciation, tandis que les Africains Noirs sont relégués soit au rang d’objet, soit à celui de destinataire des discours [1]. C’est cette scénographie parfaitement rôdée et intégrée que vient renverser, avec une verve et une intelligence remarquable, le dernier livre de Fadel Dia, « À mes chers parents Gaulois... », qu’on pourrait sous-titrer : « Quand un Sénégalais dit à la France ses quatre vérités »... ...si du moins il n’y avait pas, dans les 330 pages limpides de ce livre, bien plus que quatre vérités !

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Pour la Créolité

Par Thierry Bayle


  [...] Aimé Césaire n'est pas à la fête. En guise de biographie, le romancier Raphaël Confiant dresse un réquisitoire à l'encontre de celui qui, comme l'écrit Jean Bernabé dans la postface, fut la proue et le flambeau des jeunes auteurs créoles. Au lieu d'une hagiographie, "Aimé Césaire, Une traversée paradoxale du siècle" propose un portrait au vitriol du "père tutélaire" de la jeune génération, selon le mot de Patrick Chamoiseau. De quoi s'est rendu coupable le grand poète martiniquais ? D'avoir dénoncé l'oppression du tiers monde par l'Occident dans son cabinet de poète, par la voix du "Discours sur le colonialisme" (1950), tout en siégeant quarante-sept années au Palais Bourbon où il a prôné la loi d'assimilation (ou de départementalisation) pour les Antilles-Guyane et la Réunion, votée en 1946. "Les Antilles françaises d'aujourd'hui souffrent d'un péché originel : celui de l'assimilation... Césaire n'a conçu qu'un avenir de province française pour les Antillles", dénonce Confiant.

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Melting pot blues

Depuis Le Diable en robe bleue, son premier roman paru en 1990, Walter Mosley poursuit la chronique du quartier noir de son enfance à Los Angeles. Il avait 13 ans en 1965 lorsqu'y éclatèrent les émeutes de Watts. Ce qui le marqua le plus, ce n'est pas d'avoir été témoin des violences. C'est la réaction de son père, douloureusement partagé entre l'envie de prendre part physiquement à la révolte et le désir de rester dans la légalité.

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érotisme et engagement

par Manuel NORVAT

   Quels rapports se tissent dans la littérature caribéenne entre écriture militante et écriture érotique ? Autrement dit, quelles relations s’établissent dans cet espace de création entre désir et engagement ? Lorsque Suzanne Césaire parle de « littérature de pâmoison » dans Tropiques contre les productions littéraires doudouistes à la Daniel Thaly (« Je suis né dans une île amoureuse du vent où l’air à des odeurs de sucre et de vanille…) nous sommes hélas en présence d’un certain manichéisme faisant fit que la dite « littérature de  pâmoison » a participé à sa manière à un inventaire du réel, en l’occurrence antillais.

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Logique coloniale en banlieue

  Eux ", ce sont les jeunes des banlieues, catégorie assez floue dès qu'on cherche à la cerner, mais qui parle au sens commun : " eux ", en tout cas, ce n'est pas " nous ". Joël Roman, membre du comité de rédaction de la revue Esprit, se risque dans un petit livre vif, courageux et intelligent, sur un terrain où il n'y a que de mauvais coups à prendre, tant la gauche comme la droite ont délégitimé une position aujourd'hui carbonisée en " droits-de-l'hommisme ", selon le mot de Nicolas Sarkozy.

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L'œuvre fondatrice du psychiatre et psychanalyste Robert Stoller, théoricien de l'humaine perversion

Le fantasme mis en actes

Né à New York en 1925, Robert Stoller, psychiatre et psychanalyste, créa sur la Côte ouest, en 1954, la Gender Identity Research Clinic, véritable laboratoire de recherche sur la sexualité humaine. C'est là qu'il conceptualisa pour la première fois la notion de gender (genre) pour désigner le sentiment de l'identité sexuelle, par opposition au sexe, qui définit l'organisation anatomique de la différence entre le masculin et le féminin. De là naîtront les études contemporaines sur le genre (gender studies).

 

La culture délabrée

La culture est en crise. On le savait. Le modèle français est à bout de souffle. On est tous d'accord. Françoise Benhamou ne dit pas autre chose, mais elle fait mieux : l'économiste explique au lecteur, initié ou non, pourquoi ça ne va pas. Comment se fait-il que l'Etat, malgré l'" abondance de l'argent public ", parvienne de moins en moins à honorer ses missions ? Pourquoi la multiplication de l'offre (spectacles, livres...) ne se traduit-elle pas par une augmentation du public ? Autrement dit, comment la démocratisation culturelle a-t-elle échoué, et se retrouve aujourd'hui, dans certains secteurs, " laissée au marché " ? La chercheuse a participé aux travaux de Bernard Latarjet, ancien président de l'Etablissement public de La Villette, sur l'avenir du spectacle vivant ; elle a beaucoup voyagé et s'est associée à la réflexion sur la diversité culturelle.

 

Un poète politique : Aimé Césaire . Le Magazine littéraire n° 34 Novembre 1969 1969. Il est député de la Martinique depuis la Libération, il a été avec Senghor, reconnu comme le plus grand poète noir d'expression française. Comment s'accordent, en lui, la négritude, la poésie et la politique ?Q - Quels ont été vos sentiments, quelle a été votre impression quand vous avez quitté la Martinique pour venir terminer, en tant que boursier, vos études à Paris ? R-Je n'ai pas du tout quitté la Martinique avec regret, j'étais très content de partir. Incontestablement, c'était une joie de secouer la poussière de mes sandales sur cette île où j'avais l'impression d'étouffer. Je ne me plaisais pas dans cette société étroite, mesquine ; et, aller en France, c'était pour moi un acte de libération.

 

Entretien avec Aimé Césaire, Le Monde n° 7071, samedi 7 octobre 1967 . Pour l’ouverture de sa saison 1967-1968, le Théâtre de l’Est parisien accueille, en l’absence de la Guilde, en tournée aux États-Unis, la compagnie Serreau-Périnetti, qui crée la dernière œuvre du poète antillais Aimé Césaire, Une saison au Congo. Consacrée au destin tragique de Patrice Lumumba, cette pièce, qui était parue l’an dernier aux éditions du Seuil, a été considérablement remaniée par l’auteur1.On retrouvera dans cette nouvelle mise en scène de Jean-Marie Serreau quelques uns des comédiens de La tragédie du roi Christophe, donnée par un nombre limité de représentations à l’Odéon en 1965. Douta Seck sera le peuple, représenté par un joueur de sanza ; Yvan Labejof, Mobutu ; Lydia Ewandé, Pauline Lumumba ; Jean-Marie Serreau, Dag Hammarskjœld ; Bachir Touré, Lumumba

 

Entretien avec Aimé Césaire, Afrique (Paris, 1961), numéro 5, octobre 1961 Un noir prix Nobel ? Le journal suédois « Stockholmstridshingen » proposait voici quel-ques jours la candidature, M. Aimé Césaire, poète et député de la Martinique. L’anecdote serait de peu d'importance si elle ne révélait l'extraordinaire essor pris ces dernières années par la littérature noire d'expression française. Aimé Césaire est, avec Léopold Sédar Senghor, le représentant le plus illustre de cette littérature et son œuvre, pour difficile qu'elle soit parfois, est déjà largement diffusée dans le grand public. Mais qui est-il /

 

African Queen

La collection " Quarto " publie les textes que l'écrivain danois consacra à ses années africaines

J'ai possédé une ferme en Afrique, au pied du Ngong. " Cette phrase, la première du livre le plus célèbre de Karen Blixen, La Ferme africaine, fait partie de ces premières phrases immortelles à quoi se résume bien souvent la connaissance que l'on a d'un écrivain. Elle incarne le malentendu qui a réduit l'un des plus grands écrivains du XXe siècle à un personnage hollywoodien, celui de la baronne excentrique, pleurant - sans larmes et avec vaillance - ses plantations de café perdues, ses serviteurs fidèles et son amour défunt, le chasseur de fauves et grand aviateur Denys Finch Hatton. Meryl Streep a supplanté Isak Dinesen, le nom de plume de l'écrivain danois.

 

«La Matrice de la race»,Généalogie sexuelle et coloniale de la nation française  par Elsa Dorlin, Une jeune philosophe montre comment l’idée de citoyenneté s’est construite en même temps sur l’exclusion des femmes et l’exploitation coloniale. Passionnant.

Il est tout à fait remarquable que l’on remette aujourd’hui au premier plan, sans doute grâce à l’impact récent de ce qu’on appelle d’un terme un peu fourre-tout les études postcoloniales, un aspect capital de l’œuvre de Michel Foucault : lorsqu’il élabore sa théorie du pouvoir dans « la Volonté de savoir » (1976), premier volume de son « Histoire de la sexualité », et dans les cours qu’il donne à cette époque au Collège de France, son regard se porte en effet sur la « gestion des populations », ce qui renvoie non seulement à la question du sexe (et notamment de la famille) mais aussi à celle de la race. Les discours qu’il étudie sur la sexualité, le genre et la race sont étroitement imbriqués et relèvent de dispositifs de pouvoir que l’on se doit d’appréhender ensemble.

 

Rhétoriques de la race . En 1991, dans l'" avertissement " d'un ouvrage intitulé Face au racisme (La Découverte), Pierre-André Taguieff soulignait l'incapacité d'une certaine gauche progressiste à penser la renaissance des stéréotypes xénophobes et antisémites. Pour le politologue, cet aveuglement conceptuel expliquait le désarroi des belles âmes humanistes face à la percée lepéniste : " C'est précisément l'inquiétante ascension du Front national qui a permis de prendre conscience des illusions et des limites de l'action antiraciste telle qu'on l'a conduite. (...) La lutte contre le racisme ou la xénophobie, si elle veut se ressourcer, ne peut plus se tenir à distance des travaux et recherches des sciences sociales. (...) C'est un avis aux antiracistes de l'avenir : il faudra bien qu'un jour l'intendance suive... ", prévenait-il.

 

Archives littératures

 


 ENTRETIEN AVEC WOLE SOYINKA Berlin, juin 2oo6. L'ambiance est électrique dans les rues de la capitale allemande. Les terrasses des cafés sont emplies de gaillards en shorts qui boivent des bières en vociférant devant les écrans où des footballeurs noirs et blancs s'affrontent. Assis seul à une table en retrait, un vieil Africain au port altier de roi yoruba et à la diction very british dénote. Wole Soyinka médite. Il a l'air de débarquer d'une autre planète. Comme il le dit lui-même: « le vis un tiers du temps aux États-Unis et en Europe, un tiers au Nigeria et un tiers dans les airs. L'endroit que j'appelle la maison, c'est Abeokuta, au Nigeria. Ma ville natale. » Le Nobel de littérature 1986 (premier Africain à obtenir cette distinction) est venu pour recevoir un prix décerné par la jeunesse berlinoise et se fiche pas mal de la Coupe du monde où pourtant les joueurs africains font figure de stars. « Pour moi, dit-il, le fait que l'Afrique soit connue dans le monde grâce au football me rend aussi triste que de la savoir célèbre à cause des guerres civiles. Je veux que l'Afrique soit vue dans toute sa complexité, les difficultés économiques,

 

"La Mort du Colibri Madère" de Claude-Michel Privat .  Chronique d’une mort annoncée par Pierre Pinalie . C’est au Carbet que commence ce roman au cours de l’enfance de l’auteur, quand il n’y avait pas de lycée sur la côte caraïbe, et quand les fêtes locales se déroulaient autour du « chouval bois » et parmi les « joupas » installés sur la place. Colibri va être le héros central du livre présent partout, même dans les voyages en France, habitué qu’il était à accompagner les Antillais, quand ils arrivèrent, par exemple, dans les bateaux négriers. Fille de Man Doudou, moitié coolie moitié caraïbe, Ti Renée occupe une place centrale dans le livre. Frappée par son mari, elle avait « pris son paquet » et s’était consacrée à l’éducation des enfants de sa famille, tout en aidant Man Doudou pour les travaux de la maison. Décontenancée et malheureuse devant la mort de Colibri, elle doit se reconstituer pour se guérir du saisissement causé par cette mort. Et l’oiseau qui est mort interpelle tout le village qui se demande si la Terre va trembler et si la Montagne va recommencer à cracher.

 

"Extrême : esthétiques de la limite dépassée" de Paul Ardenne . Voici un ouvrage qui a mis suffisamment mal à l'aise son éditeur pour que celui-ci demande à l'auteur d'ajouter cette précision dans l'épilogue : «Le point de vue exprimé ici n'entend valoir ni pour approbation, ni pour invitation.» Non, Paul Ardenne ne vous recommande pas d'élever la roulette russe au rang de performance artistique, pas plus qu'il ne vous incite à manger des cadavres de nouveau-nés ou à vous rouler dans la merde en poussant des cris de bête. Ces quelques exemples d'oeuvres contemporaines, car c'en sont, l'auteur (docteur en histoire de l'art et maître de conférences à la faculté des arts d'Amiens) les scrute en spécialiste de l'esthétique, pas en sociologue ou en moraliste. Ce qui n'exclut pas un brin d'inquiétude.

 

Le métissage dans la  littérature des Antilles française Le complexe d’Ariel par Chantal Maignan-Claverie . Chantal Maignan-Claverie maître de Conférences à l’Université des Antilles et de la Guyane et enseigne les littératures francophones des Caraïbes à la faculté des Lettres et Sciences Humaines, à la Martinique. Passionnée par le thème du métissage et la problématique identitaire, elle est l’auteur de nombreux articles et conférences sur ces questions. Cet ouvrage, incontournable pour la compréhension de l’organisation structurelle des sociétés insulaires, répond aux interrogations sur la singularité des communautés françaises de la Caraïbe.

 

Homo homini lupus, Ti nonm ka fè gro séléra . « 24 contes des Antilles » d’Olivier Larizza

Castor poche – Flammarion. 2004.  Par Pierre Pinalie. Voilà encore un ouvrage profondément créole réalisé par un auteur « venant d’ailleurs ». Il y là 24 contes très courts qui sont comme autant de perles formant un joli collier de type « grains d’or ». C’est en effet une farandole où le coq et le ravet, le crapaud et la tortue, Compère Lapin et Compère Tigre, Ti-Jean et le Roi se succèdent et diffusent l’esprit de la culture créole et la traditionnelle morale qui surnage dans les étonnants proverbes si fréquents dans le dialogue des Anciens.Le mépris des puissants. Tant l’infidélité que la vengeance se voient dénoncés dans ces courtes histoires où apparaît le machisme des maris dominants, le dangereux entêtement des humains et la positive importance de la patience.

 

Voyages en homosexualités . A l'heure où le débat sur la légalisation du mariage gay et la capacité des couples homoparentaux à l'adoption d'enfants permet de prendre la mesure d'un des derniers épisodes d'une révolution sexuelle amorcée dans les années 1960, on peut constater que la question longtemps taboue des relations sexuelles entre adultes de même sexe n'est plus confinée à l'imprécation haineuse ou, en réponse, au militantisme revendicatif. Depuis le défilé new-yorkais de 1970 - premier anniversaire des émeutes du Stonewall, un bar new-yorkais où s'étaient opposés policiers et homosexuels -, la soif de reconnaissance, de respectabilité et de tolérance a, certes, acquis droit de cité. Tandis que la mondialisation de la communauté gay, sa visibilité nouvelle et son credo d'une domination du plaisir sexuel bouleversent radicalement la donne, les médias peinent à trouver un ton juste, entre la caricature méprisante et la compassion " psychomédicale " envers ceux qu'on tenait depuis près de deux siècles pour de simples pervers.... Lire la suite

 

L'Académie française doit accueillir Aimé Césaire . Le moment est venu pour cet écrivain et poète de rejoindre les Immortels. Elles et ils iront tous le voir : Aimé Césaire. Le pèlerinage (avec photo) à Fort-de-France en Martinique auprès du « vieux sage », du « grand poète martiniquais » est en effet la consécration de toute pêche aux voix auprès de nos « compatriotes de l'outre-mer ». Ces visites ont la sincérité des opportunismes électoraux et sont très en dessous de ce qu'est Aimé Césaire. C'est un esprit brillantissime : en 1931, boursier venu de la Martinique, il étudie au lycée Louis-le-Grand, puis est reçu à l'Ecole normale supérieure. C'est un homme politique engagé dans sa société. En 1946, député communiste, il présente devant l'Assemblée nationale la loi créant pour les « quatre vieilles colonies » les départements d'outre-mer. « Entre désintégration et intégration, il y a de la place pour l'invention. Lire la suite

 

L’Éthique selon Edgar Morin Edgar Morin, La Méthode 6 – Éthique, Paris : Seuil, 2004. On ne présente pas Edgar Morin, personnalité éminente de l’intelligentsia française, auteur d’une cinquantaine d’ouvrages parmi lesquels quelques essais sociologiques qui ont fait date (Les Stars, 1957, La Rumeur d’Orléans, 1969) et surtout une somme, La Méthode (1981-2004) dont le projet, fort ambitieux, ne vise pas moins qu’à changer notre regard sur le monde, sans rien dissimuler de sa complexité, grâce à une démarche systémique. En passant, malgré tout, peut-être un peu vite sur l’objection d’ordre épistémologique qui se présente d’emblée : Comment une telle méthode considère-t-elle la distinction qui existe inévitablement entre l’objet réel, éminemment complexe en effet, et l’objet de la connaissance, le « modèle », nécessairement simplificateur (1) ?  La reconnaissance de « la différence entre la réalité empirique et la forme théorique » (2) étant le point de départ de la démarche scientifique, toute tentative pour la tirer du côté du concret comporte donc un risque du point de vue de sa pertinence.

 

Embarquement pour Cythère « Histoire pour toi » d’Arlette Rosa-Lameynardie (Hatier – Monde Noir) par Pierre Pinalie. Il est très étonnant que ce livre, publié en 2002, n’ait pas vraiment bénéficié d’un accueil très positif dans le monde de la créolité. Et pourtant, l’ouvrage écrit par une judéo-droit-de-l’Hommiste est profondément créole, tant dans l’esprit que dans la forme. L’auteur qui est, en effet, ancrée sur la terre martiniquaise depuis 45 ans, ne semble pas penser à partir d’autres racines, et baigne au contraire dans le monde du conte vers lequel glisse en permanence le scénario qu’elle développe dans un style clair et simple à la manière de Marguerite Duras.

 

L’Outre-Mer français dans le piège. Une lecture  de Selim Lander de l'ouvrage dirigé par Thierry Michalon. La problématique de l’Outre-Mer français est probablement unique dans le monde. Ne serait-ce que parce que le processus de décolonisation a laissé dans la République française un certain nombre de territoires, généralement insulaires (mais la Guyane fait exception), qui se trouvent aujourd’hui enfermés dans une dépendance d’autant plus traumatisante qu’elle apparaît à tous comme une fatalité. Il faut donc saluer comme ils le méritent les efforts des vingt-six auteurs réunis par Thierry Michalon pour décrypter cette réalité éminemment complexe et qui résiste souvent à l’analyse (1).  La dépendance « massive » à l’égard de la « Métropole » demeure la caractéristique commune à tous les territoires considérés qu’il faut étudier. On peut à cet égard regretter que les études transversales (qui couvrent l’ensemble du champ de l’Outre-Mer) restent minoritaires dans le recueil (8 sur 26), à égalité avec celles qui concernent la Martinique. Pour le reste, la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française et Saint-Bartélémy-Saint-Martin ont droit chacune à deux contributions, tandis que la Guadeloupe, la Guyane, la Réunion et Mayotte se voient consacrer chacune un article.

 

Entre assimilation et émancipation l'Outre-mer français  dans l'impasse ? sous la direction de Thierry Michalon Dès le titre, tout est dit. Ce copieux recueil de contributions signées de vingt-six enseignants, chercheurs et doctorants de Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion, Polynésie et Nouvelle-Calédonie, ne prétend pas à la synthèse, ni même à esquisser une leçon globale sur un sujet délicat - la tension entre l'envie d'appartenance et la soif de revendication propre dans un débat national très houleux. Tout au plus les historiens dont on lira ici les travaux croisent-ils leurs approches pour tenter de concilier des élans antagonistes et contradictoires, parmi lesquels on choisit le plus souvent les pièces adaptées au procès que l'on veut intenter, sans se soucier de celles qui infirment ces leçons trop simples, car trop univoques.

 

Le satanisme, simple rébellion ou dérive sectaire ? Faire, en un peu plus de 100 pages petit format, un tri cohérent dans le bazar référentiel qui hante satanisme, gothisme ou heavy metal, relevait de la mission suicide. Entre Nietzsche, J.-K. Huysmans, Anton LaVey, le créateur de l'Eglise satanique, des groupes comme Cradle of Filth ou les Rolling Stones, la confusion est à peu près totale dans le grand public. C'est pourtant le tour de force accompli par un ouvrage intitulé Satanisme, un risque de dérive sectaire (1). Le livre effectue un résumé historique plus qu'honorable sur les origines des divers mouvements et s'attache systématiquement à discerner ce qui relève du folklore de l'authentique dérive sectaire. «Il n'y a rien de pire que de laisser un vide face à des peurs nées de fantasmes», résume Jean-Michel Roulet, président de la Miviludes

 

"L'Europe et les Lumières sont indissolublement liées" . Un entretien de Tzetan Todorov. Penseur de notre temps, Tzvetan Todorov est un observateur vigilant de la démocratie. Interrogeant depuis de nombreuses années les événements tragiques de notre histoire, il montre aujourd’hui que notre vie commune doit se bâtir sur le versant humaniste des Lumières, un "héritage pour demain". Entretien.

 

Le créole et le monde  de Pierre Pinalie . C’est vrai que le créole est une langue, une langue qui appartient à la grande famille des langues du monde, une langue parlée par des millions de locuteurs et un outil qui véhicule une culture profonde et multiple. Effectivement, de la Guyane à la Réunion, ce mode d’expression à base lexicale française traduit l’esprit de lieux fort divers, de la même manière que les autres créoles qui peuvent avoir d’autres origines telles que l’anglais, le portugais ou l’espagnol. Bien sûr, comment pourrait-on omettre qu’en amont, c’est toujours le colonialisme européen qui a présidé à la naissance de ces codes ? Mais est-il indispensable de le rappeler en permanence ?

 

Faites du créole : un  cadeau de Pierre Pinalie ! Il nous offre six magnifiques chansons d'amour traduites en créole par ses soins . Merci  Nougaro, Piaf, Brel, Prévert. Extraits : Mé, doudou-mwen / Ou dous, ou sé siwo lanmou mwen an / Dépi douvanjou jik labadijou / Ou sav man kontan’w toujou. / Man sav tou sa tjenbwa ou ni / Ou sav tou sa maji man fè / Magré zatrap, ou gadé / mwen / Tanzantan man ped ou tibren / Sa vré ou té ja pran dot nonm / Ou té blijé pasé tan’w / Kò-a ni dwa konnet plézi

 

Yasmina Khadra, le terrorisme, la morale par Michel Herland . La publication des Sirènes de Bagdad (Julliard, 2006, 338 p.), de Yasmina Khadra, achève une trilogie commencée avec Les Hirondelles de Kaboul (2002) et poursuivie avec L’Attentat (2005). Comme Y. Khadra l’a exposé dans Le Monde (29 septembre 2006), il s’agit pour lui d’aider ses lecteurs à comprendre les ressorts de la violence aveugle perpétrée par des terroristes qui n’hésitent pas à sacrifier leur propre vie en même temps que celles de leurs victimes. Son but est de nous convaincre que ces gens-là ne sont pas des cas pathologiques, que l’islam n’est pas non plus nécessairement en cause, qu’il faut donc chercher une autre explication.
 

Intellectuels l'ère du doute . Dans une belle et bouleversante Esquisse pour une auto-analyse (Seuil, 2004), parue deux ans après sa mort, Pierre Bourdieu confiait qu'il s'était largement construit " contre tout ce que représentait (...) l'entreprise sartrienne ", symbole de l'arrogance philosophique à l'égard des sciences sociales. Sous sa plume, pourtant, Sartre n'apparaissait pas seulement comme une figure repoussoir. Sur les tâches de l'intellectuel, sur la fonction critique qui lui revient, par exemple, Bourdieu n'a jamais cessé de saluer le penseur existentialiste comme une sorte d'horizon indépassable
 

Un supplément d’âme, par Pierre Pinalie : Installé à la Réunion, le Professeur Lambert-Félix Prudent a communiqué ses commentaires sur la langue créole dans une interview réalisée par un journal de l’île Maurice, pays où le créole est parlé parallèlement à l’anglais et au français. Dans son introduction, il pose clairement le problème de la Martinique où le créole, langue populaire, se trouve face au français qui jouit du prestige de l’école et de la littérature, et demeure la langue de l’administration et des affaires. ...

 

Entre assimilation et émancipation l'Outre-mer français  dans l'impasse ? sous la direction de Thierry Michalon Dès le titre, tout est dit. Ce copieux recueil de contributions signées de vingt-six enseignants, chercheurs et doctorants de Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion, Polynésie et Nouvelle-Calédonie, ne prétend pas à la synthèse, ni même à esquisser une leçon globale sur un sujet délicat - la tension entre l'envie d'appartenance et la soif de revendication propre dans un débat national très houleux. Tout au plus les historiens dont on lira ici les travaux croisent-ils leurs approches pour tenter de concilier des élans antagonistes et contradictoires, parmi lesquels on choisit le plus souvent les pièces adaptées au procès que l'on veut intenter, sans se soucier de celles qui infirment ces leçons trop simples, car trop univoques.

 

Les blessures de la Traite de Hugh Thomas. C'est dans la petite église de Brou, à Bourg-en-Bresse, que reposait jusqu'à la Révolution Laurent de Gorrevod, chancelier de l'Empire. Mort en 1529, Gorrevod était un proche de Charles Quint. Une faveur royale l'avait rendu immensément riche : en août 1518, le jeune roi d'Espagne lui avait accordé, par contrat, l'autorisation de déporter 4 000 esclaves d'Afrique vers l'empire espagnol. C'était la première fois qu'on autorisait une opération d'une telle ampleur.
 

Aux sources de l'obsession du passé : "Face aux abus de mémoire" de" Emmanuel Terray. Il y a une dizaine d'années, c'est autour du souvenir de la Shoah et de Vichy que s'étaient cristallisées, en France, les critiques les plus virulentes adressées au " devoir de mémoire " et aux " abus " supposés de ses porte-parole. Or voilà qu'aujourd'hui, les mêmes arguments reviennent pour fustiger ceux qui, depuis peu, entendent réclamer que le passé colonial et esclavagiste de la France ait davantage droit de cité au sein du " grand récit " national.

 

De la repentance à l'Apartheid ? "Pour en finir avec la repentance coloniale" de Daniel Lefeuvre. Veut-on vraiment une France de l'Apartheid ? Si tel n'est pas le cas, alors cessons d'opposer les Français en fonction de leurs origines par l'intermédiaire d'un passé déformé. Rompons avec une repentance coloniale qui ressasse et divise au lieu de guérir. Tel est le diagnostic formulé par Daniel Lefeuvre dans son bel essai. Celui d'un historien ayant décidé de se jeter dans l'arène, non pas pour satisfaire à quelque sensationnalisme, mais afin de montrer, tout simplement, que les choses sont souvent plus complexes qu'on ne l'imagine, et cela en puisant dans son domaine de spécialité : l'étude des relations franco-algériennes.

 

- Les bienveillantes - de Jonathan Littel : Les raisons qui nous poussent à dévorer un pavé dont le narrateur est un SS. Le mal pour être bien par Daniel Sibony . Comment comprenez-vous qu'on se jette sur ce pavé - Les bienveillantes - où le narrateur est un SS? Les lecteurs sont pris entre deux tendances. L'une, qu'on leur a inculquée, c'est la "banalité du mal": n'importe qui d'entre nous aurait pu être à cette place et aurait fait ces choses atroces; et l'autre, plus juste et plus subtile, c'est: voyons un peu ces horreurs pas banales que moi je n'aurais pas faites ;je veux comprendre un homme qui peut en avoir traité d'autres d'une façon aussi terrible.

 

« Les Antillais au miroir des autres » d’Émile Désormeaux . C’est un surprenant ouvrage que nous a livré Émile Désormeaux, sous un titre poétique et attirant. Peut-être en effet est-il le premier à écrire que les militants locaux sont quasiment tous fonctionnaires avec leurs 40 %, et que parmi eux les retraités sont nombreux. Et quand il nous dit qu’aux yeux des étrangers, les Français sont des professionnels de la contestation, il n’oublie pas d’ajouter que l’élève a dépassé le maître dans la promptitude à faire grève. Avec d’innombrables citations et un recours permanent à l’Histoire, l’auteur nous promène de par le monde afin de décrire l’état des choses dans une très grande objectivité... par Pierre Pinalie

 

René Depestre : "Soulever les pics montagneux de nos malheurs" .Larges extraits du discours prononcé par René Depestre à la Sorbonne, pour le cinquantenaire du Congrès des écrivains noirs. "Il y a eu décolonisation des institutions impériales, décolonisation des mentalités colonialistes et racistes, mais ne reste-t-il pas encore à décoloniser les concepts mythologiques dévalorisant des négros, bicots, coolies, pêle-mêle indigènes des temps du mépris de la condition humaine ?..."
 
Wole Soyinka : " Le discours racial est, hélas, bel et bien vivant ". L'écrivain nigérian, Prix Nobel de littérature 1986, président de la Communauté africaine de culture (CAC), était présent, mardi 19 septembre, à la Sorbonne. "J'ai accepté de devenir président de la Communauté africaine de culture il y a un an, à la requête de Mme Diop et avec les vifs encouragements d'Aimé Césaire. J'ai accepté parce qu'Alioune Diop, un homme immensément respecté qui a succombé à la stupidité du gouvernement militaire du Nigeria lors du Festival mondial des arts nègres (Festac), en 1977, était comme mon frère aîné.
 
Il y a cinquante ans, l' "épiphanie du monde noir" . Paris, 19 septembre 1956, amphithéâtre Descartes de la Sorbonne. Le premier Congrès international des écrivains et artistes noirs s'ouvre sur le discours d'un homme qui a porté de bout en bout cette première réunion de l'intelligentsia du monde noir, représentée par 63 délégués venus d'Afrique, d'Amérique, d'Inde et des Caraïbes. Alioune Diop (1910-1980) a déjà derrière lui " plus de quinze années d'obstination au service de la culture noire ". Il est le fondateur de la revue (1947) puis de la maison....
Un livre de Noam Chomsky s'offre une seconde jeunesse grâce à Hugo Chavez : Un livre de Noam Chomsky, l'intellectuel de gauche américain, virulent détracteur de l'administration Bush, caracole en tête des meilleures ventes sur le site d'Amazon après que le président vénézuélien Hugo Chavez en a fait l'éloge mercredi 20 septembre à la tribune des Nations unies."Les Américains devraient lire ce livre Hegemony and Survival : America's Quest for Global Dominance, plutôt que de regarder Superman"
 
28 Oktòb 2006 - Jounen kréyòl Madiana(Chèlchè) dépi 2è jik 10è oswè .Organisé par l' Association Poétique les Griots de la Martinique. Demandez le programme...
 
"Sexus politicus" de Chistophe Deloire et Christophe Dubois . La sexualité des responsables politiques est-elle un sujet de curiosité légitime pour les journalistes et pour leur public ? Longtemps négative, en France, la réponse à cette question tourne de plus en plus au positif, sous la pression de la presse people et d'une remise en question générale de la frontière entre vie privée et vie publique. Christophe Deloire et Christophe Dubois, les auteurs de Sexus politicus, disent avoir reçu un bon accueil auprès des personnalités qu'ils ont sollicitées pour leur enquête.
 

Ti Jean et Monsieur le roi (Ti Jan é Misié li wa) Contes de la Martinique de Christine Colombo. Après avoir étudié doctement le conte créole, Christine Colombo entreprend de démentir l'adage qui voudrait que "ce que l'on ne sait pas faire on l'enseigne!" En effet elle publie ces jours-ci un recueil de contes créoles "Ti Jean et Monsieur le roi (Ti Jan é Misié li wa)", travail de mémoire , travail de la nostaglie d'un temps qui n'est plus et qui pourtant demeure. Elle a bien voulu répondre à quelques questions.

 

1956-2006 : Cinquantenaire du 1er congrès international des écrivains et artistes noirs

Sous le haut patronage de :

aut patronage de :

Koïchiro Matsuura Directeur général de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture

Abdou Diouf ancien Président de la République du Sénégal, Secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie

 

Aimé Césaire Ecrivain, maire honoraire de Fort-de-France

 

Wole Soyinka Prix Nobel de littérature, président de la Communauté Africaine de Culture, ambassadeur de bonne volonté de l'UNESCO

Biographies des Intervenants au Congrès de 2006 pour le 50e anniversaire du 1er Congrès International des Écrivains et Artistes Noirs (Programme de la matinée)

 

Les corps énigmatiques d’Ernest Breleur par Dominique Berthet . La rencontre de deux hommes, Dominique Berthet et Ernest Breleur. Durant dix ans (1996-2006), le premier universitaire et critique d’art, l’autre artiste plasticien entament un parcours dans un lieu où ils vivent et travaillent : la Martinique. Un dialogue qu’ils nourriront et qui enrichira l’analyse de l’esthéticien dans ce livre. Des propos repris par l’auteur dans la dernière partie des corps énigmatiques d’Ernest Breleur. Trois interviews majeures qui tracent les pistes empruntées par l’artiste pour sculpter pas à pas sa propre contemporanéité avec comme principale préoccupation la problématique du corps.
 
Nicole Cage-Florentiny : Un écrivain trahi en direct, par le cœur de son dernier roman ? Ses lecteurs veulent savoir qui se trouve derrière l’œuvre A la Mairie de Schoelcher, sous le haut patronage de la Bibliothèque Schoelcher « A livre ouvert », Monsieur Piere-Louis Maynie, Sociologue, abordera les questions et le livre. La voici précise au rendez-vous. Ce qui prime d’abord est que tout son être est posé, tranquille, presque absent. On dirait qu’elle est ailleurs. Nicole Cage-Florentiny aurait-elle le don d’ubiquité ? Elle sait être dans le passé et au présent à la fois. Silhouette et regard droits, vision circulaire des faits et des êtres, voix douce, sourire et passion, écriture « militante »... Lire la suite par Christian Antourel
" Petit-nègre " et romans " y a bon " de Cécile Van Den Avenne Le débat actuel qui réexamine l'héritage de la colonisation oublie souvent l'imaginaire linguistique qu'elle a construit. Il charrie pourtant bien des stéréotypes, le plus connu étant peut-être le parler " petit-nègre ", popularisé par le célèbre " y a bon Banania ". On connaît moins les différents relais qui ont construit ce stéréotype, avec lequel ceux qui se sont lancés dans ce que l'on a appelé l'" aventure coloniale " ont débarqué sur ce continent, et parmi ces relais toute une littérature d'aventures, qui a rempli d'images la bibliothèque intérieure de ces " fous d'Afrique ", comme les appelle le journaliste Jean de La Guérivière...
Crépuscule de la Négritude par Selim Lander. "Ainsi la Négritude est pour se détruire, elle est passage et non aboutissement, moyen et non fin dernière…" Jean-Paul Sartre. Il ne s' agissait pas de métaphysique, mais d' une vie à vivre, d' un péril à courir, d' une éthique à fonder et de communautés à sauver. A cette question, nous tâchâmes, vous et moi, de répondre Et ce fut la Négritude Aimé Césaire, discours d' accueil de Léopold César Senghor en Martinique, 1976. L' histoire de l' invention de la Négritude a été plusieurs fois contée. La rencontre à Paris, au tournant des années trente de trois étudiants, l' Africain, Léopold Sédar Senghor, le Martiniquais, Aimé Césaire et le Guyanais, Léon-Gontran Damas.
"La calebasse maudite", une nouvelle fantastique de Fernand Tiburce Fortuné. Nous étions quelques amis réunis sur la terrasse de la villa de notre hôte Lucien, perchée sur la colline et qui surplombe la mer caraïbe. Un flamboyant rutilant se mirait dans l'eau claire de la piscine. Une réunion décidée comme ça, au pied levé, après la dernière heure de travail en ce vendredi de juin. Le bain dans la piscine tiède nous avait délassés.
«L'Illusion coloniale» par Eric Deroo . Le pire de l'Empire. A tous ceux qui trouvent globalement positif le bilan de l'aventure coloniale française, on conseille la lecture de cet album : elle est accablante . Ouvrant cet album admirable, tout septuagénaire verra resurgir l'imagerie naïvement colonialiste dans laquelle baigna son enfance. Les sexagénaires aussi, certes, mais leur naissance pendant ou après la Seconde Guerre mondiale ne les prédisposait pas à une foi aussi enthousiaste dans les vertus de l'Empire. Un livre cadeau de 224 pages avec 320 ilustrations.
Les francofffonies : le festival francophone en France célèbre jusqu’au 9 octobre 2006 le visage d’une francophonie moderne, vivante, créative, engagée et enracinée dans les 63 pays qui la composent sur les cinq continents. Artistes, écrivains, entrepreneurs, scientifiques, intellectuels mettront en valeur les réalités de la francophonie, la richesse et la vitalité de leurs cultures. Pendant 207 jours, plus de 2000 artistes et personnalités du monde francophone participent à plus de 400 manifestations sur l’ensemble du territoire français.

"Le français ne vous appartient plus. Nous l'avons en partage" de Abdou Diouf . Vous avez été le président de la République du Sénégal après avoir exercé les fonctions de premier ministre auprès de Léopold Sédar Senghor, fondateur de la francophonie. Où avez-vous appris le français ? : Je suis natif de Saint-Louis, à l'époque une des quatre communes françaises du Sénégal. J'ai baigné là, dans les années 1930, dans une atmosphère où on parlait le français à tous les coins de rue. Mon premier contact avec l'école française - une école primaire - a eu lieu en octobre 1942. Il n'a pas cessé. Je suis entré à l'université de Dakar en 1955, à l'époque une antenne de l'université de Bordeaux. Nous étions 300 étudiants venant de huit pays de l'Afrique de l'Ouest.

Le français lutte pour garder sa palce dans le monde . Le nombre de francophones dans le monde a augmenté en fonction de la croissance démographique. Mais la langue de Dan Brown, Madonna ou Steven Spielberg est en pleine expansionLe nombre de francophones dans le monde a augmenté en fonction de la croissance démographique. Mais la langue de Dan Brown, Madonna ou Steven Spielberg est en pleine expansion
Je, tu, ils, elles pensent en français Le label Francofffonies ! réunit dans l'Hexagone pendant toute l'année 2006 des événements culturels. C'est l'occasion de faire le point sur une notion linguistique et politique. Mais aussi très personnelleLe label Francofffonies ! réunit dans l'Hexagone pendant toute l'année 2006 des événements culturels. C'est l'occasion de faire le point sur une notion linguistique et politique. Mais aussi très personnelle
Faut-il brûler le modèle social français  ? de Dominique Meda et d’Alain Lefebvre, Lu pour vous par CLA.Seuil, Paris, 2006, 9 euros Oui, Oui, Oui, trois Oui  répondent en chœur les thuriféraires de Sarkozy, le MEDEF, l’OMC, le FMI, l’OCDE  et la Banque Mondiale. Cent fois oui reprennent à l’unisson les entrepreneurs du monde entier, en particulier les petits , ceux  de la Martinique par exemple , qui n’ont pas encore fait fortune et n’aspirent pour commencer  qu’à un revenu net mensuel  autour de 8 000 euros par tête pour leur ménage afin d’être en mesure d’afficher les éléments d’un train de vie qui à coup sûr leur donnera  l’impression  qu’ils pourront être, enfin, considérés comme des membres attitrés  des classes sociales dominantes.
Une Imposture française de Nicolas Beau et Olivier Toscer, LU pour vous par CLA Nicolas Beau et Olivier Toscer sont journalistes, respectivement au Canard Enchaîné et au Nouvel Observateur. Ils ont publié Une Imposture française qu’on aura du mal à trouver facilement dans les grandes librairies .... Dans ce livre, il est question de Bernard- Henri Lévy (BHL), l’intellectuel médiatique français le plus célèbre. Preuves à l’appui, les auteurs démontrent que BHL ,farceur professionnel est d’abord un affairiste peu....
Cuba, le livre noir de RSF Reporters sans frontières a rassemblé dans cet ouvrage des rapports d'organisations de défense des droits de l'homme qui décrivent l'ampleur de la répression lancée par Fidel Castro au printemps 2003, avec 75 dissidents arrêtés et condamnés à de lourdes peines. Ces rapports reviennent également sur le fonctionnement d'un régime totalitaire où la liberté de l'individu n'a décidément pas sa place.
Cuba. La faillite d’une utopie de Olivier Languepin . Cuba est à la mode. Les touristes s’y pressent ; ils devraient atteindre, cette année, la barre des deux millions. Les diplomates aussi : la direction du personnel du Quai d’Orsay croule sous les demandes de mutation à destination de La Havane.C’est que l’île caraïbe semble vivre une délicate transition. La chute de l’empire soviétique, la désintégration du Comecon (auquel Cuba avait adhéré en 1972) n’ont pas eu raison de la révolution castriste. Malgré la terrible récession qui a frappé l’île entre 1989 et 1993 (le PIB cubain n’a pas encore rattrapé son niveau de 1989), le Lider maximo tient toujours solidement les rênes du pouvoirs.
Cuba Tout changera demain... de Ben Corbett. Le titre choisi par l'éditeur français pour traduire "This is Cuba: an outlaw culture survive" ne rend pas service à Ben Corbett qui n' a pas écrit un livre de prospective, mais bien une description minutieuse et documentée de la vie quotidienne des Cubains. Condamné au système D, au marché noir et donc à l'illégalité, le peuple cubain lassé des diatribes de son "comandante", survit comme il peut aux incessantes pénuries que la rigidité du socialisme Cubain ne cesse d'engendrer.

Castro, l'infidèle de Serge Raffy La légende en prend un coup, et l'image du dernier grand dictateur communiste en exercice sort sérieusement malmenée de cet exercice salutaire. On s'y attendait un peu, mais cette fois les choses sont claires : Castro est bien ce dictateur maniaque, manipulateur, cynique et obsédé du pouvoir, loin, très loin de cette image de justicier luttant seul contre l'agression américaine. Fidel Castro a constamment menti sur ses réelles intentions, et ce dès les premiers jours de la Révolution.

Cuba: «Oublier Castro» Propos de Jacobo Machover recueillis par Michel Faure. Dans "Cuba. Totalitarisme tropical" l'exilé Jacobo Machover montre à quel point, derrière le pseudo-romantisme de la révolution, se cache une réalité brutale Pourquoi la révolution cubaine dure-t-elle depuis si longtemps? Est-ce la révolution qui dure? Celle-ci suppose le mouvement. Or, à Cuba, ce qui frappe, c'est l'immobilité. Ce n'est pas une révolution; c'est une congélation. Tout a été défini dès 1959.

Cuba, totalitarisme tropical - Jacobo Machover Avec Cuba il faut être patient : même lorsqu’ils ont quitté l’île depuis longtemps, et c’est le cas de Jacobo Machover, les Cubains perdent rarement de vue un paramètre essentiel de leur histoire : la durée. La durée est en effet devenue la caractéristique principale de Fidel Castro qui est en train de reléguer Franco, Kim il Sung et Yasser Arafat, au rang d’amateurs éclairés et d'intérimaires de passage

LU POUR VOUS par CLA : Misère du sarkozysme. Cette droite qu n’aime pas la France de Paul Ariès, Parangon/Vs, 2005. 252 pages, 13 euros par CLA Tous les arrivistes aux dents longues adorent Sarkozy. Ils se réclament le plus souvent de la droite, mais de plus en plus ouvertement de cette gauche branchée amoureuse d’euros, de prébendes, affairiste et assoiffée de pouvoirs, même dérisoires. A la Martinique, on feint dans certains milieux de s’intéresser à nouveau sur la pertinence du clivage droite gauche.Qui est de gauche ? Qui est de droite ? Que signifie en 2006 êtres de gauche à la Martinique ?
LU POUR VOUS par CLA: La tragédie du président. Scènes de la vie politique 1986-2006. de Franz-Olivier Giesberg, Paris, Flammarion, 2006 .FOG, est président-directeur général, directeur de la publication de l’hebdomadaire d’information LE POINT. En mars 2006, il publie aux éditions Flammarion un livre de 406 pages. La Tragédie du président. Scènes de la vie politique, 1986-2006. Comme on dit chez nous, dans ce livre qui pue la méchanceté voire la haine, il « déraille » Chirac ».
Pancrazi, l'ivresse caraïbe : Les dollars des sables de jean-Noêl Pancrazi Pour la douceur de vivre, le soir surtout, assis sous les arbres au bout d'une plage, il donnerait tout. Pour la mer qui miroite au bout d'un tunnel de palmes, le scintillement lointain des lumières de Cuba, le maelström des motos, les toits de palmes chaudes, les bouteilles alourdies de glaçons, les chansons de Frank Reyes ou d'Anthony Santos, le dancing où l'on se laisse capturer par l'ivresse et les barques en bois qui oscillent le long du rivage, promesses d'évasions loin du rio, il était...

" Ma poésie est née de mon action " de Aimé Césaire. Longtemps député et maire de Fort-de-France, l'auteur de " Cahier d'un retour au pays natal " ne sépare pas son action politique de son engagement littéraire. Il nous a reçus chez lui en février. Né à Basse-Pointe (Martinique) le 21 juin 1913, Aimé Césaire n'est plus député et maire de Fort-de-France. Tous les jours, il reçoit dans son ancien bureau. Peintres caribéens, portraits, paysages, avec en prime un cadre pour le maillot n° 21, celui du footballeur Lilian Thuram.

Edouard Glissant : " La langue qu'on écrit fréquente toutes les autres " Quand êtes-vous arrivé en Amérique ? En 1988. C'était en Louisiane, à la Louisiana State University, dans la ville de Baton Rouge. J'étais attiré par cette partie des Etats-Unis qui avait des points communs avec les Antilles, le peuplement africain, la langue créole, l'architecture, la structure économique de l'ancien système de plantation, la cuisine, la complicité en musique. Il y a tant de points communs... Et j'y suis resté six ans, avant de venir à New York.
Dépasser la négritude par Lilyan Kesteloot. Littérature de l'anomie et de la déviance, de la subversion, de la destruction et la décomposition... expression des complexes, des traumatismes, des refoulements... image d'une contre-société, de contre-culture... lieux et non-lieux des turbulences dont le passage à l'univers littéraire s'effectue par des ruptures, des dissociations, des collisions, des explosions...
“Nègre je resterai” Aimé Césaire qui sut toujours entremêler devoir poétique et art politique demeure à 92 ans la voix de toutes les victimes du colonialisme, le chantre de la négritude et de sa terre tant aimée, la Martinique. Combat qu’il définit ainsi : liberté, égalité, identité. Rencontre à Fort-de-France.
Les dames du lac Les souvenirs d'enfance de la star Yang Erche Namu révèlent les us des Moso, surprenante société du sud-ouest de la Chine. Là où les mères veillent.Au début des années 1980, trois fonctionnaires du bureau de la Culture du chef-lieu de Yanyuan (Sichuan) débarquèrent à Zuosuo, un hameau perché à 2 700 mètres au bord du lac Lugu (le lac Mère). Ils posèrent un magnétophone au sol et prièrent les filles du village de chanter. Trois jours plus tard, ils emmenaient Namu pour un concours en ville. Elle avait 16 ans et son destin basculait.
La Vierge à l’enfant de Iain Pears par Rose L.N. Les romans policiers de Iain Pears sont des amis de longue date et dont on attend la visite avec un plaisir non dissimulé.Les personnages que l’on suit au fil des années :un jeune historien d’art anglais,forcément flegmatique,et sa fiancée italienne,forcément explosive,et responsable d’un service de recherche d’œuvres d’art volées,reflètent l’image d’un couple citadin moderne dans lequel chacun est jaloux de son indépendance,mais on peut vous confier un secret :dans le dernier roman paru « Le secret de la Vierge à l’enfant »,ils viennent de se marier.
Littérature et barbarie par André Lucrèce Marqué par l'uniformisation du monde et la perte progressive du sentiment du divers, le monde vit de plus en plus dans le doute et dans un sentiment d'insécurité sous la « menace » de nouveaux barbares venant de l'extérieur avec une culture, une religion, une manière de vivre différentes.

DE LOIN. par Edouard GLISSANT et Patrick CHAMOISEAU : Lettre ouverte au Ministre de ’Intérieur de la République Française, à l’occasion de sa visite en Martinique.

Francophonie sans Français par Anna MOÏ : En occultant la diversité ethnique de ses écrivains, la France réduit le rayonnement de sa langue