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16 CONTES DE GRANDE-BRETAGNE

 de Olivier Larizza
 

Après plusieurs ouvrages littéro-sportifs consacrés au Tour de France, quelques romans et un recueil de contes des Antilles, Olivier Larizza, jeune écrivain né à Thionville mais qui a déjà résidé en Angleterre, aux Etats-Unis ainsi qu’en Martinique, revient avec un nouveau recueil de contes, cette fois-ci issus de Grande-Bretagne. Difficile d’appréhender pareil registre lorsqu’on sait que pour nombre de Britanniques, les contes de leur pays restent un domaine méconnu. Les spécialistes font référence aux contes féériques d’Ecosse ou aux épopées irlandaises mais le véridique conte d’Angleterre demeure denrée rare, d’autant que le conte traditionnel anglais, celui qui se transmet oralement et n’existe que dans la mémoire collective, le récit sans forme fixe que l’on raconte le soir au coin du feu, demeurait une énigme. C’est donc d’abord à un travail de recherche auquel s’est livré l’écrivain universitaire, maniant avec dextérité la langue de Shakespeare, puis à une sélection drastique qui lui a permis de retenir seize textes comme un parti-pris d’originalité et de découverte. Un véritable travail de réécriture du texte, et par la même de création, permettant d’offrir aux lecteurs une véritable singularité et une vision du conte à l’aune de sa propre sensibilité.


Force est de reconnaître que l’on tombe sous le charme narratif de ces petites histoires, au style naïf et fantastique qui colorent les pages de réminiscences de notre enfance. Monde merveilleux où tout est possible, où les rencontres deviennent magiques et extraordinaires. Univers enchanté qui nous fait défaut aujourd’hui, même si celui-ci peut s’avérer cruel avec ses aréopages de monstres, de sorcières ou autres dragons. Princesses, princes et inimaginable bestiaire dans lequel traîne parfois l’ombre de quelques mesquins sortilèges. On remarquera, par-ci, par-là, quelques similitudes avec des contes références tel que La sirène de Zennor dont le récit ressemble par moments à celle de la Petite Sirène d’Andersen. En général, tout se termine bien, les méchants sont punis et les autres se marient et ont des enfants…Le marmot mangé par la terrible ogresse de marâtre se transforme en colombe qui fait pleuvoir des piécettes. On appréciera ce conte emblématique et drôle, finalement très british, Le chien noir dans lequel il est question de whisky (dont le nom vient du gaélique uisge beatha qui signifie « eau-de-vie »), de chien fantôme et de poète : Colin s’adonnait donc seul à l’ivresse rousse de la création. Conte sous forme de métaphore en parabole comme dans On reconnaît l’arbre à ses fruits : C’est la manière qui compte…Tu as planté ton arbre à un endroit où la terre est aride, où cingle le vent froid et où la grange masque le soleil. Tu t’es laissé guider par ton cœur égoïste et suspicieux. Tu as planté le pommier que je t’avais offert avec la main de l’avarice, et tu voudrais maintenant qu’il soit généreux envers toi ? On signalera aussi le texte de Lady Godiva qui, voulant améliorer le sort de ses concitoyens, fit le pari de se promener toute nue, à travers le village, sur son cheval…Personne n’aperçut la comtesse ce jour-là sauf l’infortuné Tom…Et pour les gourmands, ils trouveront même la recette du bannock, gâteau écossais ; sorte de petite galette à base de flocons d’avoine…


Bref, Olivier Larizza possède pleinement l’art du conteur, et ses histoires qu’il a réinvesties et rhabillées sont pleines de fraîcheur et de tendresse. Inutile d’avoir une âme d’enfant pour se laisser emporter par la fantasmagorie de ces lieux fabuleux, dans ces chaumières anglo-saxonnes où la toile d’araignée de l’Internet n’avait pas encore inventé l’araignée tentaculaire de l’uniformisation...


 


 


 


 

Laurent BAYART


 

* 16 CONTES DE GRANDE-BRETAGNE de Olivier Larizza (Flammarion, collection Castor Poche, 5,50 €) avec des illustrations de Frédéric Sochard.