L’évolution humaine retrouve sa maison

musee_de_lhomme-2Le musée de l’Homme rouvre ses portes le 17 octobre, après six ans de travaux.

Visite en avant-première avec Evelyne Heyer, professeure d’anthropologie génétique et commissaire scientifique de l’exposition permanente

Palais de Chaillot, 17 place du Trocadéro à Paris. Adresse d’un lieu mythique, créé par Paul Rivet à l’occasion de l’exposition universelle de 1937 : le musée de l’Homme, entièrement rénové et que le public pourra (re)découvrir à l’automne. En route pour un voyage poétique et didactique à la découverte de l’un des grands mystères qui s’offre à l’être humain : lui-même. [exposition permanente se décline en trois grands moments. Le premier, « Qui sommes-nous ? »», explore les multiples facettes de notre identité. L’homme y est être de chair, de pensée et de lien. ll sait préparer son passage vers l’au-delà et parler plusieurs langues.
D’entrée, affirmation est faite que tous les êtres humains font partie d.e la même espèce. « Nous avons voulu conserver la dimension humaniste du musée né en pleine montée des totalitarismes, explique Évelyne Heyer, professeure d’anthropologie génétique et commissaire scientifique de, l’exposition. Nous y soulevons des questions universelles. »

Un parcours fluide et coloré

Sur le parcours, un bus rapide du Sénégal décoré par des artistes du pays, des vitrines garnies d’objets magnifiques et, enfin, une superbe envolée de 200 bustes ethnographiques témoignent de la diversité biologique de l’espèce humaine. Une transition très efficace et colorée entre le « Qui sommes-nous ?» et le « D’où venons-nous ?». On se retrouve alors au pied d’une immense mezzanine permettant de rejoindre l’étage supérieur. « Elle remplace les escaliers centraux d’origine. Grâce à cette belle idée, les architectes ont aéré et fluidifié la circulation », se réjouit Évelyne Heyer. Du berceau africain de l’humanité, on passe ainsi « naturellement » à l’homme de Neandertal.

« À partir de l’homme parmi les primates, nous présentons les changements morphologiques et technologiques, ainsi que les grands moments de la Préhistoire, en parallèle de ce que nous vivons aujourd’hui… » Parions que le dispositif d’anamorphose transformant le visiteur en homme de Neandertal remportera un grand succès.
Au deuxième étage, en prélude à la question « Où allons-nous ?», est projeté sur un mur le résumé de l’évolution humaine du Néolithique à aujourd’hui. En quelques minutes seulement. Un exploit. « Le Néolithique est un moment
charnière. L’homme commence à avoir un impact fort sur la nature. ll se sédentarise, domestique des animaux… C’est le début des villes, des problèmes de santé, de l’accroissement de la population et des violences», précise Évelyne Heyer.

Faire réfléchir et rêver les visiteurs

Consistant, le parcours invite aussi à s’intéresser à moult détails au travers de vitrines et d’espaces plus intimistes : un « coffre-fort » permet ainsi de découvrir le crâne de Cro-Magnon ou les différents Néandertaliens. Le tout sur
2500 m2 éclairés à la lumière du jour, avec en prime une vue exceptionnelle sur la Tour Eiffel (voilée par les grandes tentures des baies vitrées) et un atrium de 16 m de hauteur occupant les deux niveaux au-dessus du hall d’accueil, puits magique de lumière. Enfin, une belle pièce architecturale en bois, située sous la verrière rénovée de Gabriel Davioud (1878), symbolise la mission du lieu : le balcon des sciences. « Les chercheurs y présenteront régulièrement leurs travaux au public, souligne Évelyne Heyer. Quand on travaille sur l’homme, tout bouge très vite. Nous avons tenu à aborder l’actualité scientifique et à faire rêver les visiteurs. La science, ça peut être passionnant pour les jeunes. J’aimerais beaucoup que des vocations naissent ici. »
Carine Hahn

Un musée-laboratoire

Fidèle à son histoire, le lieu abrite 15ü chercheurs des sciences de la vie, de la terre et de l’Homme. Ils y bénéficient de plateformes techniques de pointe pour réaliser des analyses génétiques archéologiques ou encore acquérir des données 3D. Avec les équipes du Jardin des plantes (où ils ont séjourné pendant les travaux), de l’Institut de paléontologie humaine et d’entités internationales, ils étudient la biologie de l’Homme et son évolution, ses comportements techniques, culturels et symboliques et les interactions culturelles.
C.H.

Chiffres clés
500 000 objets préhistoriques
30 000 objets d’anthropologie biologique et culturelle
600 moulages anthropologiques
4500 objets ethnographiques
Coût de la rénovation 92 millions d’euros

Sources : Valeurs mutualistes N° 298

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